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Origine : http://www.cairn.info/revue-empan-2006-1-page-30.htm
Vincent de Gaulejac a publié, au printemps 2005, aux éditions
du Seuil, un ouvrage intitulé La société malade
de la gestion. Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial
et harcèlement social. Enseignant-chercheur à l’Université,
il a beaucoup observé et analysé les changements sociaux
dans l’entreprise. Son diagnostic aujourd’hui est que
les pratiques managériales sortent des organisations industrielles
et commerciales : sous couvert de neutralité, l’idéologie
gestionnaire qui les sous-tend colonise toute la société.
Villes, services publics, associations, familles, relations... finissent
par relever d’un immense marché où s’impose
une concurrence sans merci dont l’ultime unité de mesure
est l’argent et la rentabilité financière. Tout
est convertible en capital à rentabiliser, ce qui réduit
l’ordre symbolique à l’insignifiance. Dans l’entretien
ci-après, Vincent de Gaulejac a bien voulu expliciter quelques
aspects de cette logique sociale et culturelle à l’œuvre
dans notre monde contemporain.(Marcel Drulhe)
Parler d’idéologie relève d’une
longue tradition critique, mais en même temps persiste à
son endroit une réaction affective qui tend à la diaboliser.
Pour prendre un peu de distance et éviter cette pollution
de l’analyse, ne peut-on pas commencer par reconnaître
une réelle positivité au management et à la
gestion ?
Évitons tout malentendu : évidemment, il y a une
provocation dans le titre. Parler d’idéologie gestionnaire,
c’est placer côte à côte deux termes habituellement
disjoints. La gestion se présente comme pragmatique, un outil
parfaitement neutre destiné à optimiser le fonctionnement
des organisations. Nous avons besoin de la gestion pour organiser
la production, surtout à l’heure de la complexité
: il faut bien des matières premières, des technologies,
des hommes, de l’argent, du capital, du savoir, et mettre
tout cela en musique. J’aime bien cette métaphore de
la musique. Mettre les activités collectives en harmonie,
cette gestion-là on en a besoin, on ne peut pas s’en
passer. Évoquer le caractère idéologique de
la gestion consiste à montrer qu’il n’y a pas
de neutralité de cet outil. Les ingénieurs ou les
gestionnaires ont tendance à l’oublier, c’est
grave.
Pourquoi est-ce si grave ?
J’ai été dix-sept ans enseignant à l’université
Paris Dauphine. Les sciences de la gestion, au départ, devaient
être des outils de compréhension du monde de l’entreprise.
Or, au menu, on a des outils normatifs sous prétexte de dire
: « Voilà comment il faut fonctionner pour bien fonctionner.
» Ce sont devenus des outils idéologiques, c’est-à-dire
qui véhiculent une représentation du monde : c’est
cette représentation du monde que j’essaye d’analyser
d’une part, que je conteste et que je critique d’autre
part, d’un point de vue anthropologique et sociologique. Au
lieu de considérer l’entreprise comme une communauté
humaine, la « théologie gestionnaire » tente
de mettre la société au service d’une certaine
conception de l’économie et du développement
économique.
Qu’en est-il de ces normes sous-jacentes à
l’outil gestionnaire qui est devenu le guide légitime
du management ?
Selon moi, il y a deux niveaux de critique : il y a un niveau épistémologique
et un niveau proprement idéologique. Au niveau épistémologique,
ma critique porte sur les paradigmes qui fondent les sciences de
la gestion :
- le paradigme objectiviste traduit la réalité en
ratios, en indicateurs, en équations… Il donne la primauté
au calcul sur tout autre langage pour gérer les entreprises.
Derrière la primauté du calcul, c’est la rentabilité
financière qui domine ;
- le paradigme fonctionnaliste considère qu’il y
a « une bonne façon » de faire fonctionner les
organisations et que les conflits sont des dysfonctionnements. Implicitement,
cela renvoie à la conception d’une organisation comme
un système biologique ou mécanique. Dans toute communauté
humaine, il y a des enjeux de pouvoirs, des contradictions, des
rapports de force. La posture fonctionnaliste tend à aplanir
ce qui est au cœur même du fonctionnement de toute société.
