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1. Triple Oppression
2. Le patriarcat est une des trois contradictions sociales principales
!
3. Perspectives féministes
4. Une chronique du féminisme révolutionnaire
5. Contre l'histoire masculine de la sexualité !
par un groupe féministe autonome (du Danemark)
Ici vous trouverez deux textes: celui qui suit et qui défend
la conception révolutionnaire de la triple oppression, le second
qui traite des perspectives féministes tout en expliquant la
liaison avec l'antiracisme et l'anticapitalisme.
Le patriarcat est une notion non seulement sociale, mais également
politique et économique. Le patriarcat est en effet une forme
de domination, un rapport social, et à ce titre remplit l’ensemble
de la sphère sociale des individus, l’ensemble de leur
vie.
Mais le patriarcat est-il la seule forme de domination? Que signifie
tout d’abord précisément le terme de patriarcat?
Le patriarcat est terme désignant globalement la domination
des pères. Il a été repris par les mouvements
féministes pour désigner la domination des hommes
sur les femmes, domination prise globalement.
Le patriarcat est-il donc la seule forme d’oppression? Il
va de soi que non. Le capitalisme en est une aussi, le racisme également.
Le patriarcat est donc une forme d’oppression parmi d’autres.
Mais, justement, qu’est-ce qu’il fait que le racisme,
le capitalisme et le patriarcat sont les exploitations mentionnées,
et que d’autres ne soient pas considérées comme
aussi importantes? Qu’est-ce qui est à l’origine
de ce choix?
Rien n’est arbitraire dans ce choix. Il s’agit d’une
analyse scientifique, partant non seulement de l’expérience
vécue quotidiennement, mais aussi d’une étude
précise des sociétés contemporaines.
Marx et Engels ont ainsi parfaitement montré que les sociétés
occidentales sont des sociétés capitalistes, se fondant
sur l’exploitation de la classe ouvrière par la bourgeoisie.
Lénine et Rosa Luxembourg ont analysé encore plus
précisément ces sociétés à leur
stade moderne ("l’impérialisme"), et ce dans
le cadre international.
Partant de là, des gens comme Frantz Fanon et Mao-Tsé-Toung
ont constaté l’oppression spécifique des peuples
du 1/3 monde, et la nécessité d’un parcours
spécifique de libération (du colonialisme et du néo-colonialisme).
Et, évidemment, parallèlement à ces analyses,
des personnes comme Alexandra Kollontaï et Clara Zetkine ont
montré l’importance du patriarcat, et au fur et à
mesure, les mouvements féministes ont montré la nécessité
de considérer l’oppression contre les femmes non comme
une contradiction seulement"subordonnée"à
la contradiction principale (le capitalisme), mais étroitement
imbriquée en elle. Le racisme, le capitalisme et le patriarcat
forment une triple oppression, non pas trois oppressions séparées
qu’il s’agirait de combattre séparément
(cela est impossible).
Qui est oppriméE?
Est-ce que nous voulons dire qu’une lesbienne noire, juive
et prolétaire est plus opprimée qu’un hétérosexuel
blanc capitaliste catholique?
Tout à fait! Et c’est cela le politically correct:
défendre les minorités, reconnaître leurs spécificités,
rejeter le principe d’une majorité"normale".
Et en attendant l’égalité, il faut se mettre
du côté des oppriméEs.
Il y aura évidemment beaucoup de monde pour refuser cet état
de fait, même parmi ceux et celles voulant changer la société
dans un sens progressiste. L’esprit"républicain"à
la française, grande négateur des minorités
au profit d’une"citoyenneté"(tous français!
tous beaux!) qui n’est pas ce qui est recherché (l’Egalité
dans la différence), a fait beaucoup de dégâts.
A la différence du mouvement révolutionnaire en Allemagne,
le féminisme est considéré comme"secondaire",
et les femmes se voient attribuer une"commission"pour
parler loin de tout le monde de"leurs"problèmes,
ou au contraire sont priés de discuter avec les hommes de"leurs"problèmes
(bourreaux et victimes ensemble, sympathique).
Beaucoup d’armes pour beaucoup de Jennifer!
Parlons victimes, parlons bourreaux, justement."A gun for Jennifer"est
un film en ce domaine que toute personne partisane de la cause antisexiste
devrait voir et revoir. Car ce film est le résumé
de la culture, de l’approche la plus radicale et la plus juste
du combat contre le patriarcat.
Le scénario est à la fois simple et compliqué.
Une jeune femme arrive à New-York, manque de se faire violer
mais est sauvée par un groupe armé de femmes militantes.
Elle prend le nom de Jennifer et rejoint le groupe.
Elles interviennent contre les violeurs, selon le bon vieil adage"un
homme mort ne viole plus".
Une violence réactionnaire? Non, une violence révolutionnaire,
dirigée contre les dirigeants de la société
capitaliste qui en profitent pour attaquer les femmes ou les enfants.
Une violence organisée par des femmes issues de la militance
révolutionnaire des années 70.
Ce film montre l’ambiance et les difficultés de combattre
le système (où ici un aspect fondamental du système:
le patriarcat), l’atmosphère et la culture des femmes
en lutte. De la scène d’un concert d’un groupe
dans la lignée des"Riot Grrrls"à la violence
ultrabrutale qui attaque les violeurs là où ça
fait mal, où plutôt, là où cela cesse
définitivement de faire mal, selon que l’on se place
du côté du bourreau ou de la victime.
"A gun for Jennifer"est un film confrontant les hommes
à leur propre complicité possible, à la menace
que leur domination impose. Et montrent aux femmes, dans le cadre
d’une production alternative revendicative, quelle culture
de lutte il faut posséder.
Face à la soumission pornographique
A l’opposé des rares films féministes, il y
a les films pornographiques. Les films"pornos", comme
on le dit de manière si populaire, ont conquis une place
qui semble inébranlable.
Les publicités à caractère pornographiques,
où les femmes sont toujours passives, attendant"impatiemment"le
sexe des hommes, se retrouvent partout, de magazines humoristiques
aux programmes de cinémas, de Nova magazine aux revues pornos
les plus hards. Et par"hards", il faut bien comprendre
la violence la plus cru contre les femmes. Les hommes étant
insatiables et frustrés, il leur faut pour pouvoir prendre
leur plaisir attacher les femmes, les frapper, éjaculer de
manière démonstrative sur elles et de manière
humiliante... Sans parler des films ayant de plus en plus de succès
où les femmes sont accouplés à des animaux
(ânes, porcs, porcs... voire des souris).
Dans tous les films ce qui compte c’est l’apologie du
pénis, qu’il soit d’un homme ou pas. Même
lorsqu’il s’agit de deux femmes couchant ensemble, on
peut les voir sucer un pénis en plastique, cherchant à"lui"donner
du plaisir (aux dépens du leur). N’est-ce pas le fantasme
suprême de l’homme hétérosexuel de coucher
avec deux filles (alors qu’il est déjà incapable
d’en comprendre une!).
La pornographie est de plus une attaque de la sexualité et
de l’érotisme, elle aboutit à la perversion
en lieu et place de la libération. Le fait que les femmes
évitent les films pornographiques est déjà
une démonstration pratique de la nature de ces appels à
la violence. La pornographie est l’apologie de la domination
masculine, de la violence comme possession et domination. Une attitude
capitaliste des hommes contre les femmes.
Perspectives féministes
"Mourir pour la révolution est un acte d’un coup.
Vivre pour la révolution signifie avoir affaire avec la difficulté
de changer sa manière de vivre"(Frances M. Beal, féministe
noire des USA).
Nous vivons dans une époque de cassures. Le monde change
rapidement. Les mécanismes impérialistes et patriarcales
d’exploitation et d’oppression changent de formes avec
un reflux modernisé à tous les niveaux (de la société).
La plupart des courants révolutionnaires dans la gauche et
dans les mouvements de femmes sont dans une période de réorientation.
Nous avons à trouver de nouvelles voies dans un nouveau monde.
Le monde est aussi devenu plus petit. Cela signifie que les conditions
de vie des gens sur la planète sont de plus en plus liées
entre elles. Dans cette situation, le plus important devoir du féminisme
révolutionnaire est de développer des perspectives
d’internationalisme - en théorie et en pratique.
Le développement d’un féminisme révolutionnaire,
internationaliste, est une condition préalable pour créer
une ouverture générale à des perspectives,
des espoirs et des rêves révolutionnaires. Parce que
le féminisme va aux profondes racines de l’histoire
de l’oppression et de l’exploitation: le patriarcat.
Le patriarcat - c’est-à-dire une culture basée
sur les valeurs masculines, le pouvoir des hommes et leur domination
(sur les femmes) - est le plus ancien système d’oppression
que nous connaissons. Avant l’impérialisme, avant le
capitalisme, avant le féodalisme... Il y avait le patriarcat.
Patriarcat également basé sur une relation toute particulière
entre les oppresseurs (les hommes) et les opprimées (les
femmes), parce que dans aucune autre relation d’oppression
les oppriméEs ne sont aussi fortement liéEs que les
hommes et les femmes (c’est-à-dire sexuellement, socialement,
économiquement...). Et le résultat de cela est que
nous, en tant que femmes, nous nous regardons avec les yeux et les
normes des oppresseurs - et la lutte contre le patriarcat est, en
grande partie, une lutte pour se réapproprier notre propre
identité, nos propres sensations et notre propre histoire
A cause des structures du patriarcat, les femmes sont vues comme
l’autre sexe, c’est-à-dire: différent,
déviant des normes masculines, inférieur. Les conséquences
de cela vont du meurtre, de la violence, du viol et du harcèlement
sexuel, à l’élimination, la ridiculisation,
l’anéantissement des femmes et de leurs expériences.
C’est ce qu’ont toutes les femmes en commun, parce qu’elles
sont des femmes. Mais il est également important d’être
conscientE des grandes différences entre les femmes. Nous
ne sommes pas dans le même bateau parce que nous sommes des
femmes. La couturière en Corée, la mendiante à
Bombay, la paysanne au Kenya, la chanteuse à Paris et la
nurse à Moscou amènent avec elles différentes
réalités. Les femmes ne sont pas unies à cause
de leur sexe - les relations de classe, le racisme, l’homophobie
contre les lesbiennes, l’exploitation impérialiste
des pays pauvres, etc., sont des facteurs qui évidemment
créent des conditions de vie très différentes
pour les femmes sur la planète. Ces différences, notre
racisme et nos privilèges en tant que femme blanche en Europe,
sont très importantEs et doivent être connuEs dans
le développement d’un féminisme révolutionnaire,
internationaliste. Nous pensons que l’outil central pour analyser
la situation mondiale aujourd’hui, et pour le développement
d’une résistance révolutionnaire, est l’analyse
et le débat féministe quant à la triple oppression.
La triple oppression est une conception qui brise les dogmes traditionnels
de la gauche et analyse les connections et/ou les antagonismes entre
les différentes sortes d’oppression que nous affrontons
aujourd’hui. Cette conception a été développée
à la fin des années 60 par des féministes noires
aux USA et en Angleterre (par exemple des femmes du Black Panther
Party), qui avaient pris conscience qu’en tant que femmes
elles étaient opprimées par les hommes noirs, et en
tant que noires, par les femmes blanches. C’était l’expérience
concrète de ses femmes qui amena des analyses révolutionnaires
plus nuancées à propos des relations entre racisme
et sexisme. Ces femmes combattaient le sexisme des hommes noirs
comme le racisme de leurs"soeurs"blanches. Mais cela a
pris du temps avant que leurs efforts ne soient pris en considération
par les autres. Ce n’est pas avant la fin des années
80 que ces voix de femmes noires ont été entendu et
qu’on en ait discuté sérieusement dans le mouvement
des femmes, radical et blanc - et aujourd’hui cette discussion
est toujours très controversée (les femmes blanches
n’aiment pas être confrontées avec leur propre
racisme!). La discussion quant à la triple oppression est
maintenant une partie très importante de la discussion globale
quant à des stratégies de résistance autonome
et anti-impérialiste en général.
