Revue Cultures et Conflits 09-10 -
La violence politique dans les démocraties occidentales
http://www.conflits.org/article.php3?id_article=240
La violence politique : repères et problèmes
Philippe Braud
“Quant à vouloir s’imposer à ses concitoyens par la violence,
c’est toujours chose odieuse même si l'on se donne pour but de réformer
des abus”. Salluste [1] La violence politique est le terrain
d’élection des jugements de valeurs. A première vue il semblerait
aujourd’hui que les condamnations morales, qui n’ont jamais
manqué dans la pensée occidentale, soient devenues quasi unanimes avec
la consolidation contemporaine des démocraties pluralistes.
Il conviendrait pourtant de ne pas oublier un proche passé : les apologies
sartriennes de la violence des colonisés [2],
les légitimations de la violence révolutionnaire (anarchistes et néo-léninistes)
ou encore celles des “peuples supérieurs” (nationalismes chauvins,
néo-nazismes.. . ).
Mais surtout il faut bien repérer ce raisonnement circulaire
qui consiste à ne qualifier comme violences que les comportements jugés
illégitimes [3], réservant aux autres l’emploi
d’un lexique euphémisant : coercition, contrainte, force, etc. . . C’est
que les discours de stigmatisation globale de toute violence physique,
même coûteuse en vies humaines ou en pertes matérielles, résistent mal
à l’épreuve de certaines situations politiques. A chaud la guerre
du Golfe (janvier 1991) a vu renaître des justifications, inattendues
chez certains, du recours à la force ; de même, l’écho donné par
les médias internationaux au traitement des prisonniers dans les camps
de Bosnie (été 1992) a fait surgir des stigmatisations de l’inaction
militaire dans des termes qui rappellent parfois expressément le précédent
des puissances occidentales, passives devant la montée de l’hitlérisme.
Si indiscutable que soit la nécessité sociale de cette approche éthique
de la violence, ce n’est pas le terrain sur lequel se situe l’analyse
de science politique. Il lui faut se défaire des habits du moraliste pour
simplement tenter d’oeuvrer à l’élucidation de sa place exacte
dans le fonctionnement d’un système politique : en l’occurrence,
la démocratie pluraliste. Malgré les apparences peut-être, cette place
demeure centrale quand bien même la démocratie politique repose sur le
principe de sa forclusion. Des auteurs aussi différents que Machiavel,
Hobbes ou Weber nous aident à penser son importance encore aujourd’hui.
Pour le premier, on le sait, la menace, ou l’usage effectif, de
la force est une ressource politique courante, et la condition dernière
de l’efficacité de toutes les autres. Le second, focalisant son
attention sur la violence de tous contre tous et l’angoisse primordiale
qu’elle fait surgir, considère l’ordre politique né du Contrat
social comme la réponse appropriée à ce défi permanent du chaos. Quant
à l’auteur d’Economie et Société, il érige le monopole tendanciel
de la violence légitime en principal critère du pouvoir politique de nature
étatique. L’analyse contemporaine de science politique n’en
a pas moins quelque mal à intégrer cette notion parmi ses principaux instruments
conceptuels. Les raisons en sont variées. Des chercheurs, légitimement
soucieux de mesure empirique, préfèrent aborder l’étude des conflits
qui se prêtent davantage à la quantification [4].
Mais il existe bien entendu des conflits sans violences et, réciproquement,
une violence peut être si intense qu’elle interdit toute réponse,
empêchant l’émergence d’un antagonisme visible. Les principales
difficultés à surmonter ont surtout un rapport avec le poids des jugements
de valeurs présents dans un proche arrière-plan. C’est ainsi qu’Yves
Michaud va jusqu’à récuser la possibilité même d’en donner
une définition opératoire, critiquant sur ce point l’ambition des
grandes enquêtes empiriques américaines des années soixante-dix [5].
Et de fait, il existe des conceptions proprement antagonistes de la violence
politique. En un sens large, toute forme de contrôle social qui barre
une aspiration, impose des opinions ou des comportements, perturbe une
trajectoire sociale ou un cadre de vie est violence, qu’elle soit
ressentie douloureusement ou non par le sujet. On pense bien sûr, ici,
au concept de “violence symbolique” chez Pierre Bourdieu [6].
Mais ce que Joan Galtung a appelé la “violence structurelle”,
par opposition à la violence personnelle et directe, illustre une conception
encore plus extensive. Elle la définit en effet comme la pression sur
les individus qui produit “une différence négative entre leurs possibilités
d’accomplissement et leurs réalisations réelles” [7].
Sous le concept de violence on comprend ainsi tout travail de socialisation
et d’acculturation ; toute exploitation d’une situation de
nécessité dans les rapports marchands ; toute manifestation de puissance
technologique qui remodèle brutalement l’espace où les hommes habitent.
Mais il y a encore davantage : dans les sociétés contemporaines, le contrôle
social ne se situe pas seulement dans cet entrelac de barrières juridiques,
d’injonctions culturelles, de nécessités économiques. Il résulte
encore d’irrésistibles sollicitations qui, exacerbant des désirs
artificiels et contradictoires, morcellent le sentiment d’identité
personnelle ; ce que l’on pourrait appeler les “violences
de la séduction”. Assimiler à la violence proprement dite toute
forme de contrôle social conduit à reconnaître au phénomène une ubiquité
qui en interdit pratiquement l’analyse. Il n’est pas non plus
possible de s’en tenir aux représentations subjectives que s’en
font les agents sociaux. Comme le remarque encore Yves Michaud, l’apparition
de la violence “tient plus à la dissolution des règles qui unifient
le regard social qu’à la réalité qu’elle peut avoir” [8].
En d’autres termes, elle constitue dans le langage l’indice
d’une rupture de consensus. C’est pourquoi la dénonciation
de la violence est moins l’indice d’une violence effective
(il en existe bien d’autres qui ne sont jamais nommées) que “la
mise en question de règles intolérables”, le rejet de comportements
considérés comme inacceptables. Il existe donc une véritable “fonction
performative du concept” [9]. Dans
ces conditions, il est bien clair qu’on ne saurait construire une
définition opératoire de la violence politique à partir des perceptions
contradictoires ou conflictuelles qui s’imposent dans les débats.
Ce qui, à ce niveau, retiendra l’attention ce sont surtout les usages
politiques du terme dans les discours de stigmatisation de l’adversaire
ou les appels à l’émotion publique. L’analyse de science politique
se doit de proposer un concept qui satisfasse aux critères de cohérence
intellectuelle et de pertinence heuristique, tout en demeurant, selon
le conseil de Durkheim, en connexion minimale avec les perceptions du
sens commun [10].
L’expression : violence politique, tire sa richesse sémantique mais
aussi son intérêt scientifique, du fait qu’elle éveille deux séries
de connotations. Elle contraint d’abord à penser le problème de
la place (résiduelle ?) occupée dans les systèmes démocratiques européens
par l’emploi ou la menace de la force ; question d’autant
plus importante que l’Etat de Droit peut sembler caractérisé par
la forclusion de toute violence physique. L’expression véhicule
également une charge émotionnelle qui oblige à porter attention à des
dimensions psychosociales de la vie politique souvent négligées, et ce
au prix d’une déperdition importante de ce qui fait sens pour les
acteurs. L’emploi de la force, ou la menace d’y recourir,
pose en termes particulièrement cruciaux le problème de la maîtrise des
comportements d’agressivité ou de peur. Or la socialisation politique
de type démocratique vise précisément, en Occident, à la mise en place
d’une “autocontrainte” dont Norbert Elias nous dit qu’elle
est “une régulation plus précise des manifestations pulsionnelles
et émotionnelles selon un schéma différencié tenant compte de la situation
sociale” [11]. Les grandes études
empiriques ou historiques, conduites depuis trente ans [12],
retiennent pratiquement toujours le critère de la violence physique, “usage
délibéré de la force pour blesser ou détruire physiquement” (Gurr).
S’il y a également large consensus pour distinguer les atteintes
aux personnes et les dommages aux biens, les critiques en revanche ont
été nombreuses contre la tendance de beaucoup de ces travaux à circonscrire
les phénomènes de violence politique aux actions dirigées contre l’Etat [13].
Les distinctions violence/coercition, ou encore violence/force, qui mobilisent
deux lexiques, l’un dramatisant, l’autre euphémisant, permettent
de creuser un fossé de légitimité entre l’usage institutionnalisé
de la contrainte matérielle au service de l’ordre politique et les
usages protestataires ou contestataires. Cela encourage clairement des
biais idéologiques au détriment des exigences de neutralité axiologique
qui doivent soutenir la recherche. Ainsi très logiquement, dans une sorte
de raisonnement symétrique de celui des défenseurs de l’ordre social,
Georges Sorel appuyait-il sa justification de la violence révolutionnaire
sur un distinguo analogue : “Nous dirons donc que la force (qu’il
condamne) a pour objet d’imposer l’organisation d’un
certain ordre social dans lequel une minorité gouverne tandis que la violence
tend à la destruction de cet ordre” [14].