Au lieu de considérer que les conflits sont normaux parce
qu’ils sont l’expression d’opposition d’intérêts
antagonistes, on fait comme s’il y avait une bonne organisation
qui permettrait d’éradiquer tous les conflits. Donc,
au lieu de les traiter, de les comprendre et de les prendre en compte,
on les évacue, on les « externalise [1] » ;
- le paradigme expérimental consiste à considérer
que l’objectivation est un gage de scientificité, donc
de vérité. Cela conduit en fait à ce que tout
s’organise en fonction d’une rationalité issue
de l’expertise. En fait, au lieu de traiter les problèmes
en les comprenant, en les discutant, on les traite en instrumentalisant
les acteurs de l’entreprise ;
- le paradigme utilitariste ne considère la pensée
comme utile que dans la mesure où elle est opératoire.
En entreprise, vous entendez ça tout le temps : « Ici,
il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions.
» La pensée n’est reconnue qu’à
partir du moment où elle est utile pour le système.
La pensée critique est considérée comme inutile,
voire nuisible. Cela favorise le conformisme, la fameuse «
pensée unique », le rejet des points de vue qui ne
sont pas « dans la ligne ».
Effectivement, c’est mettre la pensée critique
du côté de l’insignifiant…
Exactement. Une pensée qui ne se heurte jamais à
la critique devient forcément insignifiante. Voilà
un paradoxe très intéressant, on va y revenir.
Le dernier paradigme, c’est celui de l’économisme.
L’idéologie de la gestion, c’est l’idéologie
des ressources humaines qui consiste à considérer
l’humain comme une ressource pour l’entreprise au même
titre que les matières premières, les technologies,
le capital, les bâtiments… On renverse complètement
les rapports entre l’économique et le social : ce n’est
plus l’entreprise qui est une ressource de l’humain,
un moyen pour développer la société, c’est
la société qui doit se mobiliser pour se mettre au
service de l’économie.
C’est un choix de valeurs, finalement.
Derrière cela, il y a un choix de valeurs qui pose un renversement
entre les finalités et les moyens.
En partant de ce que vous venez déjà de dire
à propos de la gestion et de ses caractéristiques,
revenons sur le management puisque celui-ci opère grâce
aux outils de la gestion. Comment caractérisez-vous le management
?
Ces réflexions ont commencé avec Max Pagès
autour de la question du pouvoir dans les multinationales, dans
le livre L’emprise de l’organisation, puis avec Nicole
Aubert dans Le coût d’excellence. Dans l’entreprise
hiérarchique et pyramidale, le pouvoir est incarné
par le chef, le patron. C’est un pouvoir de type disciplinaire,
selon l’expression de Michel Foucault dans Surveiller et punir.
Le système disciplinaire consiste à rendre les corps
utiles, dociles et productifs. La nature même de l’exercice
du pouvoir a changé avec le pouvoir managérial. Ce
n’est plus le corps qui est l’objet principal du pouvoir
mais la « psyché ». Il s’agit de canaliser
la psyché pour la rendre utile, docile et productive.
Cela correspond à un changement de modalité du capitalisme
qui n’est plus ou qui est moins industriel que patrimonial.
Patrimonial, financier et surtout plus abstrait. L’abstraction
du pouvoir change les conditions de production et la nature de l’activité.
On n’a plus besoin de contrôler les corps pour les rendre
utiles et dociles, on a besoin d’obtenir l’adhésion
des individus. On ne peut plus contrôler les individus, comme
dans le travail à la chaîne, en les mobilisant par
un quadrillage du temps et de l’espace. L’entreprise
a besoin de mobiliser l’intelligence et la subjectivité.
Elle a besoin de sujets autonomes et libres. Mais c’est une
liberté conditionnelle. Ils sont libres, totalement libres,
ils sont libres de travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Les nouvelles technologies renforcent ce processus d’autonomie
contrôlée. On n’a plus besoin de bureau. Chaque
manager peut transporter son entreprise avec lui. Il lui suffit
d’un ordinateur portable, d’un téléphone
mobile. Il lui suffit d’une prise de courant pour retrouver
l’entreprise dans laquelle il s’investit. Il y a une
espèce d’osmose entre l’individu et son entreprise.
