Origine : http://www.lien-social.com/archives/dossiers2004/692a700/700-4.htm
Que pensez-vous de l’existence de centres d’accueil
pour auteurs de violences conjugales ?
C’est une nécessité, on ne peut pas accueillir
des milliers de femmes victimes de violences tous les ans sans penser
à réduire la cause des violences qu’elles subissent.
À ce jour en France un certain nombre de centres pour hommes
violents existent. Ils souffrent malheureusement d’un manque
de crédits des pouvoirs publics, dû à une absence
de réflexion politique sur la question des violences faites
aux femmes. Pour l’instant tout laisse à penser que
nous sommes dans une analyse victimologique sur la question des
violences masculines faites aux femmes. Nous accueillons les victimes,
avec des moyens certes limités mais qui commencent à
pouvoir être relativement efficaces, mais nous ne faisons
rien par rapport aux auteurs. Je me souviens des belles déclarations
des ministres dans les années 90, je me souviens de celle
de Jean-Pierre Raffarin le 8 mars 2003, et pour autant rien ne vient.
Pire, le centre de Marseille qui accueille les hommes violents depuis
1987 a arrêté son fonctionnement faute de subventions.
Le centre de Paris, dirigé par Alain Legrand (voir article)
fait face à d’énormes difficultés financières.
Remarquons d’ailleurs que si la France a réussi à
mettre en place pour la première fois en Europe de tels centres,
elle est aujourd’hui à la traîne de pays européens
qui ont su développer des politiques volontaires pour s’occuper
des femmes violentées et des hommes violents.
Les centres d’accueil pour hommes violents vous paraissent-ils
complémentaires des centres de protection des femmes victimes
de violences ?
Bien évidemment, d’ailleurs un débat avait
été agité entre les centres pour femmes et
les centres pour hommes. Les centres pour femmes ayant peur que
l’on coupe les financements des uns pour financer les autres.
Les expériences étrangères, notamment les expériences
québécoises, les expériences aujourd’hui
autrichienne et allemande nous montrent au contraire que quand un
Etat s’engage résolument dans le fait de traiter les
hommes violents et l’accueil des femmes violentées,
ces deux interventions sont complémentaires. N’oublions
pas que d’après les chiffres de l’enquête
ENVEFF dirigée par Marie Jaspard, un homme sur dix est violent
(au sens large) envers sa compagne et qu’un homme sur vingt
a violenté physiquement sa compagne dans les douze derniers
mois. Ce qui veut dire que nous avons un potentiel d’accueil
de quatre cent onze mille hommes en France. Que faire de 411 000
hommes ? Faudra-t-il attendre longtemps de nouveaux Bertrand Cantat
pour que le pouvoir s’en inquiète ?
Vous dites que la question de l’accueil des hommes violents
repose aussi de manière générale la question
de l’approche de genre dans le travail social.
C’est vrai. Où vont les hommes qui ont des difficultés
de rupture ? Les hommes qui ont des difficultés par rapport
à leur divorce ? Les hommes qui sont au chômage et
qui sont en crise de virilité ? Tout se passe aujourd’hui
comme si le travail social n’avait pas de sexe ou n’avait
pas de genre et qu’il soit dur et difficile de penser l’accueil
des hommes qui pourtant en ont bien besoin. La déstabilisation
des rapports hommes femmes, des rapports sociaux de sexe, notamment
grâce aux luttes du mouvement féministe et des mouvements
gais et lesbiens a obligé les hommes à changer. Peu
de modèles positifs apparaissent, peu de représentations
dans les médias. Les hommes sont aujourd’hui assez
paumés par rapport à leur vie. En ce sens le travail
social a une place à tenir.
Propos recueillis par Katia Rouff
Lien Social 2004
Origine : http://www.lien-social.com/archives/dossiers2004/692a700/700-4.htm
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