"Nouveau millénaire, Défis libertaires"
Licence
"GNU / FDL"
attribution
pas de modification
pas d'usage commercial
Copyleft 2001 /2014

Moteur de recherche
interne avec Google

L'expérience de Milgram
23 juillet 2002 par Phyl d'Arian

L'expérience de Milgram,
par kika, puis François


LA SOUMISSION LIBREMENT CONSENTIE
Débat au Cnam

En 1963, à l'université de Yale, Stanley Milgram organise une des premières expériences de psychologie sociale sur le concept de soumission à l'autorité. Ses conclusions sont édifiantes...Posez vous la question, en qui reconnaissez vous l'autorité ?
Cette expérience historique de psychologie sociale date de 1963 et a été mise en image dans le film " I comme Icare " avec Yves Montand. On peut aussi la retrouver dans le "petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens" de Beauvois et Joule.

Tout commence par une petite annonce publiée par voie de presse :
" Laboratoire de l'université X recherche volontaires pour participer à une expérience sur la mémoire . Rémunération 50 Francs de l'heure " Lorsqu'un volontaire se présente au laboratoire, on lui explique qu'il tombe bien car un autre volontaire est déjà arrivé juste avant lui . Le laboratoire a justement besoin de deux personnes , une pour jouer le rôle du professeur et l'autre pour jouer le rôle de l'élève. Les deux volontaires font rapidement connaissance en attendant d'être convoqués par Milgram, le psychologue qui organise l'expérience. Celui ci leur explique qu'ils vont participer une expérience destinée à vérifier les effets de la punition sur l'apprentissage et la mémoire. Le rôle du professeur est simple . Il suffit de lire à l'élève une liste de 50 paires de mots du genre : Le ciel gris, Le chien jaune, Le chat vert etc...

L'élève devra mémoriser les associations de mots et ensuite répondre correctement aux questions du professeur. Si le professeur dit " le nuage ", l'élève devra répondre " noir " En cas d'erreur , le professeur devra administrer à l'élève , une punition sous la forme d'une petite décharge électrique. le voltage des décharges augmentant avec le nombre d'erreurs.
Il est procédé à un faux tirage au sort et l'on demande à la personne qui s'est présentée de jouer le rôle du professeur.

En fait , celui qui doit jouer le rôle de l'élève est un complice de Milgram car le but réel de l'expérience est d'étudier la soumission à l'autorité (soumission librement consentie chez Beauvois et Joule) et non les effets de la punition sur la mémoire. On installe donc "l'élève" sur une fausse chaise électrique mais le "professeur" n'en sait rien. Il pense que tout est réel . "L'élève" qui est un acteur spécialement choisi pour son aptitude à faire semblant de recevoir de vraies décharges électriques fait mine de s'inquiéter quand on l'attache sur la chaise et demande si les chocs électriques risquent de lui faire mal. On lui répond que la douleur sera supportable mais que c'est nécessaire pour le bon déroulement de l'expérience et l'on fait passer le professeur derrière un pupitre comportant des curseurs gradués de 25 volts en 25 Volts. Des petits panneaux sont inscrits au dessus des séries de curseurs :" choc léger ", " choc moyen ", " choc violent ", " choc extrêmement violent " , " choc dangereux " , " choc très dangereux " , " mort ! "
Milgram qui représente l'autorité scientifique en blouse blanche demande alors au professeur de commencer la lecture des associations de mots. Une fois que la liste a été mémorisée par l'élève , le professeur commence à poser les questions.

A partir d'un moment , l'élève se trompe obligatoirement car mémoriser 50 associations de mots en une seule lecture est quasiment impossible.
Milgram qui supervise l'expérience demande donc au professeur d'administrer la punition à l'élève, au départ 25 volts mais au fur et à mesure des nombreuses erreurs de l'élève, les décharges qui deviennent de plus en plus fortes commencent à faire crier l'élève de douleur.
Il veut savoir jusqu'où celui qui joue le rôle du professeur va accepter de torturer un inconnu sous prétexte qu'une autorité scientifique lui en donne l'ordre . L'élève va supplier le professeur d'arrêter l'expérience tandis que l'expérimentateur va lui ordonner de continuer . Même lorsque l'élève simulera le coma ! Milgram ordonnera d'assimiler cela à une mauvaise réponse et demandera au professeur de continuer l'expérience.
Le professeur devra faire un choix .. désobéir à l'autorité ou continuer jusqu'à la mort de l'élève. Les résultats sont effrayants ! Sur 40 personnes testées tout niveau social confondu , 67% des professeurs ont étés jusqu'à la mort de l'élève.
Le reste a abandonné l'expérience vers 300 volts quand l'élève simulait le coma !

