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Petit vade-mecum contre le Front national,
ses idées et ses méthodes


I / Le FN a une vision de la société comme une entité qui doit être fortement hiérarchisée, où l’autorité doit être forte et l’ordre une idée centrale. Il fait ainsi référence à la tradition pour expliquer cette façon d’organiser la société. La hiérarchie des êtres est simple et assez classique :
* en haut on trouve bien sur les hommes blancs et riches et bien sûr, parmi eux, les plus âgés sont les plus valorisés;
* ensuite les autres hommes moins riches et plus jeunes ;
* en dessous viennent les femmes ;
* puis les étrangers, que l’on va tolérer s’ils acceptent leurs positions d’inférieur/es et leur condition liée aux travaux sales et pénibles pour qu’ils soient nos serviteurs.
Ce qui a évolué depuis les années trente, c’est la vision politique qui va mettre en oeuvre cela. Il n’y a plus de colonies n’y d’empire, alors on va développer un « apartheid social » pour que tout cela fonctionne correctement. Les êtres inférieur/es doivent être séparé/es, encadré/es et surveillé/es en permanence, et bien sûr puni/es aussi souvent que cela est nécessaire.

II / Les justifications
1 / la naturalisation
C’est un procédé qui consiste à dire que le fonctionnement hiérarchique est basé sur la « nature ». La famille et la nation seraient « naturelles ». La famille, telle que nous la vivons, est un résultat qui nous vient d’une longue évolution historique. La famille a changé au cours de notre histoire, sa composition, son fonctionnement ne sont plus les mêmes qu’avant. Elle continue d’évoluer en ce moment, on le voit facilement entre la génération de nos parents et celle de nos enfants. La nation n’a pas toujours existé sous cette forme. En France, tout le monde sait cela, sinon la révolution de 1789 n’aurait pas existé.

2 / De la nature à la culture ou du biologique au culturel
Les anciennes théories fascistes et racistes s’appuyaient sur la couleur de peau, la forme du nez, les cheveux crépus ou non, les yeux, la façon de parler. Aujourd’hui, les néo-fascistes et les néo-racistes utilisent la culture pour fonder leurs positions. Ils ne peuvent plus se dire racistes comme avant la seconde guerre mondiale. La Shoah a tellement choqué, que maintenant il faut trouver de nouvelles façons de présenter le fascisme et le racisme. Pour y arriver, la nouvelle droite a utilisé le relativisme culturel. On connaît une formule simple qui énonce cela : « nous n’avons pas les mêmes valeurs ». Cet énoncé peut être un constat sur la différence entre deux manières de vivre et de voir le monde, ou une façon de dire qu’il est impossible de s’entendre et que chacun doit rester chez soi.
En liant culture et territoire, les néofascistes et les néoracistes ont mis en avant le thème de la différence. A l’origine, ce thème a été utilisé par des luttes de gauche pour faire accepter à la société les diverses façons de vivre possible aussi bien sur le plan sexuel que sur le plan géographique (« vivre et travailler au pays » par exemple). Le relativisme culturel utilisé par le FN énonce, sans forcément le dire explicitement, que la culture occidentale des blancs est la plus élevée, la meilleure. Les autres cultures sont considérées comme inférieures et on trouve alors normal que l’islam soit l’image même de la barbarie ou de l’archaïsme. Sa culture religieuse est archaïque parce que les rites le sont. Celui de tuer le mouton est le plus connu, alors que nous, nous nous sommes élevés au niveau du symbole et que « eux » en sont restés au niveau animal comme du temps des juifs et des romains de l’époque de Jésus. L’archaïsme est dit très clair avec la façon dont ils traitent les femmes, cela a été et est encore visible avec le foulard. Ce qui se passe en Algérie ou en Afghanistan est significatif de cela. Leurs méthodes guerrières sont horribles et sanguinaires : le couteau pour égorger, la machette au Ruanda, etc. La notion de communauté est accolée aux rassemblements d’immigrés, c’est devenu un repoussoir dans notre pays républicain. Ces « gens là » ne sont rien sans leur communauté et sont incapables de partager nos valeurs, où la personne autonome est la règle, exit la solidarité dans une situation difficile. Le phénomène des « bandes ethniques » est la pointe avancée de cette tendance, comme les ethnies en Afrique, où le tribalisme devient la seule explication des malheurs de ce continent.

III / Quelques grands thèmes récurrents :
1 / Le danger
Cette approche est visible par l’obsession de la sécurité ou de la pureté. Le vocabulaire médical peut être présent avec la notion de contamination. Les personnes qui sont dangereuses peuvent nous détruire comme le font les microbes, il faut alors faire de la prévention. Pour se protéger la notion frontière est importante. Cette barrière doit être étanche et bien fermée pour éviter que les hordes du Sud nous envahissent. Au niveau interne, cette méfiance fonctionne avec les amalgames si courants :
* immigré = problème,
* immigré = chômage,
* délinquance = jeunes étrangers,
* banlieue = ghetto = immigration.
En regard de cette approche, la sécurité est invoquée en permanence. La préférence nationale devient la couverture du racisme puisqu’on doit réserver certaines choses aux français et françaises de souche et exclure les autres.

