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Lettre à Femme Plus *
M. Tramblay



Je bous, je rage en lisant votre article " Aimons-nous vraiment la pénétration ? " (Août 1998).

Je suis surprise et attristée que l'on puisse encore parler d'orgasmes vaginal et clitoridien. Dit-on d'un homme qu'il est "pénissien" ou "testiculien" ? Ridicule ! Vous amenez une référence en citant l'enquête "Analyse des comportements sexuels en France", je suis moi-même française et le livre La sexualité des femmes, F.Magazine, préface de Marie Cardinal, 1980, est une autre référence. Il révèle franchement et d'une manière impartiale les résultats d'une enquête menée auprès de 13.000 françaises et je m'aperçois que ce livre n'a pas beaucoup vieilli !

En voici quelques extraits :

« Les travaux de Kinsey (en 1950!), de Master et Johnson contredisent ce que disent les pères de la psychanalyse. Leurs observations ont apporté la preuve qu'il n'y a pas de distinction à faire entre orgasmes vaginal et clitoridien. La théorie psychanalytique a crée une séparation nette et sans appel entre deux orgasmes qu'elle veut étrangers l'un à l'autre. L'un symbolise la normalité, l'autre l'immaturité. Or, tout ceci est faux. Malgré les travaux récents et l'importance de la sexologie dans les médias, la confusion reste maintenue. En effet, il n'existe aucune différence entre un orgasme obtenu par une stimulation digitale ou buccale du clitoris et un orgasme provenant de l'excitation provoquée par le frottement du pénis (pendant la pénétration) sur le clitoris. Si dans ce dernier cas, on peut parler d'orgasme vaginal, c'est seulement parce qu'il y a eu, là aussi, stimulation clitoridienne.»

«...bien que la pénétration soit une caresse agréable, elle n'est ni nécessaire et rarement suffisante pour arriver à l'orgasme.». «...le mythe de la pénétration a la vie dure (films, littérature,...) l'homme se dit que plus son érection durera longtemps et plus il a de chance de faire jouir sa partenaire. Laquelle sait très bien que, très souvent, il pourrait bien tenir une heure, cela ne changerait rien si ni lui, ni elle ne se décident à "titiller" le clitoris.»

De plus, n'entendons-nous pas, encore aujourd'hui, le temps des premiers rapports, des hommes s'excuser parce qu'ils ont joui avant nous. Comme si il y avait un ordre à respecter et qu'il n'avait plus rien à faire après le coït. Jouir ne leur a jamais coupé un bras !

« Les femmes ont déjà appris à leurs dépens que l'ordre de la nature est utilisé pour les persuader de réalités sociales qui n'ont rien de naturelles. Ainsi, les autres plaisirs sexuels ne sont pas reconnus comme indispensables. Un seul modèle sexuel : la pénétration vaginale. La jouissance masculine devient l'exemple de toute jouissance. Si la femme ne jouit pas ainsi, c'est qu'elle n'est pas faite pour le plaisir !»

Je reconnais que c'est parfois délicieux de sentir en soi le partenaire que l'on aime. Je reconnais également que ce plaisir s'accompagne aussi du désir de jouir afin de mener à l'apogée cette union sexuelle et de lui rendre hommage. Mais il faut bien comprendre que la pénétration est d'autant plus intense que les liens sont forts. Sinon, on a vite fait de ne plus rien sentir. Et comme vous le préciser, le plaisir au niveau du vagin est très mental d'où l'importance de mettre l'emphase sur les caresses et non sur la pénétration durant les tous premiers rapports pour faire meilleure connaissance.

La plupart des femmes pourraient se passer de la pénétration mais certainement pas des caresses qui leur garantissent la jouissance. Malheureusement, les caresses érotiques, secondaires et à la fois tabous, surviennent, généralement, plus tard dans la relation. Pourtant, uniquement se caresser, c'est aussi faire l'amour. Les caresses sont beaucoup plus que des attouchements parce qu'elles impliquent la découverte intime de l'autre. Sentir avec ses doigts, sa bouche, son corps, serrer contre soi, embrasser, c'est aussi un moyen de connaissance et d'échange avec l'autre qui n'est pas le privilège de l'acte reproducteur et parfois bien au contraire !

Bref, nous fonctionnons à l'envers. La norme sexuelle fait en sorte que beaucoup trop de femmes ne jouissent pas lors du premier rapport sexuel avec leur nouveau partenaire - et je ne parle pas du tout premier rapport (perte de la virginité) qui reste encore dans la plupart des cas très normatif. De plus, beaucoup de jeunes filles deviennent rapidement enceintes et de jeunes garçons ayant besoins de caresses mais n'osant l'exprimer ont vite fait de se sentir impuissants. La notion de "faire l'amour" demeure fortement rattachée à "comment faire des enfants", surtout dans l'éducation sexuelle chez les enfants et les adolescents.
Quand bien même la conception d'un enfant peut se révéler sacrée dans nos esprits, nous devrions nous rappeler qu'avant de se reproduire, il faut avant tout savoir s'aimer.

Le sexe caché de la femme est autant tabou que convoité et forcément ignoré. Le clitoris n'est pas encore une référence d'identité sexuelle car il n'a tout simplement pas de rôle dans la reproduction. Femme = vagin, alors que ce dernier est destiné avant tout à la reproduction, expliquant de ce fait qu'il soit beaucoup moins innervé que le clitoris qui demeure tout aussi "extérieur" que le pénis de l'homme. Combien de femmes et d'hommes en ont réellement pris conscience ? Peu. Combien de jeunes adolescentes aujourd'hui comprennent la portée et l'importance de connaître leur clitoris pour satisfaire leur désir sexuel avant d'entreprendre tout rapport sexuel ? apparemment très peu.

Est-ce si difficile d'admettre que l'orgasme féminin n'est pas directement lié au mode reproducteur et qu'il ne le sera jamais ? Cette recherche désespérée d'un orgasme plus "normal" jusqu'à l'absurde, est-ce le reflet d'une frustration née de la différence ?

Par ailleurs, doit-on justement (selon vos témoignages) exprimer notre "féminitude" (insécurité, soumission,...) au travers de l'acte sexuel. Ne devrait-on pas plutôt intégrer en nous des valeurs dites masculines afin de devenir des êtres confiants et complets.

Tôt ou tard, il nous faudra admettre que la pénétration est avant tout le moyen le plus efficace de se reproduire mais qu'il n'intègre pas systématiquement une égalité des plaisirs. C'est dans les caresses que les partenaires recherchent et élaborent une communication égalitaire et harmonieuse. Elles reflètent l'évolution du genre humain dans sa recherche d'harmonie et de communion. Elles sont en mon sens tout aussi importantes et spirituelles que la pénétration. Mais avant d'atteindre ce stade, nous devrons évoluer au-delà de nos attaches biologiques et dogmatiques. Transcender l'illusion de fusion corporelle qu'entraîne la pénétration. La véritable fusion s'exprime au niveau spirituel.

Finalement, je m'aperçois que les prises de conscience collectives requièrent un long processus cyclique : un pas en avant, deux pas en arrière.

M. Tramblay


* Revue féminine au Canada - Femme Plus, Courrier des lecteurs, 7, chemin Bates, Outremont (Québec), H2V 1A6



Cet article "UN PAS EN AVANT, DEUX PAS EN ARRIÈRE" est issu du site En-dehors dans le chapitre "Lutte antipatriarcale", la Planète rouge et noir de En-dehors    En Dehors