Origine : http://libertesinternets.wordpress.com/2008/02/03/2017-la-societe-de-surveillance-totale/
http://www.alterinfo.net/2017-LA-SOCIETE-DE-SURVEILLANCE-TOTALE_a16486.html
La première caractéristique des biens-pensants de
gauche,
c'est de vouloir préservers les esprits du peuple de la pollution
par des idées jugées "fausses" et "offensantes".
Nul ne censure aussi vite et bien qu'un militant de gauche…
(Daniel Bensaïd)
La vision de l’avenir fait froid dans le dos : à quoi
va ressembler la Grande Bretagne dans 10 ans ? Si on en croit un
rapport officiel, ce sera un univers dans lequel la Forteresse Grande-Bretagne
surveillera ses citoyens à l’aide d’une escadrille
de mini drones espions, où la justice est appliquée
de manière préventive, comme dans le film Minority
Report, où les classes inférieures sont piégées
dans quartiers ghettos sous surveillance constante par l’Etat,
où les travailleurs fourmis sont obligés d’adopter
le mode de vie et les valeurs des méga sociétés
pour lesquelles ils travaillent, et où les super riches vivent
à l’abri des murs qui entourent leurs quartiers résidentiels,
protégés 24/24 par des caméras de surveillance
et des entreprises privées de gardiennage.
Cette vision orwellienne du futur a été compilée
par le groupe d’étude Surveillance Studies Network
– qui rassemble des universitaires et des spécialistes
de la délinquance, de la surveillance et de la défenses
des libertés publiques – à la demande du «
UK Information Commissioner » – un organisme indépendant
mis en place par le gouvernement britannique pour protéger
la vie privée et les données personnelles des citoyens
britanniques.
En Novembre 2006, le rapport, intitulé « A Report
on the Surveillance Society » a été analysé
et débattu par un groupe choisi de conseillers du gouvernement,
d’hommes politiques, de haut gradés de la police et
d’universitaires spécialisés dans les questions
de sécurité intérieure. Ce panel a confirmé
la conclusion qui figure en exergue du rapport : « Nous vivons
déjà dans une société de surveillance.
» Le président de la commission, Richard Thomas, se
range entièrement derrière les conclusions du rapport
« Je crains que nous nous réveillons un peu tard, et
découvrons que la société de surveillance nous
encercle déjà entièrement. » (Une synthèse
du rapport, en français, à été publiée
sur le site Privacy Conference)
Les experts qui ont dressé ce sombre tableau de notre avenir
proche ne se sont pas basés sur des prévisions fantaisistes
mais sur des technologies existantes déjà déployées,
des outils et méthodes annoncés par les différents
acteurs et constructeurs du marché de la surveillance, des
déclarations faites par les autorités ainsi que de
nombreuses études et propositions faites par des think tanks,
législateurs, organisations professionnelles et chercheurs.
Pour les auteurs du rapport, la tendance centrale de l’avenir
sécuritaire sera la « surveillance omniprésente
et invisible » dont le but est de pister les citoyens, d’analyser
leur comportement afin de prédire leurs actions et prévenir
tout comportement déviant. Ils précisent par ailleurs
qu’ils ont veillé à rester dans le domaine du
« fortement probable » pour leurs hypothèses
d’avenir et que la réalité « pourrait
être bien plus autoritaire et dystopienne que nos prévisions«
.
Voici à quoi pourrait ressembler la société
britannique (et occidentale) en 2017.
Cet article datant d’il y a trois mois, les paragraphes entre
crochets [ ] contiennent des informations supplémentaires
ne figurant pas dans l’article initial
BorderGuard : La famille Jones revient de vacances aux Etats-unis.
« Il est difficile de percevoir une différence entre
les deux pays lors du passage de la frontière, » dit
le rapport. La Grande Bretagne, les U.S.A., tous les pays de l’Union
Européenne et les pays membres du G-10 ont sous-traité
leurs services d’immigration et de contrôle aux frontières
à des grands groupes industriels spécialisés
dans les services. Dans le rapport, l’une de ces sociétés
a reçu le nom BorderGuard.
