Origine : http://bado.blog.lemonde.fr/2011/01/26/la-societe-malade-de-la-gestion/
L’auteur analyse l’utilisation idéologique des
outils de gestion dans l’entreprise et dans la vie quotidienne.
Il souligne tout d’abord la domination actuelle du capital
sur le travail et dénonce le fait que les méthodes
de gestion, présentées comme libres de toute idéologie,
soient utilisées uniquement au bénéfice du
capital : on met le social et les ressources humaines au service
de l’économique alors qu’une ligne de conduite
humaniste demanderait l’inverse.
Les concepts portés par la gestion entraînent vers
le toujours plus et le toujours mieux au détriment des hommes
: la qualité tourne à l’absurde au travers du
principe d’amélioration continue, le management tend
à faire intérioriser par les cadres les objectifs
de l’entreprise. L’entreprise propose à son personnel
un idéal à partager dont la clé est l’engagement
; l’absence de l’engagement devient la cause de l’échec
et le salarié se trouve culpabilisé. Le pouvoir managérial
tend à rendre le subordonné responsable de ses propres
contraintes ; il fait du prisonnier le gardien de sa prison. Le
système est ainsi mis sous pression, générant
des effets sur la santé des salariés qui en arrivent
à se doper pour rester performants et tenir leurs objectifs.
L’éthique du résultat et du toujours plus conduit
à tricher : des entreprises et pas des moindres en arrivent
à maquiller leurs comptes pour répondre aux exigences
de rentabilité.
La maladie de la quantification ou « quantophrénie
» aboutit à une perte de sens et finalement d’efficacité
: à force de ne voir que ce qui est mesurable, on perd de
vue la réalité, on ne veut comprendre que ce qui est
mesurable en prétendant que tout est mesurable. Les excès
des démarches qualité empêchent finalement de
travailler. La perte de sens, pour les salariés est une des
conséquences des méthodes de gestion.
Mais l’attitude gestionnaire fait aussi des dégâts
en dehors de l’entreprise : on gère sa vie comme une
société anonyme. L’éducation, soumise
aux principes de la gestion, devient un enfer ; l’échec
n’est plus permis ; si l’enfant échoue, c’est
la faillite de l’entreprise famille ; dans ce contexte, l’anxiété
des parents est massive.
L’auteur prône en conclusion une gestion humaine des
ressources et non une gestion des ressources humaines, « un
monde dans lequel le bien-être de tous serait plus précieux
que l’avoir de chacun. »
Vincent de Gaulejac reproche à la gestion d’être
idéologique alors qu’elle prétend le contraire
mais pour cela, il adopté un point de vue strictement idéologique
et instruit son procès à charge. Ce qu’il dit
sur la perte de sens dans l’entreprise est vrai, mais ce qu’il
cache, c’est qu’il existe des techniques de gestion
pour mettre en avant le sens. Le management par la pression et la
manipulation n’est pas la seule manière de faire même
si elle est largement répandue. La quantification forcenée
est, du point de vue même des sciences de gestion, une erreur
à pourchasser. On peut aussi utiliser les méthodes
de gestion pour atteindre des buts nobles et humanistes.
Il est vrai, cependant, que les dérives sont nombreuses
et méritent d’être dénoncées mais
ces dérives même conduisent rapidement leurs utilisateurs
à leur perte : quel avenir a une entreprise qui perd le sens
de ce qu’elle fait, où les cadres ont perdu toute sérénité,
où l’on traite le personnel comme une matière
?
L’auteur dénonce donc une utilisation dévoyée
des techniques de gestion mais sa démonstration ne remet
pas en cause l’utilité de ces techniques.
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