Une vague de tontonmania a récemment submergé la France.
Elle nous rappelle que le culte de la personnalité n'est pas
quelque chose d'exotique réservé à des slaves un
peu rustres.
Comment interpréter cette mitterrandolatrie ? Les analyses manquent
pour l'instant. En tout cas il me semble nécessaire de dire pourquoi
je n'ai pas adoré et je n'adorerai pas Mitterrand.
Pour expliquer mon propos il s'agit de tenter de comprendre notre histoire
politique, histoire qui continue à influencer notre vie et continuera
pendant encore longtemps. Car de quoi s'agit-il dans cette affaire ?
D'une politique de droite et d'une carrière personnelle derrière
un parole de gauche, d'un développement de la domination et une
accentuation du spectacle sous couvert d'humanisme réaliste.
Ce n'est pas seulement Mitterrand qui est mort, c'est toute la gauche.
En essayant de faire un bilan politique on est frappé par la
similitude des résultats aussi bien sur le plan du racisme et
des étrangers en France que sur le plan des rapports avec le
tiers-monde. L'égalité était une idée forte
pour la gauche tant pour l'intérieur du pays que pour les rapports
entre les peuples. Force est de constater que dans ces deux domaines
l'écart entre les paroles et les actes, la liaison entre le maintien
de la domination ou son accentuation et la montée en puissance
du spectacle est étonnante.
Par exemple en 81 tout le monde a salué l'abolition de la peine
de mort. Il a été remarqué que cette mesure a été
prise alors que la majorité des français étaient
contre. Ce qui est curieux c'est que le même argument a été
utilisé pour justifier le refus du droit de vote aux étrangers.
Un même argument a ainsi deux fonctions complètement contradictoire,
dans le premier cas il sert à présenter le grand homme
comme courageux et faisant avancer l'humanisme et dans le second il
est captif de l'opinion qui l'empêche d'aller de l'avant. Car
l'important c'est bien l'image qui reste pas le contenu politique et
personne ne signale que Mitterrand a été timoré
et incapable d'assumer un réel débat politique.
En pariant sur l'égalité des droits ce n'est plus l'extrême
droite qui aurait polarisé le débat, son fond de commerce
aurait été anéanti. Les politiciens pour obtenir
des voix n'auraient pas pu se servir des étrangers au statut
inférieur comme bouc émissaire. Au contraire ils auraient
cherché à obtenir les voix des étrangers. Ceci
aurait créé un état de fait difficile à
inverser comme l'ont été l'I.V.G. et la peine de mort
à leur niveau.
Si la régularisation des sans-papiers a été une
bonne chose on ne peut en dire autant de la création des centres
de rétention (le lieu où l'on "retiens" les
étrangers devant être expulsés suite à une
décision administrative). Il est exact que ceci mettait fin au
scandale des prisons clandestines comme celle d'Arrenck à Marseille.
Mais ces centres de rétention seront un outil indispensable pour
la mise en oeuvre des expulsions par l'administration. C'est un moyen
administratif où la justice ne peut intervenir, ce qui constitue
une limitation de l'état de droit.
Le nombre de ces centres permettra de mailler tout le territoire national
d'un réseau efficace pour la police. Le refus de la rétention
a divisé la gauche à l'époque. Aujourd'hui le problème
reste entier et il s'est encore approfondi depuis la création
des camps de rétention, où l'on peut détenir sans
jugement des personnes pendant des périodes de trois mois. La
"gôche" a bien géré la domination de l'Etat
raciste. Sans les centres de rétention Pasqua et consorts n'auraient
pas pu être si zélés dans leur politique d'expulsion.
La limitation du regroupement familial a été une mesure
prise par Georgina Dufoix en 84. Cette première restriction a
été suivie par beaucoup d'autres pour arriver au blocage
actuel. Cette atteinte au droit de vivre en famille on la doit bien
à la gauche mittérrandienne. Déjà à
l'époque on nous disait qu'il fallait intégrer ceux qui
étaient là et bloquer les nouvelles entrées, sans
voir que le venue des familles était une conséquence de
la fermeture des frontières et de l'installation dans la durée
des travailleurs immigrés.
On pourra m'objecter que c'est quand même Mitterrand qui a accordé
la carte unique de 10 pour le séjour des étrangers en
France. C'est exact, à la nuance près que c'est suite
à une forte mobilisation des beurs lors de la marche en 83 et
de Convergence 84 que cette mesure sera arrachée. Il fallait
calmer les jeunes des banlieues qui commençaient à s'agiter
en particulier dans la région lyonnaise.
