Date: 12 Avril 2005
Subject: [resistons info] carte d'indentité électronique
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Feu vert pour la carte d'identité électronique
LE MONDE 12.04.05
Objet de discussions entre plusieurs ministères depuis de
longs mois, le projet de carte d'identité électronique
vient de recevoir son coup d'envoi officiel. Le programme Identité
nationale électronique et sécurisée (INES)
a en effet été approuvé, lundi 11 avril, par
le premier ministre Jean-Pierre Raffarin, au cours d'une réunion
interministérielle. Piloté par le ministère
de l'intérieur, l'avant-projet de loi instituant cette profonde
réforme de la gestion de l'identité nationale sera
adressé, dans les prochains jours, à Matignon et à
la Commission nationale de l'informatique et des libertés
(CNIL), qui devra rendre un avis consultatif. Si le calendrier est
tenu, le texte pourrait être adopté fin juin en conseil
des ministres avant le débat législatif.
S'il a aussi pour vocation la simplification des démarches
administratives, le programme INES vise d'abord la lutte contre
l'usurpation d'identité. /"Cela concerne, d'une part,
la lutte contre le détournement de droits et l'escroquerie
à l'identité/, explique-t-on au ministère de
l'intérieur. /Et, d'autre part, la lutte contre le terrorisme."/
Du fait de telles motivations, principalement sécuritaires,
le ministère de l'intérieur a demandé que la
nouvelle carte devienne, à terme, obligatoire. Elle devrait,
en outre, offrir plusieurs services associés, comme une fonction
d'authentification destinée à renforcer la sécurité
des téléprocédures (consultation du dossier
fiscal, paiement des amendes, etc.). Pour plus de sécurité,
la puce de la carte d'identité électronique sera scindée
en blocs indépendants, chacun dédié à
une fonction précise.
*BASES DE DONNÉES DISTINCTES*
L'un de ces blocs contiendra, cryptés, l'état civil
du porteur ainsi que plusieurs données biométriques
numérisées : deux empreintes digitales et une image
faciale. L'utilisation des technologies de reconnaissance biométrique
est, selon les experts de la Place Beauvau, le seul moyen de /"protéger
l'identité des personnes autant que les personnes elles-mêmes"/.
Important détail, l'architecture retenue implique la création
de fichiers centralisés de données personnelles.
Ce point est très sensible. La mise en place de tels fichiers
pourrait susciter les réserves de la CNIL, traditionnellement
opposée à la centralisation d'informations biométriques.
/"Il n'y aura pas de fichier central unique associant les données
biométriques des administrés à leur état
civil"/, précise-t-on cependant au ministère
de l'intérieur. De fait, la solution technique envisagée
implique la création de plusieurs bases de données
distinctes. L'une constituera le fichier d'état civil (comprenant
les noms, prénoms, domicile, filiation, etc.) et demeurera
sous l'autorité du ministère de la justice. Ce registre
sera constitué à partir du Répertoire national
d'identification des personnes physiques (RNIPP), aujourd'hui tenu
par l'Insee. Le programme INES inclut la création de trois
autres fichiers centraux : l'un rassemblera les empreintes digitales
de tous les porteurs de titre d'identité, le second leur
image faciale numérisée, le troisième étant
celui des titulaires de passeport la procédure de délivrance
des futurs passeports biométriques (devant être déployés
dès la fin de l'année 2006) sera en effet fusionnée
avec celle de la carte d'identité.
Cette architecture quatre fichiers centraux au lieu d'un
permettra de minimiser les risques de détournement
du système par piratage. Seule une série de codes,
propres à chaque administré, pourra en effet associer
des données biométriques à l'état civil
de leur propriétaire. Cette opération de mise en relation
des différents fichiers ne sera autorisée que dans
quelques situations précises : démarches administratives,
passage de frontières, contrôle ou vérification
d'identité, enquête préliminaire et information
judiciaire.
*INTERROGEABLE SANS CONTACT*
INES devrait ainsi offrir des capacités d'élucidation
renforcées aux services de police, puisqu'il leur sera possible
de remonter d'une empreinte digitale anonyme vers un individu, pour
peu que celui-ci soit titulaire d'un titre d'identité. Ce
point est susceptible de provoquer les protestations des associations
de protection des libertés. Celles-ci pourraient, également,
pointer du doigt le fait que la puce choisie pour la nouvelle carte
d'identité comme pour le nouveau passeport biométrique
soit interrogeable sans contact, à la manière
du passe Navigo développé par la Régie autonome
des transports parisiens (RATP). /"Le contrôle d'identité
à l'insu de l'intéressé demeure bien sûr
illégal"/, rappelle-t-on cependant Place Beauvau.