La conception de triple oppression signifie avant tout:
• que les oppressions impérialiste et patriarcale sont
très complexes, et ont différentes conséquences
pour les différents groupes opprimés. C’est-à-dire
que la plupart des gens font l’expérience de l’oppression,
mais de manière différente. La réalité
consiste en de multiples réalités.
• ce qui est décisif pour la situation et la position
sociale d’une personne dans la société: la classe,
le sexe et la couleur - mais d’autres facteurs sont également
importants, par exemple entre vivre dans un pays industrialisé
d’occident ou dans un pays pauvre, un pays colonisé,
si l’on est hétérosexuel ou homosexuel, etc.
Toutes les conditions mentionnées sont d’importance
- il s’agit de la corrélation entre elles qui créé
la situation sociale des gens (exemple: il y a des mondes entre
une secrétaire blanche à Londres qui est opprimée
par le sexisme, une policière cubaine qui est opprimée
parce qu’elle est lesbienne, une prostituée de Manille
qui est opprimée par le sexisme et la domination impérialiste
de son pays...). L’oppression dont ces personnes font l’expérience
est très différente, mais la raison de l’oppression
est à un degré supérieur le même: un
ordre dominant basé sur le sexisme, le racisme et l’impérialisme.
La triple oppression a laissé derrière les vieux dogmes
de la gauche - opposant l’idée traditionnelle que le
processus de lutte suit la contradiction principale (capital contre
travail salarié) et que toutes les autres contradictions
sociales (par exemple les femmes contre les hommes, les noirs contre
les blancs) sont uniquement d’importance secondaire. La triple
oppression s’oppose également à l’idée
d’un sujet révolutionnaire existant (la classe ouvrière
blanche) et d’une avant-garde révolutionnaire (le parti-guide,
révolutionnaire). Parce que ces dogmes ne sont tout simplement
pas en accord avec la réalité. Les modifications de
la construction de la classe et l’immense restructuration
de la société signifie qu’un processus révolutionnaire
ne peut se développer seulement que par la corrélation
entre les différents groupes opprimés dans la population,
et leur lutte radicale, organisée, auto-déterminée
et collective, contre le système. Dans cette connexion le
mouvement révolutionnaire des femmes est de grande importance.
Nous sommes tous et toutes une partie de ce que nous combattons.
La triple oppression amène également la compréhension
du fait que nous sommes tous et toutes une partie de ce que nous
combattons - le système d’oppression repose aussi en
nous et dans nos attitudes vis-à-vis des gens et le monde
qui nous entoure. Exemples: beaucoup de femmes reproduisent le mépris
qu’elles ont appris des hommes et contribuent au mépris
des lesbiennes; beaucoup de femmes - également dans la gauche
révolutionnaire - reproduisent le racisme de la société
dans leurs comportements vis-à-vis des femmes de couleur;
tous les hommes - sans prendre en considération leur degré
de respect vis-à-vis de la lutte des femmes - profitent de
l’oppression des femmes; toutes les personnes blanches - sans
prendre en considération leur prétention à
l’anti-racisme - profitent du racisme contre les personnes
de couleur. C’est la tâche de la résistance que
de trouver comment agir à partir de cette compréhension.
La triple oppression maintient que la lutte extérieure anti-impérialiste
et anti-raciste contre l’ordre dominant et la lutte intérieure
contre des parties de nos pensées et de nos idées
s’appartiennent l’une à l’autre dans une
relation dialectique.
Mais la raison pour laquelle la lutte intérieure contre les
mécanismes oppressifs en nous-mêmes a souvent été
négligé est que les positions féministes n’ont
pas été capables de marquer la résistance.
Ici quelques exemples avec deux combats anti-impérialistes:
• au Nicaragua, même après la révolution
sandiniste de 1979, les femmes ne sont pas arrivées à
assurer le droit à l’avortement, et le processus révolutionnaire
n’a pas amené une coupure fondamentale avec le machisme
latino-américain;
• en Palestine, là où les luttes anti-impérialistes
les plus longues se déroulent, les fondamentalistes islamistes
gagnent de plus en plus d’influence. Pour les femmes cela
signifie, de nombreuses manières, être repoussées
des positions politiques qu’elles avaient durant l’intifada.
La gauche réagit avec silence, ce qui signifie l’acceptation,
parce que les perspectives féministes n’ont pas une
haute priorité.
Ces exemples, comme quantité d’autres, montrent que
les positions féministes devraient être capable de
marquer la résistance; les femmes ont à s’organiser
de manière autonome et à lutter pour leurs perspectives
- et non pas à s’asservir à des"nécessités
tactiques de la résistance en général".
Nous pensons qu’un féminisme révolutionnaire
développé théoriquement et bien organisé,
radical et imprévisible, est absolument nécessaire
au développement général d’une résistance
contre l’ordre dominant aujourd’hui.
Le féminisme révolutionnaire doit agit au sein du
contexte international, il doit être basé sur la solidarité
concrètement exprimée avec les différentes
luttes des femmes opprimées sur toute la planète -
et comme conséquence de cela son objectif doit consister
en la manifestation de la résistance et du sabotage des centres
impérialistes et des structures patriarcales dans ces centres.
Nous donnons une grande priorité à la lutte contre
la politique de population et ses outils: machinerie génétique
et de reproduction. Parce que la politique de population n’est
rien d’autre qu’une arme silencieuse contre les pauvres
et signifie avant tout l’avancée dans la colonisation
des corps des femmes.
Il est également important de combattre la violence contre
les femmes - parce que la violence ou juste la peur de la violence
détruit et limite la vie des femmes plus que ne le pense
la plupart d’entre nous.
Dans le sillage du roll-back généralisé, nous
en faisons l’expérience à tous les niveaux de
la société juste maintenant, la violence contre les
femmes augmente et devient de plus en plus brutal. Nous pensons
également que les féministes révolutionnaires
ont d’importantes idées et perspectives avec lesquelles
elles ont à s’investir dans la lutte contre le racisme,
dans la résistance contre l’exclusion sociale et économique
(nous faisons face à une féminisation de la pauvreté),
dans la construction d’une résistance générale
à la domination de l’ordre mondial impérialiste
- en créant des visions et des perspectives d’une autre
vie, d’un autre monde basé sur le droit à la
vie, avec la dignité et la liberté pour tout le monde
(femmes, enfants et hommes).
Le féminisme révolutionnaire ici en Europe doit agir
comme partie du mouvement féministe international et comme
partie de la corrélation entre les luttes des différents
groupes opprimés (gens pauvres, gens de couleur, gens handicapés,
gays/lesbiennes, prisonnierEs, etc.). Si les luttes de tous ces
gens se rejoignent, elles seront certainement capables d’aller
à un changement révolutionnaire de la société.
Mais la lutte contre les structures patriarcales prennent également
place dans la résistance elle-même et dans notre propre
relation avec les hommes. Parce que c’est une illusion que
de penser que chaque homme voudrait ou même pourrait abandonner
les privilèges que la très vieille construction qu’est
le patriarcat lui a donné.
De surcroît, nous nous confrontons aussi à des éléments
de nous-mêmes. Et cela peut être une lutte difficile
que de jeter les mécanismes d’oppression que nous portons
en nous-mêmes et de faire face à la réalité
sans avoir des hommes comme rideau limitatif/de sécurité
entre nous et le monde qui nous entoure. Néanmoins ce processus
personnel de chaque femme est une condition préalable à
un processus de libération féministe. Personne n’est
libre tant que tout le monde n’est pas libre!
UNE CHRONIQUE DU FEMINISME REVOLUTIONNAIRE
LILITH
D’un point de vue purement mythologique, Lilith fut sans aucun
doute, la première femme à se révolter contre
le pouvoir et la domination de l’homme.
La tradition hébraïque indique que Lilith aurait été
créée en même temps qu’Adam à partir
du limon. Crée égale à Adam, elle fut par la
suite détachée de lui par Dieu qui voulut en faire
la femme d’Adam. De son égale spirituelle elle n’aurait
plus été liée à lui que par la chair.
Elle refusa cette condition de femme soumise, et elle s’enfuit
pour aller se marier avec Samael, le"diable", et pour
espérer revenir se venger de l’humiliation que lui
avait fait subir Dieu et Adam.
L’Alphabet de Ben Sira, un autre texte hébraïque,
donne une autre version des faits. Il explique que Lilith accepta
de s’accoupler avec Adam mais à la seule condition
de se placer sur lui dans la relation sexuelle. Adam s’opposa
à cette requête et il voulu avoir une relation plus"conventionnelle"avec
la position dite du"missionnaire". Lilith n’accepta
pas cela et s’enfuie.
Adam demanda donc à Yahvé d’envoyer trois anges
; qui furent Senoi, Sansenoi et Sanrangloph ; pour qu’ils
aillent chercher Lilith par delà la mer rouge où elle
s’était réfugiée. A la fin de cette version
Lilith devint la Reine du royaume des"démons"et
se maria également avec Samael
Dans l’ancienne Egypte, Lilith prend les traits de la déesse
Isis qui se refusa, elle aussi, à la domination du dieu solaire
Râ. Elle lui envoya un serpent venimeux qui le mordit. Isis
était la seule à pouvoir secourir Râ et elle
consenti à le faire à la seule condition que celui-ci
lui délivra le secret de son pouvoir. Il finit par obtempérer
pour avoir la vie sauve et ainsi Isis finit par détenir le
pouvoir de Râ. Elle devient par la même occasion le
symbole du matriarcat puisqu’elle avait vaincu un Dieu et
qu’elle s’élevait donc au-dessus de tous les
dieux masculins.
Même si Lilith est un personnage mythologique, comme c’est
le cas aussi d’Isis, on peut déceler chez elle de par
son action, les prémices d’une certaine forme de féminisme.
Malgré le fait que les théologiens ont essayé
d’en faire une castratrice en la représentant avec
un vagin denté au milieux du front, malgré le fait
que ces mêmes théologiens ont essayé d’en
faire une démone, succube qui s’immisce par ruse dans
les rêves des hommes, il n’en reste pas moins que même
si ils ont essayé de donner dès le début le
mauvais rôle à une femme et dans le cas présent
à Lilith, pour justifier la"juste"domination de
l’homme, il n’ont réussis qu’à faire
de la démone une sorte de symbole pour toutes les luttes
d’émancipation des femmes à venir.
La deuxième femme d’Adam, Eve, la Bible la montre plus
soumise. Pour éviter la même erreur qu’il avait
commise avec Lilith, Dieu pris cette fois le soin en créant
Eve de la constituer à partir des côtes d’Adam.
Ce qui indique implicitement qu’elle fut dés le début
inférieure à l’homme puisque celui-ci lui donna
naissance.
Mais Adam connut encore des déboires avec Eve, puisque celle-ci
l’emmena vers le péché en lui faisant manger
la pomme. Ils se retrouvèrent donc ainsi chassés tout
les deux du paradis.
Avec Lilith et avec Eve on a deux personnages différents,
deux type de femmes différentes mais qui pour l’Eglise
sont aussi mauvaises l’une que l’autre. L’une
fut"démone"parce qu’elle se refusa à
Adam et l’autre fut la mère de tous les péchés
pour avoir conduit Adam vers le pommier.
