|
Origine : http://www.ant.ulaval.ca/anthropologieetsocietes/1995-1-2-Present.html
On peut dire que la notion d'échange, à côté
de celles de structure et de fonction, fonde toute l'anthropologie
sociale du XXe siècle. Pour s'en convaincre, il suffit de
parcourir les travaux qui firent époque : la monographie
de Malinowski sur les cérémonies de la Kula ([1920]1963),
l'étude comparée de Lévi-Strauss sur les systèmes
de parenté ([1949]1967) ou celle de Leach sur l'organisation
politique des hautes terres birmanes (1964). La notion d'échange
englobe à la fois les biens, les personnes et les symboles;
on l'associe à un équilibre dans les rapports sociaux,
à la réciprocité : les humains en société,
normalement échangent, sinon c'est le conflit, la guerre.
À la limite, pour l'anthropologie sociale, l'échange,
sous ses diverses formes et avec ses diverses connotations (marché,
transferts, dons, réciprocité), est la société
même.
Cependant, comme le montrent les débats suscités
par la publication des Cahiers du M.A.U.S.S.1 et par le livre de
Godbout et Caillé (1992), sous une simplicité apparente,
l'échange en général, et le don en particulier,
sont encore pleins d'ambiguïtés : moins sans doute à
cause de la variété extrême des phénomènes
qu'on veut y inclure (et qui relèvent autant de l'économique
que du politique, du religieux, de la parenté, des représentations
collectives) qu'en raison des connotations floues, et parfois contradictoires,
qui accompagnent ces notions. Ainsi - si nous en venons aux éléments
centraux du débat actuel - la liberté de l'échange
par rapport à l'obligation de réciprocité,
la gratuité du don par rapport au jeu des intérêts,
la spontanéité par rapport à la norme.
Les discussions actuelles ne sont pas sans rappeler le long débat
qui opposa, dans les années 1960, formalistes et substantivistes.
Le formalisme, dont le postulat de base est l'universalité
de l'economizing, peut en effet être vu comme une variante
de l'utilitarisme : les humains échangent, comme ils agissent,
en fonction de leurs intérêts matériels. Les
substantivistes lui opposaient une conception très maussienne
de l'échange : dans les sociétés primitives
et archaïques, il était, selon eux, régi par
des normes de réciprocité et de redistribution (voir
Godelier 1974; Beaucage 1979). Pour les chercheurs qui se situent
dans la mouvance du M.A.U.S.S., les uns comme les autres ont en
commun de négliger une dimension essentielle : le don, la
gratuité, qui est également présente dans les
sociétés traditionnelles et dans nos sociétés
modernes (voir Godbout et Caillé 1992 : 247-261). Et tous
de retourner à l'"Essai sur le don", de Marcel
Mauss ([1923-1924]1960), qui semble n'avoir pas vieilli. L'ampleur
du débat et les vagues qu'il soulève débordent
le domaine assez restreint de l'anthropologie économique
pour questionner toute la théorie sociale : parenté,
politique, mouvements sociaux. C'est un peu comme si des mathématiciens
se demandaient soudain s'ils n'ont pas oublié un nombre entre
le 2 et le 3, ce qui obligerait à revoir tous les calculs.
Au point de départ, il peut être intéressant
de tenter de répondre à une double question : pourquoi
remonte-t-on rarement plus loin que Mauss, dans la réflexion
sur l'échange/don2, ou, ce qui revient au même, pourquoi
la première synthèse sur ce thème est-elle
apparue si tard en ethnologie? En effet, un retour en arrière
au-delà de Mauss-Malinowski révèle que l'échange
était loin d'occuper une place importante en anthropologie
pendant le premier siècle de son existence : il ne l'a acquise
qu'au moment où le fonctionnalisme remplaçait définitivement
l'évolutionnisme, changement qui correspondait à une
mutation profonde dans la pensée occidentale.