Il y a une sorte de pénétration entre la psyché
et le fonctionnement de l’entreprise. Nous avons évoqué
à ce propos le concept de système « managinaire
» : c’est l’imaginaire du manager qui est envahi
par son entreprise et par l’idéologie managériale
[2].
L’idéologie gestionnaire prend tout son sens et sa
portée dans la construction d’une représentation
du monde fondée sur l’idée de guerre économique
: s’il y a une guerre économique, il faut que les acteurs
de l’entreprise se mobilisent tous pour la gagner. La finalité
est de faire survivre l’entreprise envers et contre tout,
parce que, comme dans toute bonne guerre, soit on est gagnant, soit
on meurt.
Vous écrivez dans votre livre que « l’outil
le plus subtil du pouvoir managérial, c’est le paradoxe
». Qu’est-ce que cela veut dire ?
Ce pouvoir met les individus dans des paradoxes permanents. Les
chercheurs de l’école de Palo Alto expliquent que les
paradoxes rendent fou. Pour se défendre d’injonctions
paradoxales quotidiennes dans lesquelles ils se trouvent, les managers
se mobilisent en permanence pour essayer de ne pas devenir fous.
Ils en oublient le système dans lequel ils sont. Dans les
entreprises, les agents ne cessent de se plaindre d’être
soumis à des injonctions contradictoires. Par exemple : «
Vous devez être tournés vers l’extérieur
», et on vous reproche de n’être jamais là
quand on a besoin de vous. On nous dit : « La qualité,
c’est de donner des délais de livraison aux clients
et s’y tenir » ; mais il y a une directive écrite
selon laquelle le fait de s’engager sur un délai de
livraison est une faute professionnelle. On nous dit : « Vous
devez travailler en équipe », mais l’évaluation
des performances est individuelle. On nous dit : « qualité
totale », mais l’entreprise est dominée par le
souci de rentabilité financière et les résultats
quantitatifs.
Au fond, il faut travailler dans la contradiction…
Oui, la contradiction est au cœur de ce fonctionnement. Bien
sûr, il y a des contradictions « normales ». Il
n’y a pas besoin d’être marxiste pour s’apercevoir
que, dans toute entreprise, il y a une contradiction entre le capital
et le travail, qu’il y a une contradiction entre le meilleur
service au client et l’amélioration des conditions
de travail, qu’il y a contradiction entre le respect de l’environnement
et le meilleur bénéfice possible pour les actionnaires.
Toutes ces contradictions font partie de l’entreprise.
Cela devient paradoxal à partir du moment où l’entreprise
n’est plus en extériorité par rapport aux individus
mais en intériorité. Ils vivent ces contradictions
à l’intérieur d’eux-mêmes : cela
se transforme en paradoxe. Je vous donne deux exemples : «
Plus on gagne du temps, moins on en a. » Et un autre qui est
plus compliqué à comprendre : « Plus on réussit,
plus on est sûr d’aller à l’échec.
» Illustrons ce deuxième paradoxe : dans le management
de projet ou le management par objectif, on vous fixe d’aller
à l’objectif de 100 ; en fait vous devez aller «
above expectation », au-delà des attentes. Ce que l’on
attend vraiment de vous c’est 110, donc vous faites 110. Mais
l’année suivante, c’est le 110 que vous avez
fait précédemment qui redevient 100 : donc ça
vous amène au bout de la deuxième année à
un peu plus de 120 et, la troisième année, à
un peu plus de 130… C’est l’exigence du toujours
plus. À un moment donné, vous ne pouvez plus atteindre
vos objectifs.
L’injonction de faire toujours mieux avec moins : moins de
moyen, moins d’effectifs, moins de budget, on la retrouve
dans d’autres univers que celui de l’entreprise privée
; dans les hôpitaux, les universités, les administrations.
Cette transformation des contradictions en injonctions paradoxales
explique deux phénomènes majeurs : l’exclusion
de ceux qui n’arrivent plus à répondre à
cette exigence de performance permanente ; l’épuisement
professionnel, le stress, le sentiment de harcèlement dans
lequel sont les salariés aujourd’hui dans l’entreprise.