Grâce aux budgets énormes mobilisés depuis
2001 dans la « Guerre contre le terrorisme », tous les
gouvernements ont mis en place des « frontières intelligentes
» grâce à des technologies de surveillance cachée.
Lors du contrôle des passeports, des caméras et des
scanners enregistrent le visage, l’iris de l’oeil et
les empreintes digitales des personnes, vérifiant leur concordance
avec les données enregistrées dans le passeport biométrique
ou bien dans le fichier national des cartes d’identité
(British ID card system). Border-Guard a un accès illimité
à des bases de données nationales et transnationales
mais peut également utiliser les données collectées
sur les individus – par exemple des fichiers de transactions
commerciales via carte bancaire – pour « profiler »
la personne. Ces données lui sont fournies par des entreprises
privées spécialisées dans le « data-mining
» et qui compilent des profils sur chaque individu afin de
les vendre à des entreprises de sécurité ou
de marketing.
Pour la famille Jones, le passage de la frontière est relativement
rapide et sans encombres. La masse d’informations disponible
sur cette famille leur permet d’être rapidement identifiée
et traitée. Mais pour les citoyens de pays ne participant
pas au réseau de collecte et d’informations mis en
place par BorderGuard, le passage de la frontière est une
procédure longue et désagréable, soumise à
un examen hostile et soupçonneux par des agents formés
pour suivre bêtement la procédure prévue.
Le profilage racial est désormais la norme établie.Toute
personne ayant un physique oriental ou basané sera quasiment
automatiquement stoppée, interrogée et fouillée
– même si elle détient un passeport biométrique
ou une carte d’identité informatisée. [Les protestations
initiales des groupes de défense des droits de l'homme ont
rapidement été réduites au silence par les
sondages attestant que les occidentaux se sentent mal à l'aise,
voire inquiets, en présence de personnes à l'allure
orientale trop marquée ou parlant arabe dans un aéroport
ou un avion. ]
Profils de marque : Les enseignes commerciales, les supermarchés
et les mégas centres commerciaux se partagent d’immenses
bases de données – bâties à partir des
données collectées par les cartes de fidélisation
des clients et des fichiers de transaction des cartes de crédit.
Le croisement de toutes ces données permet de générer,
pour chaque consommateur, un « profil de marque » (Brandscape)
détaillant ses habitudes et préférences de
consommation.
Des puces RFID intégrées aux vêtements portés
par les clients « parlent » aux scanners dans les magasins.
Le système se connecte alors aux bases de données
commerciales pour savoir où ces articles ont été
achetés et quels autres achats cette personne a effectués.
Le système connaît également votre identité,
votre adresse, ce que vous aimez et ce que vous n’aimez pas.
[Si le magasin est membre du système DoubleClick, inauguré
en 2001 ou a acheté des accès à la base Google
Adwords, il peut même connaître les sites Internet que
vous visitez et les recherches que vous effectuez et composer ainsi
un portrait de vos intérêts et goûts]. Des panneaux
publicitaires intelligents situés à hauteur des yeux,
dans la rue, les transports en commun ou les centres commerciaux
sont connectés à ce système et affichent des
messages adaptés au profil individuel du consommateur qui
passe devant.
Les citoyens-consommateurs qui en ont les moyens peuvent même
devenir les « acheteurs sans porte-monnaie ». Au prix
d’environ 300 Euros, vous pouvez vous faire implanter une
puce radio émettrice dans votre corps, contenant entre autres
vos identifiants de compte en banque et de carte de crédit.
Il vous suffit ensuite de présenter votre bras au scanner
du magasin pour payer vos achats. Le concept d’acheteur sans
porte-monnaie est déjà en cours de test dans plusieurs
villes occidentales par une grande société de carte
de crédit et est « marketé » comme un
club exclusif. Les porteurs de puce disposent de facilités
de crédit et reçoivent un traitement prioritaire dans
les centres commerciaux : salons réservés, centres
de soin, fitness et évènements à accès
exclusif. [A New York et Sao Paolo, une chaîne de boîtes
de nuit propose déjà des accès privilégiés
aux porteurs d'une puce "coupe-file" implantée
dans le bras].
