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Note de lecture
Libération des femmes et projet libertaire



Voilà une brochure bien intéressante à glisser dans votre sac à dos pour ne pas bronzer idiot cet été. Dès les premières pages, on entre dans le vif du sujet. Le capitalisme est passé à la loupe pour mettre à jour ses répercussions sur le patriarcat et la famille. Même si les auteurs rappellent que le patriarcat est antérieur au capitalisme, ils mesurent les effets dévastateurs d’une double exploitation patriarcale et capitaliste sur les femmes, dénonçant le règne de la femme-objet dans lequel nous vivons. Rien à redire sur cette première partie qui suffit à légitimer l’écriture d’une telle brochure aujourd’hui.

L’étude est précise, rigoureuse et les mécanismes de cette double exploitation sont clairement démontés ; fournissant ainsi aux lecteurs/lectrices de vrais arguments pour une analyse libertaire pointue du système que nous combattons tous les jours.
Les enseignements de l’histoire

Si toutefois nous nous sentions un peu découragés par ce tableau sombre de la situation actuelle, la deuxième partie est là pour nous rappeler d’où nous venons. C’est très difficile aujourd’hui de trouver une brochure sur la libération des femmes qui remonte avant les années 70, ou alors il s’agit d’une brochure historique qui du coup s’arrête à cette période. Ce n’est pas une des moindres qualité de celle-ci d’avoir su rappeler ce fil directeur qui guide les anarcha-féministes depuis deux siècles pour arriver en plus jusqu’aux productions récentes généralement ignorées dans cette Histoire. C’est rassurant de lire que les anarcha-féministes ont mené des combats sur le sujet dés le XIXe
siècle. Rassurant aussi de savoir qu’elles étaient loin des débats de salon et qu’elles se sont toujours coltinées à la réalité des conditions de vie des femmes. Important aussi d’apprendre que cette lutte n’est jamais allée de soi vis-à-vis des camarades militants anarchistes. À la lumière de ces informations, on comprend mieux la difficulté que l’on a aujourd’hui dans nos organisations à faire accepter la légitimité de nos luttes. On s’explique mieux aussi la permanence de cet engagement dans le mouvement anarchiste envers et contre tout.
Cela nous permet sûrement de nommer plus facilement notre spécificité anarcha-féministe en s’inscrivant dans une histoire qui a compté et a démarré bien avant les années 70 et a toujours marché sur ses deux jambes : anarchisme et féminisme.

Au centre de cet héritage se trouvent deux mots-clé : « révolution » et « individu ». C’est au nom de cette révolution à venir qui résoudrait tout, que les anarcha-féministes se sont souvent vues priées d’attendre le grand jour pour poser leurs revendications qui d’ailleurs ce jour-là seraient satisfaites. Mais, c’est également au nom de cette révolution qu’elles ont orienté leurs combats sur des terrains très rupturistes. C’est au nom de l’émancipation de l’individu (préoccupation essentielle des anarchistes) que peu à peu un glissement s’est opéré qui a permis d’asexuer le débat autrement dit de lui donner comme référence implicite l’homme. Mais c’est au nom de cette émancipation que les anarcha-féministes se sont trouvées plus à même de se construire comme sujets politiques capables de dire « je ». Il semble essentiel de savoir cela pour comprendre notre richesse, spécificité et les obstacles que l’on rencontre dans nos luttes.

Bien sûr, nous n’y échappons pas, flash back sur le mouvement de libération des femmes des années 70. Là encore, le propos est vivifiant. Il ne s’agit pas de narrer les faits mais d’analyser leurs conséquences, carences et apports.
Retour sur les deux héritages essentiels de ces années : « le privé est politique » et à ce niveau, les anarchistes devaient être à même de réduire l’écart entre le discours et les actes ; et deuxième héritage fondamental, ce mouvement a apporté une autre façon de militer, de prendre la parole et de hiérarchiser les groupes. Mais notre héritage de cette période, c’est aussi la fin du mouvement en queue de poisson. L’intégration rapide aux institutions.

Il était bon de rappeler cela car c’est aujourd’hui la problématique à laquelle nous sommes confrontées comme anarchistes dont le combat se situe en dehors des institutions et comme féministes parfois tentées par l’actualité de faire le pont durablement avec les féministes en dehors du mouvement anarchiste.

Où en est-on aujourd’hui ?
On aurait peut-être aimé lire plus d’analyses, de questionnements sur cette problématique. Quelques lignes supplémentaires sur l’état du mouvement féministe aujourd’hui et les regroupements de ces dernières années auraient été les bienvenues. Ce manque est peut-être révélateur d’un malaise mais cette analyse distanciée fait défaut pour que cette brochure remplisse pleinement son rôle
d’outil de lutte.

Retour enfin pour terminer la brochure sur la construction des genres sociaux et la famille aujourd’hui. Ce thème traverse le mouvement anarchiste et la mouvance radicale alternative contemporaine et est porté à la fois par des femmes et par des hommes. Nous sommes là sur le terrain de l’anti- sexisme thème très présent actuellement.

Ce travail de déconstruction des genres sociaux n’est évidemment pas incompatible avec nos luttes d’anarcha-féministes il semble même aujourd’hui redynamiser certains regroupements de personnes sur la question. Là encore on peut regretter de ne pas avoir lu quelques lignes sur les perspectives et les
risques de glissements de ces engagements qui parfois jettent le flou sur la mixité, non-mixité et l’élaboration d’une pensée autonome des deux genres sociaux, l’histoire des anarcho-proféministes restant à écrire dans une large mesure.

En conclusion, on ne peut que conseiller la lecture de ce voyage sur la planète libertaire et féministe qui comme le souligne cette brochure, s’il en était besoin, ne manque pas d’Histoire et d’actualité.

Muriel R. -  groupe Emma Goldmann (Bordeaux), commission Femmes


Libération des femmes et projet libertaire, O.C.L. éditions Acratie, 1998. 150 p. 60 F. En vente à la librairie du Monde libertaire.