|
Origine : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1180/ip1180.html
Les violences envers les femmes sont multiples :
sans compter les agressions subies dans leur cadre familial actuel,
6 % des femmes ayant entre 18 et 59 ans ont été l’objet d’injures
sexistes en 2005 ou 2006, 2,5 % ont été agressées physiquement
et 1,5 % a déclaré avoir subi un viol ou une tentative de viol.
Dans ce dernier cas, un sur cinq est perpétré par l’ex-conjoint
et la moitié des victimes connaissaient leur agresseur. Les violences
sexuelles sont moins fréquentes au sein du ménage, mais c’est l’inverse
pour les violences physiques. Les femmes sans diplôme sont trois
fois plus nombreuses à subir des violences domestiques que les plus
diplômées. Les caresses, baisers et autres gestes déplacés sont
les agressions sexuelles les plus fréquentes et ont pour cadre le
lieu de travail dans un quart des cas.
Autant de violence envers
les femmes dans le ménage qu’en dehors
Selon l’enquête « Cadre de vie et sécurité »
menée début 2007, les femmes sont autant exposées à la violence
dans leur ménage qu’en dehors : 3,3 % des femmes âgées
de 18 à 59 ans ont déclaré avoir subi en 2005 ou 2006 au moins
une agression
physique ou sexuelle de la part d’une personne vivant avec
elles ; elles sont 3,4 % à en avoir subi en dehors de
leur ménage (tableau 1). Les violences sexuelles (définition)
restent néanmoins moins fréquentes à l’intérieur qu’à l’extérieur
du ménage.
Les premières violences auxquelles les femmes
sont confrontées sont les violences verbales telles que les injures
(16,9 %) et les menaces (5,5 %) ; viennent ensuite
les violences physiques, au sein du ménage (3 %) ou à l’extérieur
(2,5 %) ; et enfin, les agressions
sexuelles à l’extérieur (1,5 %) et dans le ménage (0,7 %).
Les vols avec violence ou sans violence ont touché 4 %
des femmes. En dehors du ménage, la proportion de femmes violées
est deux fois supérieure à celle des femmes qui se sont faites
dévaliser avec violence.
Dans le ménage, la violence physique est nettement
plus fréquente que la violence
sexuelle. Parmi les femmes qui reçoivent des coups chez elles,
12 % sont aussi abusées sexuellement alors que 50 %
des femmes qui ont été violées par un homme qui partage leur logement
sont également agressées physiquement. De plus deux femmes sur
cinq, victimes de violence sexuelle au sein de leur ménage, ont
été également agressées sexuellement en dehors.
Tableau 1 : Les victimes de violences selon
le sexe
en
% |
|
Femmes |
Hommes |
Violences
au sein du ménage |
|
|
Violences physiques
|
3,0 |
1,6 |
Viol |
0,7 |
0,2 |
Violences physiques
ou viol |
3,3 |
1,7 |
Violences
en dehors du ménage |
|
|
Agressions physiques
|
2,5 |
3,3 |
Viol |
1,5 |
0,5 |
Agressions physiques
ou viol |
3,4 |
3,5 |
Autres agressions
sexuelles |
|
|
Baisers, caresses
ou autres gestes déplacés |
5,9
|
1,3
|
Exhibition
sexuelle |
3,6
|
1,6
|
Vols |
|
|
Vols avec violence
|
0,8
|
1,4
|
Vols sans violence
|
3,3
|
3,6
|
Agressions verbales
|
|
|
Menaces
|
5,5
|
6,9
|
Injures
|
16,9
|
14,6
|
Lecture : 3 % des femmes
de 18-59 ans ont subi en 2005-2006 des violences physiques de
la part d'un membre du ménage contre 1,6 % des hommes.
Champ : individus de 18-59 ans.
Source : Insee, enquête Cadre
de vie et sécurité 2007.
Être femme expose, être femme et jeune
surexpose
Graphique 1Vols et agressions
physiques ou verbales en dehors du ménage, en 2005 ou 2006
Champ : femmes de 18-59 ans.
Source : Insee, enquête Cadre
de vie et sécurité 2007.
Graphique 2Violences sexuelles
selon l'âge, en 2005 ou 2006
Champ : femmes de 18-59 ans.
Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.
Par rapport aux hommes, les femmes sont deux fois
plus souvent agressées physiquement au sein du ménage, et trois
fois plus souvent victimes d’attouchements ou de rapports sexuels
forcés à l’extérieur comme à l’intérieur du ménage. En revanche,
elles sont moins souvent victimes d’agressions physiques à caractère
non sexuel en dehors du ménage, et près de deux fois moins souvent
victimes de vols avec violence. Les injures proférées contre les
femmes ont la particularité d’être de nature sexiste une fois
sur trois contre moins d’une fois sur vingt chez les hommes.
