Il y a une crise des repères, une crise des valeurs. En se référant
à l'idée de Nation on s'appuie sur le modèle républicain.
Celui-là même qui est unicitaire et assimilateur, centraliste
et bureaucratique.
Il est exact que l'Europe ne peut fournir de modèle politique
et culturel. Cela reste à construire. L'Europe est bien l'Europe
du capital, de l'argent et des marchandises.
Jamais le capitalisme ni la démocratie parlementaire n'ont prétendu
donner réponses à la question du sens.
La marchandise se produit, se vend, s'achète, s'accumule, etc...
Le parlementarisme et l'Etat fonctionnent en s'adressant toujours à
une partie de nous-mêmes. Seul le communisme prétendait
apporter une réponse de sens en suturant la politique à
la science. Mais comme le réel était différent
du modèle, il y a eu un problème. Notre modèle
politique est en crise, la domination classique est en crise. Se saisir
des anciens schémas pour s'en sortir ne laisse pas d'espoir.
Il faudrait accepter le multiple, l'unité dans la différence
et l'égalité. Ce défi est l'horizon libertaire
ou révolutionnaire. Le problème vient de l'intégration
de fait et de l'absence de reconnaissance politique. Cet écart
c'est la revendication de citoyenneté des mouvements associatifs
issus des marches : "La nouvelle citoyenneté ! " C'est
ce qui existe dans No Pasaran avec la notion de citoyenneté active.
Le fait de la diversité est dans le social et la vie même,
mais sa conscience ou sa reconnaissance n'est pas évidente au
moins en France.
La pensée de Deleuze peut nous aider là, mais la traduire
en termes sociaux et politiques est assez difficile.
Pour ma part je ne me référerai pas à Taguieff.
De plus la gauche n'a toujours pas compris le passage du racisme biologique
au racisme différentialiste, d'où son incapacité
à combattre Le Pen.
Tout le monde est empêtré dans ce problème en particulier
avec "les droits de l'Homme". Ceux-ci sont compatibles avec
le droit différentiel. Déjà "l'Homme"
est deux : hommes et femmes, ensuite les humains n'ont de commun que
leurs capacités symboliques, pour le reste le contenu est très
divers, multiple.
C'est ce qu'a remarqué le relativisme culturel, le problème
c'est qu'on garde le relativisme pour ne rien faire et de fait justifier
l'existant.
Bref la gauche, dans l'état actuel des choses, est incapable
de se transformer elle-même.
La crise de civilisation est si profonde que tout le monde est touché.
Comment s'en sortir ? Je ne sais pas. Mais au moins poser certaines
questions permet d'éviter certains errements ou difficultés
du passé.
Philippe Coutant Nantes le 25 Août 96.