Ces images de femmes, démone ou pécheresse, allait
peser lourd et pèse encore sur le dos des femmes, les écrites
religieux discréditant l’image de la femme allait justifier
pendant des siècles la domination de l’homme sur la
femme, et le conditionnement de celle-ci à des rôles
inférieur. Ces écrits allaient aussi rendre négative
l’image de toute femme qui oseraient, à l’image
de Lilith, se révolter contre le patriarcat.
NAISSANCE DU PATRIARCAT
Il y a quelques milliers d’années, les femmes avaient
une position et une situation prépondérante dans la
société qui était d’essence matriarcale
et de filiation matrilinéaire. Les premières divinités
étaient des déesses-mères, créatrices
du monde, souveraines de la fertilité ou de la mort. Ces
déesses sont encore présentes de nos jours dans l’imaginaire
Celte, qui relie la nature à une déesse-mère
et dans lequel, on est fauché par une mort qui n’est
pas représentée par une femme, mais par un homme :
l’Ankou.
10000 ans avant J.C., des changements climatiques brutaux conduisirent
à la première révolution néolithique.
A la chasse, qui était jusqu’alors la base de l’alimentation,
vint s’ajouter la cueillette et l’agriculture à
la houe (ou horticulture), activités qui étaient exécutées
par les femmes.
Celles-ci peu à peu et au fil des siècles qui suivirent
inventèrent le filage et le tissage et elles furent à
l’origine des premières poteries et récipients
qui serviront à conserver les graines.
Entre 6000 ans et 3000 ans avant J.C. se produisit la deuxième
révolution néolithique. On découvre alors la
force du boeuf et l’utilisation de la charrue qui remplacera
l’agriculture à la houe. Les femmes perdent, alors,
peu à peu leur place dans la production qui est investie
par les hommes.
Le surplus alimentaire qui commence à se dégager des
nouvelles formes d’agricultures conditionnera la sédentarisation.
La découverte du travail des métaux et du cuivre instituera
l’apparition d’artisans. On en vint alors à la
division du travail et à la séparation de la ville
et de la campagne avec la construction des premières cités
Emergea alors un étatisme primitif basé sur l’esclavage.
L’homme se mit à vouloir remplacé les icônes
féminins par des icônes masculins aidé en cela
par les religions monothéistes naissantes
La division du travail entre l’homme et la femme, puis l’éviction
de celle-ci de toutes les fonction politiques, son exclusion de
la production et enfin son enferment destiné à lui
attribuer la seule tâche d’être procréatrice.
L’adoration par les religions juives, musulmanes et chrétiennes
d’un Dieu mâle. tout ceci fit poindre la domination
masculine. Cette période qui s’écoule de l’âge
de Bronze à l’Antiquité donna lieux à
la naissance du patriarcat
LES SORCIERES
La sorcière est souvent représentée par une
vieille femme au visage disgracieux qui jette des mauvais sorts
sur ceux et celles qui lui déplaise.
L’autre image des sorcières est celle de jeunes femmes
se livrant à des orgies avec des hommes pour rendre grâce
à Satan, quand elles n’entretiennent pas une relation
sexuelle directement avec lui.
Ces stéréotypes qui ont traversés les siècles,
sont hérités de la tradition catholique. Les prêtres
ont avec ces clichés réductionnistes de la"goétie"tentés
de jeter l’opprobre sur les premières femmes qui ont
tenté de se révolter contre le sort qui leur était
fait par le patriarcat. Les prêtres ont tenté par la
même de discréditer les femmes pour les exclurent de
la vie sociale et les inférioriser afin qu’elles acceptent
leurs rôles d’épouses et de mères. Ils
ont enfin essayé d’amalgamer les rôles que les
femmes tenaient dans les civilisations préchrétiennes
à un ésotérisme maléfique
LA FEMME CELTE
Les anciennes civilisations polythéistes avaient à
leur panthéon des dieux et des déesses. Ce fut le
cas aussi bien chez les Germains, que chez les Grecs ou encore chez
les Celtes (1)
Chez ces derniers hommes et femmes se retrouvaient sur un pied d’égalité
dans la société. Ceci nous est démontré
par Françoise Le Roux et Christian J-Guyonvarc’h dans
leur ouvrage"La civilisation celtique":"Loin d’être
confinée dans le gynécée ou tenue en servitude
comme dans certaines sociétés polygames, la femme
irlandaise, bretonne ou gauloise, possède un statut bien
défini, lequel est strictement le même que celui de
l’homme : elle peut tester, hériter, jouir de ses biens,
exercer une profession, avoir sa propre domesticité".
La femme Celte pouvait aussi exercer le sacerdoce qu’était
le druidisme et que l’on retrouvait dans toute la civilisation
celtique.
Les Celtes accordaient une place importante à une déesse-mère
connue sous le nom de Dana. Selon la mythologie, celle-ci envoya
le peuple des Tuatha de Danann"les gens de Dana"apprendrent
la magie, le druidisme. aux humains.
Il ne serait pas erroné de considérer que les Celtes
n’accordaient pas seulement un place l’égalité
à l’homme
et à la femme, mais que cette dernière occupait une
place prépondérante dans la communauté des
Celtes. Cette thèse est à envisager si l’on
tient compte du fait que ceux (et en l’occurrence celles)
qui influencent la vie sociale sculptent la religion à leur
image. Si une déesse-mère était la créatrice
du monde chez les Celtes, alors il est fort probable que les femmes
dominaient leur peuple.
Freud dans"essais de psychanalyse appliquée"constatait
que :"Les dieux, après la chute de la religion à
laquelle ils appartenaient sont devenus des démons".
Il semblerait que ceci se soit avéré exact en ce qui
concerne le druidisme qui fut criminalisé par les chrétiens
et les romains après que l’Empereur Constantin eut
légitimé le christianisme en 312
L’Empereur Valentinien qualifia du mot de païen ou pagani
(ruraux) le sujets non croyants de l’empire. Il fit du même
coup la distinction entre les citadins christianisés et les
ruraux qui croyaient aux anciens dieux et qui avaient la science
du pouvoir des plantes que leur avaient légué les
druides. Ces derniers pourront exercer leur culte jusqu’en
392 date à laquelle Théodose interdit tout culte païen
dans l’empire.
Malgré cela, le druidisme continua à se pratiquer,
discrètement, dans les campagnes ou, dans les forets.
Est ce parce que ce paganisme s’exerçait la nuit, pour
échapper à l’oppression qu’il subissait,
qu’il fut lié à la légende du Sabbat
nocturne ?
Est ce parce que les femmes avaient toujours eu d’importantes
fonctions chez les celtes, et qu’elles pouvaient y devenir
prêtresses, que beaucoup d’entre elles se rallièrent
au druidisme afin de fuir le régime patriarcal ?
Est ce ainsi que du statut de druidesses elles passèrent
au qualitatif de sorcières ?
En tout état de cause il semblerait que l’ancienne
religion des celtes ne soit pas étrangère aux premiers
phénomènes de"sorcellerie"car elle avait
tout pour déplaire au clergé : liberté des
femmes, connaissance et respect de la nature et enfin négation
d’un éventuel messie.
L’INQUISITION
Jusqu’au Xe siècle la place des femmes va encore s’amenuiser
dans la société .Elles n’occupent plus que des
emplois subalternes et elles sont toujours payées en dessous
du salaire des hommes dont elles sont totalement dépendantes
L’an 1184 est l’année ou le Pape Lucius III va
mettre en place une institution qui existera jusqu’en 1680
: l’Inquisition. Aidé par l’Empereur Barberousse
il va faire la liste des peines encourues par ceux et celles qui
ne respecteront pas le droit romain, ces châtiments seront
: la flagellation, la prison et le bûcher.
L’Inquisition visait à éradiquer tout ceux et
toutes celles qui essayaient de se révolter contre le pouvoir
du Roi et contre l’ordre moral catholique.
L’Inquisition ciblait particulièrement les femmes,
à propos desquelles l’Eglise s’était interrogée
en 325 au Concile de Nicée pour savoir si elles avaient une
âme.
Ces femmes n’étaient pas seulement des circées
ou des nécromanciennes, mais c’étaient aussi
:
- Celles, qui à l’instar de Wilhelmine de Bohéme
eu à la fin du XIIIe siècle l’audace d’affirmer
que les femmes avaient le droit de devenir prêtresses
- Celles qui adhéraient aux doctrines des"hérétiques":
vaudois, pélégianistes...
-Celles qui tentèrent de créer des espaces de liberté
en montant des communautés de femmes connues sous le nom
de béguinage
-Celles qui, parce que leur façon de vivre paraissait suspecte,
étaient jugées responsables d’une mauvaise récolte
ou de faits inexpliqués
-Celles qui continuaient à appliquer une médecine
basée sur les plantes et héritées de temps
anciens
-Celles qui refusaient de s’abaisser devant l’homme
et donc devant Dieu et voulaient retrouver leur dignité ou
la garder en fuyant le mariage
- Celles qui étaient avorteuses ou avaient avorté
- Celles qui soutenaient les révoltes dans lesquelles elles
voyaient la fin de leur servitude et parce que les jacqueries, comme
celle contre la gabelle après 1340, contestaient le pouvoir
du Roi, symbole de leur domination.
Toutes ces catégories de femmes connaîtront pendant
près de 6 siècles les foudres d’une Eglise despotique
qui exerçaient son pouvoir dans des pays ou sévissaient
la guerre et la famine.
Un ouvrage comme le Malleus Maleficorum (le Marteau des sorcières)
servi de Bible aux inquisiteurs pour pouvoir reconnaître une
sorcière et comment lui faire avouer qu’elles en était
une. Ce livre écrit en 1486 expliquait aussi pourquoi les
femmes était plus sensibles au culte de Satan et constatait
que les femmes auraient dans leur gènes la malice, la méchanceté
et le vice qui en feraient des êtres propres à devenir
les complices du diable. Ce Marteau des Sorcières, écrit
par deux moines dominicains : Jacques Sprenger et Henry Institoris
(chargés par le Pape Innocent VIII de prendre la tête
de l’Inquisition) résumait aussi toute la défiance,
la suspicion et la cruauté que les curés avaient à
l’égard des femmes comme nous le prouve un des passages
de cette publication :"Je trouve la femme plus amère
que la mort ; car elle est un piège et son coeur un filet
; et ses bras des chaînes".
Françoise d’Eaubonne, dans"Histoire et actualité
du féminisme", à écrit à propos
de la chasse aux sorcières:"Il faudra attendre le XXe
siècle et l’hystérie hitlérienne pour
assister en Europe à un génocide de cette ampleur"
Malgré les protestations de certains ou de certaines, comme
Christine de Pisan (1364-1430) qui plaidait pour que les femmes
aient une éducation égale à celle des hommes
pour accéder à des responsabilités, des milliers
de femmes à travers l’Europe furent victimes du fanatisme
religieux pendant plus de cinq siècles.
Ce fanatisme religieux fit brûler des femmes qui n’avait
d’autres aspirations que d’être libres de disposer
de leur corps, et qui ne voulaient ne plus être des reproductrices.
Des femmes qui voulaient aussi se libérer de l’obscurantisme
du Moyen-Age, qui ne voulaient plus être que de simples employées
domestiques et qui voulaient exercer ces professions que l’on
leur avait interdites. Elles luttèrent aussi contre la misère
qui régnait à l’époque et qui découlait
de guerres que se livraient les rois pour avoir encore plus de territoires.
