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Violences conjugales : soigner l’homme violent
Pour Daniel Welzer-Lang, sociologue :
« Il faut, simultanément, traiter les hommes violents et organiser l’accueil des femmes victimes »
Lien Social Numéro 700, 11 mars 2004

Origine : http://www.lien-social.com/archives/dossiers2004/692a700/700-4.htm

Que pensez-vous de l’existence de centres d’accueil pour auteurs de violences conjugales ?

C’est une nécessité, on ne peut pas accueillir des milliers de femmes victimes de violences tous les ans sans penser à réduire la cause des violences qu’elles subissent. À ce jour en France un certain nombre de centres pour hommes violents existent. Ils souffrent malheureusement d’un manque de crédits des pouvoirs publics, dû à une absence de réflexion politique sur la question des violences faites aux femmes. Pour l’instant tout laisse à penser que nous sommes dans une analyse victimologique sur la question des violences masculines faites aux femmes. Nous accueillons les victimes, avec des moyens certes limités mais qui commencent à pouvoir être relativement efficaces, mais nous ne faisons rien par rapport aux auteurs. Je me souviens des belles déclarations des ministres dans les années 90, je me souviens de celle de Jean-Pierre Raffarin le 8 mars 2003, et pour autant rien ne vient. Pire, le centre de Marseille qui accueille les hommes violents depuis 1987 a arrêté son fonctionnement faute de subventions. Le centre de Paris, dirigé par Alain Legrand (voir article) fait face à d’énormes difficultés financières. Remarquons d’ailleurs que si la France a réussi à mettre en place pour la première fois en Europe de tels centres, elle est aujourd’hui à la traîne de pays européens qui ont su développer des politiques volontaires pour s’occuper des femmes violentées et des hommes violents.

Les centres d’accueil pour hommes violents vous paraissent-ils complémentaires des centres de protection des femmes victimes de violences ?

Bien évidemment, d’ailleurs un débat avait été agité entre les centres pour femmes et les centres pour hommes. Les centres pour femmes ayant peur que l’on coupe les financements des uns pour financer les autres. Les expériences étrangères, notamment les expériences québécoises, les expériences aujourd’hui autrichienne et allemande nous montrent au contraire que quand un Etat s’engage résolument dans le fait de traiter les hommes violents et l’accueil des femmes violentées, ces deux interventions sont complémentaires. N’oublions pas que d’après les chiffres de l’enquête ENVEFF dirigée par Marie Jaspard, un homme sur dix est violent (au sens large) envers sa compagne et qu’un homme sur vingt a violenté physiquement sa compagne dans les douze derniers mois. Ce qui veut dire que nous avons un potentiel d’accueil de quatre cent onze mille hommes en France. Que faire de 411 000 hommes ? Faudra-t-il attendre longtemps de nouveaux Bertrand Cantat pour que le pouvoir s’en inquiète ?

Vous dites que la question de l’accueil des hommes violents repose aussi de manière générale la question de l’approche de genre dans le travail social.

C’est vrai. Où vont les hommes qui ont des difficultés de rupture ? Les hommes qui ont des difficultés par rapport à leur divorce ? Les hommes qui sont au chômage et qui sont en crise de virilité ? Tout se passe aujourd’hui comme si le travail social n’avait pas de sexe ou n’avait pas de genre et qu’il soit dur et difficile de penser l’accueil des hommes qui pourtant en ont bien besoin. La déstabilisation des rapports hommes femmes, des rapports sociaux de sexe, notamment grâce aux luttes du mouvement féministe et des mouvements gais et lesbiens a obligé les hommes à changer. Peu de modèles positifs apparaissent, peu de représentations dans les médias. Les hommes sont aujourd’hui assez paumés par rapport à leur vie. En ce sens le travail social a une place à tenir.

Propos recueillis par Katia Rouff


Lien Social 2004
Origine : http://www.lien-social.com/archives/dossiers2004/692a700/700-4.htm