Sans doute, mais dans cette quête de performances
sans fin, il y a aussi la dimension ludique de la compétition.
La compétition, l’émulation ne sont pas en
soi une mauvaise chose. Le football, les jeux de société,
le sport permettent de partager le goût du jeu et certaines
formes de dépassement de soi. De plus, la concurrence et
la compétition entraînent une émulation qui
peut canaliser l’envie, ce qui est une très bonne chose.
Le problème aujourd’hui en entreprise, c’est
comme pour les sportifs de haut niveau : si on vous donne comme
objectif, non plus de jouer, mais d’être numéro
un, d’améliorer en permanence vos performances, vient
un moment où l’on passe de la phase d’une émulation
dans la collaboration et le jeu à une phase de course infernale
vers le toujours plus, le toujours mieux. Pour les sportifs de haut
niveau se pose maintenant la question : comment faire des résultats
sans être obligé de se doper ? L’entreprise,
pour être numéro 1, est obligée de remporter
des marchés en utilisant des pratiques douteuses. Elle est
obligée de solliciter des actionnaires ou les marchés
financiers, de leur donner des gages en réduisant les effectifs
pour que ses actions montent à la Bourse, et ainsi de suite.
On est à un point de basculement d’un capitalisme industriel
à un capitalisme financier qui met le monde entier dans une
logique d’affrontement permanent et, surtout, dans une logique
d’obsolescence : aujourd’hui dans les entreprises, on
détruit en permanence ce qu’on produit du fait de la
nécessité de produire autre chose.
Et cette exacerbation de la concurrence tourne à
ce que vous appelez la lutte des places ?
La lutte des places vient justifier la guerre économique.
C’est la part maudite de la performance qui porte en elle-même
quelque chose de mortifère et de destructeur. Cette part
maudite prend plusieurs formes : une de ces formes est effectivement
la lutte des places. Ce phénomène renvoie chaque individu
à lui-même pour batailler afin d’avoir une existence
sociale, du côté de la compétition et du pouvoir,
pour avoir les meilleures places de pouvoir. La lutte commence très
jeune : il faut être dans les meilleures classes, dans les
meilleurs lycées après dans les meilleures «
prépas » pour avoir les meilleures écoles, les
meilleures sorties de ces grandes écoles, pour avoir les
meilleures places dans les entreprises. Tout cela, pourquoi ? Pour
satisfaire cette exigence d’être champion. Mais l’excellence
produit l’exclusion. Comme le dit Albert Jacquard, un gagnant
produit forcément des perdants. C’est l’autre
aspect de la lutte des places, l’exclusion de tous ceux qui,
à moment donné, se retrouvent sur la touche, qui ont
le sentiment de ne plus avoir d’existence sociale. Dans le
monde d’aujourd’hui, les uns crèvent d’avoir
trop de travail et les autres crèvent de ne plus en avoir.
Au milieu il y a nous, vous, moi, nos lecteurs qui sont mis dans
une compétition farouche mais qui résistent à
l’exclusion et qui se sentent de plus en plus menacés
dans leur aspiration à avoir une vie « normale »,
une place normale. Nous découvrons avec beaucoup d’angoisse
que certains de nos enfants n’auront plus de place nulle part.
De votre point de vue, cette idéologie gestionnaire
qui est un principe du management actuel se répand-elle en
dehors des grandes entreprises ? Ne contamine-t-elle pas aussi les
services publics et l’univers associatif ?
Beaucoup de pme sont encore épargnées par rapport
à cette évolution, sauf que les nouveaux logiciels
comme sap ou autres les pénètrent elles aussi. Les
grandes entreprises mettent leurs sous-traitants dans une pression
absolument énorme qui les oblige à entrer dans ce
modèle même s’ils ne le veulent pas.
Je pensais que ce processus, lié au développement
du capitalisme financier, touchait essentiellement le secteur marchand.
Puis je l’ai vu apparaître dans les entreprises publiques.