En réintégrant sous le concept unifié de violence politique des comportements
qui ont tous en commun le recours à la contrainte matérielle, et cela
indépendamment des systèmes de légitimation qui les “requalifient”,
on se donne les moyens de faire émerger de nouveaux questionnements sur
le fonctionnement politique. C’est pourquoi on retiendra comme définition
opératoire celle que proposait Nieburg, qui inspire d’ailleurs nombre
de travaux, à savoir : “Des actes de désorganisation, destruction,
blessures, dont l’objet, le choix des cibles ou des victimes, les
circonstances, l’exécution, et/ou les effets acquièrent une signification
politique, c’est à dire tendent à modifier le comportement d’autrui
dans une situation de marchandage qui a des conséquences sur le système
social” [15]. On le voit, cette
démarche combine un critère purement matériel à savoir tout acte de force,
indépendamment du statut de son auteur, et un critère purement politique :
la signification acquise de l’acte. Sur cette base, il est possible
d’identifier concrètement trois sous-ensembles. La violence d’Etat :
la monopolisation tendancielle de la force physique est le fondement ultime
de l’autorité du pouvoir politique : à l’extérieur dans le
concert des nations, comme à l’intérieur où elle constitue la garantie
d’effectivité de la règle de droit. Celle-ci, en effet, est une
norme dont l’inexécution est sanctionnée par une peine (privative
de biens, de liberté) ; sa mise en oeuvre exige le recours, ou la plausibilité
du recours, à la contrainte contre les récalcitrants. Dans un Etat de
Droit, l’emploi de la violence d’Etat, soigneusement codifié,
bénéficie d’une présomption de légalité, même si sa légitimité suscite
nécessairement des contestations, ne seraient-ce que réduites au groupe-cible.
Cependant se développent parfois, y compris dans les démocraties occidentales,
des pratiques parfaitement illégales. Les unes sont dues à des défaillances
du contrôle institutionnel opéré sur les personnels d’exécution :
bavures policières, autonomisation de facto de certains services, voire
tortures [16].
Les autres sont imputables à l’initiative même des Pouvoirs Publics,
notamment dans certaines conjonctures politiques (par exemple en relation
avec la guerre d’Algérie et le terrorisme O. A.S.
, les activités des “Barbouzes” ; ou encore les attentats
d’intimidation contre des organisations contestataires, violentes
ou non : I. R.A, E. T. A, Greenpeace).
La violence protestataire :
dirigée contre l’ordre social, le régime politique ou, simplement,
les représentants et agents de la puissance publique, elle est susceptible
de revêtir des modalités extrêmement variées.
Violences armées d’organisations clandestines (I.R. A, E. T. A,
F. L. N. C. ou, il y a quelques années, Fraction armée rouge, Brigades
rouges. . . ) ; violences-déprédations d’émeutiers, de manifestants
contre des immeubles publics ou des propriétés privées ; agressions physiques
ou menaces verbales contre des agents de l’Etat, des élus, des dirigeants
politiques ; emploi de la force matérielle, y compris la capacité d’obstruction
du nombre, pour entraver le fonctionnement régulier des services publics :
barrages routiers, sit-ins sur la voie publique, occupations sans titre
de lieux privés ou publics, etc.
. . La
frontière peut d’ailleurs être très ténue entre le cortège autorisé
qui provoque une gêne prévue et gérée par les Pouvoirs Publics, et celui,
tout aussi légal à l’origine, qui suscite une désorganisation concrète.
On observera que la violence comprise en ce sens inclut des formes d’action
considérées parfois par leurs auteurs comme non violentes. En outre le
consentement tacite de l’Etat n’efface pas nécessairement
le caractère intrinsèque de l’opération menée. La violence intersociale :
on entend par là les affrontements ou les menaces d’affrontements,
qui mettent aux prises entre eux des groupes sociaux. Alain Corbin a montré
combien, au XIX° siècle, subsistaient de fortes traditions belliqueuses
entre les villages ruraux [17]. De même
les moeurs des compagnonnages étaient-elles d’une particulière brutalité
à l’égard des apprentis ; sous une forme à peine atténuée elle a
longtemps perduré dans les usines. Evoquons enfin les antagonismes liés
aux combats de la laïcité ou à l’intolérance religieuse. Mais aujourd’hui
les facteurs les plus persistants de cette violence collective potentielle
se situent ailleurs. Les crispations identitaires, liées à l’émergence
générale des nationalismes en Europe, à partir du dernier tiers du XIX°
siècle, ont favorisé de nombreux phénomènes de rejet hétérophobique et,
tout particulièrement, une relance de l’antisémitisme. Parallèlement
l’essor de l’immigration étrangère, au XXe siècle, qui, avec
des décalages chronologiques, concerne tous les pays de la zone sauf la
péninsule ibérique et l’Italie, fait naître des problèmes plus ou
moins aigus d’acceptation sociale. C’est notamment la question
du racisme [18]. La violence intersociale
n’est pas intrinsèquement politique mais elle le devient en raison
des effets qu’elle engendre éventuellement : ce sont essentiellement
les possibilités stratégiques d’exploitation qu’elle ouvre
au profit d’acteurs politiques. Dans les démocraties européennes
contemporaines, le critère le plus clair du passage au politique est la
requalification des faits en ce sens dans le débat public : médias, enceintes
parlementaires, instances politiques. Cela ne s’opère pas toujours
spontanément mais résulte parfois, au contraire, d’un travail acharné
pour faire reconnaître le caractère politique des violences. Des observations
fines permettraient d’identifier les codes qui sous-tendent ces
processus et confèrent une probabilité plus ou moins grande de réussite
aux efforts entrepris (suffit-il par exemple qu’il y ait implication
directe de militants comme ce fut le cas lors des affrontements entre
écologistes et aménageurs dans la Vallée pyrénéenne de l’Aspe en
juillet 1992 ?). Trois dimensions du problème contemporain de la violence
ont été retenues, non sans arbitraire peut-être. Leur dénominateur commun
est de focaliser l’attention sur les fonctions psychosociales du
recours à la force dans un Etat de Droit afin de mieux en comprendre la
persistance et, peut-être, en gérer mieux les manifestations. La violence
physique est d’abord un mode d’affirmation politique, qui
a encore beaucoup d’avenir sous des formes probablement inédites.
C’est aussi un comportement à (forte) charge émotionnelle, éventuellement
générateur de séquelles traumatiques durables, dont la gestion par le
système politique peut se révéler particulièrement délicate. C’est
enfin à sa marginalisation maximale que tendent les diverses formes de
contrôle social ; mais peut-on aller jusqu’au terme ultime de ce
processus sans coûts excessifs pour le système politique lui-même ?
LA VIOLENCE COMME MODE D’AFFIRMATION POLITIQUE
Les études empiriques, à caractère psychologique ou sociologique, mettent
clairement en évidence ce processus : qu’il concerne les acteurs
individuels eux-mêmes ou, à travers eux, une organisation sociale et notamment
l’Etat. Cette affirmation de soi se prolonge politiquement dans
un résultat. Intentionnellement ou ex-post, la violence s’inscrit
dans un rapport de forces qu’elle influence, infléchit, voire recompose.
Construction d’une identité et exhibition de puissance
C’est en effet dans cette double direction que se déploie l’affirmation
politique par la violence.
Dans l’action, ou la perspective de l’action, la dimension
physique de l’affrontement catalyse de fortes solidarités ; elle
réintensifie le sentiment d’appartenance au groupe. J. K. Galbraith
le notait à propos du lien entre l’affirmation de l’Etat et
sa capacité de préparer (ou faire) la guerre.
“La
guerre, en tant que système social, écrivait-il, a non seulement constitué
un élément essentiel de l’existence des nations en tant qu’entités
politiques indépendantes, mais elle a également été indispensable à
la stabilité intérieure de leurs structures politiques. Sans elle, aucun
gouvernement n’a jamais été capable de faire reconnaître sa légitimité,
ou son droit à diriger la société” [19].
Cette existence d’une menace, réelle ou supposée, constitue l’incitation
la plus forte à imposer aux citoyens la conscience d’une allégeance
nationale qui doit l’emporter sur toute autre et légitime, le
cas échéant, le sacrifice de vies humaines. Elargissant son propos,
Galbraith ajoute que “dans la vie quotidienne, cette situation
est représentée par l’institution de la police, organisme armé
chargé expressément de lutter contre les ennemis de l’intérieur
avec des procédés militaires” [20].
La dimension : affirmation d’une solidarité, se décèle notamment
chez les individus enrôlés dans une structure organisée : aussi bien
du côté des militaires (la fameuse “fraternité de combat”)
et des forces de l’ordre [21]
que des militants de groupes clandestins en lutte contre le pouvoir
établi. Mais sous une forme plus éphémère, elle est présente aussi au
coeur de l’émeute (solidarités spontanées contre les “flics”).
Plus troubles et plus illégitimes, celles-ci peuvent donner lieu après
coup à des désolidarisations compensatoires enregistrées par exemple devant
les micros des journalistes : “Nous ne sommes pas des casseurs..
. ”(Los Angeles, printemps 1992) “Nous ne sommes pas des fascistes..
.
”
(Rostock, été 1992). C’est une caractéristique majeure du passage
à la violence physique, toujours “simplificatrice”, que
d’exacerber la coupure entre amis et adversaires [22],
entre l’in-group et l’out-group. Et l’on sait, dans
une guerre civile, le caractère particulièrement redoutable de la sommation
à devoir “choisir son camp” [23].
Cette donnée, présente au coeur de toute violence collective, explique
l’attrait qu’elle peut exercer sur certains styles de personnalités [24].
De même contribue-t-elle à éclairer certains modes d’engagement
sur des bases autres que politiques ou idéologiques, dans l’armée
et la police ou dans les mouvements de résistance, les milices armées,
etc.
. [25]. Exprimer une identité
par la violence c’est aussi, inévitablement, faire surgir un lexique
autour duquel sympathisants et adversaires vont s’affronter pour
tenter d’imposer une dénomination légitime : (Jeunes) Travailleurs
en colère v/s pègre ou populace, résistants v/s terroristes, forces
de l’ordre v/s forces répressives ou flics. Les flambées de violences
déprédatrices suscitent un travail d’identification et de qualification
presque uniquement externe, les acteurs eux-mêmes s’évanouissant
le plus souvent dans un silence que les enquêtes à chaud des médias
tentent de rompre, avec un bonheur inégal. La bataille pour imposer
les qualifications légitimes des événements et des acteurs est, par
excellence, une bataille politique [26].