Par contre il n'a jamais été question de reprendre la
notion de nouvelle citoyenneté qui était une revendication
qui s'est affirmée à cette époque. La nouvelle
citoyenneté est un concept politique qui préconise la
séparation de la citoyenneté de la nationalité,
c'est à dire que l'on pourrait exercer la citoyenneté
de façon active quelque soit le lieu, son âge et son origine.
Actuellement seules les personnes ayant la nationalité française
ont la possibilité d'exercer la citoyenneté, c'est la
démocratie parlementaire que nous connaissons bien.
La nouveau code de la nationalité de Pasqua a été
dans le sens inverse de la nouvelle citoyenneté puisqu'il restreint
l'accès à la nationalité aux enfants de personnes
étrangères nés en France, il accentue le droit
du sang contre le droit du sol. La gauche avait bien préparé
le terrain.
L'idée de la nouvelle citoyenneté était une façon
de poser la question de l'égalité des droits en revendiquant
de nouveaux droits et l'élargissement de la notion de citoyenneté
issue de la Révolution Française et des Lumières.
Mais cette idée n'a pas été reprise ni par la "gôche"
ni par Mitterrand. La gestion a pris le pas sur le changement social.
Pourtant les idées étaient là portées par
le mouvement associatif et une certains nombre de personnes du milieu
intellectuel.
Il est vrai qu'à ce moment là il était plus amusant
pour "tonton" de jouer avec l'extrême-droite pour diviser
la droite. Au nom d'une avancée démocratique : l'institution
d'une dose de proportionnelle aux élections, il a permis au parti
de J.M. Le Pen de rentrer au parlement et de passer la barre des 15
%.
Même si Mitterrand n'était pas lepéniste à
ce moment là (son passé lui est moins clair) ce petit
jeu a eu comme effet de banaliser le Front National et de lui donner
l'opportunité de se présenter comme républicain,
puis comme victime de la "bande des quatre" après l'abolition
de la proportionnelle.
Mitterrand a donc favorisé directement ou indirectement la montée
du FN en France. Ce que certains présentent comme de l'habilité
politique ou un machiavélisme moderne a quand même eu des
conséquences qui ne sont pas sans importance du point de vue
de la fascisation de notre société.
Que dire de limitation du droit d'asile qui a aboutit à sa quasi-dispartion
en France ?
Pourtant les dirigeants français ne manquent jamais une occasion
de se référer à la patrie de Droits de l'Homme.
Le mythe continue d'attirer des combattants de la liberté de
nombreuses, régions du monde, qu'elle n'est pas leur désillusion
quand on leur refuse le statut de réfugié.
Comment peuvent-ils comprendre pourquoi on leur dit qu'ils n'ont pas
de preuves des persécutions qu'ils allèguent alors qu'ils
n'ont que quelques minutes (au cas où ils sont reçus par
l'Ofpra) pour parler de leur histoire et qu'ils ont l'impression de
passer en jugement. L'ultime modalité de la destruction du droit
d'asile en France c'est le dossier express rédigé par
la police à la frontière, passé par fax et examiné
en deux jours, c'est à dire refusé à plus de 98%.
La fin du droit d'asile a entraîné une grave crise à
l'OFPRA et des luttes de la part de déboutés concernés.
Les associations ont alerté la gauche et les gouvernements successifs,
rien n'y a fait. En haut lieu on nous renvoyait sur Tatie Danielle et
sa fondation, tout en continuant à dérouler le tapis rouge
pour les dictateurs.
Que dire de la double peine et de son maintien par Mitterrand et la
gauche ? Qu'elle a toujours été considérée
comme "normale". Le principe d'égalité voudrait
qu'elle soit abolie, non on continue d'expulser des personnes ayant
été condamnées à une peine de prison au
seul motif que leur origine est étrangère. Ainsi ces personnes
sont condamnées deux fois (une fois à la prison et une
autre fois à être expulsée), et ce même si
elles ont passé toute leur vie ou presque toute leur vie en France
ou qu'elles y soient nées.
Les dégâts humains provoqués par ce genre de mesure
a provoqué de nombreuses luttes. Là aussi la gauche savait
et Mitterrand n'a rien fait. Les occasions n'ont pas manqué en
particulier lors de la mise en place de la loi Joxe en 89 après
le retour de la gauche au pouvoir. Mais on ira plus loin encore avec
Rocard qui augmentera les crédits de la police pour doubler le
nombre de reconduites à la frontière, il terminera sa
carrière en faisant voter une texte sur "la maîtrise
des flux migratoires" qui sera la base des mesures ultérieures
de Pasqua.
