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La xénophobie au pouvoir, suite !
La circulaire du 24 juin 97, le rapport Weil et le projet Chevénement.


La gauche est au pouvoir depuis trois mois et on peut déjà constater que la xénophobie au pouvoir continue. Ce constat s’appuie la pratique de ce gouvernement et trois documents (la circulaire du 24 juin 97, le rapport Weil et le projet Chevénement). Les expulsions continuent, les régularisations sont peu nombreuses et avec des cartes d’un an, la police continue son travail, le dispositif de délation du racisme d’Etat n’est pas démantelé. Les effets d’annonce ont fait espérer des régularisations massives, on parle de “ mise à plat ” le dispositif législatif, de mettre fin aux incohérences, mais maintenant on sait que les lois Pasqua Debré ne seront pas abrogées et que la logique antérieure de fermeture des frontières sera gardée, que la suspicion continue avec des arguments différents, selon B Héritier du Mrap dans Libération du 18 Août 97 “ Patrick Weil ne balaie pas l’ère du soupçon, il la déplace ”.

La circulaire du 24 Juin 97 :
Ce texte a été souvent présenté comme devant permettre la régularisation des sans-papiers. En fait il parle de “ réexamen ” des dossiers, il n’y a aucune obligation de régulariser pour l’administration. Tous les cas de personnes sans-papiers ne sont pas prévus par ce document (en particulier les célibataires et concubins, les déboutés seulement en cas de risque majeur et la décision est ministérielle, la double n’est pas évoquée, etc...). De plus les conditions de ressources ou de logement sont telles que peu de personnes pourront obtenir des cartes. La carte prévue est une carte d’un an et il faut prouver son désir de travailler pour avoir droit au travail, beaucoup de préfectures s’abstiennent d’informer les gens de cette possibilité. Chaque préfecture peut interpréter le texte à sa façon et on constate des discordances importantes suivant le régions, certaines préfectures étant très inventives dans les obstacles mis à la régularisation, maintenant certaines demandent des lettres de motivation non prévues dans la circulaire. Le fait qu’on accorde des cartes d’un an ne fait que déplacer les difficultés.
Au final ce texte permet de réactualiser les fichiers des préfectures sur le travail éventuel ou les sources de revenus des personnes sans papiers et leur façon de trouver un hébergement. Pour l’instant le nombre de cartes obtenues est assez faible au regard des espoirs suscités par l’arrivée de la gauche et la publication de ce texte. La lutte des sans-papiers n’est donc pas terminée, un an après le coup de hache de St Bernard le problème n’est pas réglé et les grèves de la faim ont maintenant lieu dans les centres de rétention de la région parisienne. On aurait voulu pourrir le mouvement, le démobiliser et fliquer les sans-papiers que l’on ne s’y serait pas pris autrement. La difficulté vient alors de l’état de la mobilisation qui a du mal à se constituer face à la gauche au pouvoir. On entend beaucoup de protestations, mais les actes ne sont pas à la hauteur de la situation. L’arrivée de la gauche au pouvoir provoque encore une fois une anesthésie préjudiciable au mouvement.

Le Rapport Weil :
Il a été présenté comme “ équilibré ”, lui même s’annonce comme voulant remettre à plat la politique d’immigration, en fait le souci de cohérence c’est celui de la gestion du kapitalisme contemporain. Son point de vue c’est celui “ du droit de l’Etat-nation à contrôler les entrées sorties sur son territoire ”. Le cadre idéologique et théorique c’est celui-ci :
“ ... un consensus existe pour réformer la politique de l’immigration, pour la rendre plus juste, plus efficace, plus conforme à l’intérêt national. Certes la porte de l’immigration de travail non qualifié doit rester fermée : des millions de chômeurs sont à la recherche d’un emploi et ce contexte ne permet aucun autre choix. ”
La conséquence c’est l’ouverture aux “ personnes qualifiées ” aux étudiants, aux investisseurs et autres personnage pouvant présenter un intérêt pour la France. Ces notions sont reprises dans la volonté de revoir la politique africaine de la France.