L’affirmation politique par la violence est encore et surtout
une exhibition. Puissance physique, et impuissance politique tout à
la fois. Lorsque Alexandre le Grand, au dire de Plutarque [27],
tranche l’inextricable noeud gordien d’un coup d’épée,
c’est parce qu’il trouve plus rapide et plus efficace d’écarter
spectaculairement les règles du jeu prévues par l’Oracle. Utiliser
la violence dans les sociétés démocratiques où les processus d’institutionnalisation
des conflits sont très développés, témoigne d’une impatience ou/et
d’une impuissance à utiliser les procédures routinières de négociation
et de représentation. Tant les observations empiriques que les justifications
avancées par les acteurs, montrent que les recours à la violence sont
basés sur la conviction qu’il n’existe pas réellement d’autre
moyen d’obtenir la prise en considération de ses attentes ou,
plus radicalement, d’imposer ses solutions. Même l’emploi
de la force publique signale, comme le notait H. Arendt, un échec du
pouvoir politique à fonctionner dans son cadre normatif [28].
Les nombreux travaux analysés par E. Zimmermann [29]
mettent l’accent sur le sentiment de discrimination subie par le
groupe contestataire, ou encore sur la perte de confiance dans le système
politique.
En ce sens, l’apparition de la violence est
un “signal de danger” [30]
c’est-à-dire l’indice d’un dysfonctionnement du système
politique : soit qu’il ait affiché une indifférence foncière au
problème dont la violence est le révélateur, soit qu’il ait considéré
les solutions préconisées comme radicalement inacceptables pour sa survie,
soit enfin qu’il ait été incapable de percevoir correctement ou
d’interpréter des signaux antérieurs de nature non violente. Notons,
à propos de cette dernière éventualité, qu’il existe des violences,
particulièrement des conflits armés, qui surviennent comme “effets
émergents” d’une séquence de situations que personne n’a
réellement maîtrisée, faute d’une lecture correcte des messages
et réponses produits à chaque stade [31].
La violence comme mode d’affirmation d’un pouvoir de faire
front, est une ressource politique inégalement disponible. S’agissant
de la violence armée, l’Etat dispose d’une écrasante supériorité
technique qui n’a cessé de s’accroître depuis l’époque
où Engels, mais aussi Sorel, en tiraient quelques conclusions stratégiques
essentielles [32]. Mais encore faut-il
que les conditions politiques de son emploi en soient réunies.
Cependant l’évolution technologique a facilité aussi la banalisation
d’armes redoutables, de même que l’apparition de cibles à
haute dangerosité (centrale nucléaire, tunnel sous-marin, ouvrage d’art..
. ).
Plus
que la capacité de vaincre, la capacité de nuire gravement est à la
portée de groupes bien organisés, même petits, qui remplissent quelques
conditions-clés : soutiens extérieurs, sympathies au sein de l’appareil
répressif d’Etat, “professionnalisme”. Quant à la
violence non armée, (à mains nues ou avec de simples instruments de,
ce que les juristes appellent des armes par destination) la plausibilité
d’y recourir renvoie à d’autres critères de discrimination
qui sont pour l’essentiel socioculturels.
Il existe des groupes sociaux où l’exercice physique (les militaires,
les professionnels du sport), le travail manuel et la force musculaire
(les ouvriers, les paysans.. .
) constituent encore un facteur important de l’adaptation
professionnelle [33]. La valorisation
de l’exploit physique semble y créer une propension plus importante
à admettre, le cas échéant, la violence à mains nues. Ce sont aussi,
pour certains d’entre eux, des groupes sociaux moins bien armés
pour utiliser les ressources spécifiquement politiques du système institutionnel,
ne serait-ce qu’en raison de leur sous-représentation dans les
institutions publiques. C’est pourquoi la légitimation (relative)
ou la stigmatisation absolue de la violence physique est sourdement
un enjeu dans les antagonismes de classe [34].
Le “handicap culturel” de ce répertoire d’action s’ajoute
à celui de son illégalité, sauf dans le cas de la violence d’Etat.
D’où l’importance politique des systèmes de légitimation
allégués : “la juste colère des travailleurs”, “la
répression policière”, “le désespoir de la paysannerie”
ou, naguère, “la Cause de la Révolution”. Pour des raisons
sociales et culturelles profondes, la dynamique de l’Occident
marque d’un stigmate croissant ceux qui, dans le système démocratique,
cherchent à s’imposer comme acteurs par la force. Ce qui néanmoins
n’exclut pas, loin de là, l’existence du phénomène.
La violence dans les logiques de négociation et marchandage
Anthony Oberschall observe que la violence est un moyen parmi d’autres
de conduire un conflit et que, souvent, elle est associée étroitement
à des moyens pacifiques employés concurremment [35].
Il en résulte d’importantes conséquences. Dans le souci de préserver
les chances d’un dialogue que l’on sait devoir accepter,
il est fréquent de voir les protagonistes modérer l’ampleur du
recours à la force. En revanche, une violence soft parait à de nombreux
contestataires comme le moyen efficace de s’imposer à la table
de négociation dans un système démocratique ; du moins à deux conditions.
La première est l’exigence de visibilité : il faut que les médias
en parlent. La couverture journalistique joue un rôle décisif d’orchestration
ou d’amplification [36]. Mais
leur logique est de privilégier en ce domaine le spectaculaire ou l’inédit
qui frappe l’imagination. La seconde condition est de ne pas franchir
un certain seuil au delà duquel elle deviendrait contre-productive dans
la perspective de négociation. Soit parce qu’elle provoquerait
le surgissement de “préalables” ; soit parce qu’elle
déclencherait l’apparition de réflexes sécuritaires susceptibles
de faire passer au second plan les problèmes de fond qu’on avait
voulu imposer sur le devant de la scène ; soit enfin parce qu’elle
risquerait de légitimer en réponse un recours à la force susceptible
d’enclencher un scénario d’escalade plus difficilement maîtrisable.
Ainsi existe-t-il dans nos sociétés des formes de violence modérées,
banales, acceptées. Inscrites de facto dans le jeu institutionnel routinier,
ces formes de violence (occupations illégales de la voie publique, barrages
routiers, déprédations relativement bénignes, actions plus spectaculaires
que brutales, séquestrations à la fois brèves et sans brimades notables)
constituent, dans l’intervalle des consultations électorales,
une manière de “faire de la politique d’une autre façon” [37].
Le plus singulier sans doute est le fait que l’Etat démocratique
lui-même est conduit non seulement à tempérer l’emploi des forces
de l’ordre mais à tolérer délibérément un niveau de violences
modérées et momentanées, parfois en parfaite connivence avec l’“adversaire” [38].
Cet Etat ne pratique plus, comme avant le XIX° siècle ou dans les dictatures
contemporaines, une stratégie de “représailles massives”
mais une “riposte graduée” qui s’inscrit dans une
logique de compatibilité avec l’exigence de libre expression.
La culture démocratique tolère des marges de violence non seulement
verbale mais également physique sans s’en trouver déstabilisée.
Cependant il est une importante exception à cette réalité d’une
intégration de facto de la violence dans le jeu politique routinier.
C’est le cas où la violence exercée s’inscrit dans une logique
de terrorisation. La stratégie de la terreur est un paroxysme de l’affirmation
de soi, intégralement négateur de l’existence d’autrui.
D’où son rapport particulièrement étroit avec la mort infligée.
Elle ne relève plus, intrinsèquement, d’une recherche du compromis,
du dialogue, de l’échange ; elle cherche à paralyser. Paralyser
les résistances de la Société ou paralyser la volonté de l’Etat,
cherchant à mettre en place une sorte de rapport éthologique de proie
à prédateur. Comme l’écrit D.
Apter : “La cible commune du terrorisme est la légitimité de l’Etat,
sa crédibilité morale.. .
Le
premier acte du drame social du terrorisme consiste en une bataille
du bien contre le mal, la plus ancienne de toutes les histoires de l’humanité.
Mais le deuxième acte tend à créer un moment disjonctif, point de rencontre
des crises” [39]. Le critère
de l’entreprise de terrorisation est le franchissement délibéré
de tous les “seuils d’acceptabilité sociale”. Rien
sans doute n’est plus subjectif que cette notion de seuil dont
on saisit tout de suite la relativité selon les situations vécues par
les agents sociaux. Pourtant on repère clairement les traces d’un
travail à la fois policier, politique et médiatique tendant à identifier
des paliers de violence en termes de défis à gérer, de réponses politiques
à apporter, de couverture journalistique à assurer. De même, l’expérience
de S. Milgram avait elle permis de tester des seuils de résistance au
commandement de “l’autorité légitime” ordonnant d’infliger
des souffrances [40]. La recherche
de l’intensité du stress qui est au coeur de la stratégie de terreur,
implique d’abord le franchissement de la barrière du sang versé.
Entre les dommages causés aux biens et les blessures délibérément infligées
aux personnes il existe un fossé dont rend compte un traitement médiatique
en général extrêmement différent [41].
Un second type de seuil se situe sur le terrain du choix des cibles.
La stratégie de terrorisation cherche à briser progressivement le sentiment
de sécurité en écartant toutes barrières qui sembleraient mettre à l’abri
telles ou telles catégories de populations ; d’où en retour ces
expressions : “attentats aveugles.. . victimes innocentes.
