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Origine : http://www.boojum-mag.net/boojum/index.php?sp=liv&livre_id=825
Qui contrôle qui ?
Il n'y a qu'un philosophe capable de décrypter
avec intelligence la « post-modernité » : Slavov
Zizek.
Par ses ouvrages toujours éclairés et en marge de
la « pensée correcte », Slavov Zizek nous apprend
qu’un philosophe n’est pas forcément enfermé
à double tours dans sa tour d’ivoire, ou n’est
pas forcément tapi à l’abri dans son bureau,
enseveli sous un océan de livres. Ce qui est très
encourageant… d’autant plus, quand on ouvre un nouvel
ouvrage de ce penseur hors-normes.
C’est le cas de ce dernier, sobrement intitulé Irak,
le chaudron cassé. C’était d’autant plus
réjouissant de pouvoir prendre connaissance d’un texte
de Zizek, que celui-ci vient à point nommer nous donner un
éclairage différent sur un fait d’actualité
récent qui peut en jeter plus d’un dans le doute et
l’incertitude : fallait-il ou non faire la guerre en Irak
? Certes, ce nouvel ouvrage signé Zizek s’adresse probablement
plus aux anglo-saxon et aux américains qu’à
nous autres franco-allemands, puisqu’il se donne pour objectif
de dégager de ce maelström made in Bush, tornade de
mensonges, intoxications volontaires, et manipulations politico-médiatiques,
les clés d’une vérité inavouable.
Avec cela, Slavov Zizek présente une qualité majeure
: celui de coller avec notre siècle, notre époque
troublée et saturée d’informations toujours
contradictoires, trop souvent « fausses ». Usant d’une
liberté de ton que l’on ne connaît à personne
aujourd’hui, il décrypte à travers le prisme
d’une critique marxiste, sujets d’actualité et
confusion entre réalité et virtuel : du 11 septembre
à l’intervention américaine en Irak, il n’y
a qu’un pas. Pour Zizek, les raisons invoquées, les
mensonges ou contrevérités qui ont été
utiles à couvrir une intervention qui s’est traduite
en bourbier ne l’ont pas complètement convaincus. L’Irak
est un chaudron cassé. Titre qu’il éclaire dès
son introduction :
« Afin de mettre à jour l’étrange logique
des rêves, Freud recourait à la vieille blague du chaudron
cassé. (1) Je ne t’ai jamais emprunté un chaudron,
(2) Je te l’ai rendu intact, (3) Le chaudron était
déjà cassé lorsque tu me l’as confié.
Naturellement, une telle succession d’arguments inconséquents
confirme exactement ce qu’ils sont censés nier –
le fait que je t’ai rendu un chaudron cassé…
»
Ne l’oublions pas : Zizek est philosophe. Il a donc en tête
cette injonction lancée par Bachelard : avoir « le
sens du problème ». Armé donc d’un esprit
critique sans faille, et d’une pensée radicale, il
essaye de découvrir ce qui se cache derrière la dernière
inconséquence de l’administration Bush, l’argument
du « lien existant entre le régime de Saddam et Al-Qaeda
(qui fut bientôt abandonné,) par la force des choses,
au profit de celui de la menace représentée par ce
pays pour la région, menace qui pesa ensuite sur l’humanité
entière (mais surtout sur les Américains et les Anglais),
précisément sous la forme des armes de destruction
massive. »
Il décrypte toutes les manipulations qui furent orchestrées
par cette administration américaine qui pourrait en laisser
plus d’un sur le cul lorsque, incapable de mettre «
la main sur la moindre arme de destruction massive », elle
fut obligée de changer de stratégie prétextant
que s’il ne se trouvait « aucune arme de destruction
massive en Irak, il exist(ait) d’autres excellentes raisons
de renverser un tyran du calibre de Saddam. »
A partir de l’analyse de l’aberrante argumentation américaine,
Zizek soulève un problème de fond : qu’étaient
les véritables objectifs politiques et idéologiques
de l’attaque contre l’Irak ?
Pensant hors des sentiers battus, cet intellectuel en marge, sans
aucune ressemblance avec ses collègues universitaires à
la langue de craie, et aux préoccupations métaphysiques
et conceptuelles non loin des élucubrations philosophiques
pour dinosaures de la philosophie, égratigne de son style,
et de son franc-pensée inimitables, l’impuissance des
pacifistes, et l’hypocrite empathie pour la souffrance du
peuple irakien que ressentirent de nombreux médias, de nombreux
régimes démocratiques alors qu’en Irak la guerre
continue et le terrorisme grandit et sévit presque quotidiennement.
Mehdi Belhaj Kacem aurait-il raison : « On ne devrait pas
avoir à présenter Slavoj Zizek. On ne devrait pas
avoir à apprendre aux lecteurs français le nom de
l’intellectuel le plus influent aux États-Unis depuis
Jacques Derrida. » En effet ! Le style direct de Slavov Zizek,
et son ironie feinte à la Socrate en font un penseur inimitable,
un écrivain au regard fin et rigoureux qui décrypte
avec une pertinence, et une originalité de toute première
catégorie une actualité et une époque que l’on
tait dans les quotidiens et les journaux de 20 heures.
Marc Alpozzo
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