La xénophobie a donc contaminé la société
française depuis longtemps et en profondeur, car ceux qui en
principe avaient été élus pour que le monde change
ont accepté et développé le racisme d'Etat et ne
se sont guère inquiétés de la montée de
la xénophobie. L'imprégnation des idées de Le Pen
est donc très forte, au point tel que la double peine ou la fin
de l'asile politique n'ont pas choqué la gauche.
Ainsi on peut comprendre pourquoi Mitterrand ne s'est pas opposé
à la mise en place des visas par Pasqua en 86. L'Europe forteresse
est en construction depuis longtemps. Cela avait commencé avec
le groupe de Trévi (composé des ministres de l'intérieur
de la CEE) et la gauche était alors au pouvoir. Ce sera ce travail
préparatoire qui se terminera par les accords de Schengen et
la fermeture de frontières, fermeture qui sera entériné
par Mitterrand et la gauche.
On voit bien pourquoi Le Pen a été utile pour les dominants
français, il a testé ce qui deviendra le consensus général
quelques années après. Au lieu de se battre sur un terrain
mondialiste la gauche et Mitterrand ont accepté qu'on injecte
de la nation au moment même, où celle-ci n'est plus à
l'ordre du jour pour le kapital. Ainsi on reste bien dans le particularisme
et le nationalisme, on laisse se mettre en place un recours réactionnaire
contre la mondialisation. De l'universalisme et de l'internationalisme
à la défense de la nation, quel beau parcours !
Le débat peut alors se focaliser sur l'Europe comme seule issue
possible, c'est à dire comme avenir pour la domination continuée
du vieux continent, bravo !
L'argument massue qui nous était opposé, c'est que "l'on
ne peut accueillir toute la misère du monde". Ainsi posé
le problème conduisait au blocage et à la légitimation
de la préférence nationale.
En premier lieu il n'a jamais été question d'accueillir
toute la misère du monde, une infime partie seulement. De plus
il aurait pu s'agir de s'attaquer aux sources de la misère du
monde et d'oeuvrer à ce que soient modifiées les raisons
de l'immigration. Evidemment ceci impliquerait que soit bouleversé
l'ordre mondial. Mitterrand en bon gestionnaire de l'impérialisme
français ne s'est jamais situé sur ce terrain.
Au contraire il nous a parlé du seuil de tolérance, notion
qui est issue d'une déformation de l'ethno-différentialisme.
Celui-ci étudiait la relativité des cultures et valorisait
les cultures primitives en particulier contre l'ethnocentrisme colonialiste.
L'insistance sur la différence a permis aux racistes d'utiliser
cette thèse pour prôner la muliculturalité, où
la mosaïque serait un modèle performant. Les cultures se
côtoient sans se rencontrer et on doit veiller à ce que
chacun reste à sa place, d'où l'importance du seuil de
tolérance qui implique que les étrangers soient contrôlés
et sous surveillance. C'est l'une des modalités de la préférence
nationale.
On voit bien ici comment la gauche a abandonné tous les thèmes
qui faisaient sa force. Au lieu de prendre le débat idéologique
à bras le corps et de réaffirmer les valeurs d'égalité
et de solidarité, Mitterrand et la gauche soutenaient SOS Racisme.
L'anti-racisme était alors fortement spectaculaire et médiatique.
On organise de grands concerts, les petites mains et les briquets fusionnent
l'émotion collective. C'est alors très facile d'être
des "gens biens", d'être dans la bonne voie et ce à
pas cher.
Qu'importe si sur le terrain l'exclusion se développe, que les
crimes racistes se multiplient, que le Pen augmente son influence, que
les banlieues flambent pour le grand bonheur de la télé.
Le soutien à SOS Racisme permet d'ignorer les associations de
solidarité ou les regroupements de personnes étrangères.
La force symbolique va toute au spectacle, à l'image, donc à
l'apparence et donc à l'anéantissement de la solidarité
et de la citoyenneté active.
Mitterrand lui se situe au-dessus de la mêlée, il prend
de la hauteur, il aime à se laisser flatter par la qualification
de "sphinx". Ce qui lui permettra de faire dire qu'il n'est
pour rien dans tout ce qui se passe. Le monarque républicain
laisse la misère se développer et les immigrés
devenir le bouc émissaire du malaise ambiant et il n'y serait
pour rien !