. ” [42].
Un troisième type de seuil renvoie à une sorte d’escalade de l’intensité :
nombre des victimes, fréquence des actions, renchérissement des exigences..
.
Sous le regard attentif des media, aujourd’hui : “Terrorists
choreograph their violence” [43].
Avec des moyens incomparablement plus puissants le terrorisme d’Etat
obéit, lui aussi, à cette logique d’insécurisation généralisée.
Les régimes nazi et stalinien avaient aboli toute stabilité de la loi
et toute définition restrictive des infractions [44].
Tendanciellement, personne ne pouvait se considérer comme totalement
à l’abri de leur appareil répressif. Et cette logique de destruction
impliquait aussi bien la dégradation psychologique que l’élimination
physique des “adversaires”. Les stratégies de terrorisation
à large échelle entraînent nécessairement des séquelles traumatiques.
C’est là d’ailleurs que se joue une différence essentielle
entre la violence physique et des “violences” qui demeurent
purement économiques ou symboliques. Transmise d’une génération
à l’autre, la mémoire de l’horreur constitue une donnée
essentielle pour la compréhension d’un comportement contemporain
comme l’expression d’identité juive dans les démocraties
occidentales. Sur un tout autre plan la notion de séquelle traumatique
permet également de mieux appréhender la manière dont se construisent
certains comportements fondés sur la culpabilité [45]
ou sur le déni (les “blancs de l’histoire” repérables
en Allemagne mais aussi en France ou en Espagne).
LA DUALITE : VIOLENCE COLERIQUE/VIOLENCE INSTRUMENTALE
L’implication émotionnelle des acteurs dans la violence qu’ils
mettent en oeuvre est une donnée importante à prendre en considération
car elle appelle des modes de gestion politiques qui ne sont pas identiques.
C’est l’intérêt de distinguer une violence colérique, souvent
mais pas toujours, liée à des pratiques protestataires [46],
et une violence instrumentale calculée, graduée, qui est en principe
le mode normal d’intervention de l’Etat démocratique à l’intérieur
comme à l’extérieur. La première est en quête de profits psychologiques
immédiats, au niveau d’une libération de tensions insupportables,
la seconde se situe dans un rapport très politique : fins-moyens. Il
s’agit cependant de deux modalités ideal-typiques, c’est-à-dire
qu’elles servent davantage comme guide de lecture des réalités
observables que comme description empirique des faits. Elles se rencontrent
en effet rarement à l’état pur. Il convient donc d’utiliser
cette distinction comme moyen de déchiffrer l’inégale présence
de cette double dimension dans les comportements effectifs.
La violence colérique
Elle peut être définie comme un acting out destructeur provoqué par
une décharge d’agressivité. C’est donc le lien qu’elle
entretient avec cette “disposition” psychologique qui lui
confère son dynamisme propre, notamment dans son mode de surgissement
et d’épuisement [47]. Si on laisse
de côté les thèses éthologistes sur l’agressivité qui soulèvent
la question - insoluble en sciences sociales - de son caractère inné
ou acquis, deux grandes problématiques psychosociologiques fournissent
des clés pour en comprendre le fonctionnement politique. Ce sont d’abord
les théories de la frustration relative auxquelles les travaux de Gurr
et des Feierabend ont fourni un ample matériau empirique. Emprunté par
eux à Berkowitz le concept de frustration peut se définir comme la différence
entre un plaisir escompté comme accessible ou légitime, et la réalité
d’une privation [48].
Selon Berkowitz, la frustration engendre la séquence : colère.. . identification
d’une cible. . . infliction d’un dommage. . . diminution de
la pulsion agressive par assouvissement partiel. . . réduction (momentanée)
du sentiment de frustration.
Cependant il ne s’agit que d’un scénario de
réponse possible. Divers facteurs, notamment psychologiques, socioculturels
et politiques, peuvent favoriser d’autres séquences : blocage
du passage à l’acte avec, par exemple, retournement contre soi
de l’agressivité, ou encore résignation dans le ressentiment.
Les enquêtes précitées concluent que les frustrations d’ordre
économique dans une population hétérogène sont les plus porteuses de
violences, bien davantage que les frustrations engendrées par les inégalités
de statuts, de participation, ou encore de perspectives d’autoréalisation [49].
Mais, bien entendu, ces diverses sources de frustrations peuvent se
cumuler, donc augmenter la plausibilité du passage à la violence (catholiques
de l’Ulster). A noter que cette analyse probablement adaptée à
l’interprétation des violences sociales aux Etats-Unis ne saurait
rendre compte sans difficultés de l’absence de violence politique
dans les communautés de travailleurs immigrés en Europe [50].
L’autre grande catégorie d’interprétations du lien entre
agressivité et violence met l’accent sur les mécanismes culturels
d’apprentissage et de valorisation des comportements agressifs.
Dans son ouvrage de référence Albert Bandura minimise l’importance
initiale des phénomènes purement émotionnels comme le ressentiment,
la fureur, la colère. “Une culture, écrit-il, peut produire des
gens hautement agressifs tout en maintenant un faible niveau de frustration,
en valorisant les performances agressives, en fournissant des modèles
d’achèvement de type agressif, en assurant à ceux qui recourent
à des actions agressives des gratifications ou des récompenses” [51].
Au sein des sociétés occidentales, il est intéressant de repérer des
subcultures, propres à des classes sociales ou à des groupes sociaux,
qui se révèlent plus accueillantes à l’affirmation de soi dans
la violence physique, cultures ayant conservé davantage d’inclination
pour les “valeurs viriles” [52].
Les caractéristiques essentielles de la violence colérique peuvent être
rassemblées autour de deux éléments : . Le premier est la suspension,
au moins partielle au coeur de l’action, du calcul rationnel :
coûts/avantages. Ira brevis furor. (Sénèque) L’intensité de la
violence exercée peut en effet être tout à fait contre-productive politiquement ;
le choix des cibles apparemment absurde (par exemple l’attaque
de perceptions pour protester contre la pression fiscale). Cela ne signifie
pas qu’elle ne puisse être instrumentalisée c’est à dire
intégrée ex-post comme élément d’un calcul politique, voire délibérément
provoquée dans ce but. Il y a en effet manipulation inévitable de la
colère par des agents politiques qui vont l’exploiter, l’interpréter,
bref tenter d’en tirer un profit politique. Mais par nature, elle
ne se laisse pas enfermer dans des limites rigoureusement prévisibles ;
elle n’est donc pas facile à réguler par ceux qui l’instrumentalisent [53]ou
la redoutent. Il est difficile à quiconque, y compris aux acteurs eux-mêmes
(on pense notamment aux phénomènes de foule) d’anticiper avec
certitude le moment, les formes et l’intensité de ces phénomènes
souvent qualifiés métaphoriquement de volcaniques. On l’observe
aisément avec les récentes émeutes urbaines, en France, en Grande-Bretagne,
en Allemagne, qui ont pris à contre-pied gouvernants et observateurs.
Il s’ensuit, et ceci est politiquement très important, une finalisation
approximative de l’acting out. Avant tout libération de tensions
agressives accumulées, la violence colérique des acteurs ne se donne
pas d’emblée des objectifs politiques très élaborés ni même parfois
totalement cohérents. Fréquemment, le mouvement éclate avant que n’ait
été définie une plate-forme revendicative. Celle-ci se trouve rédigée,
ou du moins complétée, après coup ; et pas toujours par les auteurs
eux-mêmes des violences.
Elle le sera lorsque doivent s’ouvrir des négociations ou, tout
simplement sous l’injonction des questions posées par les journalistes :
“Mais quels sont donc les objectifs de votre mouvement. ?”.
En revanche, il est fréquent qu’au
coeur de l’action s’exprime fortement une dimension véritablement
ludique, que M. Maffesoli évoque lorsqu’il propose l’expression
de violence orgiaque [54]. L’ivresse
de “tout casser” ou de “cogner les flics” se
situe dans l’univers de la gratuité politique même si, bien entendu,
d’autres acteurs s’apprêtent à l’intégrer dans leur
calcul pour susciter la peur par exemple, ou au contraire faire sortir
des réformes de l’ornière.
Cette dimension rend différente la gestion du phénomène de violence dans
le cadre du système politique démocratique. .
Le second est l’identification d’une victime
émissaire. Cette notion doit être soigneusement distinguée de la simple
cible d’une violence calculée. Comme l’écrit René Girard,
“la violence inassouvie cherche et finit toujours par trouver
une victime de rechange. A la créature qui excitait sa fureur, elle
en substitue une autre qui n’a aucun titre particulier à s’attirer
les foudres du violent, sinon qu’elle passe à sa portée” [55].
La thèse centrale de Girard est qu’un tel mécanisme fonde l’institution
des rites sacrificiels. A la violence de tous contre tous et à son cycle
répétitif qui menace le groupe et ses membres, va se substituer un événement
symbolique résolutoire : jadis le sacrifice religieux ; aujourd’hui
le travail juridique du juge ou encore, ajoutera-t-on, les diverses
procédures de responsabilité politique. Mais l’explosion de violence
colérique est précisément une mise en échec, au moins momentanée, de
ces mécanismes de contrôle social. Il y aura donc régression du rituel,
à forte capacité symbolique, vers des pratiques de pure violence physique.
“Toute communauté en proie à la violence ou accablée par quelque
désastre auquel elle est incapable de remédier se jette volontiers dans
une chasse aveugle au bouc émissaire. Instinctivement, on cherche un
remède immédiat et violent à la violence insupportable. Les hommes veulent
se convaincre que leurs maux relèvent d’un responsable unique
dont il sera facile de se débarrasser.