De la Renaissance au Siècle des lumières, des liens
multiples rattachent le développement de l'économie
marchande-capitaliste, et celui du rationalisme qui, rompant avec
la conception théologique du monde et de l'homme, a posé
les bases de l'anthropologie moderne. L'individu, jusque-là
secondarisé par la primauté de la volonté divine
et de l'ordre naturel et social, se voit non seulement réhabilité,
mais assigné un rôle de premier plan. L'homme du Léviathan
de Thomas Hobbes ([1651]1962) est une "machine naturelle"
dont l'entendement se construit à partir des sensations,
et dont le bonheur consiste à essayer d'assouvir des désirs
changeants (ibid. : 80); tandis que la société (le
Léviathan) est une invention humaine. Cette invention constitue
un accommodement entre deux besoins, deux "désirs"
contradictoires profondément ancrés dans la nature
humaine : un "désir incessant de pouvoir", d'une
part, et un "désir de bien-être" associé
à la "peur de la mort", d'autre part (ibid. : 81-82).
À l'origine, sous "l'état de nature", la
guerre permanente caractérisait les rapports entre les humains,
tous égaux, tous désireux de pouvoir et concurrents
pour les mêmes biens (ibid. : 98-100). Les "incommodités"
d'une telle guerre étant l'insécurité générale,
qui interdisait l'industrie, l'agriculture, la navigation, etc.,
et entraînait une "vie de l'homme, solitaire, pauvre,
mauvaise, abrutie, et brève" (ibid. : 100). À
l'appui de sa thèse, Hobbes mentionne :
[...] les peuples sauvages de plusieurs lieux d'Amérique3
[qui] sauf pour le gouvernement de petites familles, dont la concorde
repose sur le désir charnel (natural lust), n'ont pas de
gouvernement du tout.
Hobbes 1962 : 1004
Dans ce contexte, s'affirme "la loi fondamentale de la nature",
c'est-à-dire "le droit de tout homme à toute
chose" (ibid. : 103). Entre ces humains égaux et libres,
il n'existe pas d'autre forme de transaction que l'appropriation
violente. Seule la domination des uns, résultant de leur
force (et non plus du droit divin) fit triompher chez les autres
le désir de bien-être. La paix qui résulta de
leur soumission permit le développement du langage, de l'industrie
(grâce à la propriété privée)
et des échanges contractuels (ibid. : 104-112). Il est significatif
que c'est seulement dans la société civile moderne,
et comme l'une des formes de contrat (à côté
du troc et de l'échange marchand), que Hobbes voit la possibilité
du don (free-gift) (ibid. : 106). Ce "don libre" n'a rien
de gratuit, cependant : pour l'utilitariste qu'est Hobbes, un acte
gratuit serait irrationnel. Il doit y avoir espoir d'une contrepartie,
dut-elle provenir de la société en général,
ou même du ciel5. Dans sa perspective, c'est l'échange
contractuel en général (covenant ), y compris le don,
qui constitue l'antithèse de l'état de nature. Seul
un pouvoir d'État fort peut contraindre les parties à
respecter leurs engagements, ce qui confère à l'"obligation
à rendre" un tout autre sens que celui qu'il prendra
chez Mauss. Par ailleurs, un passage de son chapitre "De la
différence des murs" anticipe les développements
de Mauss sur la nécessaire équivalence des parties,
lorsque les transferts se font entre égaux6.
Un siècle après le Léviathan, paraissait le
Discours sur l'origine des inégalités de Rousseau
(1754). On associe volontiers aujourd'hui Rousseau à l'image
d'une société, réelle ou imaginaire, où
régneraient l'égalité, le partage et la solidarité,
plutôt que la hiérarchie, le marché et l'appât
du gain. Mais l'examen du texte de Rousseau révèle
un contenu beaucoup plus complexe7 que l'image du Bon Sauvage dont
on lui attribue abusivement la paternité. D'abord, si, à
l'instar de Hobbes et de la plupart des penseurs de son temps, il
oppose à l'homme "civilisé" un homme "sauvage",
il distingue chez ce dernier deux états. Dans l'"état
de nature" proprement dit, les besoins des humains se limitent
à une nourriture fruste et à la défense contre
les prédateurs, et leur nature robuste, leur maturité
précoce leur permettent de les satisfaire individuellement.
Ainsi "placé par la nature à des distances égales
de la stupidité des brutes et des lumières funestes
de l'homme civil" (Rousseau 1992 : 229), l'homme vit en solitaire
et ne connaît ni le langage, ni la famille, ni la technique.
N'ayant besoin de personne il est libre, parce qu'indépendant
des autres : "le besoin satisfait, les deux sexes ne se reconnaissaient
plus, et l'enfant même n'était plus rien à sa
mère sitôt qu'il pouvait se passer d'elle" (ibid.
