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Travail : les sources de mal-être, de la lutte des places à la coopération
Vincent de Gaulejac

Origine : http://mres-asso.org/spip.php?article362

Le 21 septembre dernier, Le Pas de Côté, avec le soutien de l’APES et de la MRES, invitait le sociologue Vincent de Gaulejac sur le thème des sources de mal-être dans l’environnement « travail »...

Alors que certaines conditions de travail se sont objectivement améliorées depuis un siècle, les conditions subjectives semblent se dégrader. Ainsi, plus de 50% des salariés disent éprouver du stress au travail. Plus d’un tiers indiquent que le stress est directement lié à l’organisation du travail ou aux relations avec la hiérarchie ou les collègues. Dans tous les pays, on retrouve des symptômes équivalents dans des contextes culturels et économiques différents.

L’un des premiers arguments mis en avant pour expliquer ce nouveau phénomène social », est la prédominance des modèles de rationalisation, de la mesure, de la quantification qui permettent de mesurer la rentabilité...

Ces modèles, au début utilisés dans les entreprises multi nationales sont maintenant au coeur des politiques publiques, comme l’illustre la révision générale des politiques publiques, à l’oeuvre depuis 2007.

L’une des conséquences de ces modèles est une tension très forte entre l’institution et l’organisation. Alors que l’institution, centrée sur des valeurs, remplit des missions (justice, éducation, sécurité...), l’organisation met en œuvre des dispositifs, élabore des programmes... Catherine Kokoszka,, responsable à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, avait ainsi expliqué les raisons de sa tentative de suicide : la contradiction devenait trop forte entre son identité d’éducatrice et celle de fonctionnaire : d’un côté, elle avait pour mission de protéger les enfants en danger, de l’autre, elle devait appliquer la politique de modernisation des institutions.

Le « phénomène » de la souffrance au travail a été reconnu suite à la série de suicides à France Télécom en 2009.

Le credo de l’augmentation de la productivité

Selon un rapport de l’inspection du travail, le stress des salariés et la vague de suicides sont directement liés à la stratégie établie visant à augmenter la productivité de 15% en trois ans, en supprimant notamment 22 000 emplois. Au final, les effectifs de France Télécom sont passés de 161 700 à 103 000 personnes entre 1996 à 2009.

Selon De Gauléjac, la violence n’est pas seulement dans les conditions de travail, pas seulement dans le discours, pas seulement dans la réorganisation, elle est aussi dans la dénégation permanente sur la nécessité d’admettre qu’il peut y avoir un lien entre les symptômes (le suicide) et les conditions de travail et ses transformations. Ce discours de dénégation n’est pas propre à France Télécom, il est présent dans bien d’autres entreprises : IBM, Renault ...

Par ailleurs, il y a confrontation entre deux conceptions de l’entreprise, l’une individualiste, l’autre plus humaine et coopérative : selon la première, les enjeux économiques méritent des sacrifices humains, selon la seconde, les conditions de travail du salarié sont prioritaires.

On assiste aujourd’hui à la naissance d’un nouveau type d’humain à la recherche permanente de l’optimisation du fonctionnement des organisations : « l’homme managérial ». Ce dernier développe des systèmes de pensée pour produire l’adhésion et rendre les salariés efficaces et performants.

De leur côté, les salariés s’ils ne vont pas bien, ont intériorisé le système, les exigences de l’entreprise... et ne les remettent pas en cause...

L’un des remèdes préconisés par Vincent de Gauléjac est de dire non, de s’opposer plutôt que de se résigner, de reconquérir collectivement une volonté politique pour produire une alternative au modèle managérial unique qui nous est proposé voire imposé.

Le Pas de côté