D’emblée on constate que la thèse du FN liant chômage et immigration est acceptée, légitimée. Qu’importe que l’OCDE publie un rapport début juillet 97 pour démonter le contraire, cette idée fait partie du sens commun qui justifie la réflexion sur la politique à venir de la France en matière d’immigration. Ce qui change par rapport à Pasqua ou Debré c’est le discours. Ici point de surenchère par rapport au FN, ni de propos racistes, mais au contraire une volonté rationnelle affichée, un souci du respect des droits. Mais ce qui continue c’est la pratique institutionnelle xénophobe. P. Weil dans son texte maintient la suspicion pour les mariages mixtes et propose d’augmenter le délai de surveillance avant de pouvoir obtenir une carte (deux ans au lieu d’un an), il est favorable à une augmentation de la durée de rétention de 5 jours pour permettre aux personnes expulsées de “ récupérer toutes leurs affaires et leur argent ”. Voilà la touche humaniste, mais en fait ce sera un moyen pour mieux réussir les expulsions que la police ne peut mettre en oeuvre à cause des contraintes techniques des transports aériens. La double peine n’est pas remise en cause, au contraire le rapport prévoit de placer les personnes expulsables dans ce cadre dans les centres de rétention judiciaires (Paris, Orléans et Aniane) pendant un mois, ce qu’aucun gouvernement de droite n’avait osé envisager.

Le souci de revenir à la défense du droit d’asile a été salué comme très positif, mais ce rapport se paye de mot avec la notion de “ combattant de la liberté ” et la proposition d’aller chercher les réfugiés sur place. On sait qu’en France même de nombreuses personnes n’ont pas obtenu l’asile et que le combat des sans-papiers est en lui-même un combat pour la liberté. La cohérence aurait voulu qu’on s’occupe d’abord des déboutés et des conditions d’obtention de l’asile en France même, que l’on supprime les demandes express réalisées par la DICILEC à la frontière avant que la personne qui demande l’asile rentre en France, c’est un maquillage légal du refoulement aux frontières. Il aurait été souhaitable que l’on fasse respecter le droit dans les zones d’attente (cf le rapport de l’Anafé), que l’on écoute les personnes qui sollicitent l’asile, que l’on arrête d’expulser les personnes menacées dans leur pays d’origine (cf le récent scandale d’une personne algérienne expulsée à tort selon les termes mêmes du communiqué de la préfecture des Alpes maritimes). Il est même assez drôle de voir ce rapport demander l’indépendance de l’Ofpra, alors que statutairement il est déjà indépendant. La réaction de son directeur est symptomatique de l’hypocrisie française, selon lui, l’Ofpra remplit bien sa mission, oui il obéit bien aux ordres, il s’étonne des critiques du rapport Weil. De fait on lui donnera rapidement raison, le projet Chevénement est très discret sur l’asile et maintient les choses en l’état.

Il a aussi été beaucoup question du retour au du sol. Là encore l’effet d’annonce joue à plein, dans le texte il dit que la nationalité sera acquise automatiquement mais à l’âge de 18 ans et que l’on pourra faire une demande anticipée à partir de 16 ans. Le texte antérieur à 93 prévoyait que la nationalité était acquise dès la naissance. On comprend alors pourquoi ce texte a été considéré comme intéressant par une partie de la droite. En ces temps de préférence nationale ceci aura des conséquences sur les droits et en particulier sur ceux des parents. La notion de parents d’enfants français n’existera plus, bien joué Weil ! Encore une fois bonne conscience proclamée et affichée, mais statut différentiel maintenu dans la pratique.

Il est aussi beaucoup question de la coopération dans ce rapport, nous renvoyons à l’encart sur ce sujet. Au final ce rapport est typique d’une volonté de gestion impérialiste qui ne parle pas des quotas, mais qui sélectionne les personnes admise au séjour en fonction de l’intérêt de la puissance française, le reste n’a aucune importance. Un exemple, selon Patrick Weil “ l’intérêt de la France est d’être plus ouverte aux flux d’allers et retours ” ce qui pourra se traduire dans la pratique ainsi à propos du renouvellement des titres de séjour des 1 300 000 ressortissants de l’Union Européenne : “ Je propose un titre à vie pour ces Européens, mesure qui libérera 450 fonctionnaires ” et permettra de concentrer plus de moyens sur les fraudeurs. Pas de parole raciste mais un souci d’efficacité rationnelle, merci la gauche !
Le projet Chevénement :

Le texte proposé par Chevénement refuse d’abroger les lois Pasqua Debré, c’est un aménagement de la circulaire de 1945. Pour y trouver des aspects positifs il faut chercher avec minutie, ce que nous retiendrons c’est la motivation pour certains refus de visas (c’est un première brèche dans l’absence de droit en la matière) et l’entrée régulière qui ne serait plus nécessaire pour obtenir une carte de résident (carte de dix ans). En ce qui concerne la suppression éventuelle du certificat d’hébergement le texte n’étant pas définitif nous n’en parlerons pas.

