Message Internet
Date: 9 Janvier 2002
Subject: [convergence-libertaire] les "chef-fe-s" dans les
collectifs autogérés...
Salut à tou-te-s, je voulais vous envoyer un papier sur les
chef-fe-s (implicites) dans les collectifs autogérés...
Cest une sorte de récapitulatif de plusieurs discussions
quon a eues entre squatteureuses de plusieurs villes.
Le papier en question est un tableau à lorigine, mais jai
préféré lenvoyer ici sous forme rédigée,
parce que internet, je my connais pas assez, et jai trop
peur quun tableau envoyé en fichier joint se transforme
en informe charabia. Enfin la version tableau, elle reste disponible
par courrier pour qui veut.
Un tableau ça a ses limites, et ça, cest le sujet
dun deuxième papier sur les chef-fe-s, qui suit bien sagement
juste en-dessous.
Et voilà, et noubliez pas de bien lire lun des paragraphes
du deuxième texte : le but de ces textes nest pas dêtre
juste lus ou cités ou affichés ou je ne sais quoi, enfin
vous faites ce que vous voulez avec, bien sûr, mais moi ce que
je trouverais bien cest quils ne soient quune base
de réflexion, cest-à-dire quils soient commentés,
contredits, complétés, etc., etc., grâce à
toute la diversité de nos expériences, pour quau
bout on arrive à des choses plus abouties et plus collectives.
LES CHEF-FE-S : COMMENT SEN DÉBARRASSER ?
Le tableau a (pour linstant) 6 lignes et 4 colonnes. Les lignes,
ce sont les différents types de pouvoir, quon a limpression
de constater dans nos collectifs (donc yen aurait 6). Les colonnes,
ce sont les différentes manières de sen débarrasser.
Enfin, la première colonne, cest plus une description de
lexcès de pouvoir en question, comment il se manifeste,
à quel genre de chef-fe il mène. La seconde, cest
ce que peuvent faire les chef-fe-s elleux-mêmes (les dominant-e-s)
pour lutter contre cette situation de pouvoir. La troisième,
cest ce que peuvent faire les autres gens du collectif (les dominé-e-s)
pour lutter contre ce pouvoir. La quatrième, cest ce que
peut mettre en place le collectif dans son ensemble (dominant-e-s +
dominé-e-s) pour lutter contre ce pouvoir. Ce quon peut
remarquer en regardant bien cest que ô surprise il y a des
signes + entre les trois dernières colonnes. Ce qui
pourrait signifier que les solutions aux situations de pouvoir requièrent
un effort des dominant-e-s, des dominé-e-s, et du collectif dans
son ensemble. Bon mais ça on développera plus loin.
Le tableau est rédigé en suivant les lignes : type de
pouvoir par type de pouvoir.
1. Le pouvoir dINITIATIVE.
Il correspond à la capacité dagir par soi-même,
davoir et de lancer des idées, de prendre les devants.
Son excès, cest la situation où seule 1 personne
(ou seules peu de personnes), a cette capacité dans le collectif.
Elle tire le groupe, lentraîne, lui donne de lénergie.
Elle paraît infaillible. Quand elle nest pas là,
le collectif est un peu inerte / paumé.
Ce que peut faire la/e détenteurice (ou les détenteurices)
de cet excès de pouvoir, cest se mettre en retrait, ne
pas se jeter systématiquement sur le premier truc à faire,
quitter momentanément le groupe, montrer ses failles, être
moins exigeant-e / plus tolérant-e / plus confiant-e envers les
autres membres du collectif, cesser de craindre que sans ellui, les
choses seront forcément mal faites.
Ce que peuvent faire celleux qui subissent cet excès
de pouvoir, cest prendre confiance en soi, se lancer, se jeter
à leau, ne pas se reposer sur lénergie / les
idées / la toute-puissance dun-e seul-e (ou de quelques-un-e-s).
Ce que peut faire lensemble du collectif, cest créer
un climat de confiance où lon accepte les tentatives, les
échecs, les faiblesses. Ca peut aussi être identifier collectivement
les différentes choses à faire ou à prendre en
main, et formuler clairement, pour chacune, QUI sen charge, histoire
de montrer puis déviter que toutes les tâches soient
accaparé-e-s par un-e seul-e ou quelques-un-e-s.