Alors je me disais : c’est la logique libérale, une
forme de modernisation des entreprises publiques. Bien sûr,
c’est un peu court comme explication. En effet, on le voit
se répandre dans les hôpitaux, dans le secteur de l’éducation,
dans les universités, dans le travail social. On ne peut
pas imaginer les dégâts que provoque actuellement l’introduction
de programmes qualité dans le champ du travail social !
Voilà un paradoxe étourdissant : les directeurs d’établissements
ou les responsables des écoles de travailleurs sociaux sont
absolument ravis, parce que « ça fait moderne »
de développer la qualité. Ils ne voient pas qu’ils
sont en train de détruire la culture qui était au
cœur même du travail social, de la formation, de l’éducation,
du soin, de la santé, de l’aide aux autres, de la lutte
pour l’insertion, etc. On voit cette idéologie envahir
l’ensemble de la société, et les principaux
responsables de ce processus sont des hommes politiques qui, au
lieu de proposer des projets de gouvernement, appliquent massivement
l’idéologie gestionnaire comme méthode de gouvernement.
On a eu un exemple avec Raffarin et sa « positive attitude
». C’est aussi Berlusconi en Italie, Vicente Fox au
Mexique (un ancien directeur de Coca-Cola qui a été
élu président). Aujourd’hui on considère
que, pour être efficace, il faut gérer la société
comme une entreprise.
Cette manie gestionnaire ne lamine-t-elle pas l’activité
relationnelle dans toutes ses composantes conflictuelles, on en
a parlé, mais aussi dans sa dimension de négociation
et de compromis ?
Le moi de chaque individu est devenu un capital qu’il faut
faire fructifier. Marcel Mauss, dans son fameux Essai sur le don,
montrait que le lien social était fondé sur la triple
obligation de donner, de recevoir et de rendre. Aujourd’hui,
cette exigence est remplacée par la triple obligation d’être
productif, d’être performant et d’être rentable.
Chacun doit se vendre, transformer ses relations aux autres en relations
utilitaristes, veiller à cultiver son « employabilité
», optimiser son capital. Les théories du « capital
humain » sont développées par un certain nombre
d’économistes et de gestionnaires qui ne se posent
aucune question sur ce que signifie la réduction de l’humain
à un capital, sur ce que cela induit effectivement dans les
rapports sociaux. On en voit quantité d’exemples aujourd’hui.
Ainsi, quand on demande à l’Éducation nationale
d’être productive, on lui demande de s’adapter
en fait aux besoins de l’économie, alors que tous les
spécialistes de l’éducation montrent que le
développement de l’enfant, de l’humanité,
du respect de l’environnement, du respect de l’autre,
la prise en considération de l’altérité
sont effectivement des valeurs totalement antinomiques avec les
valeurs véhiculées par l’idéologie gestionnaire.
Notes
[*] Vincent de Gaulejac, professeur de sociologie à l’université
Paris 7, directeur du laboratoire de changement social, membre fondateur
de l’Institut international de sociologie clinique, 105, rue
de Tolbiac, 75013 Paris Cedex case 7101.
[1] Cf. la fameuse déclaration de Michel Albert : «
Pour les entreprises, le chômage n’est pas un problème,
c’est une solution. »
[2] Cf. N. Aubert et V. de Gaulejac, Le coût de l’excellence,
Paris, Le Seuil, 1991.
Résumé
La nécessité de la gestion pour optimiser le fonctionnement
des organisations est incontestable. L’enjeu est de prendre
conscience que les outils de gestion dont se servent les managers
ne sont pas neutres : ils tendent à renverser les finalité
et les moyens au sein d’un imaginaire de « guerre économique
». Pour la gagner, il faut toujours plus (de qualité,
de flexibilité...) avec moins (de budget, d’effectifs...)
au risque d’épuisement professionnel. À la triple
exigence de productivité, de performance et de rentabilité,
ne faudrait-il pas substituer la triple obligation contenue dans
le modèle du don : donner, recevoir et rendre ?
Vincent de Gaulejac « La part maudite du management : l'idéologie
gestionnaire », Empan 1/2006 (no 61), p. 30-35.
http://www.cairn.info/revue-empan-2006-1-page-30.htm
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