La société du spectacle (au sens de Guy Debord) continuait
son oeuvre de dépossession et la dérive droitière
et maffieuse touchait toute la société, Mitterrand compris.
Faut-il occulter la politique de Mitterrand en Afrique ? Que penser
de son soutien aux dictateurs comme Hassan II, Mobutu, Yadema, Bongo
et consorts ?
Au sommet de la Baule il avait été question de lier démocratie
et développement, mais dans les faits si peu de choses changeaient
que l'on pouvait se demander s'il pouvait y avoir un écart plus
grand entre les paroles et les actes. Biarritz consacrera le maintien
de la politique impérialiste de la France et l'absolution des
horreurs qui lui sont liées.
Comment passer sous silence le soutien de Mitterrand au régime
fasciste du Ruanda, les fournitures d'armes jusqu'en mai 94 alors que
le massacre était commencé, les conseillers militaires
qui formeront les génocideurs, l'opération Turquoise pour
camoufler et effacer ce qui pouvait encore l'être.
Le Ruanda nous doit un million de mort, merci Mitterrand !
Faut-il laisser s'installer le silence sur l'indépendance refusée
à la Kanaky ? Pourquoi Mitterrand a-t-il couvert Pons le boucher
d'Ouvéa, où, suite à une prise d'otage des indépendantistes,
il a fait donner l'assaut qui s'est terminé dans un bain de sang
et 19 morts.
Faut-il oublier Tahiti et les essais nucléaires ?
Mitterrand restera dans l'histoire comme celui qui a fait arrêter
les essais nucléaires, mais sous son règne il a fait exploser
plus de 100 bombes atomiques dans le Pacifique et pour empêcher
l'opposition aux essais de s'exprimer il sera responsable du crime du
Raimbow Warrior.
Toujours cette dualité images / faits réels qui émerge
de façon lancinante, la valorisation spectaculaire a comme exact
opposé les morts et les ignominies, l'envers du miroir est sale
et sanguinolent.
Tout au long de ces quatorze années l'armée n'as pas eu
à se plaindre de Mitterrand. Le summum sera atteint avec la guerre
du Golfe et ses 200 000 morts irakiens et le blocus contre l'Irak (blocus
toujours en vigueur actuellement et dont la principale victime est la
population civile).
Pendant ce temps face aux monceaux de cadavres l'humanitaire se développait,
comme si pour venir au secours des victimes de l'impérialisme
il fallait trouver une parade qui détourne des vrais problèmes,
qui empêche la réflexion qui oserait mettre en cause le
"nouvel ordre mondial".
Kouchner pourra utiliser l'émotion enfantine, les médias
feront de bonnes affaires, les majors de l'industrie musicale se frotteront
les mains, car il est maintenant prouvé que même avec un
famine on peut faire beaucoup d'argent. .
La bonne conscience occidentale est ainsi rassurée à bon
compte, ce qui politiquement est vraiment une bonne affaire contre le
tiers-mondisme ringard des années antérieures. Comme pour
le racisme, le spectacle par son évidence camoufle les vrais
questions et la gauche ne joue pas son rôle, au contraire c'est
elle qui devient le véhicule majeur de la grande arnaque politique
en prônant les droits de l'homme et l'humanitaire. Il s'agit d'atténuer
les conséquences du système en agissant au niveau des
victimes pas de toucher au coeur de la domination.
Mais que pouvait-on attendre d'autre de gens qui ont choisi de maintenir
cette domination et d'en profiter un maximum. Et c'est là que
Mitterrand sera grandiose : en dominateur.
Comment ne pas se souvenir des fausses factures et de l'auto-amnistie
de la classe politique ?
Comment ne pas penser au sang contaminé et à la mort programmée
des transfusés ? Comment interpréter la volonté
politique d'étouffer l'affaire ?
Maintenant on a l'impression que la gauche est orpheline sans Mitterrand
et que la gauche sans Mitterrand ce n'est plus la gauche.
Si la gauche n'existe plus comme force de transformation sociale on
le doit en partie à Mitterrand, mais surtout à son absence
de lucidité et à ses modèles.
Pourquoi, par exemple, une telle croyance en cet homme a-t-elle pu se
développer ?
