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De l’Ofpra au centre de rétention :
les dégoûtés du droit du droit d’asile !


La lutte des « sans-papiers » de St Bernard a remis sur le devant de la scène les déboutés du droit d’asile. De nouveau le scandale de la fin de l’asile fait la une des médias. La fois précédente c’était en 90 / 91 au moment de la crise de l’Ofpra. A l’époque pour attirer l’attention des politiques son directeur avait démissionné. Des dizaines de milliers de dossiers étaient en attente, la procédure durait parfois plusieurs années. De nombreux déboutés du droit d’asile avaient entamé des luttes, on se souvient d’une manif à Paris avec plusieurs dizaines de milliers de personnes en situation irrégulière dans la rue, un cortège dynamique et coloré, des mots d’ordre virulents. C’était juste avant la guerre du golfe en mai. Les grèves de la faim ont pris le relais puisque l’interdiction de manifester et la surveillance des étrangers s’est installée dès le mois d’août, c’était les premières versions du plan Vigie-Pirate.

La communauté kurde a été fortement impliquée dans ces luttes. Le gouvernement socialiste a eut une réponse comportant plusieurs volets : en premier lieu une réforme de l’Ofpra pour l’accélération du traitement des dossiers avec notamment une prime de rendement. On a vu alors des dossiers traités en 6 jours sans audition des personnes demandant l’asile. C’est à se moment là que l’Ofpra est devenu officiellement une machine à refouler les réfugiés.

Le second aspect du règlement de la crise a été la répression de la lutte avec des affrontements violents entre les Crs et les réfugies, mais aussi les charters de Cresson, puis la volonté affichée de Rocard de doubler le nombre des reconduites à la frontière ensuite.

Le troisième volet a été une circulaire accordant le droit au séjour pour un certain nombre de déboutés sous certaines conditions : la circulaire Bianco.
Cette époque n’est plus en mémoire des français et de la militance antiraciste, c’est bien dommage, car on verrait ainsi que beaucoup de déboutés du droit d’asile d’aujourd’hui ont reçu leur refus avant le retour de la droite aux affaires en 93. A ce moment là, la situation était déjà verrouillé pour l’asile. La baisse ultérieure des chiffres est une conséquence de la mise en place des visas, de la mise en place des accords de Dublin qui reportent le contrôle dans le pays de départ et qui pénalisent les compagnies aériennes si elle transportent de « faux » réfugiés.

Tout cela faisait partie des plans de contrôle des flux migratoires mis en place sous Rocard. Ces mesures ne sont pas dues à Pasqua et consorts, mais à la gauche au pouvoir. L’actualité fait resurgir au grand jour une histoire déjà ancienne, c’est à dire la continuité entre la gauche et la droite sur la fermeture des frontières et la fameuse « intégration » qui annonce que l’on intègre les personnes déjà là et on ferme pour les nouveaux arrivants. Barreau d’ailleurs est une figure marquante de cette continuité, il a servi la gauche et la droite sur cette base sans varier de point de vue.

Alors aujourd’hui l’union de la gauche s’appuie sur l’évidence des « droits de l’Homme » pour dénoncer le traitement inhumain de l’affaire des sans-papiers par la droite. Mais ceci camoufle un accord profond sur le racisme d’Etat qui, lui, est compatible avec ces fameux droits de l’Homme. Le traitement différentiel des personnes « étrangères » est inscrit dans le droit longtemps avant l’arrivée de la droite au pouvoir. Bien sûr il ne s’agit pas de nier le saut qualitatif du à Pasqua, notamment avec le retrait de certaines cartes accordées en 91 / 92, ce qui donnera les « super-déboutés ». Il s’agit de souligner la responsabilité de la gauche dans la dérive droitière de la société française, dérive qui se manifeste sur le plan politique avec l’action de l’Etat, sur le plan international avec le maintien et l’amplification de l’impérialisme français, sur le plan idéologique en acceptant que Le Pen marque la situation par le racisme différentiel, sur le plan économique en soutenant le développement du capitalisme qui a eu comme conséquence le désastre social bien connu et qui à l’époque était nommé « nouvelle pauvreté », mais qui était déjà le résultat du développement séparé.

On ne peut pas couper le droit d’asile du reste de la gestion des populations françaises et « étrangères » par la gauche et ensuite par la droite. La fin de l’asile c’est la gauche pas la droite, celle-ci n’a pas eu à changer quoique ce soit au dispositif déjà en place avant 93 en matière d’asile, si ce n’est de systématiser les demandes d’asile par fax en deux jours réalisées par la Paf.

Alors ne nous étonnons pas si aujourd’hui la gauche bien pensante parle de régulariser les parents d’enfants français ou les personnes conjointes de français ou françaises mais pas les demandeurs d’asile dans le fameux cas par cas. La « gauche » est fidèle à sa politique passée qui est bien le dégoût de l’asile. J’espère que les gens de gauche n’envisagent pas de demander l’asile dans un autre pays si Le Pen arrive au pouvoir, auquel cas ils feraient bien de commencer tout de suite à accumuler les preuves de la réalité de leur engagement ; sinon ils risquent de se voir appliquer rapidement le qualificatif de « faux » réfugiés qu’ils sont si prompts à utiliser pour désigner les réfugiés du Sud.

Mehmet Camara : réfugié kurdomalien en exil intérieur et extérieur !


Ce texte a été publié par No Pasaran No Pasaran