P. de No Pasaran nous propose une stratégie qui peut se
nommer « Un front de gauche ».
Si j’ai bien compris, il s’agit de s’adresser
« aux gens de gauche » pour construire un rapport de
force plus conséquent face au projet d’aéroport
à Ndl.
Les gens de l’Acipa et de la Coordination sont fatigués,
40 ans c’est long, beaucoup sont vieux. Pour un certain nombre
d’entre eux, il n’y a plus que les recours juridiques
qui comptent et les négociations pour la terre.
C’est donc un échec. À Nantes, la manif du
début Mars a rassemblé assez peu de monde. Les nantais
ne sont pas contre cet aéroport.
Il s’agit de voir si on ne peut pas avancer sur le fait de
montrer que ce projet s’inscrit dans une vision de la ville
comme une métropole. C’est le même genre de projet
qui existe au niveau des grandes villes en Europe. C’est un
développement capitaliste qui a besoin d’attirer de
nouveaux habitants et de construire des logements, de faire des
routes et des ponts pour faire marcher la machine capitaliste.
Le terrain de l’aéroport actuel est convoité
pour faire cela. À Notre Dame le lieu est presque vide. Il
n’y a plus beaucoup de paysans là-bas. S’ils
veulent survivre, il est normal qu’ils négocient. On
n’est plus à Plogoff, on a changé d’époque.
On peut essayer de montrer que le nouvel aéroport va provoquer
la fermeture de l’usine Airbus. La technopole va rester, mais
le montage ne peut plus fonctionner si les pièces n’arrivent
plus par les avions à Bouguenais (cf. le débat sur
le Belouga). À terme cela veut dire que 5000 emplois seront
supprimés.
D’autre part, parmi les « gens de gauche » il
y a des opposants au projet de NDL.
Il s’agirait de mobiliser les syndicalistes CGT du Sud Loire
et les personnes qui sont contre ce projet pour leur demander s’ils
sont d’accord avec les projets urbains en cours. Ce nouvel
aéroport participera de la désindustrialisation de
notre région.
En utilisant les thèmes de l’emploi et du financement
on pourrait construire un nouveau rapport de force qui poserait
la question du développement capitaliste dans ces métropoles
au niveau européen.
Pour y arriver, les thèmes de la critique de la valeur travail
et du productivisme ne seraient pas trop mis en avant. Il serait
question de faire des débats et de mettre en place des interventions
allant dans ce sens. On pourrait s’appuyer sur des personnes
qui ont critiqué ce projet en étant dans le PS ou
qui en sont proches. Par exemple, Françoise Verchère
de Bouguenais propose une vision intéressante de ce qui se
passe et des moyens de s’y opposer. Elle a démissionné
de sont poste de vice présidente du Conseil Général
à cause de cela.
Il est possible de prendre connaissance de sa position sur cette
page, je peux aussi en fournir une copie papier si besoin :
http://luc.verstraete.over-blog.com/article-demission-de-fran-oise-verchere-de-sa-vice-presidence-de-l-environnement-45530530.html
Il ne faudrait pas mettre en avant J. P. Garnier ou J. P. Levaray,
parce que le premier nous enfermerait dans une vision par trop idéologique
contre le sécuritaire et parce que le second n’est
pas très optimiste quand il aborde la question des conséquences
des mutations en cours dans le secteur de la chimie. Il ne faudrait
pas mettre ne avant un discours trop « décroissant
». Évidemment, cela ferait fuir les personnes ou courants
auxquels on s’adresse. Il serait bien de ne pas faire cela
à B17, parce que si on veut élargir la mobilisation
il faut trouver des lieux plus ouverts.
Cette proposition est l’exact envers de ce dont nous avions
discuté lors de notre première réunion pour
essayer de mettre en place un comité à Nantes contre
le projet d’aéroport de NDL. Il me semble possible
de nommer cette proposition « Pour un front de gauche contre
le projet d’aéroport de NDL ! »
Avec de l’humour, on pourrait créer un comité
contre la délocalisation du Sud Loire au Nord Loire pour
faire prendre conscience aux « gens de gauche » des
dangers de ce projet.
