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Ce texte est paru dans la Revue Les Temps Maudits de la CNT n°26
Mai Décembre 2007
Il est présent sur les ites suivants :
http://liberalisme-democraties-debat-public.com/spip.php?article88
http://divergences.be/spip.php?article817
La problématique du désir en politique avait guidé
mon analyse de la candidature de Ségolène Royal à
la présidence de la République française. Je
pensais qu’elle pouvait porter le désarroi et la détresse
de la population. Sarkozy a été élu, je m’étais
trompé. J’ai essayé de comprendre pourquoi,
j’ai voulu voir si l’approche par le désir était
invalidée. La notion de « Sarkozy objet de désir
» s’est vite imposée, elle peut surprendre, mais
les réactions provoqués par son élection montrent
que la passion politique s’est manifestée avec force.
D’autre part, en France les idées de l’extrême
droite se sont bien ancrées dans les esprits. Depuis la nouvelle
droite jusqu’à Sarkozy, les thèmes racistes
et xénophobes ont gagné. Le développement du
capitalisme dérégulé aussi. La nouveauté,
c’est la puissance des médias et de la surveillance.
Les questions qui en découlent me semble importantes.
Dans l’article “ Une femme à l’Elysée
”, j’essayais de comprendre comment le désir
pouvait opérer en politique. Je reconnais que je me suis
trompé dans ma prospective, puisque je pensais que Ségolène
Royal pouvait être élue [1]. Plusieurs éléments
étaient inconnus en Janvier 2007, quand j’ai écrit
cet article. Une grande partie de l’électorat Front
National s’est portée sur Sarkozy, ce qui a contredit
notre analyse antérieure : « le FN préfère
l’original à la copie ». Ici, ils et elles ont
préféré tenir plutôt que courir. Le Pen
n’avait aucune chance d’être élu, Sarkozy
si.
Dans le non à la constitution européenne en France
en Mai 2005, il y avait donc beaucoup de non de droite et d’extrême
droite. La détresse et le désarroi populaire motivent
un vote de droite protestataire que Sarkozy a pu capitaliser.
C’est Bayrou, qui a pris en compte une partie du désarroi
avec son discours anti média et anti système au premier
tour. Au second tour, l’inquiétude des personnes âgées
a boosté Sarkozy. La défense du travail a fonctionné
chez des gens qui ne travaillent plus. D’autre part, Ségolène
Royal n’a pas été très bonne dans le
combat politique. Elle s’est positionnée par rapport
à Sarkozy, elle l’a laissé au centre du débat.
Elle n’a pas su incarner la détresse et le désarroi
de notre société. Elle a voulu proposer des réponses
gestionnaires au lieu d’élever le débat. A sa
décharge, les médias, après l’avoir transformée
en icône, ne l’ont pas beaucoup aidée. Ils roulaient
presque tous pour Sarkozy. Sa parole était très souvent
déformée.
Ces erreurs remettent-elles en cause l’approche passant par
le désir ? De mon point de vue, non. Au delà de l’intérêt
et de la raison, il y a l’oeil et le désir, qui ont
un rôle déterminant. Sarkozy a gagné sur le
désir. Lui-même désire le pouvoir et les personnes,
qui ont voté pour lui, l’ont désiré au
pouvoir.
En prenant l’angle de l’intérêt, on peut
noter que Sarkozy était le candidat des médias, le
candidat des capitalistes, le candidat des institutions étatiques
ou paraétatiques et des personnes qui veulent avoir une place
dans ces institutions. Il était aussi le candidat de la surveillance.
Je considère que la surveillance a acquis une certaine autonomie,
elle est intégrée au répressif sécuritaire
c’est vrai, mais elle se développe partout, cela devient
une banalité de la société postmoderne. C’est
une partie de ce que j’appelle « l’œil ».
L’autre composante de l’œil, ce sont les médias
que nous regardons autant qu’ils nous regardent et formatent
notre vie. Les images identificatoires de la consommation passent
par les médias. Des morceaux de notre vie sont intégrés
régulièrement aux programmes des médias. Le
tragique et l’émotionnel alimentent le quotidien des
médias.
En ce qui concerne le désir, je pense que Sarkozy est un
objet de désir. Il existe une sarkophobie et une sarkophilie.
Ce sont deux symptômes très répandus, il y a
bien présence d’affects. Il fascine et en même
temps fait horreur à d’autres. Le couple attirance
/ répulsion fonctionne. On l’aime ou on le déteste,
ce qui est la preuve que quelque chose se joue au niveau du désir.
La question qui apparaît alors est celle de savoir comment
prendre en compte le désir en politique ?
Sarkozy a été désiré par les personnes
âgées : 61% des 60 à 69 ans, 68% des 70 ans
et plus ont voté pour lui. Le vieillissement de la population
tire les électeurs et électrices de notre pays vers
la droite. Nicolas Sarkozy se dit le candidat du travail et des
forces vives, en fait il est celui de l’inquiétude
et des peurs ressenties par une population vieillissante. Les personnes
âgées font une crispation sur la préservation.