On songe tout de suite, ici, aux formes de violences collectives qui se
déchaînent spontanément dans les communautés en crise, aux phénomènes
du genre lynchage, pogrom, justice expéditive, etc. .
” [56].
La désignation du bouc émissaire obéit à une logique spécifique : non
pas une victime coupable mais une victime sacrifiable. Les victimes
ne sont pas choisies en raison des “crimes” qu’on
leur attribue mais des “signes victimaires” qui les caractérisent.
Elles sont à la fois “différentes” de l’in-group, mais
présentes et visibles à ses yeux ; elles appartiennent par exemple à une
minorité différenciée ou encore se situent dans le groupe mais à la marge,
soit aux sommets de la hiérarchie sociale (les “grands”, le
Prince.
) soit à sa périphérie dépréciée. “Lorsque un groupe
humain, ajoute Girard, a pris l’habitude de choisir ses victimes
dans une certaine catégorie sociale, ethnique, religieuse, il tend à
lui attribuer les infirmités ou les difformités qui renforceraient la
polarisation victimaire si elles étaient réelles” [57]
(caricatures racistes par exemple mais aussi législations discriminatoires).
Comment gérer cette forme spécifique de violence dans un système démocratique ?
Les réponses envisageables sont susceptibles de se situer théoriquement
à deux niveaux. Le premier est celui du traitement des situations concrètes
génératrices de cette irruption de colère. En réalité de nombreux obstacles
entraveront une action efficace. Il n’est pas simple de s’attaquer
effectivement aux inégalités économiques et culturelles tout en évitant
d’aggraver les tensions sociales ; encore moins facile d’obtenir
des résultats rapides en s’en prenant aux schèmes culturels qui
valorisent les comportements violents. Il n’est même pas sûr qu’une
telle démarche (la première surtout) soit toujours pertinente dans ce
but. Le second niveau d’intervention, mieux adapté au moins à
court terme, est celui d’un travail plus proprement symbolique [58].
La volonté d’affirmation, voire la revendication confuse de participation
politique qu’exprime le recours à la violence, appelle en retour
des “gestes”, au sens tocquevillien du terme, de prise en
considération : ouverture d’un dialogue, même et surtout s’il
est rugueux ; stigmatisation moins des personnes que des actes de violence
inacceptables ; travail psychologique et politique de dissociation/discrimination
entre les comportements condamnés. L’écueil principal est alors
d’éviter de franchir le seuil au-delà duquel la violence apparaît
“récompensée” par des gratifications, donc encouragée à
éclater de nouveau. Par ailleurs, les mécanismes de responsabilité politique
en démocratie offrent, mieux que dans d’autres régimes, une issue
à la quête de victimes émissaires acceptables. Ce sont les fameux “fusibles”
qui permettent de sacrifier des “responsables”, contribuant
ainsi à exorciser les sentiments d’impatience et d’impuissance
qui se situent à l’origine de la violence.
“Quelque chose se passe..
!” Ainsi s’opère un travail de resymbolisation
qui est de l’essence même du politique.
La violence instrumentale
Elle est exercée, sans passion ni agressivité incontrôlée, en vue d’atteindre
des objectifs définis. Elle s’inscrit directement dans une logique
de calcul et d’efficacité ; ce qui implique la recherche consciente
d’une proportionnalité des moyens mis en oeuvre par rapport au
but recherché. Cette modalité de la violence est censée caractériser,
tout d’abord, la coercition d’Etat. L’ambition des
dirigeants démocratiques, les attentes générales de la Société vont
dans le sens de cette discipline rigoureuse des personnels spécialisés
dans la mise en oeuvre éventuelle de la force. Il est loin le temps
où les chefs de guerre devaient concéder à leurs troupes le sac des
villes prises même si subsistent aujourd’hui des traces de cet
état d’esprit dans certaines conjonctures (difficultés à faire
traduire devant les tribunaux les auteurs d’excès). Lorsque, face
à la contestation intérieure, l’Etat déploie son appareil de contrainte,
la préoccupation d’éviter les “bavures policières”
est devenue, chez les gouvernants, un objectif de premier plan en raison
des conséquences politiques négatives susceptibles d’en surgir.
Vieille exigence de la démocratie libérale, l’emploi de la force
doit être proportionné à la gravité du trouble à l’ordre public.
On observe, en longue période, comme le montrent bien les travaux en
cours de Patrick Bruneteaux, un double mouvement tout à fait caractéristique
de ce point de vue. D’une part une professionnalisation accrue
des personnels déployés ; d’autre part un renforcement de leur
formation technique et psychologique qui accorde une place centrale
au contrôle de l’émotivité. Cependant la violence instrumentale
n’est pas l’apanage du seul Pouvoir d’Etat dans les
démocraties européennes contemporaines ; elle est aussi un mode d’expression
contestataire.
Le recours à une violence calculée et calculatrice est le fait d’organisations,
extérieures mais aussi indigènes (du type I. R.A. , F. L. N. C. corse,
E.T. A. basque. . .
), dont c’est le
mode “normal” d’insertion dans le jeu politique, compte
tenu de leurs objectifs et des moyens réels dont elles disposent pour
maximiser leur affirmation politique. Bien entendu, ces organisations
recrutent en partie sur la base de ressentiments actifs. Mais elles
n’atteignent leur pleine efficacité qu’au prix d’une
discipline impitoyable et d’une professionnalisation certaine.
Souvent le militant convaincu y côtoie le “technicien” fasciné
par les armes, voire le mercenaire motivé par l’argent [59].
Par ailleurs des organisations parfaitement légales (syndicats, groupes
de pression, partis) peuvent également recourir délibérément à des formes
soft de violence. Il s’agit d’affirmer une représentativité
sur le terrain en démontrant une capacité d’entraver et, plus
largement, de mobiliser. Selon la thèse développée par Charles Tilly,
la violence est envisagée, par les challengers des détenteurs du pouvoir,
comme une ressource parmi d’autres (le répertoire d’action)
leur permettant de s’imposer dans le jeu politique. Si les gains
escomptables sont élevés et les coûts réduits, notamment en termes de
répression, alors la probabilité d’un recours à la violence augmente
dès lors que surgit une conjoncture favorable, c’est-à-dire une
mobilisation croissante autour des revendications rejetées par les gouvernants [60].
La violence est donc le résultat d’un processus. Cependant les
partis, plus que les syndicats ou les groupes d'intérêts, doivent être
particulièrement attentifs à l’éventuelle contre-productivité
des interventions de ce type du fait que leur répertoire d’action,
en démocratie pluraliste, est principalement orienté vers les luttes
électorales. Une caractéristique majeure de cette forme de violence,
d’ailleurs également soulignée par Charles Tilly, est l’exigence
d’organisation, voire d’institutionnalisation. Il est impératif,
en effet, de conserver de bout en bout la totale maîtrise de l’action,
malgré les risques permanents de dérapages.
Normalement l’Etat est assez bien placé pour satisfaire à cette
condition, mais aussi des organisations fortement structurées (en témoigne
l’organisation toute militaire du syndicalisme paysan en Bretagne
dans les années soixante, ou encore celle du service d’ordre C.G.
T. ) [61].
Ainsi peut-on avancer que l’affirmation croissante d’une
violence purement instrumentale dans les sociétés européennes occidentales
est corrélée avec ces processus d’institutionnalisation qui les
travaillent en profondeur depuis plusieurs siècles. Elle contraste avec
l’extrême cruauté qui accompagnait encore massivement, au XVIII°
siècle, la violence d’Etat, les jacqueries paysannes, ou les journées
révolutionnaires. Cela ne signifie pas que cette évolution limite nécessairement
l’ampleur des destructions ou des crimes. Lorsque aucun frein
ne restreint son emploi “rationalisé” au service de fins
totalitaires, on se trouve confronté à une logique d’extermination
programmée, méthodique et froide comme le fût la “solution finale”
mise en oeuvre par le III° Reich. A la différence de la violence colérique,
la violence instrumentale appelle directement l’attention sur
les objectifs qu’elle sert. C’est donc à ce niveau qu’elle
doit être gérée. Encore faut-il que les exigences formulées soient négociables
dans le cadre du système politique. Dans l’affirmative, la conclusion
d’un compromis acceptable par les deux parties entraîne une disparition
effective de la violence. Mais le risque encouru est d’encourager
d’autres acteurs à mobiliser à leur tour une ressource politique
qui s’est révélée payante. Les répertoires d’action violente
sont suffisamment diversifiés, la Société contemporaine suffisamment
fragile avec ses mécanismes sophistiqués, pour que le recours à cette
ressource politique apparaisse à beaucoup comme une véritable tentation.
Il est très possible qu’à l’avenir se multiplient des actions
contestataires violentes, à niveau d’ailleurs fréquemment modéré,
surtout si devait s’approfondir la crise des institutions classiques
de représentation, notamment au niveau européen où le déficit démocratique
est le plus aigu.
LA VIOLENCE ET LE RENFORCEMENT DU CONTROLE SOCIAL
Le “processus de civilisation”, pour parler comme Elias [62],
tend globalement à la dévalorisation en longue période du recours à
la force. Mais il existe un coût social et politique de sa forclusion
qui mérite d’être mis en évidence.