: 222). L'a-société initiale de Rousseau, contrairement
à celle de Hobbes, est donc caractérisée par
l'indifférence générale des humains les uns
pour les autres : les passions sont peu développées
et la guerre est aussi absente que l'échange et le don. Deux
exceptions, cependant : les soins de la mère au nouveau-né
(voir l'article de M.-B. Tahon), et la pitié, "seule
vertu naturelle", qui décroîtra en même
temps que se développera la raison (ibid. : 212-215).
On est donc dans un individualisme intégral, encore plus
poussé que celui de Hobbes qui, on l'a vu, considérait
la famille comme une réalité naturelle. Devant cet
état de nature, Rousseau, malgré un préjugé
favorable qui transparaît tout au long du texte, met plutôt
en garde contre tout jugement fondé sur nos propres valeurs,
reprenant contre Hobbes le relativisme de Montaigne : "Il [l'homme]
avait dans le seul instinct tout ce qu'il faut pour vivre dans l'état
de nature, il n'a dans une raison cultivée que ce qu'il faut
pour vivre en société" (ibid. : 210).
Un ensemble de changements préparera l'avènement
de la propriété privée, fondement de la civilisation.
L'humanité passe d'abord par un deuxième état,
qui, contrairement à l'état de nature, ne doit pas
être reconstruit par le philosophe, puisqu'il est "celui
des sauvages qu'on a presque tous trouvés à ce point"
(ibid. : 231). La multiplication des humains, leur dispersion forcée
dans des milieux moins favorables les amenèrent à
développer les techniques, puis à distinguer les occasions
rares où l'intérêt commun devait les faire compter
sur l'assistance de leurs semblables et celles, encore plus rares,
où la concurrence devait les faire se défier l'un
de l'autre (ibid. : 224). Rousseau situe à ce stade l'apparition
du langage, fruit du "commerce" entre les humains, et
celle de la famille, résultant de la résidence commune
des couples et de leur progéniture. Cette dernière
engendra "les plus doux sentiments qui soient connus des hommes,
l'amour conjugal et l'amour paternel" (ibid. : 226). À
propos de cette étape de transition, le philosophe devient
lyrique :
Cette période du développement des facultés
humaines, tenant un juste milieu entre l'indolence de l'état
primitif et la pétulante activité de notre amour-propre
dut être l'époque la plus heureuse et la plus durable.
Rousseau 1992 : 229
Il en veut pour preuve générale "l'invincible
répugnance qu'ils [les sauvages] ont à prendre nos
murs et vivre à notre manière" (ibid. : 229,
note).
Le facteur qui viendra briser cette situation idyllique, ce "commerce
indépendant" fut, avant même la propriété
privée, son prélude : la division sociale du travail
: "dès l'instant qu'un homme eut besoin du secours d'un
autre; dès qu'on s'aperçut qu'il était utile
à un seul d'avoir des provisions pour deux, l'égalité
disparut, la propriété s'introduisit, le travail devint
nécessaire et [...] bientôt l'esclavage et la misère
viendront germer avec les moissons (ibid. : 232). Cette dépendance
croissante emmènera les humains vers l'"état
de société, [...] où les hommes ont toujours
une raison de demeurer à côté de tel homme ou
de telle femme" (ibid. : 203, note). Il s'ensuivit un grand
développement de la science et des arts, et l'avènement
de la "société humaine [qui] porte nécessairement
les hommes à s'entre-haïr à proportion que leurs
intérêts se croisent" (ibid. : 184, note).
Il faut attendre l'Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth
of Nations (1776) d'Adam Smith, premier traité d'économie
politique et premier manifeste du capitalisme libéral, pour
trouver une théorie des échanges comme fondement même
d'une théorie générale des rapports sociaux.