Les femmes qui tentèrent de se révolter, à
cette époque, et qui n’étaient en fait que d’innocentes
victimes de la haine misogyne de l’Eglise avaient en elles
les graines d’une émancipation féminine qui
germerait dans les siècles suivants
LA REVOLUTION FRANCAISE
Au siècle précédent la vie misérable
des femmes et leur emprisonnement avait soulevé des protestations,
on avait demandé qu’elles deviennent les égales
des hommes. Quelques livres avaient été écrits
sur le sujet comme celui de Marie de Gournay (fille adoptive de
Montaigne) qui en 1622 publia un traité sur"l’égalité
des hommes et des femmes","De l’égalité
des deux sexes"de Poullain de la Barre en 1673 ou encore"Traité
de l’éducation des filles"de Fénelon qui
parut en 1687. En 1758 se sera Helvétius qui reprendra le
flambeau intellectuel en réclamant l’égalité
des hommes et des femmes dans son ouvrage"De l’esprit"
Malgré cela la condition des femmes n’avait pas changé
et elles étaient toujours aussi soumises à leurs maris
et à la société. C’est pour cela qu’elles
se retrouvaient souvent dans les révoltes comme celle qui
en 1643 en Angleterre regroupa 5000 femmes devant la Chambre des
communes.
Elles avaient espoir dans la Révolution française,
qui mis fin (théoriquement) aux privilèges et à
l’esclavage. Pour les femmes, celle-ci supprimerait aussi
leur esclavage domestique et leur donnerait des revenus décents,
car ils étaient jusqu’alors ¾ inférieurs
à ceux des hommes.
Elles s’investirent donc dans la Révolution et à
toutes les émeutes qui allaient la préparer (contestation
contre la vie chère en Normandie en 1789....)
Mais la Révolution après avoir tiré parti de
l’activité des femmes, jugea bon qu’elle ne participe
pas à la vie politique. Les propos de Rousseau avait fait
des dommages dans les mentalités des révolutionnaires.
Celui-ci avait réussi à démontrer que les deux
sexes auraient naturellement leur place dans une sphère d’activité
qui leur était imparti, et que si donc l’homme avait
sa place dans la vie publique, la femme avait, elle, sa place à
l’intérieur du foyer.
Rousseau fut suivi, dans ses idées ségrégationnistes
par Robespierre et Marat, mais certains et certaines contestaient
c’est état de fait et ce fut le cas des époux
Condorcet qui défendirent les droit des travailleuses et
militaient pour l’égalité des sexes. Condorcet
présenta en 1792 un projet de décret qui avait pour
but de d’instruire les femmes, il se basa pour cela sur l’idée
que cela contribuerait à leur donner la liberté. Mais
il pensait aussi que si les femmes étaient prétendument
inférieures aux hommes, cela ne provenait pas de leur sexe
mais de leur manque d’éducation auquel il fallait remédier
Condorcet ne fut pas le seul à plaider en faveur du sexe
féminin. Ce fut aussi le cas d’Olympe de Gouges qui
écrivit"La déclaration des droits de la femme
et de la citoyenne". Il est vrai que"La déclaration
des droits de l’homme"restait ancré dans la misogynie,
malgré son humanisme, puisqu’il soumettait la femme
à l’entité Homme Universel.
Ni Condorcet ni Olympe de Gouges ne furent écoutés,
et la République garda un statu-quo en ce qui concernait
les droits des femmes. Même si celles-ci adressèrent
à la Chambre en 1789 une pétition qui fut libellée
dans les termes suivants :"Vous avez détruit tout les
préjugés anciens, mais vous laissez substituer le
plus ancien et le plus général, qui exclut des places,
des dignités et des honneurs et surtout du droit de siéger
au milieu de vous, la moitié du royaume". La Révolution
française, même si elle accorda le droit au divorce,
à l’héritage n’amena la lumière
que pour les hommes et laissa les femmes dans l’obscurité.
Mary Wollstenecraft
Mary Wollstenecraft, née en 1759 dans un milieu populaire,
était la fille d’un père brutal et alcoolique.
Elle eu un enfant avec un homme qui l’abandonna dans la pauvreté.
Pour elle, la Révolution française allait être
une grande source d’inspiration, pour écrire son ouvrage"Vindication
of the rights of women"(traduit en français sous le
titre" Défense des droits de la femme")
La Révolution de 1789 n’avait pas complètement
accompli son oeuvre selon elle et surtout n’avait rien changé
en ce qui concernait le cas des femmes. Elle en conclut que :"Il
est temps de redonner aux femmes leur dignité perdue et de
les faire contribuer, en tant que membres de l’espèce
humaine, à la réforme du monde".
Pour elle les femmes devaient avoir les mêmes droits que les
hommes et cesser de croire en cette"prison dorée"qu’était
le mariage qui si, elles le pensaient, leur apportaient des"privilèges"comme
d’être choyées par leur maris, les en faisaient
aussi des objets à la disposition de ces derniers.
Mary Wollstenecraft dans son livre sorti en 1792 avançait
l’idée que les femmes devaient décider seules
de ce qui étaient bon pour elles, et que si les révolutionnaires
français inspirés par Rousseau avait décider
à leur place cela ne pouvait qu’être que pour
garder la supériorité masculine dans la vie publique.
La future femme de William Goldwin en venait à conclusion
que pour que les femmes puissent accéder à la vie
publique et ne soit plus infériorisées et infantilisées
par les hommes, elles devaient accéder à l’éducation
et avoir un travail qui leur permettrait de s’émanciper.
XIXème SIÈCLE :
DU CODE NAPOLEON AU DEVELOPPEMENT DU FEMINISME
Napoléon fut un homme qui inspira les dictateurs qui lui
ont succédés à travers le monde, dont Hitler.
Il n’est, donc, dès lors pas surprenant qu’il
est rédigé un Code qui perpétuait la domination
de l’homme sur la femme et abondait dans le sens du patriarcat.
Napoléon avait une misogynie exacerbée, il déclarait
en autre que :"La femme est donnée à l’homme
pour avoir des enfants ; elle est sa propriété".
Ce que l’on appela le Code Napoléon, qui sortit en
1804, résuma toute la pensée phallocrate de son inspirateur.
Il proclamait l’incapacité juridique de la femme mariée,
rendait l’adultère délictueux. Dans le cas de
l’adultère, la faute était jugée plus
grave pour la femme puisqu’elle celle-ci était passible
de la prison, alors que le mari n’avait qu’une amende
à verser et encore dans le cas ou celui-ci serait pris avec
sa maîtresse au domicile conjugal.
Flora Tristan
Flora est une de ces figures du mouvement ouvrier dont le temps
à peu à peu oublié le nom. Pourtant sa contribution
au mouvement ouvrier et au féminisme est importante. Il est
temps de lui en rendre justice.
Ouvrière-coloriste, elle fit partie de la classe ouvrière
et en connaissait donc les souffrances. Elle connaissait tout particulièrement
les souffrances des femmes ouvrières. Dans son ouvrage"L’Union
Ouvrière", publié en 1843, est décrit
une scène"classique"d’un ménage ouvrier
dans lequel le mari à un fort penchant pour l’alcool
et dans lequel la femme :"l’accable de reproche. Il l’injurie
et la frappe. Or, la femme à d’autres croix à
supporter, les accouchements continuels, la maladie, le chômage,
la misère est plantée devant sa porte comme une tête
de méduse".
Dans ce passage transparaît le fait que la femme n’est
pas seulement victime de son mari mais qu’elle est aussi asservie
par le capitalisme.
Pour combattre ce genre de situation dans la classe ouvrière,
Flora Tristan proposera l’ouverture de foyers ouvriers ayant
pour but de former intellectuellement et techniquement les femmes.
Mais qui, aussi, serviraient de garderies.
Mais cela n’est que l’une de ses idées. Elle
lutta aussi pour le droit au travail pour tous et toutes et la reconnaissance
de l’égalité entre l’homme et la femme.
Pour elle la lutte des classes devait, aussi, passer obligatoirement
par cette égalité entre les hommes et les femmes sans
laquelle la prise de conscience sociale ne pourrait se faire.
Après avoir milité pour la création d’une"Internationale"elle
fera le tour des villes françaises pour y exposer ses idées.
Effondrée, malade, traquée par la police elle fut
aussi incomprise et elle écrivit avant de mourir en 1844
:"J’ai presque tout le monde contre moi. Les hommes parce
que je demande l’émancipation de la femme, les propriétaires
parce que je réclame l’émancipation des salariés".
Malgré tout elle donna naissance au féminisme révolutionnaire
et développa la thèse selon laquelle l’émancipation
des femmes devait être celle de la classe ouvrière.
Marx et Engels
Marx et Engels ont étudié la société
industrielle et l’histoire des civilisations qui l’on
précédée, et ont observé le fait que
les conditions d’existences des femmes s’étaient
dégradées, et ce de plus en plus, au fur et a mesure
que les moyens de productions évoluaient et que l’accumulation
du capital augmentait. Engels dans"L’origine de la famille"notait
qu’"Au fur et à mesure que les richesses s’accroissaient
[...] elles donnaient dans la famille une situation plus importante
à l’homme".
Ils se penchèrent sur un autre problème à l’époque,
très important : la prostitution des femmes. Engels avait
son opinion sur la provenance de cet esclavage des temps modernes
:"Des qu’apparaît l’inégalité
des biens matériels [...] le salariat apparaît sporadiquement
à côté du travail servile et, en même
temps, comme son corrélatif nécessaire, la prostitution
professionnelle des femmes"
L’analyse qu’ils avaient fait les conduirent à
penser que l’apparition et l’extension de la propriété
privée, menée par les hommes, était inhérente
à l’asservissement des femmes par les hommes.
Engels, qui considérait qu’il y eut dans l’histoire
de l’humanité une période matrilinéaire,
avait remarqué que dans"des peuples chez lesquels les
femmes doivent travailler beaucoup plus qu’il ne conviendrait
selon nos idées ont souvent pour les femmes beaucoup plus
de considération"
Marx dans"Le Capital"affirma qu’"Il est en
outre évident que l’équipe de travail collective
composée d’individus des deux sexes [...] sera nécessairement,
dans des circonstances favorables, une source d’épanouissement
humain"
Pour eux, l’émancipation de la Femme devait passer
obligatoirement par l’accession de celle-ci au droit au travail.
Cependant, conscients, de l’exploitation qu’elles subiraient
dans le système capitaliste, ils proposèrent aussi
que le travail des femmes soit réglementé.
L’idéologie bourgeoise et sa vieille morale, considérait
que les femmes ne pouvaient pas avoir accès aux mêmes
métiers que les hommes et ceci en raison de vieux préjugés
qui faisaient de la femme un être inférieur tant sur
le plan intellectuel que manuel. La conséquence de ceci était
que les femmes étaient reléguées au plus basses
tâches et ne recevaient qu’un salaire d’appoint.
Or, dans un système qui ne juge la valeur des gens qu’en
fonction de leur fortune, les femmes qui ne gagnaient qu’un
quart du salaire des hommes, n’avaient pas encore le droit
à la reconnaissance et au respect. Il leur aurait fallu,
dans la logique du salariat et du capitalisme, pour avoir des droits
et se libérer de la domination des hommes, qu’elles
puissent gagner autant, sinon plus qu’eux.
