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Note de lecture du livre de Vincent De Gaulejac
La société malade de la gestion,
Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social - Seuil Janvier 2005
6 janvier 2011


Origine : http://bado.blog.lemonde.fr/2011/01/26/la-societe-malade-de-la-gestion/

L’auteur analyse l’utilisation idéologique des outils de gestion dans l’entreprise et dans la vie quotidienne. Il souligne tout d’abord la domination actuelle du capital sur le travail et dénonce le fait que les méthodes de gestion, présentées comme libres de toute idéologie, soient utilisées uniquement au bénéfice du capital : on met le social et les ressources humaines au service de l’économique alors qu’une ligne de conduite humaniste demanderait l’inverse.

Les concepts portés par la gestion entraînent vers le toujours plus et le toujours mieux au détriment des hommes : la qualité tourne à l’absurde au travers du principe d’amélioration continue, le management tend à faire intérioriser par les cadres les objectifs de l’entreprise. L’entreprise propose à son personnel un idéal à partager dont la clé est l’engagement ; l’absence de l’engagement devient la cause de l’échec et le salarié se trouve culpabilisé. Le pouvoir managérial tend à rendre le subordonné responsable de ses propres contraintes ; il fait du prisonnier le gardien de sa prison. Le système est ainsi mis sous pression, générant des effets sur la santé des salariés qui en arrivent à se doper pour rester performants et tenir leurs objectifs. L’éthique du résultat et du toujours plus conduit à tricher : des entreprises et pas des moindres en arrivent à maquiller leurs comptes pour répondre aux exigences de rentabilité.

La maladie de la quantification ou « quantophrénie » aboutit à une perte de sens et finalement d’efficacité : à force de ne voir que ce qui est mesurable, on perd de vue la réalité, on ne veut comprendre que ce qui est mesurable en prétendant que tout est mesurable. Les excès des démarches qualité empêchent finalement de travailler. La perte de sens, pour les salariés est une des conséquences des méthodes de gestion.

Mais l’attitude gestionnaire fait aussi des dégâts en dehors de l’entreprise : on gère sa vie comme une société anonyme. L’éducation, soumise aux principes de la gestion, devient un enfer ; l’échec n’est plus permis ; si l’enfant échoue, c’est la faillite de l’entreprise famille ; dans ce contexte, l’anxiété des parents est massive.

L’auteur prône en conclusion une gestion humaine des ressources et non une gestion des ressources humaines, « un monde dans lequel le bien-être de tous serait plus précieux que l’avoir de chacun. »

Vincent de Gaulejac reproche à la gestion d’être idéologique alors qu’elle prétend le contraire mais pour cela, il adopté un point de vue strictement idéologique et instruit son procès à charge. Ce qu’il dit sur la perte de sens dans l’entreprise est vrai, mais ce qu’il cache, c’est qu’il existe des techniques de gestion pour mettre en avant le sens. Le management par la pression et la manipulation n’est pas la seule manière de faire même si elle est largement répandue. La quantification forcenée est, du point de vue même des sciences de gestion, une erreur à pourchasser. On peut aussi utiliser les méthodes de gestion pour atteindre des buts nobles et humanistes.

Il est vrai, cependant, que les dérives sont nombreuses et méritent d’être dénoncées mais ces dérives même conduisent rapidement leurs utilisateurs à leur perte : quel avenir a une entreprise qui perd le sens de ce qu’elle fait, où les cadres ont perdu toute sérénité, où l’on traite le personnel comme une matière ?

L’auteur dénonce donc une utilisation dévoyée des techniques de gestion mais sa démonstration ne remet pas en cause l’utilité de ces techniques.