Les jeunes femmes sont les plus vulnérables. Hors
du ménage, en 2005 ou 2006, une femme sur cinq âgée de 18 à 29
ans a essuyé des injures, une sur dix a subi des caresses et des
baisers non désirés et autant des menaces. Pour les délits plus
graves, 3,5 % de ces femmes ont subi une agression physique
(contre 3 % en moyenne) 2,2 % un viol (contre 0,7 %
en moyenne) et 1 % des vols avec violence. Au cours des deux
années, à l’intérieur du foyer, 3,8 % des plus jeunes femmes
ont été victimes de violences physiques, contre 3 % en moyenne.
Les viols au domicile semblent obéir à une logique différente
puisque le pic d’agressions se situe entre 30 et 39 ans et que
les jeunes femmes sont un peu moins victimes que leurs aînées
(graphiques 1 et 2).
L’agresseur est souvent un proche de
la victime
Une fois sur deux, c’est le conjoint qui est l’auteur
des violences envers la femme à l’intérieur du ménage. C’est même
le cas trois fois sur quatre quand il s’agit de violences sexuelles.
Pour les agressions sexuelles commises à l’extérieur
du ménage, 70 % des victimes disent en connaître l’auteur.
La moitié le connaissent personnellement : il est leur ex-conjoint
plus d'une fois sur cinq ou un « ami » pour 16 %
des victimes. De plus, une fois sur deux, le viol a eu lieu dans
le quartier de résidence de la victime, une fois sur trois pour
les gestes déplacés (tableau 2).
Aussi, il n’est pas étonnant de constater que
ces femmes vivent moins souvent avec un conjoint que les autres
femmes. Notamment, les femmes ayant été violées au cours des deux
dernières années par une personne qui ne vit pas avec elles actuellement
sont deux fois plus nombreuses à élever seules leurs enfants,
les faits ayant pu les inciter à se séparer du conjoint violent.
Le viol hors de chez soi commis par un inconnu
n’est ainsi pas la règle et ne concerne qu’un petit tiers des
victimes. Toujours à l’extérieur, le hasard tient également moins
de place que dans les cas d’agressions physiques : une fois
sur deux, l’agressée connaît personnellement son agresseur qui
se trouve être généralement l’ex-conjoint ou un membre de la famille.
Trois fois sur quatre, le viol commis hors ménage
est le fait d’un seul agresseur. Une fois sur quatre, le ou les
auteurs étaient sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue (la
fréquence est la même à l’intérieur du ménage). Même quand l’auteur
ne fait pas ou plus partie du ménage, les viols sont souvent un
phénomène privatif puisqu’ils sont commis une fois sur trois au
domicile de la victime, puis dans une moindre mesure dans un autre
logement (14 %). Seulement 12 % ont lieu dans la rue,
4,7 % au travail.
Les caresses, baisers et autres gestes déplacés
non désirés, qui sont les agressions sexuelles les plus fréquentes,
ne se sont pas reproduits pour la moitié des femmes, mais 40 %
en ont toutefois souffert « quelques fois ». Pour une
victime sur quatre, les faits se sont déroulés sur son lieu de
travail, pour 15 % dans son logement ou dans le logement
de quelqu’un d’autre. Reste un acte sur cinq de ce type qui est
perpétré dans un lieu public : 13,4 % dans la rue, 6,3 %
dans les transports.
Tableau 2 : Auteurs de vols ou d'agressions
physiques ou verbales commis en dehors du ménage sur des femmes
en %
|
Auteurs1 |
Vol avec violence |
Vol sans violence |
Agression physique |
Menaces |
Injures |
Viol2 |
Ex-conjoint |
1,7 |
0,6 |
27,9 |
9,9 |
3,3 |
22,6 |
Membre de la famille
|
1,1 |
1,3 |
13,1 |
4,3 |
3,2 |
2,1 |
Ami |
0,0 |
4,1 |
1,8 |
3,8 |
2,7 |
16,1 |
Connaissance du
travail ou des études |
0,0 |
5,4 |
4,6 |
7,0 |
4,2 |
0,0 |
Autre personne connue
personnellement |
0,0 |
2,1 |
1,8 |
5,7 |
5,0 |
10,5 |
Autre personne connue
seulement de vue |
4,8 |
4,2 |
10,8 |
16,4 |
13,4 |
18,5 |
Inconnu |
92,4 |
82,3 |
40,1 |
52,9 |
68,3 |
30,1 |
Total |
100,0 |
100,0 |
100,0 |
100,0 |
100,0 |
100,0 |
Lecture : lors de la dernière agression
physique commise contre une femme en 2005-2006, l'auteur était
un ex-conjoint dans 27,9 % des cas, un membre de la famille
dans 13,1 %, un inconnu dans 40,1%.