On s'est étonné de son passé et de son ambiguïté
vis à vis de Vichy, on a été scandalisé
par son amitié avec Bousquet. Pourtant tout le monde pouvait
savoir au moins pour le passé. Avant son élection en 81
les Presses de la Fondation des Sciences Politiques avaient publié
un livre sur son parcours. Des Croix de Feu à la francisque,
de l'attentat de l'observatoire à la guerre d'Algérie
tout y était. Ce livre n'a pas été démenti
ni interdit.
Sans doute que l'on ne voulait pas savoir, l'occultation est magique,
elle lave plus blanc que blanc. La bonne conscience de gauche s'est
contentée de peu, un lavage de cerveau volontaire en quelque
sorte.
L'oubli de la pacification en Algérie menée par Mitterrand,
alors qu'il était Ministre de l'Intérieur en 54, est significatif
de l'attitude suicidaire de la gauche. C'est Rocard et le PSU qui, entres
autres, ont dénoncé la politique colonialiste de Mitterrand.
Pourquoi la fameuse ambiguïté a-t-elle été
valorisée comme un art de la politique, comme si le machiavélisme
était l'art suprême en politique, alors que tout le monde
pouvait se rendre compte que la parole de gauche cachait la domination
de fait.
Mitterrand s'était opposé à De Gaulle dès
la guerre parce qu'il ne supportait pas la soumission, c'est ce que
rapporte certains commentateurs, mais c'est sa soumission qu'il n'acceptait
pas, celles des autres lui convenait bien.
Ce qui est remarquable c'est la haute idée de soi que Mitterrand
et la gauche ont pour eux-mêmes. L'essentiel c'est de faire semblant
de changer un peu les choses tout en se plaignant de la difficulté
à faire évoluer la société. Une bonne solution
pour continuer à gérer le système tout en ayant
une bonne conscience de soi.
Notons qu'il n'a pas été beaucoup question de toucher
au kapital puisqu'il est mis au crédit de Mitterrand et de la
gauche au pouvoir d'avoir réconcilié le français
et la gauche sociale avec l'entreprise, quel exploit !
Les résultats sont à la hauteur des espérances
: corruption, exclusions, déstructuration sociale, chômage,
omniprésence des médias, accentuation de la domination
de la marchandise, perte de confiance dans la politique, montée
de l'extrême-droite, etc..
Selon certains observateurs attentifs il n'y eu qu'un seul échec
dans le parcours politique de Mitterrand : Mai 68. Il n'a pas pu se
servir des événements et oh injure suprême, il a
été violemment critiqué par le mouvement. Si les
politiciens du style de Mitterrand ne sont pas à l'aise dans
les mouvements sociaux c'est certainement parce que dans ces moments
là en politique on s'approche un peu plus près de la vérité.
En conséquence c'est ce qui nous reste à faire : être
en mouvement.
Pour faire face aux illusions perdues, nous devons construire l'alternative
ou les alternatives au kapital, au spectacle.
En 1981 je n'avais pas voté Mitterrand, à l'époque
je n'avais aucune confiance dans l'idée du débordement
par la gauche. Aujourd'hui on constate bien un débordement, mais
il a eu lieu par la droite et l'extrême droite.
Voilà pourquoi je ne vénérerai pas Mitterrand et
pourquoi je voudrai sortir d'une certaine schizophrénie contemporaine.
On la connaît bien, elle fait partie de ce qui est "normal"
et dont il ne faut pas parler : le maintien de la domination tout en
ayant une bonne idée de soi-même tant au niveau individuel
qu'au niveau collectif.
Je n'accepte plus les arguments qui tente de justifier le pouvoir, la
participation à sa gestion ou sa reproduction, alors qu'on trouve
toujours de bonnes raisons pour que tout continue comme avant ou pour
laisser empirer la situation.
Cette complaisance avec le malaise, c'est bien ce qui caractérise
la gauche actuelle. Si celle-ci se contente de mariner dans cette misère
politique et existentielle, l'échec et l'impuissance seront toujours
au rendez-vous.
Il est donc tant de faire le deuil, pas de Mitterrand, mais de notre
myopie politique.
Quant à Mitterrand il peut rester où il est à Jarnac,
un beau symbole pour le grand maître de la trahison.
On peut l'applaudir, il était très fort comme stratège
de la domination. Il a bien fini, le coup du père François
a encore fait jouir la France, la mort du maître a été
un grand moment d'émotion. Une belle hystérie collective
pour le grand ordonnateur du mensonge et le spécialiste de la
duplicité.
Il est ainsi démontré une fois encore qu'on peut facilement
adorer un beau salaud.
Merci François pour cette leçon d'humanité !
Philippe Coutant Nantes le
??? en 1996
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