La sérialisation individualisante, la consommation et la
télévision font souvent dire à ces personnes
: « Les pauvres nous fatiguent ! », « Les jeunes
nous font peur ! ». Il existe aussi un désir d’ordre
parmi la population française. Les idées du Front
National sont appliquées par Sarkozy et d’autres depuis
plusieurs années. Miguel Benasayag a été viré
de France Culture pour l’avoir dit en 200 [2]. Un tiers des
français/es se disaient racistes selon le rapport de la Commission
Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) en Mars
2006 [3]. Cette commission met en évidence une réalité
française assez sombre. Selon un sondage réalisé
en novembre 2005, une personne interrogée sur trois répond
que “ personnellement, elle dirait d’elle-même
qu’elle est raciste ” ! Et 63 % des personnes interrogées
estiment que « certains comportements peuvent justifier des
réactions racistes ». Ce sondage, réalisé
avec des personnes interrogées en face à face, démontre
une banalisation du racisme. Seules 32 % se disent prêt/es
à signaler un comportement raciste à la police.
La gauche française est implantée surtout dans les
couches moyennes. Les couches populaires en désarroi ont
un vote protestataire de droite, il a profité à Sarkozy.
Ségolène Royal a raté l’écoute
et la prise en charge du désarroi contemporain, ce qui était
son créneau de départ.
Les perdants/es de cette élection sont nombreux/euses et
faciles à repérer : les jeunes, les précaires,
les chômistes, les écolos/es, les salarié/es
de bas niveau, les profs/fes, les pauvres, les homos, les lesbiennes,
les trans, les squatteurs/eureuses, les manouches, les tziganes,
les intermittents/es, les travailleurs/euses du social, les immigré/es,
les demandeurs/euses d’asile, les malades d’origine
étrangère, les alternatifs et les alternatives, les
psys, les handicapé/es, les prisonniers/ières, les
usagers/ères de substances illicites, les teufeurs/euses,
les artistes, les militant/es, etc.
Le mouvement anti sarko a manifesté une passion politique
de grande ampleur. La réaction émotionnelle ressemble
à celle de la suite du premier tout de 2002, où Le
Pen était arrivé au second tour. A l’époque,
le mouvement populaire avait été massif. Il y avait
eu de nombreux débats publics, y compris dans la rue. Aujourd’hui,
encore une fois, la démocratie médiatique ne peut
pas satisfaire l’évident besoin de débats publics.
La domination mentale et la LQR (la langue de la 5° république)
[4] tentent d’escamoter la division interne à la société.
L’ampleur des manifestations et de la répression, la
création de lieu de débats un peu partout a produit
une ambiance que l’on pouvait vivre comme une guerre civile
larvée. Les médias ont fait le black out sur ces événements.
La police et la justice se sont déchaînées.
L’argument choc était que nous refusions la démocratie.
La gauche molle et la gauche se disant radicale ont condamné
ce mouvement. Pourtant, la question de la démocratie se posait
bien.
Qu’est-ce que c’est cette démocratie officielle
? Un système carriériste de lutte pour des places
d’élu/es et de cadres. La remise en cause de l’électoralisme
est-elle anti démocratique ? Non, si on considère
que la démocratie est une institution de classe, une institution
de domination. Cette question est centrale, elle prend la forme
du débat entre ce qui est légal et ce qui est légitime.
C’est particulièrement évident en ce qui concerne
la xénophobie étatique vis-à-vis des sans papiers/ières,
des réfugiés/es. L’immigration choisie est xénophobe,
même si l’illusion des droits de l’homme est agitée.
Je résumerai ma vision de Sarkozy ainsi : un néo-fasciste
postmoderne bien en phase avec la démocratie médiatique.
En témoigne le culte de l’image, l’homme moderne,
la famille recomposée, la séduction people, la mise
en scène du chef, la séduction, le PDG de la France,
le sécuritaire renforcé, la police en liberté,
la justice pour emprisonner, la xénophobie ostensiblement,
le capitalisme ouvertement dérégulé, l’opportunisme
politique, l’annexion à son profit de tous les moyens
disponibles de l’Etat, la religion comme base de la culture
[5], gouverner avec les médias (évidemment soumis),
un habitué de la corruption, du mensonge et de la censure,
une politique très réactionnaire bien emballée
!
Dans ce contexte qu’en est-il des luttes, de la lutte de
classe et de toutes les autres luttes ? Pour se structurer, un mouvement
social et politique a besoin d’idées, de débats,
de rencontres, de structures, de coordinations, de secrétariats,
de campagnes, etc. Après la forme parti, qui est devenue
obsolète, quelles modalités proposer et mettre en
oeuvre ? La question des conditions de possibilité est posée
: lesquelles et comment les mettre en pratique ? Je considère
que la CNT est une des multiples composantes de ce mouvement. Ces
questions sont donc posées à toutes les personnes
et collectifs, qui luttent ou s’opposent au système
capitaliste contemporain ou à une partie de ce système.
Nantes le 24 Juin 2007
Notes
[1] article également paru dans le n°25 de la revue
Les Temps Maudits Avril 2007 : « Une femme à l’Elysée,
L’amour toujours ! »
http://1libertaire.free.fr/UnefemmeElysee.html
[2] « A quoi servent les lois sécuritaires ? »
par Miguel Benasayag ;
http://1libertaire.free.fr/MiguelFrCul01.html
[3] Rapport publié à la Documentation française,
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/064000264/index.shtml
[4] cf. Note de lecture parue dans la revue Les Temps Maudits n°
25 Avril 2007 ;
http://1libertaire.free.fr/NoteLqrPhC.html
[5] cf. Le Sarkozy sans peine, Vol. 1 : la république, les
religions, l’espérance par Richard Monvoisin, Décembre
2005
Origine ; http://infokiosques.net/spip.php
?article=295
Et http://1libertaire.free.fr/SarkozySansPeine01.html
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