Toutefois, cette « nouvelle » technologie d’identification
[les puces RFID existent depuis 1971] a donné naissance à
de nouvelles peurs. Des mythes urbains circulent sur des braqueurs
d’un nouveau genre qui, armés de scanners, repèrent
les consommateurs aux puces bien fournies et les charcutent pour
la leur voler. D’autres craintes, plus réelles, concernent
des « exploits » de hackers capables d’intercepter
et de détourner les signaux de la puce pour y implanter un
virus informatique ou bien vider le compte en banque de la personne
« hackéee ».
Enfants badgés : Au début des années 2000,
l’opinion publique a été plusieurs fois émue
par des affaires d’enfants kidnappés, blessés
voire assassinés alors qu’ils auraient du se trouver
à l’école. En conséquence, dorénavant
toutes les écoles ont adopté un système de
badge obligatoire que les enfants doivent scanner plusieurs fois
par jour lors de leurs déplacements dans l’école,
afin de justifier leur présence dans l’établissement.
Les enseignants ont – au début – été
réticents à ce système, perçu comme
un flicage de la jeunesse. Mais il préfèrent encore
surveiller ainsi les déplacements de élèves
plutôt que de se retrouver avec des procès sur le dos
pour « défaut de surveillance ».[Cela permet
aussi d'identifier les élèves non assidus où
qui se rendent dans des endroits isolés de l'école
- pour fumer en cachette par exemple. Par ailleurs cette carte à
puce scolaire est le seul moyen pour l'enfant d'accéder à
certains endroits de l'école (salles de sport, administration,
cantine, salles informatique) ou d'utiliser un ordinateur scolaire
pour accéder à Internet. Toutes les donnés
de déplacement dans l'école et les sites consultés
sur Internet sont archivés sur la carte].
Les tests anti-drogue sont également devenus un aspect courant
de la vie scolaire dans le cadre d’une politique mise en place
depuis 15 ans par les gouvernements pour identifier, dès
la garderie, les enfants « à problème »
et les adolescents « sauvageons ». [Le candidat et ministre
de l'intérieur Sarkozy avait proposé cette mesure
dès 2004]
L’alimentation des enfants est également surveillée
par les parents et les éducateurs spécialisés,
à travers l’accès au détail de leurs
achats réalisés à la cantine. La carte à
puce que chaque enfant doit obligatoirement porter sur lui contient
les données sur leur assiduité scolaire, heures d’arrivée
et de départ, bulletins scolaires, résultats des tests-anti-drogue,
consultations sur Internet et activités sportives.
Toutes ces informations permettent aux services du ministère
de l’intérieur, associés au rectorat et aux
services sociaux, de déterminer si l’enfant a passé
avec succès le « certificat de vie citoyenne »,
[qui conditionne son accès futur à un certain nombre
d'emplois, voire son entrée dans l'éducation secondaire
ou encore le versement d'allocations à ses parents.]
Les enseignes commerciales ont été les premières
à se brancher sur le marché lucratif de la «
surveillance ludique » des enfants. Dès la fin des
années 1990, avec le développement des réseaux
sociaux et de la téléphonie mobile, les jeunes ont
été peu à peu conditionnés à
accepter comme socialement normale (voire « branchée
») une certaine forme de surveillance corporelle, pistage
géographique et suivi à distance de leurs habitudes
alimentaires et de consommation. [Certains réseaux Web 2.0,
apparus au début des années 2000 conditionnement même
les utilisateurs à renseigner volontairement ces dispositifs
de surveillance, en fournissant une foule d'informations sur eux
même, mises à jour quasiment en temps réel,
à des sites comme Facebook, MySpace, Twitter, WhatsHot, etc.]