/"M. de Villepin est très soucieux de rendre compatibles
les aspects de sécurité du programme INES avec les
libertés individuelles"/, fait-on savoir dans l'entourage
du ministre. Une traçabilité de l'accès aux
fichiers du programme INES sera ainsi établie et les sanctions
en cas d'utilisation illicite du système seront renforcées.
De même, la Place Beauvau a demandé qu'une mission
permanente de la CNIL soit mise en place pour contrôler le
fonctionnement d'INES. Toutes les facettes du projet n'ont cependant
pas encore été totalement explorées : l'incertitude
demeure sur la manière dont le système prendra en
compte certains cas particuliers graves altérations
de la forme du visage, amputations, etc. ou les identifiants
biométriques ont été altérés.
Le poids total d'INES sur le budget de l'Etat est estimé
à environ 205 millions d'euros annuels, investissements de
départ compris. Et ce bien que la future carte d'identité,
dont la mise en circulation est prévue pour 2007, ait toutes
les chances d'être facturée à son titulaire.
*Stéphane Foucart*
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*Dans toute l'Europe, des projets sont en cours ou ont déjà
abouti*
Belgique. La carte d'identité électronique belge
est en coursde distribution, et tous
les ressortissants de ce pays devraient en posséder une
d'ici à la fin 2006. Obligatoire et payante, elle comporte
un module de signature électronique mais ne contient aucune
donnée biométrique. Microsoft a récemment annoncé
que son service de messagerie MSN serait compatible avec la carte
d'identité électronique belge (Le Monde
du 5 février).
Estonie. Environ la moitié de la population du petit Etat
balte dispose d'une carte d'identité électronique,
dont la distribution a commencé en 2003. Celle-ci ne comporte
pas de données biométriques mais agrège de
nombreuses fonctions : signature électronique, accès
au dossier médical, ticket de transport...
Italie. La mise en circulation de la carte d'identité électronique
italienne a commencé en 2004, et environ un demi-million
d'unités ont été distribuées. L'enregistrement
des empreintes digitales est facultatif, mais la puce contient le
groupe sanguin et le numéro fiscal du porteur.
La carte permet l'authentification sur Internet, fonction à
laquelle de nombreux services ont été associés
: paiement des impôts et des amendes, relation avec les hôpitaux
publics, demande d'aides sociales, etc.
Royaume-Uni. Le projet britannique de carte d'identité électronique
a fait l'objet d'une loi, adoptée fin décembre 2004.
Si elle voit le jour, la future carte britannique sera obligatoire,
payante et pourrait intégrer plusieurs données biométriques
(iris de l'oeil, empreintes digitales et photo numérisée).
Cependant, l'hostilité rencontrée par ce projet est
telle qu'il est, pour l'heure, suspendu. L'existence d'une carte
nationale d'identité serait une grande nouveauté dans
ce pays, qui n'en dispose pas.
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*Le passeport à puce européen retardé*
La Commission européenne a officiellement demandé,
fin mars, un délai supplémentaire pour mettre en place
la nouvelle génération de passeports exigée
par les Etats-Unis. En principe, les ressortissants de 27 pays,
dont 15 de l'Union européenne (les ex-Quinze moins la Grèce
et avec la Slovénie), devront posséder, dès
le 26 octobre 2005, un passeport biométrique pour continuer
à entrer aux Etats-Unis sans visa. Initialement fixée
à octobre 2004, cette mesure avait été reportée
de deux ans, puis finalement ramenée à un an par le
Congrès. Bruxelles a demandé au gouvernement américain
un délai de dix mois supplémentaires, portant l'échéance
à la fin août 2006.
Les exigences américaines portent sur l'ajout au passeport
d'une puce sans contact contenant une image faciale numérisée.
A laquelle devraient s'ajouter une ou deux empreintes digitales.
Article paru dans l'édition du 13.04.05
Reseau RESISTONS ENSEMBLE
Pour consulter le site : http://resistons.lautre.net
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