Pourquoi cette proposition ne me convient pas ?
Je n’ai plus envie faire les petites mains pour mobiliser
les « gens de gauche ».
Les syndicalistes Cgt, les opposants au sein du PS, les politiques
du « parti de gauche » sont des relais de la gestion
du capitalisme actuel, jusqu’à preuve du contraire.
Le vernis social et républicain qu’illes mettent en
avant me semble bien léger. La bonne conscience de gauche
participe du système. L’électoralisme, illes
sont pour. La répression des anarcho-autonomes etdes éco-terroristes,
ils disent au mieux que cela va trop loin. Pour eux, l’autogestion
ce n’est pas trop à l’ordre du jour. Les gros
bras du service d’ordre syndical ne nous sont pas vraiment
nos amis. Tous ces courants s’accommodent facilement de l’apartheid
social, même s’ils se disent contre les discriminations.
Sur la remise en cause du développement capitaliste nous
pouvons employer les mêmes mots, mais nous n’avons pas
du tout la même conception de la lutte, de la stratégie
et de la tactique. Utiliser les possibilités du débat
démocratique, on peut facilement être pour, mais on
sait bien qu’à un moment ou à un autre nous
allons être mis sur la touche si nous ne préservons
pas notre autonomie.
L’anti-capitalisme est-il si mal en point que nous n’aurions
pas d’autres solutions ?
Le principe de réalité gestionnaire a-t-il totalement
gagné ?
Que le Npa s’y retrouve, c’est compréhensible,
c’est sa ligne, mais que vont faire les radicaux et les libertaires
dans cette galère ? À un moment ou à un autre,
illes seront encore une fois minoré-es et instrumentalisé-es.
C’est le même débat que celui qui a eut lieu
entre la Semaine des Résistances et le Camp Climat en 2009.
D’un coté, on affirme que l’on veut combattre
le capitalisme vert et de l’autre on va militer et fonctionner
avec des personnes et des groupes qui en sont les fervents partisans.
Le journal No Pasaran l’affirme souvent : « il n’y
a pas de capitalisme propre », je suis d’accord avec
cette thèse.
Si je comprends bien, l’idée des alternatives reviendrait
donc à créer des ponts entre les anti-capitalistes
et la gauche « moins molle » ou la gauche de la gauche.
Une partie de cette gauche là sert la soupe à Ayrault
pour exister et accepte de siéger à la Mairie, à
Nantes-Métropole, au Conseil Général et à
la Région. Illes peuvent crier contre la répression
sociale, mais on les voit rarement dans les collectifs de précaires
ou dans les actions à la Caf ou à Pôle Emploi.
Il est également vrai que cette gauche accepte assez facilement
que la marchandise et le spectacle continuent de fonctionner dans
la société et dans leurs regroupements. Ceci expliquerait
sans doute pourquoi cette voie représente des avantages qui
nous échappent au premier abord.
La première aubaine concerne la possibilité de garder
des places de pouvoir au sein des réseaux militants. La seconde
est celle de l’extension possible du marchandising militant.
Le contexte actuel encourage vivement le consumérisme, y
compris à B17.
Ces deux aspects de la vie militante locale, No Pa les développe
en notre sein depuis très longtemps. Le dire publiquement,
c’est surement briser le tabou du silence et s’exposer
aux réactions violentes des personnes concernées.
Si on me reproche le fait que c’est une attaque personnelle,
ma réponse se tient dans un constat visible par tout le monde
: le mélange des genres entre la militance et le commerce
est tellement fort qu’inévitablement cela est devenu
personnel.
En conséquence, si la politique libertaire se résume
à devenir des roues de secours des « gens de gauche
», je pense que j’irai militer ailleurs et peut-être
que faire un journal mural serait un désir réalisable.
Philippe Coutant, Nantes le 24 septembre 2010
|