Pour cet auteur, le plus connu parmi la Scottish School du XVIIIe
siècle, la richesse des nations dépend en premier
lieu du degré atteint par la division sociale du travail,
et cette dernière repose à son tour sur une "propension
de la nature humaine à troquer, trafiquer, échanger
une chose pour une autre" (Smith 1973 : 117). Probablement
"une conséquence des facultés de raisonner et
de parler [cette propension] est commune à tous les hommes"
(ibid. : 118). La capacité d'échanger est donc directement
reliée à l'activité rationnelle de l'homme
et se distingue nettement de la quête de la bienveillance,
de la recherche de cette pitié dont Rousseau faisait le premier
sentiment altruiste, et que Smith ravale au niveau du comportement
animal :
Un chiot câline sa mère [...] L'homme use parfois
des mêmes artifices avec ses semblables, quand il n'a pas
d'autres moyens [...] Mais l'homme a presque constamment besoin
de ses semblables, et il est vain pour lui d'en attendre de leur
seule bienveillance. Il a plus de chance de réussir [...]
s'il peut leur montrer que c'est à leur avantage de faire
ce qu'il leur demande. C'est ce que tente quiconque propose à
un autre une affaire.
Smith 1973 : 118
Cette référence à la propension universelle
à l'échange permet à Smith de surmonter la
césure établie par les philosophes antérieurs
entre l'"état de nature" et l'"état
social". Pour lui et pour des générations d'économistes
libéraux, aucune différence fondamentale ne sépare
l'activité de l'habile fabricant d'arcs et de flèches
qui, piètre chasseur, décide d'échanger les
produits de sa fabrication contre du gibier (ibid. : 119), de celle
du capitaliste avisé et frugal qui réinvestit ses
gains dans l'embauche d'ouvriers additionnels (ibid. : 438). Les
lois de l'échange ne peuvent qu'être universelles :
Dans cet état ancien et rude de la société
qui précède et l'accumulation du capital et l'appropriation
de la terre, la proportion entre les quantités de travail
nécessaire à l'acquisition de divers biens semble
être le seul facteur qui puisse fournir quelque règle
pour les échanger l'un contre l'autre. Si, dans une nation
de chasseurs, par exemple, il en coûte habituellement deux
fois plus de travail pour tuer un castor que pour tuer un cerf,
un castor devrait s'échanger pour - ou valoir - deux cerfs.
Smith 1973 : 150
Ainsi, concernant la nature des échanges dans les sociétés
primitives, Smith, en quête d'un fondement général
pour l'économie marchande, crée le mythe du "sauvage
troqueur" qui, à l'instar de son jumeau Robinson Crusoé,
aura une longue vie dans les introductions de manuels d'économique.
L'impact de cet utilitarisme post-hobbésien sur la conception
des sociétés "primitives" a été
et demeure important tout autant que multiforme et contradictoire.
D'une part, dans une société capitaliste dominée
par les valeurs économiques, affirmer que les Sauvages commercent
revient à leur concéder la Raison - dont une définition
stricte de l'"état de nature" risquait de les priver.
En même temps, la réduction de toute transaction à
l'échange marchand interdit de saisir la spécificité
des divers systèmes économiques : les comportements
observés seront jugés rationnels ou irrationnels en
fonction de leur degré de similitude avec ceux qui prévalent
au sein du capitalisme industriel. La question n'est pas que théorique,
comme on peut le voir avec le potlatch, au début du XXe siècle
: administrateurs et missionnaires, "trouvant inadmissible
cette prodigalité dans l'échange de richesses, et
horrifiés par la compétition dans la destruction des
biens" (Hawthorn et al. 1958 : 37), obtinrent son interdiction
légale, ce qui entraîna l'arrestation de participants.
Résumons notre démarche jusqu'à maintenant.
Partis du caractère tardif de la réflexion anthropologique
sur l'échange et le don, nous avons trouvé, chez Hobbes
comme chez Rousseau, une théorie de l'"état de
nature" caractérisé par l'atomisme individuel.
Pour le premier, utilitariste et rationaliste, le don comme acte
spontané et gratuit est impossible, mais la société
civile permet et exige la réciprocité dans les contrats,
à l'opposé de la société naturelle dominée
par la violence. Interpellé par Hobbes, le Sauvage, dans
son dénuement matériel et moral, sert à légitimer
le pouvoir d'État, fondement nécessaire de l'état
de société et de l'échange contractuel.
