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Le 25 mars 2003
Catherine Vidal, neurobiologiste à l'Institut Pasteur intervenait au Parlement de Bretagne sur le thème :
"le cerveau a-t-il un sexe ?".

Origine : http://www.ac-rennes.fr/orient/egalchanc/archivactuegal.htm

La première conférence s'adressait aux lycéennes et lycéens : ils étaient une centaine, accompagnés de leurs enseignants, venus du lycée de l'Iroise à Brest, du lycée Brito à Bain de Bretagne et du lycée Descartes à Rennes.

La seconde conférence, en soirée, s'adressait au grand public. Il a fallu refuser du monde : la grand'chambre du Parlement, 150 places, affichait complet.

Ces deux conférences se situent dans la cadre des animations qui accompagnent l'exposition "D comme découvreuses" au Parlement jusqu'au 2 avril inclus.

Le questionnement sur les différences biologiques entre cerveau d'homme et cerveau de femme n'est pas nouveau. Au 19éme siècle, les anthropologues étaient obsédés par la recherche de relations entre intelligence et volume du cerveau. L'anatomiste Paul de Broca notamment calcula une différence de 181 grammes entre le poids moyen du cerveau des hommes (1325 g) et le poids moyen du cerveau des femmes (1124g). On savait à l'époque que le volume du cerveau varie en fonction de la taille du corps. Cela n'empêcha pas Paul de Broca de déclarer "il est permis de supposer que la petitesse relative du cerveau de la femme dépend à la fois de son infériorité physique et de son infériorité intellectuelle"

Sur le plan scientifique, la question des différences de taille des cerveaux apparaît vaine, sachant qu'il n'existe aucun rapport entre les capacités intellectuelles et le volume du cerveau. On estime que le poids moyen du cerveau est de 1350 g. On notera, pour celui d'Einstein était de 10% inférieur à la moyenne.

La notion de sexe du cerveau, considéré en tant qu'organe biologique, est pertinente en ce qui concerne la reproduction sexuée. Les cerveaux des mâles et des femelles sont différents de ce point de vue car les hormones sexuelles et la physiologie des fonctions de reproduction sont contrôlées par le cerveau. Ceci est vrai pour tous les mammifères.

Encore aujourd'hui, la question du cerveau et du sexe reste un objet d'étude souvent marqué par l'idéologie. C'est le cas de prétendues différences entre les sexes concernant la liaison entre hémisphères cérébraux, la latéralisation du cerveau ou la structure de l'hypothalamus.

Pour en savoir plus nous vous invitons à lire le texte de Catherine Vidal dans une autre intervention : colloque du 20 mars 2002 "filles et garçons de la maternelle à l'université, l'égalité en jeu".

Il arrive que des revues scientifiques renommées (comme "Science" ou "Nature") publient des articles sur les différences cérébrales entre hommes et femmes alors que l'argumentation scientifique manque manifestation de rigueur. Mais le sujet se vend bien. En témoignent les titres repris par la grande presse s'en empare : "la science montre que les hommes et les femmes pensent différemment" (le Nouvel Observateur 1995), "si je suis bête c'est la faute à maman" (Le Figaro 1997).

Les critiques de la communauté scientifique quant à la rigueur expérimentale et la pauvreté des arguments de ces prétendues découvertes ne sont pas, quant à elles, médiatisées. Ce sont des "non évènements" peu exploitables.

Pourtant, la question est bien idéologique : il s'agit de déterminisme biologique, théorie qui justifie les inégalités sociales et professionnelles entre les sexes par des dictats biologiques et relègue au second plan les facteurs socio-culturels et politiques.

A l'heure actuelle les progrès de l'imagerie médicale révèlent l'importance des variations individuelles dans le fonctionnement du cerveau. Pour atteindre des performances cognitives égales, différentes stratégies sont utilisées selon les individus, ce qui se traduit par des différences d'activations cérébrales.. La variabilité individuelle dépasse largement la variabilité entre les sexes. Rien d'étonnant vu les capacités de plasticité du cerveau dont les circuits de neurones sont modelés en fonction de l'expérience vécue ; Notre histoire individuelle est ainsi sculptée dans notre cerveau tout au long de la vie.

A l'évidence, le devoir de vigilance des scientifiques vis à vis de l'utilisation de la biologie à des fins idéologiques demeure d'actualité.