Ghettos du ghota et cités-poubelles : Dans la plupart des
villes les personnes qui en ont les moyens se réfugient dans
des quartiers résidentiels clos, patrouillés par des
agents de sécurité privés (ce qui réduit
les coûts d’assurance) tandis que la masse des sans-grade,
travailleurs précaires et immigrés vit dans des cités
dégradées, hautement criminogènes et soumises
à un quadrillage militaire. La majorité des conseils
municipaux a sous-traité le maintien de l’ordre à
des sociétés privées travaillant également
dans le mercenariat. [Lors du cyclone Katrina, la société
Blackwater, tristement célèbre pour ses exactions
en Irak, a envoyé ses mercenaires lourdement armés
"assurer la sécurité" à la Nouvelle-Orléans]
Les délinquants ont le choix entre rejoindre une prison
surpeuplée et violente ou bien se faire implanter une puce
radio qui suit leurs déplacements. Ils se voient alors assignés
à résidence ou bien voient leurs déplacement
limités à un certain périmètre ou trajet
(école, travail…). Si la délinquance augmente
ou si les autorités craignent des mouvements d’émeute
sociale, ils ont la possibilité de déclarer un «
couvre-feu pour les moins de 18 ans ». Ce couvre-feu, qui
interdit à tout adolescent d’entrer ou de sortir de
la cité après le coucher du soleil, est systématiquement
étendu aux cages d’escaliers ou halls d’immeubles.
Des milices privées, armées d’armes non-léthales
comme les pistolets électriques Tazer ou encore de matraques
choquantes, patrouillent les cités pour veiller au respect
des règlements. Des caméras de surveillance couvrent
tout le périmètre de la cité et les résidents
peuvent en consulter les images via un canal de télévision
spécial, accessible à tous.
Dans les quartiers résidentiels clos, par contre, nul ne
peut entrer si la plaque d’immatriculation de sa voiture n’est
pas reconnue par les appareils ANPR de reconnaissance automatique
(Automatic Number Plate Recognition) installés sur les grilles
d’entrée. Les caméras ANPR installées
depuis la fin des années 1990 sont devenues si nombreuses
dans tout le pays qu’il est devenu quasiment impossible de
rouler sur n’importe quelle route ou parcourir la moindre
localité sans que les détails de votre voiture soient
enregistrés par les autorités. [Ces caméras
ne se contentent pas seulement de noter le numéro de votre
plaque d'immatriculation, elles peuvent également voir si
vous avez des passagers, si vous fumez ou téléphonez
au volant ([comme Israël le fait déjà depuis
20 ans pour surveiller les territoires palestiniens ou les USA le
font en Irak et en Afghanistan. Ces drones sont porteurs de caméras
de surveillance, mais peuvent aussi recevoir des équipements
plus meurtriers, comme on l'a vu en Afghanistan et en Irak.]
Un réseau de caméras de surveillance est intégrée
dans les poteaux d’éclairage, à hauteur des
yeux, permettant l’utilisation de technologies de reconnaissance
faciale.
Lors de manifestations ou d’émeutes, le réseau
de surveillance peut identifier et pister des individus précis
et guider les forces de maintien de l’ordre (appartenant souvent
à des entreprises privées) jusqu’à eux.
La police et les miliciens ont des caméras vidéo intégrées
à leur casque, couplées à un système
de reconnaissance faciale et de base de données biométriques.
Cela leur permet de consulter le fichier de chaque personne interrogée.
Afin d’éviter les procès et recours juridiques,
chaque membre des forces de l’ordre ou milicien est lui-même
« fliqué » par des caméras installées
dans les voitures et par un « mouchard » qu’il
porte sur lui. Ironie de l’histoire, cette « surveillance
omniprésente » s’est attirée les critiques
du syndicat… de la police, qui y voit une atteinte à
la vie privée et aux libertés publiques des agents.
?
Le rapport nous présente le cas de deux « manifestants
» fictifs, Ben et Aaron, pour illustrer les nouvelles méthodes
de la police. Les deux jeunes hommes ont été arrêtés
lors d’une manifestation contre la guerre devant Westminster.
La manifestation n’étant pas autorisée au nom
de la loi contre la menace terroriste, ils ont été
interpellés par des vigiles privés et emmenés
dans un camion laboratoire de la société pour un prélèvement
d’ADN. Ben accepte de donner un échantillon de salive
(qui est immédiatement analysé pour confirmation de
son identité biométrique) et présente sa carte
d’identité informatique au scanner.
Théoriquement le port d’une carte d’identité
n’est pas obligatoire, mais le fait de ne pas en posséder
une rend la vie quasiment impossible. Aaron fait partie d’un
mouvement informel de « refusenik » qui tentent de défendre
les libertés individuelles et de lutter contre le fliquage.