La marginalisation de la violence physique comme exigence de fonctionnement
des sociétés contemporaines
Témoin d’un basculement des valeurs qui s'opérait sous ses yeux,
Spencer opposait sociétés militaires et sociétés industrielles. Les
premières ne craignaient pas de légitimer hautement la nécessité de
la violence comme moyen d’assurer le destin du groupe. Elles cultivaient
l’éloge des vertus guerrières à travers les figures emblématiques
du “soldat-paysan” attaché à sa terre (Rome), du “chevalier”
épris de prouesses sur le champ de bataille comme dans les tournois
(Moyen-Age), du condottiere ou du conquistador réalisant pleinement
un idéal brutal d’affirmation héroïque (Renaissance). Et l’on
sait la part du culte de la force dans les discours d’exaltation
patriotique jusqu’au XXe siècle. La conquête de la gloire, valeur
référentielle suprême dans ces sociétés, était indissociable des combats
et périls physiques qu’ils faisaient encourir. Mais cet éloge
de la guerre, si présent dans l’oeuvre d’un Joseph de Maistre
ou même d’un Proudhon, ne se réduisait pas à des significations
purement militaires. L’apologie de la violence révolutionnaire
par Sorel était explicitement rapportée à ce qu’il appelait “la
conception noble de la guerre” [63].
Quant à Lénine, stratège de la conquête du pouvoir, Perry Anderson a
souligné combien il affectionnait les métaphores militaires qui abondent
effectivement dans son oeuvre [64].
L’éloge de la violence, mise au service de la révolution, prolonge
une attitude antérieure de célébration de la violence physique au service
d’une juste cause : la gloire de Dieu dans la figure du croisé,
le redressement des torts chez le bandit d’honneur (Hobsbawm),
l’exigence de laver un affront dans le code d’honneur des
gentilshommes mais aussi des bandes rivales de villages ou des gangs
mafieux. Les sociétés contemporaines, parce qu’elles sont démocratiques
mais aussi, et surtout peut-être, parce qu’elles sont marchandes,
font totalement basculer les représentations de la violence physique.
Non sans se trouver confrontées à quelques contradictions. . L’activité
économique fortement intégrée exige une pacification particulièrement
poussée des rapports sociaux. La violence n’est pas seulement
destructrice (en quoi déjà elle entrave les processus d’accumulation
du capital productif) ; elle est bien davantage désorganisatrice, heurtant
alors de plein fouet les logiques de rationalisation du travail et d’interdépendance
croissante des échanges qui caractérisent les systèmes économiques développés.
Si le capitalisme est agressif, ce n’est pas d’abord, comme
le pensait Lénine, en poussant à la guerre ; c’est en jouant sans
merci des lois de la concurrence. Or la “violence économique”
peut n’être pas moins douloureuse que la violence physique [65].
On le voit bien en Allemagne aujourd’hui où la destruction du tissu
économique hérité du régime socialiste de la R.D. A.
crée, au moins
transitoirement, des situations proches du désespoir. La dureté des
logiques purement “économistes” engendre des facteurs théoriquement
favorables à un retour de la violence. En effet la perte collective
de l’emploi, la destruction d’un environnement familier
par des “équipements lourds”, la constante pression sur
le consommateur sont à l’origine de frustrations nombreuses qui
doivent être socialement gérées. Des législations par exemple visent
à atténuer les rigueurs résultant d’une exclusive prise en compte
des exigences économiques dans la gestion des entreprises : on pense
bien sûr au régime de l’allocation-chômage ou aux transferts sociaux.
Mais leur efficacité dépend en dernière analyse du maintien à bon niveau
des performances économiques, qui ne saurait être indéfiniment garanti
en longue période. En outre, il n’est nullement assuré que les
conséquences de la liberté d’établissement, dans les pays de la
CEE, seront toujours faciles à maîtriser ; des difficultés économiques
graves et persistantes peuvent faire naître des tensions entre communautés
qui cohabiteront sur un même territoire. Une grande attention préventive
devrait être apportée à cette éventualité. . Le triomphe contemporain
des valeurs de la démocratie pluraliste en Europe entraîne la forclusion
officielle de toute violence physique comme moyen de contester la loi
ou d’obtenir la solution d’un conflit. La seule arme reconnue
en pleine légitimité aux mécontents est celle du bulletin de vote. Elle
l’emporte sur toute autre. Parallèlement, c’est le déploiement
de la violence d’Etat qui s’entoure d’une circonspection
croissante. L’idéal démocratique postule en effet que la loi s’impose
normalement du fait de sa seule légitimité ; parce qu’elle est
l’expression de la Volonté générale. Pourtant, il est non moins
vrai que la force du droit, l’autorité de la loi reposent, en
dernière instance, sur le monopole de la coercition, c’est à dire
sur la violence. Ce qui caractérise l’Etat de droit, par opposition
à tous les régimes tyranniques, ce n’est pas l’impossible
renonciation à la force mais la soigneuse codification de ses conditions
d’emploi. La norme juridique demeure une injonction ou un interdit
dont le non-respect justifie, au terme de garanties procédurales, le
recours à la contrainte matérielle. Malgré cette réalité incontournable,
la formulation selon laquelle la démocratie repose sur la force matérielle,
celle de la police et des prisons est intolérable. Intolérable aux gouvernants
dont elle saperait indirectement l’autorité en facilitant la légitimation
des contestations par la violence ; intolérable aux gouvernés dont l’obéissance
à la loi devient narcissiquement moins coûteuse si elle n’apparaît
pas comme la soumission à la force. C’est pourquoi on observe
la mise en place de mécanismes élaborés destinés à gérer cette contradiction :
. discours d’occultation de la violence derrière une célébration
appuyée de la souveraineté du Peuple , du “bon citoyen”
qui respecte la Loi , paie ses impôts et se rend aux urnes pour exercer
son droit de vote. . discours d’euphémisation qui introduisent
les distinctions entre violence et coercition, violence et contrainte
d’intérêt général. . discours de déni construits sur l’opposition
entre solution politique d’un conflit et solution de force. En
réalité la solution politique est toujours appuyée sur la construction
d’une situation, en termes de légalité et légitimité, qui rend
l’usage effectif de la force - mais non sa présence en arrière
plan comme garantie d’effectivité - simplement inutile en raison
de la disproportion créée entre les protagonistes [66].
Mais le discours démocratique est soumis à un défi spécifique lorsque
le libre jeu du suffrage universel ouvre aux ennemis de la démocratie
la plausibilité d’un accès au pouvoir d’Etat. Les événements
de janvier 1992 en Algérie ont réactivé le débat sur l’acceptabilité
d’un recours visible à la force pour annuler les résultats d’un
scrutin.
Nul doute qu’il gagnerait en intensité dramatique si un jour, dans
un pays européen, se trouvaient réunies des conditions politiques analogues
à celles que la popularité du F.I. S.
avait créées
sur l’autre rivage de la Méditerranée.
Le renforcement du contrôle social comme garantie de marginalisation de
la violence politique
Cette proposition peut sembler surprenante puisque les sociétés occidentales
sont à la fois plus permissives et moins violentes depuis que la démocratie
pluraliste s’y est consolidée dans les quatre dernières décennies.
Pourtant de trois points de vue théoriques différents on se trouve orienté
vers la même conclusion. . La problématique éthologiste qui rapporte
la violence à l’agressivité, souligne que dans le règne animal,
celle ci fait l’objet de blocages instinctuels spécifiques pour
en interdire des usages dévastateurs, notamment au sein de l’espèce.
L’Homme a perdu l’usage des automatismes inhibiteurs présents
en amont de l’évolution alors qu’il est devenu capable d’une
violence infiniment supérieure à celle du règne animal. En outre, ses
conditions d’existence multiplient les occasions de déclenchements
d’agressivité : densité de population, intrication des “territoires”,
langages complexes facilitant les mésinterprétations.
Il faut donc qu’il existe de puissants relais pour suppléer les
instincts défaillants ; ce sont les contrôles culturels [67].
.
La problématique de l’apprentissage (Bandura, Skinner) débouche
sur l’idée que les modèles de comportements proposés à l’observation
peuvent contribuer, s’ils sont non agressifs, au contrôle de la
violence physique. On se trouve notamment confronté ici à la question
de savoir si le spectacle de la violence politique dont la télévision
se nourrit pour des raisons d’audimat, facilite l’imitation
ou, au contraire, joue un rôle cathartique de purgation symbolique.
Une énorme littérature s’est penchée sur cette question qui aboutit
à des conclusions globalement indécises, ce qui s’explique aisément.
En effet, il faut prendre en considération de très nombreuses variables :
la coexistence de modèles agressifs et non agressifs, l’inégale
valorisation qui en est proposée, l’inégale possibilité offerte
aux téléspectateurs de s’identifier aux auteurs de violences compte
tenu des prédispositions des premiers et du statut sociopolitique des
seconds [68]. En cas de violence intense,
le spectacle particulièrement coûteux psychologiquement de ses effets
dramatiques, en termes de souffrances infligées à des innocents, réactive
des inhibitions culturelles apprises [69].
Encore faut-il s’attendre à ce que ce mécanisme joue de façon sélective
sur des personnes capables d’empathie. .
La problématique
psychosociologique explique le passage de la frustration à la violence
en faisant intervenir trois catégories de variables [70].
Ce sont les justifications normatives ou éthiques de la violence, surtout
si elles peuvent être rapportées à des autorités particulièrement légitimes ;
ce sont ensuite les justifications utilitaires c’est à dire la
conviction que la violence paie parce que les “punitions”
ne sont ni sévères ni certaines ; ce sont enfin les aptitudes à la fois
techniques et politiques du régime gouvernemental à combattre la violence
(y compris la capacité d’obtenir des soutiens extérieurs à la
répression ou de réduire ceux des contestataires). A ces trois niveaux
ce sont bien diverses modalités de contrôle social qui peuvent jouer
le rôle de frein efficace à l’apparition de la violence politique :
le renforcement de légitimité des discours de stigmatisation et l’efficacité
accrue dans la poursuite des auteurs de violences. Conformément à ces
problématiques on observe effectivement des manifestations de l’accroissement
du contrôle social au sein des démocraties européennes. Tout d’abord
cela concerne leur propre appareil de contrainte qui est mieux tenu
en mains politiquement, mieux formé professionnellement et psychologiquement [71].