2. Le pouvoir dINFORMATION.
Linformation est lun des outils nécessaires pour
prendre des initiatives.
Lexcès de ce pouvoir, cest quand une seule personne
(ou une minorité de personnes) dans le collectif a toutes les
infos importantes dans la tête. Elle devient une personne référente,
indispensable.
Ce que peut faire ce-tte dominant-e (ou ces dominant-e-s), cest
transmettre ces infos aux autres gens du collectif, aussi souvent que
possible, par oral et surtout par écrit (pour quelles soient
accessibles tout le temps par tout le monde).
Ce que peuvent faire les dominé-e-s, cest sapproprier
linformation, ne pas se reposer sur des personnes référentes
quon questionne quand on en a besoin.
Ce que peut faire le collectif, cest créer des outils dinformation
collective : panneaux, cahiers, agendas, répertoires, dossiers
juridiques...
3. Le pouvoir de COMPETENCE.
Les compétences, les savoirs techniques ou manuels, sont dautres
outils nécessaires pour prendre des initiatives.
Lexcès de ce pouvoir, cest quand une seule personne
(ou une minorité) détient les compétences nécessaires
au collectif (par exemple, bricoler lélectricité,
écrire un tract, faire une affiche, parler en public...) Cette
personne devient spécialiste et indispensable.
Ce que peut faire lae dominant-e (ou les dominant-e-s), cest transmettre
sa compétence dès que possible. Cest être
disponible pour cette transmission : se mettre à la portée
des autres, ne pas les mépriser, ni les envoyer chier, quand
illes posent des questions.
Ce que peuvent faire les dominé-e-s, cest se munir dune
certaine curiosité : trouver lenvie dacquérir
au moins quelques autres compétences que la leur. Et cest
solliciter la transmission de compétence par lae compétent-e.
Ce que peut faire le collectif, cest instaurer ou généraliser
les échanges de savoir dans la vie du collectif. Par exemple,
faire en sorte que pour chaque tâche, il y ait 2 exécutant-e-s
: lun-e compétent-e, et lautre qui a envie dapprendre.
4. Le pouvoir de la PRÉSENCE physique dans les moments de
laventure collective.
Lexcès de ce pouvoir, cest quand une seule personne
(ou une minorité) est toujours présente. Elle est la seule
à voir et à vivre tous les moments de laventure
collective (réunions, actions...) : elle en connaît et
maîtrise tous les détails. Elle fait partie du collectif
plus que quiconque.
Ce que celle-ci peut faire, cest prendre des vacances, sabsenter,
arriver en retard... Se rappeler quil peut y avoir dautres
choses à faire, dautres choses dans la vie que cette aventure
collective.
Ce que peuvent faire les dominé-e-s, cest ne pas oublier,
quand lae dominant-e est absente ou en retard, de ne pas lattendre
! pour agir ou commencer. Ca peut être, aussi, faire des réunions
non-mixtes dominé-e-s (par exemple, dans un squat, non-habitant-e-s),
où la présence de dominant-e-s est exclue...
Ce que peut faire le collectif, cest choisir la non-permanence
(par exemple, dans un squat dactivités, pas
dhabitant-e-s fixes)...
5. Le pouvoir de la PAROLE.
Il correspond à la capacité de se manifester, sexprimer,
se mettre en avant.
Son excès, cest quand une personne parle beaucoup, longuement,
écoute peu, coupe souvent la parole aux autres...
Ce quelle peut faire pour se soigner, cest apprendre à
se taire, à écouter, à laisser des blancs, dans
la conversation ou avant de prendre la parole en réunion...
Ce que peuvent faire les dominé-e-s, cest apprendre à
prendre la parole, se défendre quand illes se la font couper,
oser prendre la parole en réunion quand il y a des silences...
Ce que peut faire le collectif dans son ensemble, cest créer
un climat où celleux qui ont des difficultés à
sexprimer sont écouté-e-s, respecté-e-s,
pris-es en compte, aidé-e-s. Ca peut aussi être, pour les
réunions, trouver des systèmes égalitaires de prise
de parole (main levée pour demander la parole, tours de parole,
tours de table, objet-relais de parole, temps de parole limité,
etc., selon les situations).