Il n’a donc pas de carte d’identité – ce
qui signifie qu’il ne pourra postuler à un emploi public,
obtenir des allocations, un logement social ou même ouvrir
un compte en banque. Il ne peut prendre l’avion ou le train
et le moindre contrôle policier signifie qu’il sera
bloqué pendant plusieurs heures.
Le cas d’Aaron est aggravé par le fait qu’il
est un jeune Noir – ce qui le classe automatiquement dans
la catégorie des « populations dangereuses »
et des « suspects de première catégorie »
pour la police. Il sera donc régulièrement interpellé
pour « délit de sale gueule » et embarqué
au poste pour vérification et interrogatoire.
Ben est relâché mais la police utilise un mouchard
installé sur son téléphone portable ou son
agenda électronique pour suivre automatiquement ses déplacements
dans la ville. Il a également été placé
sur une liste de surveillance des communications, obligeant son
fournisseur d’accès à Internet à enregistrer
et conserver toutes ses connexions Internet, ses mails, ses SMS,
ses clavardages… et de les remettre à la police. Comme
la plus grande partie des appels téléphoniques passent
désormais par la Voix-sur-IP, la police a également
accès à ces données là. [Votée
en 2010, suite à une législation similaire introduite
par le Patriot Act aux Etats-Unis, l'utilisation de méthodes
de cryptage du genre PGP pour protéger le contenu de ses
communications est illégal, à moins de fournir sa
clé aux autorités].
Comme des fourmis, dans les bureaux : Dans les grandes entreprises
et les call centres, toutes les communications et actions des salariés
sont surveillées et l’information collectée
par le résesaux de surveillance est utilisée lors
du recrutement.
Les directions des ressources humaines et entreprises de travail
temporaire ne se contentent pas de « googler » le nom
du candidat, elle ont accès aux mêmes bases de données
compilées par des entreprises privées que celles utilisées
par la police.
Les candidats à l’embauche sont soumis à des
tests biométriques et psychologiques et à des enquêtes
de comportement. « Leur vie en dehors de leur travail »
explique le rapport, « ainsi que leur vie passée est
analysée. Les experts en marketing et en ressources humaines
conseillent aux entreprises de n’embaucher que du personnel
dont le mode de vie et le profil sociologique est en accord avec
ceux de la clientèle ciblée, afin de garantir un meilleur
service au client. » Les agences de recrutement rejettent
presque systématiquement les CV ne contenant pas des informations
vérifiables sur la santé du candidat et son hygiène
de vie.
Une fois embauchés, les salariés sont régulièrement
soumis à des test biométriques, à l’improviste,
dont le but est de détecter d’éventuels problèmes
psychologiques ou de santé. Les scanners d’iris oculaire
situés à l’entrée du club de remise en
forme et l’activation des machines par carte à puce
personnelle collectent des informations sur la pratique sportive
et la forme du salarié… informations qui viennent s’ajouter
à son dossier et dont des programmes automatiques signalent
automatiquement les défaillances. Le salarié est alors
convoqué par son « coach » qui le sermonne et
l’incite à se préoccuper de sa forme. Le salarié
doit également régulièrement ce soumettre à
des évaluations et des tests psychologiques pour déterminer
si sa motivation a évolué et si son attitude est encore
compatible avec les valeurs de l’entreprise. [Toutes ces pratiques
ont cours dans des grandes entreprises comme Microsoft, Boeing ou
Allianz, depuis les années 1980].
Big Brother s’occupe bien de toi : Le vieillissement de la
population a entraîné une explosion de « village
de retraite » et résidences médicalisées
dotées de système de « télésoins
». Des détecteurs de mouvement sont installés
dans chaque pièce, les salles de bain ont des détecteurs
de rythme cardiaque, les toilettes mesurent le taux de sucre dans
le sang et toutes les habitations sont équipées de
détecteurs d’incendie, d’inondation et de fuite
de gaz. Chaque résident est doté d’un collier
d’alerte qui lui permet d’appeler à l’aide
en appuyant sur un bouton. Les réfrigérateurs et placards
sont équipés de scanners RFID qui gèrent les
stocks alimentaires, préviennent en cas de date de péremption
dépassée, infection bactérienne et - pour ceux
qui ont souscrit au programme HomeGrocer, inventé en 2001
aux Etats-Unis, préviennent le supermarché le plus
proche quand le niveau des stocks est en baisse. Les « restockage
» est alors automatiquement livré au pensionnaire.