En ce qui concerne les aspects négatifs de ce texte nous noterons la création de cartes temporaires de plein droit. Ceci est présenté de façon positive, mais en fait c’est la légalisation de la circulaire du 24 Juin 97. La carte d’un an va devenir la norme des nouvelles cartes délivrées. C’est l’institutionnalisation de la précarité, en donnant droit au travail elle sera en phase avec le capitalisme contemporain. La notion même de plein droit est ici contestable, le plein droit était une notion liée à la carte de résident. Beaucoup d’associations demandait le retour du plein droit, on l’a mais avec une légalisation par le bas, merci la gauche ! On met souvent au crédit de Mitterrand d’avoir accordé la carte de dix ans, en 97 la gauche referme la boucle, il ne s’est rien passé en 84.

Le projet Chevénement propose d’assouplir les conditions du regroupement familial. Il était temps celui-ci était complètement bloqué, mais la logique de contrôle est maintenue et la barre du SMIC pour les revenus sera un obstacle supplémentaire.
Le passage de la durée de rétention à 14 jours est justifié par un souci d’efficacité. Chevénement continue la politique antérieure, les reconduites à la frontière prononcées doivent être exécutées.
La double peine est maintenue, même si on affirme que la carte d’un an prévue pour “ situation personnelle et familiale ” protégera les personnes installées en France depuis longtemps. le principe d’expulser les délinquants est considéré comme légitime et républicain par Chevénement.

Sur l’asile le texte est discret, il prévoit la possibilité d’un asile territorial, mais on ne sait pas qui l’accordera, pas un mot sur l’Ofpra ou les zones d’attentes.
Pour les mariages mixtes il est proposé d’accorder une carte temporaire au conjoint, mais la suspicion est renforcée par un recours possible de l’officier d’Etat civil devant le procureur.

Au final la logique des lois antérieures est maintenue, la surveillance, la suspicion ne sont pas remises en cause, la xénophobie d’Etat suit son cours pilotée cette fois par la gauche au pouvoir. Ce qui change c’est le discours. Il n’y pas de racisme exprimé, mais un volonté rationnelle d’efficacité, une référence permanente au droit. Le souhait est clairement exprimé, il faut sortir du débat idéologique “ empoisonné ”.

Mais les applaudissements de la droite nous montrent la vraie nature de ce texte. Jean Louis Debré, représentant en frigidaires, y voit un hommage à son action :
“ Je me réjouis, même s’il m’ont profondément attaqué tout l’hiver dernier, même s’ils ont organisés des manifestations contre moi, de voir aujourd’hui le PS revenir sur ses engagements et considérer que la législation de 1993 comme la législation de 1997 sont bonnes pour notre pays. ” Libération mercredi 27 Août 97
Jean-Pierre Philibert apprenti FN à l’UDF et auteur d’un rapport parlementaire sur l’immigration particulièrement droitier en 1995 se félicite de ce que : “ de reculade en reculade, le gouvernement fasse preuve de pragmatisme. C’est la reconnaissance de l’action des deux prédécesseurs de Jean pierre Chevénement. ” Libération 27/08/97

Pour nous il est donc clair que la lutte continue que la revendication exprimé en son temps par le Collectif Des Papiers Pour Tous est toujours d’actualité. Nous continuons à nous battre aux cotés des personnes sans-papiers pour obtenir leur régularisation, nous continuons à nous opposer aux expulsions et pour ce faire nous nous associerons aux actions menées contre Air France et le système administratif de délation (à l’exemple de la campagne BAF - Boycotter Air France), nous continuerons à dénoncer la rétention et demander la fermeture des trop fameux centres de rétention crées en leur temps par la gauche. Nous nous félicitons des appels à manifester lancés par la Coordination Nationale des Sans-Papiers pour la fin de ce mois, car nous constatons une nouvelle fois que l’on peut se dire anti-raciste et être pour les expulsions en conséquence nous pouvons affirmer que

Pasqua + Debré = Weil + Chevénement !

Ph Coutant Nantes le 31/08/97


Ce texte a été publié par No Pasaran No Pasaran