Cela ne pouvait être possible dans une société
basée sur la division du travail qui"entraîne
en même temps la répartition du travail et des produits
[...] et par conséquent, la propriété, dont
le germe, la première forme, se trouve dans la famille, ou
la femme et les enfants sont les esclaves de l’homme"(Marx"L’idéologie
allemande")
Si l’accès au travail des femmes dans la société
de production actuelle pouvait leur apporter un début d’émancipation,
il n’en restait pas moins que la femme continuait à
être asservie. Engels qui avait observé que dans le
prolétariat"Il ne s’y trouve aucune propriété
pour la conservation et la transmission [...] de la suprématie
de l’homme"et que"la prépondérance
de l’homme dans le mariage est une simple conséquence
de sa prépondérance économique"en conclut
avec Marx que suite à la"transformation des moyens de
production en propriété sociale"le mariage monogamique
allait devenir"enfin une réalité - même
pour les hommes", et que la prostitution disparaîtrait
aussi avec la disparition du travail salarié dans une société
communiste
Le communisme amènerait par la suppression de la propriété
privée, de la classe bourgeoise qui fait de la femme"un
simple moyen de production, l’émancipation des femmes
qui pourraient enfin pleinement s’intégrer à
la vie sociale et économique. Il amènerait aussi et
surtout des relations et des rapports humains véritables
entre les hommes et les femmes, qui souvent se retrouvaient en ménage
avec des hommes afin de fuir la misère et la pauvreté.
Ceci Marx le dénonça et considéra que le type
de famille actuelle n’était nullement un havre de paix
comme pouvait le faire croire l’idéologie dominante,
mais un reproducteur de l’exploitation capitaliste :"La
famille moderne contient en germe non seulement l’esclavage
(servitus, mais aussi le servage, [...]. Elle contient en miniature
tous les antagonismes qui, par la suite, se développeront
largement, dans la société et dans son Etat"
Marx et Engels ont démontré que seul le communisme
était la seule et vraie idéologie révolutionnaire
et émancipatrice. Ils étaient déjà en
avance sur leur temps et faisaient preuve d’un progressisme
radical, ce qui n’était (et ce qui n’est toujours
pas le cas) des anarchistes et de leur"penseur": Proudhon.
Celui-ci, jugea que pour la femme"La liberté pour elle
réside dans le droit à être mère de famille".
Passablement misogyne, Proudhon estima, également, que :"le
socialisme doit se dégager de toute solidarité avec
les féministes". Séparer lutte des classes et
lutte féministe, diviser les luttes ne pouvait que provenir
de petits bourgeois défenseurs du capitalisme que sont les
anarchistes. A leur propos Rosa Luxemburg écrivait :"L’anarchisme
n’est pas la théorie du prolétariat combattant".
Elle n’est pas non plus celle de l’émancipation
féminine et serait plutôt proche du goupillon et du
coffre-fort.
August Bebel, dans"La femme dans le passé, le présent
et l’avenir"s’indigna qu’il y ait des socialistes
qui ne voulaient pas prendre parti dans la lutte des femmes pour
leur libération :"Il y a des socialistes qui s’opposent
avec autant d’acharnement à l’émancipation
de la femme que le capitalisme s’oppose au socialisme. Chaque
socialiste discerne l’état de dépendance du
travailleur par rapport au capitaliste, et il ne comprend pas que
d’autres et plus spécialement les capitalistes refusent
de l’admettre ; mais le même socialiste souvent ne discerne
pas l’état de dépendance de la femme par rapport
aux hommes, car cette question touche de plus ou moins près
son propre petit moi."
Bebel, dont l’ouvrage"La femme et le socialisme"connut
un important succès (réédité plus de
50 fois), influença largement avec Engels le mouvement socialiste
féminin. Poursuivant dans la même voie que Marx et
Engels il avait la certitude que l’émancipation des
femmes était indissociable de l’émancipation
des humains dans leur ensemble.
Pour cela il avait la conviction que seule une révolution
socialiste mettrait fin a l’exploitation des femmes et des
humains en général. Cependant pour lui la seule révolution
ne pouvait effacer totalement des modes de pensées implantées
depuis longtemps chez les hommes qui ne voyaient dans les femmes
que des procréatrices et des ménagères.
De ce fait Bebel encouragea les femmes à lutter dès
maintenant et à la fois contre l’oppression économique
et contre l’oppression morale (la double oppression) qu’elles
subissaient.
Bebel côtoya au sein de la deuxième internationale
Clara Zetkin qui comme lui était favorable au féminisme
révolutionnaire.
Celle-ci au congrès fondateur de cette deuxième internationale
à Paris en 1889 fit le rapprochement entre les problèmes
des travailleurs et ceux des travailleuses en déclarant :"Inutile
de décrire la situation des travailleuses, car elle est identique
à celle des travailleurs".
Clara Zetkin se rangea du côté de l’analyse de
Marx et d’Engels ainsi que de celle de Flora Tristan en constatant
que :"le problème de l’émancipation des
femmes, c’est-à-dire en dernière instance, celui
du travail féminin, est un problème économique".
Pour elle les problèmes des travailleuses n’étaient
qu’une partie des problèmes sociaux et ne pouvaient
qu’être résolus que par l’avènement
d’une société socialiste.
C’est pour cela qu’elle combattit les féministes
bourgeoises et le mouvement féministe bourgeois qui"limite
son action pour l’émancipation des femmes à
la lutte contre les privilèges, la puissance de l’homme
dans la famille, l’Etat et la société".
Il est vrai que ces féministes ne proposaient rien de plus
que le droit de vote et l’accession des femmes aux professions
libérales. Il n’était nullement question pour
elles de s’attaquer aux racines du mal et donc au mode de
production capitaliste.
Toutefois Clara Zetkin, qui concevait le fait qu’il existait
une spécificité féminine qui n’était"nullement
signe d’infériorité",revint un peu sur
ses positions sur le droit de vote des femmes en faisant adopter
au Congrès de Gotha en 1896 des résolutions qui comprenaient,
entre autres, la nomination d’inspectrices du travail, la
possibilité pour les femmes d’être électrices
et éligibles aux tribunaux de prud’hommes. Les autres
points étaient l’égalité des droits civils
des hommes et des femmes et un salaire égal pour un travail
égal.
De même qu’au Congrès Internationale de Stuttgart
en 1907, elle fit voter, une résolution obligeant les partis
socialistes membres de la deuxième internationale à
lutter pour l’obtention du droit de vote des femmes.
Les femmes au XIXe siècle ont participé à des
luttes qui n’étaient pas spécifiquement féministes
comme la Commune de Paris en 1871 ; les émeutes de Nottingham
en 1812 , sur la fixation du prix de la farine ; ou encore des actions
pour la paix.
Le féminisme s’est développée dans ce
siècle et les femmes ont crée également des
organisations distinctes pour défendre leur droits et ce
en dehors ou à l’intérieur d’organisations
déjà existantes. Ceci fut le cas avec la création
de l’Union des femmes, inspirée par Elisabeth Dimitrieff,
qui se forma en section féminine de l’Internationale
; ou encore en Angleterre avec la création de branches syndicales
animées par des femmes.
Il y eut aussi la création d’organisations comme l’ICW
(International Coucil of Women), dont la première convention
eu lieu à Washington en 1888, qui synthétisa les revendications
féminines ayant vut le jour au cours du XIXe siècle
et adopta l’opinion de Flora Tristan qui était celle
que l’émancipation des femmes sera aussi celle des
hommes.
L’action des féministes, à remporté quelques
victoires au XIXe siècle dont notamment : L’interdiction
de faire travailler les femmes de plus de 21 ans aux fonds des mines
et des carrières et limitation de la journée de travail
à 12 heures (loi de 1874). L’interdiction de faire
travailler les femmes la nuit (loi de 1892). Jules Ferry en 1882
décréta l’enseignement obligatoire, public et
laic et ouvert aux filles.
Engels, Marx, Flora Tristan (dont le combat fut poursuivi par Eugénie
Niboyet et Jeanne Deroin), Bebel et Clara Zetkin ont contribué
à forgé le concept d’un féminisme révolutionnaire
qui s’opposera désormais et ce jusqu’à
maintenant à un féminisme réformiste. Il semble,
cependant, qu’avec la révolution soviétique
le féminisme révolutionnaire l’est emporté
historiquement sur le féminisme réformiste.
LA REVOLUTION SOVIETIQUE ET LA MISE EN PRATIQUE DES IDEES FEMINISTES
En Russie, avant 1917, la soumission des femmes à leurs maris
était complète, et l’archaïsme moral hérité
de la religion était renforcé par les lois tsaristes
sur la famille dont un article stipulait que :"la femme est
tenue d’obéir à son mari en tant que chef de
famille, de lui conserver son amour, respect et obéissance
illimitée, de lui accorder toute faveur et de lui témoigner
toute affection en tant que maîtresse de maison".
Il n’était pas rare non plus que le père d’une
mariée offrit à son beau-fils un fouet neuf, dont
on devine l’usage, en cadeau de noce.
Dans certaines provinces les femmes devaient porter le voile, dans
d’autres elles étaient vendues. Les femmes, enfin,
subissaient en plus de l’oppression morale et familiale, l’oppression
économique. Elles travaillaient en effet, dans des conditions
extrêmement précaires. Par exemple, elles n’avaient
droit à aucun repos pendant leur grossesse et devaient continuer
à exécuter des tâches pénibles et il
était courant qu’une femme enceinte soit renvoyée.
Ajoutons à cela que la prostitution des femmes était
fréquente car c’était pour elles, dans bien
des cas, leur unique moyen de subsistance.
On comprendra, dès lors, que quand naquirent les prémices
de la révolution, les femmes furent nombreuses à adhérer
aux idées socialistes. Elles avaient tout autant gagner à
se révolter que les hommes (les ouvrières du textile
en février 1917 en menèrent une grève de 90000
travailleurs, dans laquelle et se rallièrent au métallurgistes.)
Femmes et hommes prolétaires avaient des intérêts
communs pour renverser le Tsar
Comme nous l’avons vu jusque la, l’oppression des femmes
était due d’une part au mode de production capitaliste
et d’autre part à la conception morale bourgeoise et
religieuse qui en découlait.
Lénine, pour qui :"Le marxisme est le matérialisme
- A ce titre il est [...] implacablement hostile à la religion",
avait rencontré Clara Zetkin en 1920 et fut aidé par
Alexandra Kollontai pour mener à bien ses actions en faveurs
des femmes.
A.Kollontai avait en 1907 crée un club réunissant
200 femmes qui demandaient, parmi d’autres requêtes,
la protection des travailleuses contre le travail trop dur.
Elle réfléchit au fait que :"Les capitalistes
eux-mêmes se rendent parfaitement compte que la famille traditionnelle
dans laquelle la femme est une esclave tandis que l’homme
est responsable de l’entretien et du bien être de toute
la famille...est le meilleur moyen de paralyser l’effort du
prolétaire en vue de la libération"
Suivant les préceptes de Lénine qui disait :"Le
prolétariat ne peut achever sa complète libération
tant que les femmes ne sont pas complètement libérées"A.
Kollontai milita en faveur d’une société communiste
dans laquelle :""L’Eros ailé"se montrera
sous une forme entièrement renouvelée, transformée,
différente de tout ce qu’on peut imaginer aujourd’hui."et
dans laquelle :"l’amour-solidarité sera devenu
l’agent moteur qu’est dans l’ordre bourgeois la
compétition et l’égoïsme". Pour elle
la morale communiste devait donc se fonder sur l’égalité
et la disparition de la morgue dominatrice masculine et la soumission
servile des femmes.
A. Kollontai joua un grand rôle dans les prises de décisions
de Lénine en faveur des femmes. Celui-ci dès le lendemain
de la révolution d’Octobre décida de la mise
en place de mesures en faveur des femmes et de leurs droits.
Le 22 décembre 1917 fut décréter la création
d’une assurance maladie. Le 19 et 20 décembre 1917,
Lénine publia deux décrets qui avaient pour but de
remplacer le mariage religieux par un mariage civil. S’en
suivit un nouveau code du mariage qui donnait à la femme
les mêmes droits qu’à l’homme.