6. Le pouvoir de COORDINATION.
Il apparaît quand on a une vision globale de laventure collective
et de ses priorités.
Son excès, cest quand une personne (ou une minorité)
soccupe toujours de rappeler des dates importantes (par téléphone...),
de lancer les réunions, de tenir lordre du jour, de poser
les questions, de recentrer les débats...
Ce que peut faire cette personne, cest ne pas se jeter sans cesse
sur ce rôle... Et se préoccuper de partager sa vision globale
de la situation.
Ce que peuvent faire les dominé-e-s, cest justement acquérir
cette vision globale de laventure et des urgences, et ne pas se
blottir dans le rôle dexécutant-e.
Ce que peut faire le collectif, à chaque réunion par exemple,
cest dinstaurer un rôle de médiateurice, QUI
TOURNE, pour que ce ne soit pas implicitement les mêmes qui sy
collent ou quon y colle.
CE QUI NEST PAS DIT DANS CE TABLEAU
1. Ce tableau a été réalisé à partir
de PRÉSUPPOSES, de principes de base implicites, qui mériteraient
peut-être dêtre développés.
- ON VEUT PAS DE CHEF-FE-S dans nos collectifs.
Ca paraît évident mais ça ne lest pas pour
tout le monde. Certain-e-s pensent quil y a des talents naturels
(ou culturels: lâge, lexpérience...) pour dynamiser
un groupe, le rendre plus efficace, le faire avancer plus vite vers
la révolution ou vers le bonheur...
- IL NE SUFFIT PAS DE SE DIRE ANTI-AUTORITAIRES...
Même dans les collectifs qui de proclament anti-autoritaires,
il y a des situations de pouvoir... Cest pas parce quon
a aboli la hiérarchie, les postes dautorité, dans
le groupe (au niveau explicite) que hop, spontanément, comme
par magie, on se libère dun coup de 20 ans et plus de conditionnements,
que nos comportements changent de A à Z... La lutte contre le
pouvoir est une affaire quotidienne, de conscience, dattention...
- YA PAS DE VICTIMES du pouvoir dans un collectif autogéré
: tou-te-s responsables, tou-te-s coupables, dune situation de
pouvoir. Les dominant-e-s autant que les dominé-e-s. Leffort
pour changer la donne doit venir de tout le monde, sans exception, sinon
ça marche pas (à moins den venir au conflit). La
motivation pour combattre la situation de pouvoir peut être partagée
par tou-te-s, et on a la chance dêtre dans un milieu où
a priori cest le cas : les chef-fe-s parmi nous se
disent parfois (souvent?) rongé-e-s par leur position.
2. Ce tableau a des LIMITES : attention attention !!!
- CE TABLEAU EST TRÈS BO.
(modestement.) Ou plus précisément, il peut paraître
très abouti : il ne lest pas. Il est là pour être
gribouillé, griffonné, grignoté. Contesté.
Work in progress, amig@.
- CE TABLEAU EST TRÈS TECHNIQUE.
Trop. On dirait un code de la route. Il ne couvre pas plein daspects
du pouvoir : laspect social, historique, éducatif, linguistique,
psychologique... Dautres aspects qui sont sans doute essentiels
à comprendre, et à travailler, pour changer
des choses.
- CE TABLEAU EST UN TABLEAU.
Les situations réelles et humaines nont rien à voir
avec des tableaux, elles sont bien plus complexes. Le but en lisant
ce tableau nest pas darriver à se classer, soi ou
son collectif, dans une de ses cases. Cest simplement dacquérir
quelques outils, quelques pistes, quelques idées, pour ensuite
comprendre ce quon vit, se clarifier un instant la cervelle, arriver
un moment à formuler des choses, pour ensuite mieux revenir à
la perception très particulière de la situation très
singulière où on se trouve. Entendons-nous bien, ce tableau
nest quun outil heuristique, dans le sens idéaltypique-wébérien
du terme, nest-ce pas. Cest entendu ?
Origine : Réseau sans-titre
Texte paru sur la liste Convergence Libertaire le 11 Janvier 2002
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unité - convergence - unité - convergence
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