[Certaines enseignes fidélisent même leurs clients
en leur offrant le réfrigérateur "intelligent",
directement et exclusivement connecté à leur base
logistique.]
Des immenses base de données centralisées et partagées
entre tous les hôpitaux publics permettent de comparer les
statistiques médicales de tout le pays. Ceci permet aux médecins
de détecter des épidémies et des situations
à risque beaucoup plus rapidement – par exemple les
risques statistiques d’une personne à être la
victime d’une crise cardiaque peuvent être prédits
avec beaucoup plus de précision.
L’Hopital Public (National Health Service – NHS) sera
engagé dans une bataille légale avec les mutuelles
et sociétés d’assurance qui exigeront d’avoir
accès aux informations médicales pour en faire un
usage commercial. Confronté à une réduction
constante de ses budgets, l’Hopital Public risque de ne pas
résister très longtemps à la tentation des
gros chèques offerts par l’industrie pharma-santé.
Ainsi, en 2004, l’Islande a vendu sa base de données
nationale de profils ADN – compilée par la recherche
publique – à des sociétés privées
travaillant sur le génome à des fins d’exploitation
commerciale. [En 2001, trois des plus grandes sociétés
d'assurance médicale U.S. ont tenté d'introduire une
clause dans leurs contrats, liant le remboursement de soins à
la possibilité d'avoir un accès libre et sans restriction
aux dossiers médicaux de l'assuré… ainsi qu'aux
données statistiques médicales "permettant d'insérer
le profil de l'assuré dans celui de son environnement sanitaire
et social, afin d'évaluer le risque et fixer sa cotisation
de manière plus précise".]
L’ombre des données : Ceux qui en ont les moyens peuvent
se doter d’un « service de gestion des données
personnelles » (personal information management services –
Pims) qui surveille toutes les données collectées
sur un individu – l’ombre électronique de cet
individu (« data shadow »). Si le service détecte
des erreurs dans les données stockées sur cet individu
dans les fichiers des autorités publiques et des entreprises
privées, il se charge des démarches (souvent longues
et complexes) pour les faire corriger.
Ceux qui n’ont pas les moyens de se payer les services d’un
PIMS doivent vivre avec les conséquences que peuvent avoir
des données incorrectes ou obsolètes dans un fichier.
[Cela va de la perte d'allocations, du refus d'assurance, de l'interdiction
bancaire ou du harcèlement policier… mais peut aller
bien plus loin, comme ce fut le cas pour ce citoyen innocent jeté
en prison à cause d'une erreur, 15 ans auparavant, d'un agent
qui avait mélangé les empreintes digitales, attribuant
à un conducteur pris en excès de vitesse, les empreintes
digitales d'un skinhead meurtrier arrêté la même
nuit.]
Ou encore, aux Etats-Unis, la base de données des «
interdits de vol » qui contient plus d’un million de
noms de personnes « soupçonnées d’avoir
des liens avec le terrorisme » et dont le FBI lui-même
reconnaît que 40% est erronée ou le fruit d’une
erreur administrative.
« Certaines personnes se voient condamnées à
une purgatoire de surveillance et une incapacité à
accéder et corriger les informations stockées sur
elle, » précisent les auteurs du rapport.
Mais pour d’autres personnes, souvent issues des classes
aisées, la surveillance totale est devenue une composante
intégrale de leur mode de vie. Certains participent même
volontairement au dispositif de surveillance – on appelle
cela le « life-logging » – en publiant en permanence
sur Internet et sur les réseaux sociaux des informations
sur tout ce qu’ils font, leurs opinions, leurs goûts.
[Les préadolescents, très friand de ce genre de socialisation,
sont parfois surpris d'être confrontés, des années
plus tard, à des informations qu'ils ou elles auraient préféré
oublier.]
www.sundayherald.com/news/heraldnews/display.var.1741454.0.uk_2017_under_surveillance.php
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