1. Il s'agit de l'auteur de la
dernière agression pour un type d'agression donné durant la
période.
2. Les résultats de cette colonne
ne concernent que les femmes comprenant le français (source).
Champ : femmes de 18-59 ans victimes
en 2005-2006.
Source : Insee, enquête Cadre
de vie et sécurité 2007.
Un faible niveau scolaire chez les
agresseurs et chez les victimes
L’enquête apporte quelques précisions sur les
auteurs appartenant au ménage : ils ont le plus souvent au
moins 45 ans, sont faiblement diplômés, plutôt chômeurs ou retraités,
ouvriers mais aussi parfois cadres.
Les agressions sexuelles et les violences domestiques
envers les femmes se rencontrent dans tous les milieux sociaux,
mais sont plus fréquentes dans les milieux à faible niveau scolaire.
Parmi les femmes sans diplôme, il y a près de cinq fois plus de
victimes d’agressions sexuelles en dehors du ménage que chez les
plus diplômées, et trois fois plus pour les violences domestiques
(tableau 3).
La nationalité des femmes a un impact fort. Ainsi,
les femmes étrangères hors Union européenne sont nettement plus
souvent que les autres victimes de violences spécifiquement féminines,
en premier lieu d’agressions sexuelles en dehors du ménage, mais
aussi de violences domestiques et de vols avec ou sans violence.
En revanche elles ne sont pas plus victimes de violences sexuelles
dans leur ménage. Et elles sont un peu moins souvent victimes
d’agressions physiques à l’extérieur. Les Françaises, qui ne sont
pas à l’abri de tous ces types de violences, sont plus fréquemment
la cible d’injures et de menaces, à moins qu’elles y soient plus
sensibles (tableau 4).
Tableau 3 : Proportion de femmes victimes en
2005 ou 2006 selon le niveau de diplôme
en
% |
Diplôme de la victime |
Viol en dehors du ménage |
Baisers, caresses ou autres gestes déplacés
|
Violence physique au sein du ménage |
Viol au sein du ménage |
Diplôme de 2e
ou 3e cycle universitaire |
0,6 |
7,7 |
1,6 |
0,3 |
Diplôme de 1er
cycle universitaire, BTS, DUT |
1,2 |
6,3 |
3,2 |
0,9 |
Baccalauréat, Brevet
pro. ou de technicien |
1,5 |
8,0 |
2,8 |
0,7 |
CAP, BEP |
1,6 |
3,8 |
2,4 |
0,7 |
Brevet des collèges,
BEPC |
1,0 |
4,3 |
2,8 |
0,9 |
CEP ou aucun diplôme
|
2,6 |
5,2 |
5,3 |
0,7 |
Total
|
1,5
|
5,9
|
3,0
|
0,7
|
Champ : femmes de 18 à 59 ans.
Source : Insee, enquête Cadre
de vie et sécurité 2007.
Tableau 4 : Proportion de femmes victimes selon
leur nationalité
en
% |
Nationalité |
Viol en dehors du ménage |
Baisers, caresses ou autres gestes déplacés
|
Violence physique au sein du ménage |
Viol au sein du ménage |
Vol avec violence |
Vol sans violence |
Agression physique |
Menaces |
Injures |
Françaises de naissance
|
1,3 |
5,8 |
2,9 |
0,6 |
0,7 |
3,3 |
2,5 |
5,8 |
17,3 |
Naturalisée |
1,6 |
4,2 |
2,3 |
1,5 |
1,6 |
2,0 |
2,8 |
3,8 |
12,8 |
Union européenne
|
0,9 |
5,1 |
3,7 |
1,0 |
0,7 |
1,6 |
5,7 |
4,7 |
18,7 |
Reste du monde |
8,0 |
11,7 |
4,7 |
0,5 |
2,4 |
7,2 |
1,9 |
1,5 |
9,8 |
Total
|
1,5
|
5,9
|
3,0
|
0,7
|
0,8
|
3,3
|
2,5
|
5,5
|
16,9
|
Champ : femmes de 18 à 59 ans.
Source : Insee, enquête Cadre
de vie et sécurité 2007.
