Date: , 20 Septembre 2003
LE SIFFLET ENROUE, N° 7
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Paraîssant au bon vouloir de son auteur,
présentement le samedi 20 SEPTEMBRE 2003
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AFFECTE
Après le SE n° 6 où il était question du dernier
livre de Jean-Marie BROHM, un long silence s'est fait entendre dont
la raison principale a été les effets du "mouvement
social" de mai-juin 2003. La parole était dans la rue et
le SE a été lui aussi pris par ce mouvement. "De
l'argent il y'en a! à Rolland Garros!" pouvait-on entendre
aux abords du stade du même nom lorsque des grèvistes tentèrent
une (gentille) perturbation. Le Tour de France ne fut pas non plus épargné
par ce vent de révolte. Maintenant que ce même vent risque
de ne plus souffler que par intermittence, il est temps (mais sans doute
que pour un temps!) de se dégriser en poursuivant la parution
de ce bulletin anti-sportif; surtout qu'on n'en a pas fini avec l'idéologie
sportive puisque se profile à l'horizon les Jeux Olympiques d'Athènes
et la candidature de Paris pour ceux de 2012.
Eduardo GALEANO
C'est un uruguayen qui a notamment écrit "football, ombre
et lumière" aux éditions Climats. C'est aussi un
aficionados de cette spécialté sportive. Il écrit
assez régulièrement en France pour le journal "Le
Monde Diplomatique": par exemple on pourra lire
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/08/GALEANO/15465
.
Ce n'est pas sur cet article que nous souhaiterions nous attarder mais
au contraire sur le
tout dernier: celui de quatrième de couverture du Monde Diplomatique
d'août 2003.
UN JEU ?
"faut-il le rappeler, dit Eduardo? Le Football est un jeu".
Ce genre de préjugé est extrêmement courant chez
les aficionados du football. Ce qu'il faut rappeler au contraire c'est
que le football est un travail et qu'il est logique qu'il soit organisé
comme "une industrie cannibale". L'article est construit sur
deux plans parallèles qui ne se joignent qu'artificiellement:
le football que l'on imagine (le jeu), et le football réel. Le
jeu avec ses éléments (fantaisie, liberté, gratuité,
créativité, plaisir) d'un côté, le football
laborieux de l'autre (efficatité, entraînement, souffrance
et mort, cadences).
Comme les inginieurs/technocrates qui robotisent les joueurs, Galéano
commet "la folie de croire que les joueurs jouent". Et pourtant
il est conscient de la réalité: "devenu un travail
dit-il, soumis aux lois de la rentabilité, le jeu cesse d'être
ludique". Effectivement ce "jeu" devient comme n'importe
quel autre "jeux": il est dominé par le spectacle.
Mais, de par sa foi en ce sport, Galéano maintient tout au long
de son article que le football est "le plus beau et le plus populaire
des sports, joie des jambes [sic] qui le pratiquent et des yeux qui
le regardent".
le seul opérateur lui permettant de faire se joindre les deux
plans? la satanée "globalisation" qui uniformiser un
sport qui est imaginé pur jeu à son origine. La diversité
aplatie par le rouleau compresseur de la mondialisation, en résumé.
Mais cet opérateur reste artificiel tant il y a belle lurrette
que ce jeu a cessé d'être ludique; s'il ne l'a jamais été.
Pensons tout simplement au professionnalisme qui s'installe petit à
petit mais définitivement après la deuxième guerre
mondiale.
Ce n'est pas les exemples réels qui sont donnés dans l'article
(Un club autogéré au Brésil en 1982/1983, une rencontre
amicale Bouthan / île Montserrat) qui peuvent convaincre que le
football est un jeu. Tout simplement (et la vérité est
simple!) parce que c'est le spectacle sportif actuel qui donne le la
et domine au point de faire disparaître toute contradiction au
sein du football: on ne verra jamais les syndicats de joueurs réclamer
l'autogestion généralisée du football, ni des joueurs
s'entendre pour transformer les règles du jeu en cours de partie!
Le spectacle sportif est sans doute dès le début indissociable
du football parce qu'il n'y aurait pu y avoir de football sans presse
sportive.
LE FOOTBALL : UN SALE BOULOT
Domination des régles instituées, entraîneur tyranique
et entraînements qui lessivent, joueur-marchandise, dopage ruinant
la santé, bureaucratie, magouilles, et maffia, triche, blessures
graves: le football est un sale boulot. Il faut le rappeler! seul le
dépassement de ce "jeu" pourrait avoir des chances
de retrouver des qualités ludiques à condition qu'il soit
en phase avec une révolution de la vie quotidienne.
on s'adresse à la rédaction si l'on n'a pas eu les numéros
précédents:
elhem @ wanadoo.fr
on n'hésite pas non plus à faire toute sorte de remarque
à l'auteur si le coeur nous en chante: sachant qu'il sera porté
une attention toute particulière aux critiques. Il est vivement
conseillé de reproduire ou d'adapter librement ce bulletin anti-sportif :
l'auteur se réservant le droit de critiquer l'usage qui en sera
fait.