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Origine http://ecorev.org/article.php3?id_article=277
Un des effets de la canicule meurtrière de l’été
2003 aura été l’heure de gloire qu’ont
connue les maisons de retraite dans les médias... Une occasion
inespérée de prendre conscience de la misère
de ces lieux où se trouvent claquemurées les personnes
âgées. L’occasion de voir aussi que ces lieux
connaissent des alternatives fleurant les expériences communautaires
des années 70.
Animée par l’envie de vivre leur vieillesse tout en
prolongeant leurs vies personnelle et militante, et par la volonté
de ne pas être une charge pour leur entourage sans être
pour autant coupées du monde, une poignée de femmes
a décidé de créer une maison de retraite communautaire,
solidaire et autogérée à Montreuil (Seine Saint-Denis)
: « la Maison des Babayagas », du nom des vieilles grand-mères
russes. Un peu sorcières sur les bords, les Babayagas vivaient
- selon les légendes russes - dans des maisons faites de
pain d’épices et de pâte d’amande, soutenues
par des pâtes de poules. Elles y racontaient des histoires
aux enfants qui en profitaient pour grignoter leurs maisons. Les
Babayagas, fâchées de cette effronterie, dévorèrent
tout crus les garnements...
Si elles ne croquent guère les enfants, les trois femmes
à l’origine de ce projet - Thérèse Clerc
(77 ans), Monique Bragard (72 ans) et Suzanne Goueffic (73 ans)
- sont restées engagées et actives : l’une dirige
la Maison des femmes de Montreuil, l’autre est peintre, la
dernière aide à l’alphabétisation en
qualité d’orthophoniste. Voici en quelques étapes
le kit de fabrication d’une Maison de Babayagas, à
l’exemple de celle de Montreuil.
Le sol, les murs : dénicher un lieu et profiter
de l’ « effet canicule »
Le projet d’une maison de retraite autogérée
émerge dès 1997 dans l’esprit de Thérèse
Clerc, à la mort de sa mère. Mais les pouvoirs publics
font la sourde oreille et estiment que cela ne saurait entrer dans
leur agenda politique. Toutefois, le projet mûrit et l’hécatombe
de la canicule rend les oreilles plus attentives : les Babayagas
convainquent en 2003 la mairie de Montreuil d’attribuer un
terrain en centre ville pour la construction de la maison. Celle-ci
sera prise en charge par l’office des HLM et subdivisée
en plusieurs studios autonomes loués par les résidentes.
Chaque logement privatif sera d’une surface de 35m2 pour un
prix n’excédant pas (a priori) 300 euros (avec possibilité
de profiter des APL...). Parce qu’une maison solidaire et
autogérée se doit d’être un minimum écologique,
des panneaux solaires se chargeront de chauffer l’eau et l’utilisation
de matériaux écologiques sera privilégiée
pour la construction. Pour ce qui est de l’aspect communautaire,
des pièces collectives sont également prévues
(bassin d’hydrothérapie, salle polyvalente, etc.).
Les résidentes : l’hiver venu, la ruche congédie
ses mâles
La maison des Babayagas est une maison de femmes. Les hommes peuvent
venir y passer l’après-midi ou une nuit à l’occasion
(lits accueillants d’1m40), mais ne peuvent s’y installer.
Fatiguées d’une vie passée à subir les
oukases des hommes ou au contraire à être à
leurs petits soins, ces veuves, célibataires ou divorcées
préfèrent rester entre elles et n’ont que faire
des reproches de sectarisme qu’elles doivent essuyer de ce
fait. Leur démarche s’inspire notamment de l’expérience
du béguinage, ces femmes (les béguines) qui réfutèrent
dès le XIIe siècle l’idée de toute autorité
religieuse ou maritale et vécurent entre elles.
Une maison active et engagée
L’idée de la Maison des Babayagas a circulé
dans la presse et les lettres ont afflué : à l’heure
actuelle 50 femmes ont postulé pour seulement 16 places...
Le caractère engagé du projet a naturellement orienté
les candidatures : les postulantes ont un passé associatif,
syndical ou politique, à l’image des initiatrices qui
ont usé leurs semelles au PSU. Une fois débarrassée
la vaisselle des repas collectifs, les pièces collectives
laisseront donc la place à des activités culturelles
ouvertes aux adhérents de la Maison des Babayagas, mais seront
aussi le lieu d’activités citoyennes (alphabétisation,
accueil de jeunes femmes en difficulté, échange de
savoirs, etc.).
Une médiatrice extérieure pour calmer les
vieilles bourriques
« Ne jamais se coucher fâchées » est un
principe (qui émanerait de Saint-Augustin) que les Babayagas
montreuilloises aiment à citer. La vie en communauté,
le partage et la rotation des tâches n’engendrent pas
seulement paix et amour... et pour éviter que les Babayagas
ne se jettent à la figure leur verveine-menthe, une médiatrice
extérieure leur rendra visite tous les quinze jours pour
aider à une résolution des conflits non-violente.
Une période probatoire de six mois laissera la liberté
à celles qui le souhaiteront de quitter la Maison. Quant
aux femmes qui seront touchées par une maladie dégénérative
ou par la démence, elles seront orientées vers un
centre médicalisé.
Contact babayaga
Thérèse CLERC - 1, rue Hoche - 93100 Montreuil -
01 48 58 80 53 - hypatie93
chez wanadoo.fr
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