Aucun d'eux n'a abandonné quand l'élève hurlait de douleur . Bien sur , ce n'est pas de bon cœur qu'ils ont poussés les curseurs jusqu'à la mort simulée de l'élève attaché sur la chaise électrique . Milgram le dit lui même " J'observai un homme d'affaires équilibré et sur de lui entrer dans le laboratoire le sourire aux lèvres . En l'espace de 20 minutes , il était réduit à l'état de loque parcourue de tics, au bord de la crise de nerfs . Il tirait sans cesse sur le lobe de ses oreilles et se tordait les mains. A un moment il posa sa tête sur son poing et murmura "Oh mon dieu , qu'on arrête !" Et pourtant il continua à exécuter toutes les instructions de l'expérience et obéit jusqu'à la fin." Trois semaines plus tard , quand les professeurs était convoqués pour s'expliquer sur leurs comportements sadiques , il rejetaient immanquablement la faute sur l'autorité scientifique .
Ils n'avaient fait qu'obéir aux ordres et rien de plus ! Ils n'avaient rien à se reprocher.

Phyl d'Arian
P.S. Document Original. Copyright © 2002 vulgum.org. Vous pouvez redistribuer et/ou modifier ce document selon les termes de la GNU/Free

Le lien d'origine http://vulgum.org/libre/imprimer.php3?id_article=304


L'expérience de Milgram, Kika
27 janvier 2003

Cette expérience est fascinante, on peut la rapprocher a une autre expérience Américaine (désolée mais je ne sais plus qui l'a faite). Cette expérience mettait en scène des rats et visait a définir le niveau de stress chez les dominants. Donc, on place six rats en captivité, la pièce de vie est sans nourriture, celle ci se trouve dans un autre compartiment est, pour y accéder il leur faut traverser une "pièce" remplie d'eau. Ainsi ,il y a vite 2 dominants, 3 dominé et un indépendant. Les dominés ramènent la nourriture aux dominants, et l indépendant se suffit à lui même. Les dominants dépendent donc des dominés pour trouver leur nourriture. Après plusieurs semaines ;il s'avère que les dominants montrent un grand niveau de stress qui provoque des troubles variés, alors que les dominés s'accommodent de la situation. Il y a eut plusieurs groupes de rats et tous montrent la même structure sociale. Quand est il des dictateurs et des dirigeants de tous niveau que l'on qualifie d'arbitraires ?La peur de perdre leur pouvoir et tout les avantages qu'ils en retirent semble être intolérable !


L'expérience de Milgram, François

5 septembre 2002
Votre article résumé très bien les expériences menées par S. MILGRAM, mais vous ne tirez pas de conclusions sur la finalité de cette expérience et ce que l'on pourrait sociologiquement en tirer.
Merci de me tenir informé si vous avez des réponses. Bien à vous. François


L'expérience de Milgram, Phyl d'Arian
6 septembre 2002

Ma conclusion serait que cette série d'expériences met bien en lumière la complexité des motivations responsables de nos comportements, la "soumission librement consentie" est un de ceux que je trouve le plus troublant d'origine purement sociologique puisqu'il fait référence, dans cette expérience, à une figure autoritaire désigné par des attributs de pouvoir (au sens large).
Milgram poursuit ses expériences éliminant une par une, grâce à des variantes expérimentales, les circonstances atténuantes d'une telle obéissance : ce n'est ni la blouse blanche, ni le niveau de souffrance du faux cobaye, ni le désir de faire souffrir du sujet qui sont en cause. Ce sont en fait des facteurs complexes tels que le fait de voir la victime ou pas, le fait que l'autorité soit dans la pièce ou non, l'existence d'une dissension au sein de l'autorité etc...

On retrouve en fait le comportement d'une personne qui supposant qu'elle n'a pas les capacités (physiques, intellectuelles ou d'un autre ordre) d'accomplir en toute connaissance de cause un acte donné, c'est à dire de faire face aux conséquences pouvant en découler, décide de se confier en tant qu'outil à une autorité quelconque. Dés lors l'exercice de la responsabilité se situe au niveau de cette autorité, le rôle de l'outil étant de remplir sa tâche au mieux sans s'occuper d'éventuels conflits éthiques ou moraux. (...Some of them Want to be Abused... Eurythmics)
On peut définir la soumission de différentes manières, la plus simple étant l'exécution par un individu d'ordres venant d'une autorité. Mais l'analyse des conditions de soumission montre que le noyau commun de toutes les situations d'obéissance n'est que l'expression d'une capacité des êtres sociaux d'inhiber leurs pulsions propres (et leur sens moral) au profit de directives extérieures du moment qu'elles émanent d'une entité assimilée à une autorité. L'analyse psychologique de Milgram reste très prudente, peut entre afin de ne pas risquer de disqualifier la totalité des résultats par des critiques théoriques complexes alors que le fond du problème est accessible au lecteur totalement "naïf". Les plus optimistes voient dans l'obéissance le signe d'une bonne adaptation de l'individu à la société. Malgré cela, on ne peut s'empêcher, en cette fin de 20ème siècle, de se souvenir des formes les plus tragiques qu'à pu prendre le comportement d'obéissance.

Voir l'ouvrage suivant, très intéressant, sur la soumission librement consentie : "Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens" Jean-Léon Beauvois et Robert Vincent Joule. Tout un chapitre y est consacré à l'expérience de Milgram.
Sur le net : "Traité de la servitude libérale" de Jean Léon Beauvois :


Le lien d'origine http://www.cnam.fr/depts/te/dso/lecture/beauvois.htm
Et le site http://www.psychologie-sociale.org