Cela s’exprime aussi par une pression culturelle accrue pour disqualifier
les recours à la force. Les justifications idéologiques dotées d’un
minimum d’autorité intellectuelle ont quasiment disparu avec l’évolution
du marxisme occidental et l’obsolescence des discours révolutionnaires [72].
Et si les médias montrent beaucoup la violence, cette présentation est
rarement accompagnée d’un commentaire qui la place sous un jour
favorable, à l’exception récente de la guerre du Golfe [73]. Même s’il est permis de s’en
féliciter, cette évolution, assez récente (postérieure à la fin des guerres
coloniales), assure la mise en place d’un contrôle social accru
par disparition de discours dissonants.
Ses effets sont peut-être visibles dans la mise en échec, au cours des
décennies soixante-dix et quatre-vingts, des tentatives de déstabilisation
en R.F. A.
ou en Italie, due largement
à la désolidarisation des couches sociales au nom desquelles était en
principe mené le combat. Mais toute lutte prolongée contre la violence
fait surgir le problème du renforcement des législations répressives (pouvoirs
spéciaux en Algérie 1956, loi française anti-casseurs 1972, aujourd’hui
abrogée) ; surtout elle alourdit le climat politique (les fameuses “années
de plomb” en Allemagne) et réactive les discours d’ordre ou
les exigences sécuritaires qui constituent des demandes de contrôle social
accru. Cependant la violence n’est pas condamnée à disparaître.
Pour deux raisons au moins. Tout d’abord parce que les normes démocratiques
elles-mêmes inclinent à une tolérance accrue des modalités d’expression
contestataires, y compris lorsqu’elles empruntent la forme d’une
violence qui demeure soft. Il arrive de plus en plus souvent à l’Etat
de supporter un certain niveau de violence, pendant un certain temps ;
qu’il s’agisse de laisser ouverte la possibilité d’une
négociation (le conflit Comapêche en septembre 1991) ou simplement de
donner à une frustration collective une sorte d’expression purgative
(le conflit des chauffeurs routiers en juillet 1992). Autre facteur qui
incline à sa persistance : le fait que la forclusion générale du recours
à la violence physique l’érige, en retour, en figure emblématique
de la transgression. Et cela d’abord dans les groupes sociaux menacés
économiquement et plus faiblement acculturés aux valeurs dominantes. D’où
les troubles des banlieues, ou encore l’évolution de certains conflits
sociaux dans l’agriculture et les industries économiquement déclinantes.
Mais la volonté de transgression touche aussi des individus dont l’itinéraire
biographique est dominé par le refus de toute intégration ; ils constituent
un vivier pour d’éventuelles organisations clandestines. Les sociétés
occidentales ont sans doute un long chemin à parcourir en compagnie de
radicaux en quête de “justes causes”. La violence politique
est réputée déstabilisatrice. En réalité, ce jugement spontané n’épuise
pas tous les aspects d’un phénomène plus complexe. Il est probable
au contraire que les démocraties pluralistes tirent quelque profit d’un
certain niveau de violence dans deux catégories de situations.
C’est d’abord celle d’une menace, externe ou interne,
qui manifeste l’existence d’un ennemi irréductible ; il sera
possible de l’invoquer pour susciter un resserrement des allégeances
aux valeurs de l’Etat et de l’ordre démocratique - encore
faut-il que celle-ci demeure suffisamment marginale pour pouvoir être
contenue sans mise en place de mesures exceptionnelles durables dont l’effet
serait au contraire de gangrener la démocratie - .
C’est aussi, dans une toute autre direction, la violence chronique
de (relativement) faible intensité qui, fréquemment, se déploie dans les
conflits sociaux. En dehors des canaux institutionnels mais en connexion
étroite avec eux, elle contribue objectivement à élargir l’expression
politique de groupes socioprofessionnels largement démunis de ressources
strictement politiques.
Il n’est donc pas inexact de dire que, dans ce cas de figure, elle
permet paradoxalement d’enrichir la démocratie [74].
[1] Guerre de Jugurtha. III. Historiens
romains, Gallimard, 1984, t.I. p. 670.
[2] J.P. Sartre, Préface à Frantz Fanon
Les damnés de la terre, (1961), 2 éd. Maspéro, 1968.
[3] G. Sorel, qui déteste J. Jaurès, observe
avec acrimonie que celui-ci, malgré son humanisme, absout les massacres
de septembre 1792 in Réflexions sur la violence, (1908), Rééd, Seuil,
1990, p.105.
[4] Voir la banque de données créée à l’Institut
Français de Polémologie sous la responsabilité de Daniel Hermant.
[5] T. Gurr, Why Men Rebel, Princeton University
Press, 1970 ; I. Feierabend, R. Feierabend (Eds), Anger, Violence and
Politics. Theories and Research, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1972 ;
D. Hibbs, Mass Political Violence. A cross-national causal analysis, New
York, Wiley, 1973 ; E. Muller "A Test of Partial Theory of Political Violence",
American Political Science Review, 1972, III, p.928 et ss.
[6] Pour une mise au point récente, P.
Bourdieu, Réponses, Seuil, 1992, p.116 et ss.
[7] "A Structural Theory of Aggression"
in I. Feierabend, R. Feierabend, T. Gurr (Eds), Anger, Violence and Politics,
op. cit. p.85.
[8] Violence et politique, Gallimard, 1978,
p.101.
[9] Loc. cit. p.102.
[10] Les règles de la méthode sociologique,
(1895), Rééd, PUF, 1990, p.37.
[11] La dynamique de l’Occident,
(1939), Rééd, Calmann-Lévy, 1990, p.198.
[12] Outre les ouvrages cités dans la
note 4, voir également J. W. Lapierre, "La violence dans les conflits
sociaux", in Centre d’Etudes de la civilisation contemporaine, Desclée
de Brouwer, 1968 ; E. Muller, Aggressive Political participation, Princeton
University Press, 1979 ; J. C. Chesnais, Histoire de la violence en Occident
de 1800 à nos jours, R. Laffont, 1981 ; C. Tilly, La France conteste.
De 1600 à nos jours, (Trad), Fayard, 1986. Cf. également les enquêtes
empiriques de E. Weede et M. Midlarski citées précédemment.
[13] A. Oberschall, Social Conflict and
Social movements, Englewood Cliffs, Prentice Hall,1973, p.133 ; E. Zimmermann,
Political Violence, Crises and Revolutions. Theories and Research, Cambridge
(Mass) Shenkman, 1983, p.9.
[14] Réflexions sur la violence, (1908),
Réed, Seuil, 1990, p.169.
[15] Political Violence. The Behavioral
Process, New York, St Martin’s Press, 1969, p.13.
[16] P. Vidal-Naquet, La torture dans
la République.1954-1962., Ed de Minuit, 1972 ; P. Taylor, Beating the
Terrorists ? Interrogation in Omagh, Gough and Castlereagh, Harmondsworth,
Penguin, 1980.
[17] A. Corbin, "L’Histoire de
la violence dans les campagnes françaises au XIXe siècle. Esquisse d’un
bilan", Ethnologie française, 1991, T.III, p.224 et ss.
[18] M. Wieviorka, La France raciste,
Fayard,1992.
[19] J. K. Galbraith, La paix indésirable ?,
(1967), Trad., Calmann-Lévy , 1968, p.100.
[20] Loc. cit. p.101.
[21] D. Monjardet, "Le maintien de l’ordre.
Technique et idéologie professionnelle des C.R.S", Déviance et Sociétés,
1988, n°2, p.101 et ss.
[22] Carl. Schmitt, La notion de politique
(1932), Trad., Flammarion, 1992, p.69.
[23] Hemingway , dans “ le récit
de Pablo”, montre bien comment, pendant la guerre d’Espagne,
faire executer des propriétaires terriens par les paysans, est un moyen
efficace de les identifier à un camp ; in Pour qui sonne le glas ?, Trad.,
Rééd., Gallimard, 1965, p.118 et ss.
[24] B. Orfali. “L’homme
de violence” in L’adhésion au Front National, Kimè,1990,
p.194.
[25] Une correspondance de F. Chipaux
signalait l’adhésion de nombreux bosniaques musulmans au mouvement
croate ultra : H.O.S. considéré par eux comme très “professionnel” ;
et cela en dépit de ses positions hostiles à la communauté musulmane ;
in Le Monde, 3 septembre1992. On peut aussi méditer l’itinéraire
politique d’un Lacombe Lucien à partir du film de Louis Malle.
[26] Par exemple sur l’emploi
du mot “terroriste”, D. Hermant, D. Bigo, "La relation terroriste :
cadre sociologique pour une analyse comparatiste", Etudes polémologiques,
1988 T. III, p.52 et ss.
[27] "Vie d’Alexandre", in
Plutarque. Les vies des hommes illustres, Chap XXXI, Trad., Gallimard,
1968. t II p.343.
[28] “La violence se manifeste
lorsque le pouvoir est menacé...Parler d’un pouvoir non violent
est en fait une tautologie”. in Sur la violence, Trad., Rééd.,
Calmann-Lévy, 1972, p.157.
[29] Political Violence, Crises and
Revolutions...op. cit, p.157 et ss.