En janvier 1918 fut mis en place le Ministre pour la protection
de la femme et de l’enfance. Il fut accordé aux mères
2 mois de congés avant et après l’accouchement.
Les femmes enceintes furent amenées à exécuter
des travaux moins pénibles qu’avant leur grossesse.
Et on assista à la construction de cliniques, de crèches
et de dispensaires, et ce même dans les usines ou les pouponnières
prenaient en charge les enfants pendant que les femmes travaillaient..
Le divorce qui auparavant était difficile à obtenir
à cause d’harassantes démarches administratives
et parce qu’il coûtait cher fut grandement simplifié.
Pour finir Lénine avait même décrété,
1921, le 8 mars journée des femmes. Journée des femmes
qui commémorait une grève des ouvrières du
textile de New York qui le 8 mars 1857 les avaient fait s’opposer
violemment à la police.
Marx avait écrit que :"Ce n’est pas la conscience
des hommes qui détermine leur existence, mais leur existence
qui détermine leur conscience". La révolution
de 1917 avait changé les conditions d’existence des
hommes et des femmes et leur avait donné une autre approche
de leur relation. Elle avait fait accéder les femmes à
des postes auxquels elles n’avaient jamais pu avoir accès
auparavant (A.Kollontai fut la première femme ambassadeur)
ou tout simplement à avoir un salaire égal à
celui d’un homme pour le même travail, elle avait supprimé
la prostitution, la pornographie, légalisé l’avortement,
fait en sorte que les femmes n’est plus à s’occuper
des taches ménagères par la création de collectifs
ménagers. La révolution soviétique en instaurant
la collectivisation des moyens de production et en chassant la religion
avait délivré les femmes du patriarcat en détruisant
tout ce qui soutenait cette idéologie.
Cependant Lénine eut l’intuition que :"Les lois
ne suffiront certainement pas, et nous ne pouvons en aucune façon
nous contenter de décrets. En ce qui concerne la législation,
nous avons fait tout ce qui était requis pour rendre la situation
de la femme égale à celle de l’homme. Nous avons
le droit d’être fiers : maintenant, la situation de
la femme en Union soviétique est telle, que même chez
les nations les plus progressistes, on devrait la considérer
comme idéale. Et pourtant, nous disons que ce n’est
qu’un commencement"
Ce n’était en effet qu’un commencement car d’autres
pays qui allaient connaître une révolution socialiste
poursuivraient l’oeuvre de Lénine en empruntant le
même chemin que la révolution d’Octobre.
Ceci fut le cas avec la révolution chinoise dont l’instigateur
Mao proclamait :"Il faut que toute la main-d’oeuvre féminine
prenne sa place sur le front du travail où sera appliqué
le principe"à travail égal, salaire égal"".
Celui-ci comprenait aussi que :"Le principe"à travail
égal, salaire égal""doit être appliqué
dans la production . Une véritable égalité
entre l’homme et la femme n’est réalisable qu’au
cours du processus de la transformation socialiste de l’ensemble
de la société".
Dans le Code du travail de la R.D.A. on pouvait lire :"En régime
socialiste, l’égalité de la femme se trouve
pleinement réalisée par sa participation au monde
du travail et par sa participation active à la direction
de l’Etat et de l’économie"et"les femmes
devront bénéficier de la priorité dans le domaine
de la qualification des travailleurs. Il convient en particulier
de leur donner une formation leur permettant d’exercer des
fonctions responsables dans tous les domaines".
L’activité des femmes dans la vie économique
et sociale des pays socialistes a été n concrète.
Elle s’est traduite par leur engagement dans la guerre civile
qui à suivie la révolution de 1917. Par leur résistance
au nazisme lors du siège de Leningrad, qui dura 900 jours,
en septembre 1941 et janvier 1944. Plus 100000 d’entre elles
s’engagèrent en Yougoslavie chez les partisans.
En URSS en 1981 on pouvait compter qu’un ingénieur
sur deux était une femme et qu’elles occupaient 40
% Des postes d’agronomes et de vétérinaires.
En R.D.A., toujours, 45% de la main-d’oeuvre était
composée de femmes.
Les pays socialistes et leurs théoricien(ne)s ont donner
un formidable apport à la libération des femmes dont
les féministes s’inspireront par la suite tout au long
du XXe siècle.
VERS LE RENOUVEAU DU FEMINISME
Le XXe siècle va subir le drame de deux guerres mondiales,
dans lesquelles, à chaque fois, les femmes vont s’investir.
Elle le feront soit dans les usines pour remplacer les hommes partis
au combat, soit sur les terrains de combats eux-mêmes en tant
que soldates ou infirmières.
Pendant la deuxième guerre mondiale elles furent d’efficaces
résistantes et elles payèrent de leurs vies, tout
autant que les hommes, leur héroïsme. Ainsi à
Ravensbruck furent internées environ 7000 françaises.
En Italie 4653 femmes furent arrêtées et torturées,
2750 furent déportées.
Les femmes ne combattaient pas seulement contre l’idéologie
raciste des régimes nazis mais aussi parce qu’ils renforçaient
encore l’idéologie patriarcale. Ainsi en Allemagne
on prôna pour les femmes le triptyque :"enfants, cuisine,
église. Et y on licencia par décrets toutes les mères
de familles travaillant dans la fonction publique.
Les nazis sélectionnèrent aussi les femmes qu’ils
considéraient comme les plus pures pour les donner en mariage
aux dignitaires du régime ou au nazi afin de perpétuer
une mythologique et folle idée d’une"race aryenne"
En Espagne, Franco supprima tout les droits que les femmes avaient
acquis pendant la république. Et en France l’idéologie
nazi de Pétain fit de la famille un sacerdoce et venta les
mérites de la mère de famille.
Après la deuxième guerre mondiale, comme après
la première guerre mondiale, les femmes furent renvoyées
dans leur foyer et aux USA on utilisa même une campagne de
propagande pour les faire obtempérer. Dans ce pays ainsi
qu’en Angleterre les crèches, garderies, cantines qui
avaient été mises à la disposition des femmes
pour garder les enfants pendant qu’elles travaillaient disparurent
une fois la guerre finie
Les femmes ont obtenues le droit de vote en France le 21 avril 1944
(rappelons toutefois que la Nouvelle-Zélande fut le premier
pays à leur donner ce droit en 1893). Mais ce fut le seul
droit qu’elles allaient obtenir pour l’instant, les
autres viendraient après de longues luttes, comme pour les
droits qu’elles avaient obtenues au début du XXe siècle
dont en voici quelques uns : par la loi du 13 juillet 1907 les femmes
ont pu administrer le produit de leur travail et de leurs économies.
En 1909 les femmes ont eu droit à un congé de maternité
de 8 semaines sans rupture du contrat de travail, et celui-ci fut
payé pour les institutrices à partir de 1910. En 1924
un décret entraîne l’équivalence des baccalauréats
pour les filles et les garçons.
Après la deuxième guerre mondiale l’avortement
reste un délit fortement réprimé et il en est
de même pour la publicité en faveur de la contraception.
Il est vrai que la France comme les autres pays adhérents
au plan Marshall avait besoin de main-d’oeuvre et plébiscita
les familles nombreuses donc les travailleurs/seuses de l’armée
industrielle.
En 1949 parait un livre dont le contenu va en faire la pierre angulaire
du féminisme de la fin du XXe siècle. Ce livre c’est"Le
deuxième sexe"et dans celui-ci son auteur, Simone de
Beauvoir, y expose sous tous les angles (psychologique, mythologique...)
les problèmes des femmes.
Bouleversant les données des débats en cours chez
les féministes de l’époque de Beauvoir, si elle
concède que le travail est une phase de l’émancipation
féminine elle considère que toutefois :"La majorité
des femmes qui travaillent ne s’évadent pas du monde
féminin traditionnel ; elles ne reçoivent pas de la
société, ni de leur mari, l’aide qui leur serait
nécessaire pour devenir concrètement les égales
des hommes".
Sa position sera la même en ce qui concerne le droit de vote
des femmes qui pour elle n’est qu’une solution réformiste.
Elle résume cette approche en appuyant sur le fait qu’:"Il
ne faudrait pas croire que la simple juxtaposition du droit de vote
et d’un métier soit une parfaite libération
: le travail aujourd’hui n’est pas une liberté".
La solution pour que la femme s’émancipe et s’épanouisse
totalement réside donc :"seulement dans un monde socialiste".
De Beauvoir décrit aussi le fonctionnement sociopsychologique
de la femme. Et elle explique que ce n’est nullement la nature
qui fait que les femmes sont ce qu’elles sont, mais que cela
est dû à un ensemble de préjugés, de
lois et de coutumes, elle résumera tout ceci en affirmant
:"On ne naît pas femme : on le devient"
Cependant pour elle il existe bien une spécificité
féminine, et il n’est en aucune façon question
que les femmes ressemblent totalement aux hommes. Elle explique
ceci par une phrase :"Renoncer à sa féminité
c’est renoncer à une part de son humanité".
Si pour la compagne de Sartre il est indispensable que les femmes
travaillent, un autre de leur combat doit consister en la maîtrise
de leur sexualité, pour elle :"La libération
des femmes commence au ventre". Cette revendication va être
une des principale revendications des féministes de la fin
du XXe siècle.
De l’autre côté de l’atlantique les féministes
américaines vont créer, sous l’impulsion de
Betty Friedan, le NOW (National Organization of Women) dont Betty
Friedman résume l’objet :"Le NOW se consacre à
l’idée que les femmes d’abord et avant tout sont
des êtres humains qui, comme les autres personnes de notre
société, doivent avoir l’occasion de développer
à fond leur potentiel humain".
De Beauvoir et ce courant féministe vont voir leurs efforts
en faveur de la cause féministe être propager par les
mouvements étudiants qui vont naître tout au long des
années 60. Ça sera le cas en France avec Mai 68 qui
va aussi s’imprégner des écrits de Wilheim Reich.
En Allemagne Reich fonda en 1931, avec l’aide du KPD, l’"Association
allemande pour une politique sexuelle prolétarienne".
Il l’avait crée afin que les prolétaires puissent
aussi soigner leurs névroses, et que cela ne soit pas seulement
réservé au gens fortunes.. Mais l’autre but
de cette association était, pour lui, que la science soit
un outil au service des masses, et ne soit plus une espèce
d’académisme bourgeois.
Cette association qui portait aussi le non de Sexpol indiquait dans
sa plate-forme que :"L’oppression sexuelle est un facteur
réactionnaire d’une grande importance car :
1. En tant que force idéologique puissante elle est un des
piliers de la religion [...]
2. Elle soutient l’ordre familial et conjugal qui exige pour
son maintien le rabougrissement de la sexualité"
Reich analysa le refus de légaliser l’avortement par
le système capitaliste et en conclut que :"Le capitalisme
et l’impérialisme ne peuvent renoncer à une
surpopulation prolétarienne rêvée pour l’industrie
et l’armée"
De ce fait la Sexpol revendiqua la légalisation de l’avortement
et la distribution de produits et de moyens contraceptifs gratuits.
Reich, étudia le mécanisme de l’orgasme et ses
répercussions psychologique et psychologique et vit que seuls
des partenaires ayant la capacité de s’unir avec tendresse
et respect pouvaient accéder à la"formule de
vie"qu’était la formule de l’orgasme.