Les victimes font confiance à la police
Paradoxalement, ces femmes battues ou violées
ont une image plutôt positive de l’action de la police dans leur
quartier. 59 % des femmes ayant subi des agressions sexuelles
à l’extérieur pensent ainsi que la présence de la police dans
leur quartier est suffisante. Et près de la moitié des femmes
battues ou violées jugent efficace l’action de la police dans
le quartier contre 39 % des autres femmes (tableau
5). Le caractère souvent intime de ces violences peut expliquer
la résignation des victimes, qui peuvent penser que rien d’extérieur
ne parviendra à changer leur situation personnelle.
Les femmes qui, au cours des deux dernières années,
n’ont pas été victimes d’agressions sexuelles hors ménage sont
plus nombreuses à penser que l’action de la police n’est pas efficace
(37 % contre 32 %). Il est possible que, jugeant la
protection de la police insuffisante, elles redoublent de prudence
dans leur mode de vie (rythmes et horaires de sortie, évitement
de certains lieux publics...).
Tableau 5 : Opinions des femmes sur la présence
et l'efficacité de la police dans le quartier
en
% |
|
Femmes victimes |
Autres femmes |
d'un viol en dehors du ménage |
de violences physiques dans le ménage
|
Présence
de la police dans le quartier |
Suffisante |
59,2 |
45,3 |
44,1 |
Insuffisante |
25,4 |
30,9 |
34,2 |
Excessive |
13,4 |
20,2 |
18,7 |
Ne sait pas |
2,0 |
3,7 |
3,1 |
Total
|
100,0
|
100,0
|
100,0
|
Efficacité
de la police dans le quartier |
Plutôt efficace
|
46,5 |
45,3 |
39,4 |
Peu ou pas efficace
|
32,4 |
39,4 |
37,5 |
Ne sait pas |
21,2 |
15,3 |
23,1 |
Total
|
100,0
|
100,0
|
100,0
|
Champ : femmes âgées de 18 à 59
ans.
Source : Insee, enquête Cadre
de vie et sécurité 2007.
Des violences graves qui ne se racontent
pas
Les violences intra conjugales sont très mal rapportées :
un cinquième des victimes de violences physiques et le tiers des
victimes de violences sexuelles n’ont pas porté plainte, ni enregistré
de main courante, ni parlé à qui que ce soit (ami, médecin ou
association). Et, quand la victime se confie, c’est rarement à
la police ; celle-ci ne reçoit que 12 % des victimes
(plainte et main courante) pour les violences physiques, 8 %
pour les violences sexuelles soit, globalement, à peine une sur
dix. Pour les agressions sexuelles à l’extérieur du ménage, toujours
difficiles à assumer, les victimes s’en ouvrent un peu plus facilement,
quoique toujours peu dans l’absolu : 17,5 % s’adressent
à la police (plaintes et mains courantes) et 12 % n’en ont
parlé à personne (tableau 6).
Quand les femmes confient l’agression qu’elles
ont subie, c’est plus souvent à un proche ou un ami (47 %
pour une agression hors ménage, 42 % dans le ménage) ou à
un professionnel (19 % dans les deux cas) qu’à la police.
Tout se passe comme si elles cherchaient davantage à être comprises
et soignées que vengées, ou comme si elles n’avaient pas confiance
dans les chances de voir leur agresseur puni.
Enfin, les hommes sont aussi parfois victimes
de violences conjugales, physiques ou sexuelles. Moins nombreux
que les femmes, ils taisent ces violences encore plus certainement.
Tableau 6 : Les recours des femmes victimes
en 2005-2006 de violences en dehors ou au sein du ménage
|
Plainte |
Main courante |
Association ou professionnel |
Ami ou proche |
N'en avait parlé à personne |
Ne sait pas ou refuse de le dire |
Total |
Viol en dehors du
ménage |
12,1 |
5,4 |
19,0 |
47,4 |
12,2 |
3,8 |
100,0
|
Violence physique
au sein du ménage |
9,9 |
1,9 |
19,6 |
43,7 |
21,1 |
3,8 |
100,0
|
Viol au sein du
ménage |
5,6 |
2,3 |
25,2 |
23,7 |
32,6 |
10,6 |
100,0
|
Violence physique
ou sexuelle au sein du ménage |
8,9 |
2,2 |
19,4 |
41,6 |
23,1 |
4,7 |
100,0
|
Lecture : parmi les femmes de 18-59
ans ayant subi une agression sexuelle en 2005-2006 en dehors
du ménage, 12,1 % ont porté plainte, 5,4 % ont déposé une main
courante, 19 % n'ont pas fait de déclaration officielle mais
en ont parlé à une association ou à un professionnel, 12,2 %
n'en avait parlé à personne avant l'enquête.
Champ : femmes âgées de 18 à 59
ans. Les résultats de ce tableau ne concernent que les femmes
comprenant le français (source).
Source : Insee, enquête Cadre
de vie et sécurité 2007.
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