[30] L. Coser, Les fonctions du conflit
social, Trad., PUF, 1982, p.131 et 132.
[31] Rechercher après coup qui a
voulu la guerre, qui en est responsable, correspond à une exigence politique
et morale, mais aussi au besoin d’exorciser l’angoisse d’être
dominé par des processus sans sujet. Pourtant il n’est pas sûr
qu’il existe une réponse satisfaisante dans tous les cas de figure.
[32] F. Engels. Préface à Les luttes
de classes en France, (1895), Rééd., Editions sociales, 1967, p.21 et
ss ; G. Sorel, Reflexions sur la violence, op. cit. p.67.
[33] Le recrutement des C.R.S. s’opère
d’ailleurs massivement dans les catégories ouvriers et paysans.
Sur ce point, D. Monjardet. "Le maintien de l’ordre. Technique
et idéologie professionnelle des C.R.S", art. précité.
[34] P. Bourdieu, La Distinction,
Ed. de Minuit, 1979, p.239.
[35] Social Conflict and Social Movements,
op. cit, p.332.
[36] P. Champagne, "La manifestation
comme action symbolique" in P. Favre (Dir). La manifestation, Presses
de la F.N.S.P, 1990, p.339 et ss. Egalement, M. Offerlé, ibid, p.117.
[37] Pour Etzioni, les manifestations
sont un élément important du système politique démocratique. Cette thèse
qui a sa justesse, est néammoins l’objet d’une critique
argumentée de P. Favre in La manifestation, op. cit. p.61 et ss ; également,
P. Favre, "Nature et statut de la violence dans les manifestations contemporaines",
Cahiers de la Sécurité Intérieure, 1990, p.149 et ss.
[38] Voir sur ce point I. Sommier,
"C.G.T. Du service d’ordre au service d’accueil", Genèses,
1993, n° 12 (à paraitre).
[39] D. Apter, Pour l’Etat
contre l’Etat, Economica, 1988, p.234. Sur la notion de moment
disjonctif empruntée à Habermas, loc. cit. p.236.
[40] S. Milgram, Soumission à l’autorité,
(1972), Trad., Calmann-Lévy, 1974, p.194 et ss.
[41] M. Wieviorka, D. Wolton, Terrorisme
à la une : medias, terrorisme et démocratie, Gallimard, 1987.
[42] M .Wieviorka, Sociétés et terrorismes,
Fayard, 1988 ; R. Catanzaro (Ed), Terrorism and the Red Brigades in
Italy, Londres, Pinter publishers, 1991 ; R. Dufour, "Les ressorts psychologiques
de l’efficacité publicitaire du terrorisme", Etudes polémologiques,
1986, n°1, p.36.
[43] B.Jenkins cité par Ph. Schlesinger,
Media, State and Nation, Londres, Sage, 1991, p.24.
[44] H. Arendt, Le système totalitaire,
Trad., Rééd., Seuil, 1972, p.209 et ss.
[45] A. Mitscherlich, Le Deuil impossible,
Trad., Payot, 1972 ; D. Bar On, L’héritage infernal. Des filles
et fils de nazis racontent, Trad., Eshel, 1991. Voir également le personnage
de Porfirio dans le “roman” de D. Fernandez. Porfirio et
Constance, Grasset, 1991, p.255 et ss.
[46] Parlant des troubles de 1848
à Paris, Engels emploie les termes suivants : “Le mouvement était
là, instinctif, spontané, impossible à étouffer”. Préface précitée
p.18.
[47] Sur ce point, P. Braud, Le jardin
des délices démocratiques, Presses de la F.N.S.P, 1991, p.112 et ss.
[48] La définition exacte de Gurr
est : “Discrepancy between men’s value expectations and
their value capabilities , i.e. a discrepancy between the goods and
conditions of life they believe as their due, and the goods and conditions
they think they can in fact get and keep.” in Why Men Rebel, Princeton
University Press, 1971, p.319.
[49] Ce point de vue classique est
critiqué, sur la base de matériaux empiriques non compatibles, par E.
Weede, "Some New Evidence on Correlates of Political Violence : Income
Inequality, Regime Repressiveness and Economic Development" in European
Sociological Review, 1987,III, p.97 et ss. Dans l’ouvrage dirigé
par T. Gurr (Handbook of Political Conflict. Theory and Research, New
York, Free Press, 1980) on trouvera à la fois une présentation synthétique
de ces théories (H. Eckstein p.144 et ss) et une critique (E. Muller
p.97 et ss).
[50] R. Leveau, "Reflexions sur le
non passage au terrorisme dans l’immigration clandestine en France"
in Etudes Polémologiques, 1989, I, p.141 ; Voir également les travaux
de S. Body-Gendrot (à paraitre).
[51] A. Bandura, Aggression. A social
learning analysis, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1973, p.59.
[52] Voir ci-après les contributions
de N. Duclos, C. Journès et I. Sommier.
[53] M. Pigenet, "La manifestation
Ridgway du 28 mai 1952" in P. Favre (Dir), La manifestation, op. cit.
p.261 et ss.
[54] Essais sur la violence, Meridiens-Klincksieck,
1984. Cf. également les textes situationnistes de mai 1968 cités in
A. Schnapp, P. Vidal-Naquet, Journal de la Commune étudiante, Seuil,
1968.
[55] La violence et le sacré, Grasset,
1972, Rééd., Hachette, 1989, p.11.
[56] Loc. cit, p.122.
[57] Le bouc émissaire, Grasset,
1982, p.30.
[58] Au sens retenu in Le jardin
des délices démocratiques, op. cit, p.20 et p.245 et ss.
[59] Cf. le témoignage de Hans Joachim
Klein, La mort mercenaire,Trad., Seuil, 1980, p.248.
[60] C. Tilly, From Mobilization
to Revolution, Reading, Addison-Wesley, 1978, p.201 et ss.
[61] Voir ci-après les contributions
de N. Duclos et I. Sommier.
[62] La dynamique de l’Occident,
op. cit. p.235 et ss.
[63] “La grève générale syndicaliste
offre les plus grandes analogies avec le premier système de guerre (considéré
par lui comme admirable)...Le prolétariat a le sentiment très net de
la gloire qui doit s’attacher à son rôle historique et de l’héroïsme
de son attitude militante ; il aspire à l’épreuve décisive dans
laquelle il donnera toute la mesure de sa valeur”, Réflexions
sur la violence, op. cit. p.164.
[64] P. Anderson, Le marxisme occidental,
Trad., Maspero, 1977. voir également L. Kolakowski, Histoire du marxisme,
Trad., Fayard, 1987, t.II, p.562-563.
[65] Il en va d’ailleurs également
des “violences symboliques” auxquelles nous accoutument
certaines pratiques de la société de communication : acharnement médiatique
au mépris des droits des intéressés ou des conséquences subies par leurs
proches ; production de stéréotypes dévalorisants. Par ailleurs la contribution
ci-après de C. Haroche attire l’attention sur la violence des
codes de bonnes manières et leur fonction éventuellement politique.
[66] On opèrera ici une analogie
avec le raisonnement de Pascal sur la justice : “Ne pouvant faire
qu’il soit force d’obéir à la justice, on a fait qu’il
soit juste d’obéir à la force ; ne pouvant fortifier la justice,
on a justifié la force, afin que la justice et la force fussent ensemble,
et que la paix fût, qui est le souverain bien”. "Pensées" (238)
in Oeuvres complètes, Gallimard, 1964, p.1152.
[67] K. Lorenz, Essais sur le comportement
animal, Trad., Seuil, 1970, p.137 et ss ; voir également P. Karli, L’homme
agressif, Odile Jacob, 1987.
[68] G. Moser, L’agression,
PUF, 1987, p.115 et ss.
[69] M. Wieviorka, D. Wolton, Terrorisme
à la une, Gallimard, 1987, p.246.
[70] Gurr, Why Men Rebel, op. cit.
p.320.
[71] M. Dubourdieu, B. Tarrin, "Evaluation
des politiques de formation : l’exemple de la police nationale",
Les Cahiers de l’IHESI ,1990 n°2 p.117 et ss. Egalement la contribution
ci-après de P. Bruneteaux.
[72] A la différence du livre de
Merleau-Ponty (Humanisme et Terreur, 1948) beaucoup de textes ultérieurs
(sartriens ou situationnistes) ont une signification surtout déclamatoire
au sens où se creuse l’écart entre ce qui se joue avec les mots
et ce qui se vit concrètement sur le terrain des luttes politiques,
du moins après la guerre d’Algérie.
[73] Sur ce point, la communication
ci-après d’A. Mercier. Il est arrivé que des journalistes se voient
accusés de rapporter trop complaisamment les déclarations et activités
de groupes clandestins combattus par l’Etat. Outre le cas corse
étudié par X. Crettiez, voir les exemples cités in P. Schlesinger. Media,
State and Nation, Londres, Sage, 1991, p.18, ainsi que l’ouvrage
de D. Paletz et A. Schmid. Terrorism and the Media, Londres, Sage, 1992.
Adde : D. Hermant, D. Bigo. "La relation terroriste" in Etudes polémologiques,
1988 III p.71.
[74] Dans un sens assez voisin, l’auteur
de The Theory of Stable Democracy, H. Eckstein, écrivait : "Le risque
de conflits à bas niveau de violence est un prix que les démocraties
doivent s’attendre à payer en contrepartie de la liberté préservée
vis-à-vis de l’Etat et d’autres autorités sociales...”
in H. Eckstein, T. Gurr. Patterns of Authority. A structural basis for
political inquiry, New York, Wiley and Sons, 1975, p.452.
Date de publication : hiver 2002
Cultures & Conflits
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