Mais cette"formule de vie"était déviée
et réprimée par les institutions, la religion et l’éducation
dans le mode de production capitaliste et cela débouchait
sur des névroses, psychoses et une"misère sexuelle"donnant
lieu à la haine, la violence (sexuelle ou non) et la soumission
politique. Pour lui"La répression des besoins sexuels
provoque l’anémie intellectuelle et émotionnelle
général, et en particulier le manque d’indépendance
et d’esprit critique"
Il avait fait la jonction entre marxisme et freudisme ("Matérialisme
dialectique et psychanalyse"), avait compris que"La base
de la famille des classes moyennes est la relation de type patriarcal
du père avec la femme et les enfants. Il est en quelque sorte
l’interprète et le symbole de l’autorité
de l’Etat dans la famille"(La révolution sexuelle).
Dans cette famille de type patriarcale, Reich en avait analysé
les relations et conclu qu’""aucune personne sensée
ne parlera d’amour lorsqu’un homme cohabite avec une
femme qui est pieds et poings liés".
Pour détruire ce type de relation il se tournait vers la
révolution soviétique et il visita l’URSS en
1929. Il en tira la conclusion que"La législation sexuelle
soviétique était l’expression la plus claire
de la première attaque de la révolution sexuelle contre
l’ordre sexuel réactionnaire". Il avait été
conquis par les mesures mises en place en URSS pour l’éducation
sexuelle, la légalisation de l’avortement et les facilités
données aux femmes pour garder leurs enfants ou encore leur
intégration dans la vie sociale et économique du pays.
La compréhension de la répression du mode de production
capitaliste sur la répression sexuelle et donc l’interdiction
d’avoir une vie sexuelle saine et ce surtout chez les femmes,
fut aussi un des points essentiels avec la lutte pour le droit à
l’avortement des luttes féministes de la fin du XXe
siècle.
Ces luttes passeront par des grandes manifestations comme celle
qui avait réunit dans les rues de New-York en août
1970, 50000 femmes. Le même jour des féministes françaises
firent une action éclatante : elles déroulèrent
autour de la tombe du soldat inconnu, sous l’Arc de triomphe
deux banderoles. Sur l’une on pouvait lire"Un homme sur
deux est une femme"et sur l’autre :"Il y a plus
inconnu que le soldat inconnu : sa femme"et elles déposèrent
une gerbe"A la mémoire de la femme inconnue du soldat".
A San Francisco des féministes marxistes-léninistes
militent en faveur d’un"mouvement prolétarien
de libération des femmes". On brûle des soutiens
gorges devant la maison blanche.
Le MLF, le Mouvement de Libération des Femmes, naquit en
Octobre 1970. Le mouvement à son début comportait
des mères de familles, des femmes venues des milieux révolutionnaires
dont une grande partie du milieux maoïste. Le MLF sera aussi
composé de lesbiennes et on y retrouvera un courant psychanalyste,.
Le MLF va notamment se battre pour le droit à l’avortement
et la contraception. Ce combat le Planning Familial (qui scissionnera
en 1973 pour donner naissance au Mouvement pour la libération
de l’avortement et de la contraception) l’a entrepris
dès 1953. Les mouvements suivent en cela la voie de quelques
personnes qui ont plaidée pour la dissociation de la sexualité
et de la procréation comme ce fut le cas dès 1920
de Nelly Roussel qui préconisa"la grève des ventres".
Dans la pratique il existait déjà des cliniques qui
pratiquaient le contrôle des naissances. Elles ont été
instituées aux USA par Margaret Sanger en 1921 et en Angleterre
par Marie Stopes. Elles furent rejointes par Lise Ottesen-Jense
en Suède et en France ce fut Mme Weill-Hallié qui
lutta pour ce droit.
En avril 1971 343 femmes font signer un appel qui sera publié
dans le"Nouvel Observateur"et dans lequel, elles avouent
avoir avorté et se prononcent pour le droit à l’avortement.
Il sera signé en autre par : Stèphane Audran, Gisèle
Halimi, Marguerite Duras, Simone de Beauvoir et Jeanne Moreau.
En voici le texte :
"Un million de femmes se font avorter chaque année en
France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison
de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées,
alors que cette opération, pratiquée sous contrôle
médical, est des plus simples. On fait silence sur ces millions
de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles.
Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons
le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons
l’avortement libre".
Les 343 premières signatures de cet appel seront suivies
par des milliers d’autres et le MLF, inspirateur de l’appel
lancera à l’occasion le"Mouvement pour la Liberté
de l’avortement"avec pour slogan :"Notre ventre
nous appartient".
Le droit à l’avortement et à la contraception
n’était, du reste, pas le seul combat du MLF à
l’époque. Le 9 avril 1973 il organise à la Mutualité
la journée de dénonciation des crimes contre les femmes.
Il organisera par la suite les journées de la Foire du Trône
en 1973 on y caricaturera toutes les formes d’oppressions
et de sévices dont sont victimes les femmes. Tout ceci à
pour but de remettre en cause les traditions et la mentalité
de domination masculine, qui en cette fin de XXe siècle est
encore bien présente. Cette domination masculine rappela
aux féministes la domination colonialiste de certains pays
et celle subie par les noirs américains de la part des blancs.
De la notion de racisme découlera celle de"Sexisme",
mot crée en 1974 par la Ligue du droit des femmes (présidée
par Simone de Beauvoir)
La lutte des féministes de l’époque, soutenue
notamment par H.P. NEWTON ministre de la Défense du Black
Panther Party qui déclare appuyer :"le juste combat
des femmes", revendiquait le droit à l’avortement
et à la contraception. Ce droit qui n’était
pas une finalité en soi était en fait un moyen pour
les femmes de pouvoir avoir des relations sexuelles sans pour autant
tomber fatalement enceinte ou être mère d’un
enfant qu’elles n’auraient pas désirée
(on sait d’autre part que les enfants non désirés
sont souvent par la suite victimes d’abandon par leur mères,
de sévices de la part des parents qui leur reprochent leur
présence...). Ce droit à l’avortement leur fut
accordé en 1975, mais il faudra attendre 1980 pour que l’Interruption
Volontaire de Grossesse soit enfin définitivement légalisée
et 1982 pour qu’elle soit enfin remboursée. La contraception
sera, quand à elle, autorisée en 1967 par la loi Neuwirth,
mais il faudra quand même attendre 1974 pour que les frais
relatifs à la contraception soient remboursés.
Les autres revendications des féministes concernaient l’emploi
et l’accès au droit a un travail et un travail payé
à égalité de celui des hommes. En 1965 une
loi stipula que le mari n’avait plus le pouvoir de s’opposer
à l’exercice d’une profession par sa femme. Le
Code du Travail (article L-133-3) introduisit le principe à"travail
égal, salaire égal en 1971"En 1975, année
internationale de la femme, fut aussi promulguée une loi
interdisant toute discrimination à l’embauche en raison
du sexe. Cette loi sera complétée par une autre en
1983 sur l’égalité professionnelle interdisant
toute discrimination en raison du sexe.
En ce qui concerne les relations avec les maris les femmes obtiendront
en 1970 une loi leur donnant la possibilité de donner leur
nom de naissance à leur enfant et de contester la paternité
du père. En 1975 le divorce est possible par consentement
mutuel. En 1984 est reconnue l’égalité des époux
dans les régimes matrimoniaux et pour l’administration
des biens ainsi que pour l’éducation des enfants. Une
loi datant de 1992 réprime les violences conjugales, et depuis
1990 le viol par l’époux et susceptible de passer en
cour de cassation.
Les féministes des années 70 ont amplement contribuées
à ce que les femmes accèdent à des droits dont
elles avaient été privées jusque la. Cela ne
s’est pas fait sans la résistance des archaïsmes
principalement religieux. Ceux-ci se sont surtout acharnés
contre le droit à l’avortement et à la contraception.
Ainsi le mouvement Pro-Life, soutenu par l’extrême-droite,
attaque les cliniques pratiquant l’avortement et tuent les
médecins qui l’effectue. En France ce mouvement est
relayé par l’ association"Laissez-les vivre",
ou d’autres, cache-sexe des catholiques intégristes
(ou pas) et du Front National.
LE FEMINISME EST-IL MORT ?
Les femmes des pays du Sud furent à l’initiative de
la Première Conférence des Femmes qui s’est
tenue à Mexico en 1975. Trois autres Conférences des
Femmes suivront celle-ci
Dans ces conférences les femmes (féministes, membres
d’ONG...) ont dénoncé le capitalisme et la mondialisation
de l’économie comme étant les responsables principaux
des souffrances endurées par les hommes en général
et les femmes en particulier.
Lors de la deuxième Conférence des Femmes qui se déroula
à Copenhague en 1980, les féministes ont démontrées
que les femmes effectuaient 66% des heures de travail, payées
ou non payées, mais qu’elle ne touchaient que 10% du
revenu mondial.
A l’occasion de la troisième Conférence des
Femmes qui eut lieu à Nairobi en 1985, les femmes du Sud
ont accusé le néo-colonialisme d’être
responsable de l’appauvrissement d’un continent comme
l’Afrique. Appauvrissement dont les femmes sont les premières
à en subir les effets : montée de l’intégrisme,
augmentation des budgets militaires au détriment de ceux
de la santé, famine, pauvreté qui amènent certaines
femmes à se prostituer pour survivre et enfin le développement
du SIDA dû à l’obscurantisme religieux et aux
manques de moyens financiers pour endiguer cette maladie dans les
pays du Sud.
Dans les pays du Nord, malgré une intégration des
femmes dans la vie économique et sociale pratiquement"réussie",
le taux de chômage des femmes est toujours de 3 à 4
points supérieur à celui des hommes. Les salaires
des femmes, et ce malgré les lois, de 25 % (20% en France)
inférieurs à ceux des hommes.
Quand une entreprise licencie, les femmes sont les premières
à recevoir leurs lettres de licenciement et elles sont plus
nombreuses à choisir le temps partiel, dans une entreprise,
pour s’occuper de leurs enfants.
En ce qui concerne les violences il y eut en 1993 5605 plaintes
pour viol en France et 12732 femmes battues ont portés plaintes
en 1990 (on estime leur nombre à environ 2 millions)
A partir de la fin du XIXe siècle les femmes ont lutté
durement et longtemps pour obtenir des droits qui leur ont été
finalement octroyés. Les principaux demeurent le droit au
travail, un salaire égal pour un travail égal, l’éducation
et des diplômes similaires à ceux des garçons,
le droit que leur ventre leur appartienne, et une relative égalité
avec leurs maris.
Nonobstant, ces droits acquis demeurent à la lumière
des statistiques toujours fragiles et trompeurs.
Les filières universitaires que suivent les filles, sont
celles que les préjugés considèrent êtres
faites pour elles. Ainsi les filles sont majoritaires en lettres
et sciences humaines. Mais peu se retrouvent en sciences économiques
ou en médecine
En ce qui concerne les filières dans les lycées professionnels
la quasi-totalité des filles se retrouvent dans les secteurs
du secrétariat ou d’employées de bureau alors
qu’un secteur comme la mécanique est monopolisée
par le sexe masculin.
Ce même découpage se retrouve dans la vie professionnelle.
Alors que des professions comme chauffeurs routiers, mécaniciens,
manutentionnaires, maçons sont accaparées par les
hommes, les femmes occupent la quasi totalité des postes
de puéricultrices, de sages-femmes, de manucures (non déclinés
au masculin) de secrétaires, d’assistantes sociales.
En ce qui concerne les archétypes qui concernent l’image
que l’on se fait du sexe masculin et du sexe féminin,
le premier continue à demeurer actif, énergique, combatif,
direct, charmeur, courageux. Le sexe féminin, dans l’imaginaire
collectif, demeure docile, doux, sensible, faible, peureux, coquet,
sentimental.