2 / La décadence
On retrouve ici la notion culture, puisque notre culture est quand même la meilleure. Pour se protéger de la différence, il faut s’appuyer sur notre tradition, sur nos traditions qui ici ne sont pas archaïques, et accentuer la coupure en appuyant sur la notion de pureté. On comprend alors le refus du mélange, du métissage, des mariages mixtes. Le Pen a dit plusieurs fois explicitement qu’il préférait ses soeurs et ses cousines pour les mariages plutôt que les femmes d’origine plus lointaine. Ce qui pourrait rapidement conduire à la consanguinité et à la décadence dont ces personnes cherchent tant à se protéger, mais on n’est pas à une contradiction pour que la démagogie fonctionne. Le refus des autres cultures est net, on le voit aussi dans le refus des cultures différentes dans notre propre sphère culturelle avec la critique du rap, par exemple. En art, la notion de décadence permet de critiquer et de dévaloriser les formes artistiques contemporaines : « un enfant ferait aussi bien ! »
On retrouve cela aussi dans les formes de vie, où, par exemple, les homosexuels sont considérés comme des décadents et des inférieurs. Le thème du machisme est très fort dans l’idéologie des fascistes et des racistes, c’est une nécessité pour le culte de la force et la mobilisation permanente.

3 / « Tous pourris »
Cette phrase est devenue une banalité. Elle permet de dire que la démocratie doit être reformée, la république changée. Pour arriver à ses fins, le FN et l’extrême droite savent très bien utiliser les avantages de la tolérance démocratique, mais c’est bien une société non démocratique qui est visée. L’ennemi intérieur sait qu’il devra compter avec la répression et la surveillance, qu’il a de grande chance de finir enfermé dans des camps.
Le slogan « Mains propres et tête haute » peut s’inverser pour connaître le sens exact des théories fascistes et racistes : « Main haute et tête propre », une main haute comme le salut nazi et une tête propre comme l’uniforme.
La dénonciation de la pourriture concerne celle des autres, celle de la démocratie, si souvent qualifiée de « ploutocrate », pas celle que développe en son sein l’extrême droite. C’est une nouvelle façon de relooker le fascisme et le racisme.

4 / La théorie du combat
Pour se développer et fonctionner, ces thèses ont besoin d’un ennemi, d’un bouc émissaire. Ceci permet de souder le groupe, ainsi les humains ont un point commun : la haine de l’autre. La virilité est flattée et exacerbée pour tenir tout le monde prêt au combat et maintenir la tension de la vigilance. C’est une vision de la société qui est paranoïaque. Elle permet d’oublier ou de masquer ses conflits internes, en particulier celui entre les riches et les pauvres. Pourtant les dirigeants de l’extrême droite n’ont pas l’air d’avoir peur de l’argent ou de vivre pauvrement.

Pour conclure provisoirement ...
Toutes ces approches se mélangent avec les façons anciennes de justifier le fascisme et le racisme. La grande force du renouveau fasciste est de ne pas se présenter comme tel. Au contraire, il met en avant des thèmes qui séduisent le peuple, les classes populaires. Leurs idées ont du succès parce qu’elles se développent dans un contexte de crise, une ambiance de mutation généralisée, où plusieurs phénomènes se conjuguent pour encourager la diffusion et la banalisation des idées fascistes et racistes :
* le développement de la pauvreté dans nos sociétés,
* La perte de sens vis à vis de toute toutes les évolutions de notre temps,
* la diffusion généralisée des valeurs liées à l’argent, du culte des apparences, le refus d’assumer leurs responsabilités si courante chez nos dirigeants,
* la mondialisation qui est vécue comme un danger et que l’on présente sous l’angle du cosmopolitisme,
* le développement des méthodes de traitement social de la pauvreté, une sorte d’assistanat qui ne se dit pas comme tel, mais qui maintient la paix sociale. Cette situation permet d’affirmer que l’on vient en France pour les allocs et non pas parce que d’où on part c’est invivable,
* la disqualification répétée de la politique avec tous les scandales de ces dernières années. Ceci incite facilement à penser qu’un peu de nettoyage ne serait pas superflu, ce que l’extrême droite sait bien utiliser pour présenter ses solutions néfastes ;
* le fait que la gauche a choisi la gestion du système et a mis fin à ses souhaits de transformation de la société. La fin de l’espoir communiste n’est pas pour rien dans la confusion généralisée. La présentation de la volonté de changement social et politique qui aboutit à la barbarie (Staline) est une disqualification de la politique qui voulait ou qui voudrait encore aujourd’hui changer le monde et aller vers l’égalité et la justice.
Toute cette ambiance mentale contribue à faire que le FN, ou les autres composantes de l’extrême droite, deviennent un espoir, une promesse de solution pour beaucoup de gens, qui sont en danger social dans le contexte contemporain.

Chaputol Pintipe Nantes le 18 mars 2001