Pour ce qui est des tâches au sein de la famille, la femme
continue à être celle qui s’occupe des travaux
ménagers, des enfants, des courses alors que le mari s’attelle
au bricolage, à regarder le sport à la télévision,
à gérer l’épargne, à travailler.
En dehors de ces cas de figures généralisés
dans les pays occidentaux, il reste que les femmes des pays du Sud
souffrent elles, du patriarcat et n’ont bien souvent connues
aucune amélioration dans leurs conditions de vie. Ainsi en
Iran le port du Tchador est obligatoire et on les bat pour une robe
trop moulante. On recense en Afrique et dans la péninsule
arabique plus de 80 millions de victimes de l’excision et
de l’infibulation. Dans les pays du Sud la prostitution toucherait
environ un million de fillettes. Selon des données datant
de 1995 l’Afrique compterait 2000000 de personnes touchées
par le SIDA dont la majeure partie est composée de femmes.
Enfin la pauvreté endémique des pays du Sud frappe
en grande quantité plus les femmes que les hommes et elles
sont beaucoup plus touchées que les hommes par les guerres
civiles.
A la lumière des données sur les conditions de vie
des femmes en Occident ou dans les pays du Sud, on ne peut que constater
que la lutte des féministes n’est pas morte et qu’aujourd’hui
elle doit continuer
En Occident, malgré la législation et les déclarations
de principe, malgré un semblant d’abolition du sexisme
au travail, malgré une hypothétique intégration
des femmes dans la vie sociale, économique et politique,
on ne peut s’apercevoir que la femme n’est pas encore
considérée comme l’égale de l’homme.
On observe que la publicité : soit dégrade l’image
de la femme, soit la relègue à un rôle traditionnel
de mère de famille. La publicité n’est pas la
seule en cause et cela se retrouve aussi dans une certaine forme
de culture ou l’homme est éternellement courageux et
la femme éternellement peureuse, ou l’homme doit être
éternellement dominateur et la femme éternellement
soumise. Ce perpétuel clivage virilité/féminité
se retrouve dans certains films (surtout américains) dans
certains livres ou certains styles musicaux (le rap dont certains
animateurs attaquent délibérément les femmes
: l’expression"Nique Ta Mère"). Quand on
sait que les idées dominantes sont les idées de la
classe dominante est que celles-ci incarnent le mode de production
capitaliste on ne peut que constater que tant que le mode de production
capitaliste existera, la femme aura toujours la place de seconde,
derrière l’homme.
(1) Contrairement aux idées reçues, les celtes, leur
mythologie et tout se qui se rapproche de près ou de loin
à leur nom, n’ont aucun lien avec une quelconque idéologie
fasciste quelqu’elle soit.
La mythologie celte était évhémériste,
les celtes ne plaçaient aucun dieu au-dessus d’eux
et croyaient que si un dieu existait il était en chacun de
nous. Ce qui annulait alors l’existence d’un dieu sup"rieur
et donc la prétendue supériorité d’une
classe dominante sur les autres. Ceci est bien contraire à
l’idéologie fasciste qui est irrémédiablement
élitiste et croit en la supériorité de certains
hommes quand ce n’est pas en la supériorité
d’une race.
(2) L’auteur de ce texte ne fait qu’effleurer, et ce
délibérément, les rapports des femmes avec
la religion et du mode de production capitaliste. Cela sera l’objet
d’un prochain texte ou d’une éventuelle brochure.
Contre l'histoire masculine de la sexualité !
"Le projet était donc d’une histoire de la sexualité
comme expérience - si on entend par expérience la
corrélation, dans une culture, entre domaines de savoir,
types de normativité et formes de subjectivité".
Michel Foucault nous présente ainsi, dans l’usage des
plaisirs, le projet initial qui le motivait. Dès le départ
une chose est entendue - qui ne l’était pas pour les
Grecs ni les Latins - il y a lien entre"des phénomènes
divers et apparemment éloignés les uns des autres:
comportements, mais aussi sensations, images, désirs, instincts,
passions".
C’est-à-dire qu’alors une autre représentation
était attribué aux plaisirs, que la sexualité
possédait d’autres ponts apparents vers la culture.
Son intérêt se porte donc vers la"problématisation",
non pas tant que recherche de la connaissance théorique contextuelle
de la sexualité; son objectif est au contraire de"cerner
ce qui structure l’expérience morale des plaisirs sexuels
- son ontologie, sa déontologie, son ascétique et
sa téléologie".
Avant de nous intéresser directement à sa construction
du champ de la sexualité à rechercher, nous devons
bien constater un problème d’aménagement de
l’expérience. Car, de fait,"toute théorie
du ‘sujet’ aura toujours été appropriée
au ‘masculin’. A s’y assujettir, la femme renonce
à son insu à la spécificité de son rapport
à l’imaginaire (...). La subjectivité déniée
à la femme telle est, sans doute, l’hypothèque
garante de toute constitution irréductible d’objet;
de représentation, de discours, de désir".
On peut se demander dans quelle mesure il est juste de parler de
parler des modalités de l’amour sans présentation
des enjeux, puisqu’en l’occurrence la femme a été
historiquement confronté à une opposition pratique
à sa réalité.
Il n’est pas possible de remarquer les différences
culturelles entre le monde grec et le monde chrétien sans
constater que les sentiments ne sont pas les mêmes selon les
genres, même si l’on découvre du sens.
Michel Foucault nous explique les liens considérés
à l’époque entre attirance pour le plaisir et
force du désir, dont l’unité constituait alors
une valeur reconnue et qu’ainsi"il est assez rare, lorsqu’on
trace le portrait d’un personnage, qu’on fasse valoir
sa préférence pour telle ou telle forme de plaisir
sexuel; en revanche, il est toujours important pour sa caractérisation,
morale de marquer si, dans sa pratique avec les femmes ou les garçons,
il a su faire preuve de mesure".
Une telle évaluation n’est pas sans rappeler la remarque
qui nous explique qu’il n’y aura ainsi"pas d’homosexualité
féminine, mais une seule hommo-sexualité où
la femme sera impliquée dans le procès de spécularisation
du phallus, sollicitée à soutenir le désir
du même pour l’homme, tout en assurant, par ailleurs
et de façon complémentaire et contradictoire, la perpétuation
du pôle ‘matière’ dans le couple".
Bien sûr, par la suite sera mentionné l’amour"de
la femelle avec la femelle", mais cela n’empêche
pas le fait que lorsque Michel Foucault sauve la formulation en
terme de reconnaissance (et de valeur) des Grecs par rapport à
l’amour sensuel, il le fait en correspondant à un genre.
Même si l’éthique dominante est reconnue comme"une
morale d’homme, faite par et pour les hommes", il ne
peut qu’y manquer la dimension salvatrice, rédemptrice
de cet état de fait [pour la et les femmes]. Il ne peut pas
être traité du plaisir sexuel ou des formes de relation
sexuelle, ni de leur reconnaissance ou de la valeur qui leur est
conférée sans s’orienter par rapport à
l’existence féminine.
Il suffit pour démontrer cela de raisonner par rapport au
mariage. Ainsi"le contrat de mariage y aura souvent été
un contrat de travail implicite, mais non entériné
comme tel juridiquement; ce qui prive la femme d’un droit
à des revendications sociales pourtant légitimes:
salaire, temps de travail, vacances, etc.". Il faudrait rajouter:
sexuel. La question du plaisir de la femme, s’il est reconnu
par Foucault, ne semble pas gagner de genre, de modalité
en tant que tel. Il nous semble être un plaisir masculin qui
serait en fait féminin, ce qui le placer sur un mauvais rapport;
mais ici nous nous plaçons sur un débat touchant l’ensemble
du domaine de la femme, une problématique qui fait exister
une différence pratique"entre des femmes comme Betty
Dodson qui travaillaient pour libérer la sexualité
des femmes (les ateliers masturbation) et celles comme Andrea Dworkin
(auteure de Pornography: Men possessing Women) qui luttaient contre
l’exploitation sexuelle de la femme".
Michel Foucault réitère une telle analyse au sujet
de la libération des désirs (et leur expression):"en
ce sens, l’homme de plaisirs et de désirs, l’homme
de la non-maîtrise (akrasia) ou de l’intempérance
(akolasia) est un homme qu’on pourrait dire féminin,
mais à l’égard de lui-même plus essentiellement
encore qu’à l’égard des autres"."Les
autres": il s’agit ici évidemment des hommes,
car la femme ne peut visiblement pas ici conférer de la valeur,
et si elle en exprime alors ce sera une valeur différente,
féminine car non-masculine. Foucault peut ainsi parler des"signes
traditionnels de cette féminité [des hommes] - paresse,
indolence, refus des activités un peu rudes du sport, goût
pour les parfums et les ornements, mollesse... (malakhia)".
Il est ici totalement évident que l’interprétation
de la féminité - même s’il s’agit
d’une expression de la femme par des hommes - est totalement
masculine et absolument pas féminine. La formulation, la
manière même dont sont reconnues les valeurs culturelles
est bien éloignée de la manière dont la femme
peut et doit s’approprier son histoire ou plus exactement
son existence. Il n’est pas possible de traiter de l’usage
des plaisirs et d’affirmer unilatéralement que"l’intempérance,
elle relève d’une passivité qui l’apparente
à la féminité", car c’est admettre
théoriquement la violence contre les femmes, c’est
oublier que"le premier antagonisme de classe qui parut dans
l’histoire coïncide avec le développement de l’antagonisme
entre l’homme et la femme dans la monogamie, et la première
oppression de classe avec celle du sexe féminin par le sexe
masculin".
Il nous semble donc que la problématique développée
par Michel Foucault, si elle a l’intérêt universel
de libérer du sens en remettant dans le contexte global de
l’existence de la sexualité les rapports humains, néglige
totalement l’aspect féminin en cantonnant la femme
dans un statut (soi-disant) acceptée (par elle) d’observatrice.
La femme n’aurait alors plus qu’à attendre, recevoir,
de fait à être passive. Ceci n’est selon nous
pas valable car c’est oublier qu’Aristote considérait
que"d’ailleurs l’enfant a une forme féminine,
et la femme ressemble à un mâle stérile"et
que"les questions autour de la libération des femmes,
de l’affirmation d’une identité différente,
éludent souvent l’ampleur de la tragédie éthique
dont il s’agit". La question de la violence contre les
femmes et les enfants resteraient ainsi ici en suspens.
"La femme continue à demeurer l’esclave domestique,
malgré toutes les lois libératrices, car la petite
économie domestique l’oppresse, l’étouffe,
l’abêtit, l’humilie, en l’attachant à
la cuisine, à la chambre des enfants, en m’obligeant
à dépenser ses forces dans des tâches terriblement
improductives, mesquines, énervantes, hébétantes,
déprimantes".
"Question également tributaire d’une économie,
aussi de la représentation, à laquelle Freud recourt
sans la critiquer, sans la remettre suffisamment en cause, systématique
dont le sens se règle sur des paradigmes, des unités
de valeur, déterminés par des sujets masculins".
"La famille individuelle moderne est fondée sur l’esclavage
domestique avoué ou dissimulé de la femme (...). L’homme,
de nos jours, doit, dans la grande majorité des cas, gagner
de quoi nourrir sa famille, tout au moins dans les classes possédantes,
et cela lui donne une situation prépondérante qui
n’a pas besoin d’être spécialement privilégiée
par la loi. Il est, dans la famille, le bourgeois, et la femme représente
le prolétariat".
1 Paru dans FRONT SOCIAL n°9 - hiver 1997/1998).
2 Article paru dans FRONT SOCIAL n°8
Le lien d'origine :
http://ssevillano.free.fr/annexe_3/textes_feministes.doc
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