Rousseau, qui veut faire une théorie de l'émergence
des passions autant que de la raison, relève certains sentiments
altruistes dans les deux stades antérieurs de l'humanité
: l'attachement maternel embryonnaire et la pitié sous "l'état
de nature", l'amour conjugal et paternel à l'étape
intermédiaire. C'est dans cette dernière, à
mi-chemin entre l'isolement des origines et le règne de "l'amour-propre
intéressé" (ibid. : 235), que Rousseau situerait,
implicitement, les rapports de don et de partage. À la fois
en continuité et en rupture avec son prédécesseur,
il fait du Sauvage le prototype de l'homme libre, progressivement
entraîné dans la dépendance à l'égard
de ses semblables et dans un contrat inégal avec ses dirigeants,
et perdant dans ce processus ses nobles sentiments au profit de
calculs intéressés.
Pour Smith, enfin, les conditions de l'échange sont données
par la nature humaine elle-même : le Sauvage est seul mais
sa nature le pousse à retrouver ses semblables; non pas pour
les affronter dans une guerre incessante, ni pour quelque contact
furtif, mais sur le premier Marché.
L'anthropologie naissante héritera de ces conceptions en
même temps qu'elle prendra connaissance des matériaux
ethnographiques croissants apportés par les voyageurs, missionnaires
et savants. En 1801, J.-M. De Gérando, membre de la Société
des Observateurs de l'Homme de Paris, rompt avec la tradition spéculative
du Siècle des lumières : "Le temps des systèmes
est passé" (1978 : 130). Il rassemble plutôt,
à l'intention des capitaines Baudin et Levaillant, qui conduiront
des expéditions scientifiques dans les mers du Sud, une longue
liste de "considérations" qui constituent un guide
extrêmement précis "pour l'observation des peuples
sauvages" (ibid. : 127-169). À travers les questions
soulevées, qui vont de la linguistique aux "facultés"
physiques et intellectuelles, en passant par toute la gamme des
murs, on voit émerger toute la méthodologie de l'enquête
de terrain (Copans et Jamin 1978 : 29 sq.).
De Gérando rejette d'emblée le postulat de l'individualisme
originel des humains. Les enfants "élevés par
des loups" dont on avait fait grand état au XVIIIe siècle
"ne peuvent nous représenter l'état sauvage :
c'est le dernier degré de l'humanité" (1978 :
155; je souligne). Partout on trouve au moins la "société
domestique, c'est-à-dire celle qui est composée par
la famille" (ibid.). D'où l'importance d'examiner les
rapports de parenté, le mariage, l'éducation et la
condition des femmes, sur lesquels les données sont contradictoires
(ibid. : 156). De là on passe à la "société
générale, celle qui est formée par l'agrégation
des familles" (ibid. : 158). Les formes de propriété
sont aussi l'objet d'enquête : on souligne que les pasteurs
et chasseurs ignorent "sans doute la propriété
territoriale" mais pas "la propriété des
instruments" (ibid. : 160). Les rapports entre les groupes
devront faire aussi l'objet de recherche. Y voit-on dominer la guerre
ou la paix (ibid. :159)? Y observe-t-on quelque commerce? Quelle
forme adoptent-ils et quels principes y sont à l'uvre? La
générosité ou l'appât du gain (ibid.
: 163)? Les thèses de Hobbes, Rousseau et Smith sont devenues
des hypothèses qu'on invite les "voyageurs philosophes"
à vérifier sur le terrain8. On observe en particulier
"le déclin de la notion de bon sauvage" (Copans
et Jamin 1978 : 51). S'il subsiste des relents rousseauistes dans
les questions relatives aux "sentiments" et "vertus"
(De Gérando 1978 : 156, 164), la représentation idyllique
de l'état de nature a disparu. De Gérando mentionne
la dureté de la vie des chasseurs (ibid. : 161) et considère
la supériorité de l'Occident comme allant de soi,
tant sur le plan de la technique que sur celui des murs et des idées
(ibid. : 163, 168). Entre ces deux états extrêmes s'étend
toute l'histoire de l'humanité, que l'étude des différentes
"nations sauvages" permet de reconstituer (ibid. : 131).
On trouve donc esquissée chez De Gérando la perspective
que l'évolutionnisme du XIXe siècle s'appliquera à
détailler et à parfaire. Tant Morgan que Marx et Engels
poseront que l'état primitif des humains est de vivre en
petits groupes intégrés par les liens du sang, à
l'image des Iroquois décrits par Morgan. Ces groupes sont
les dépositaires de la propriété collective
de la terre; les individus, simples usufruitiers9, mettent en commun
les ressources et le produit du travail :
[...] l'économie domestique est commune et communiste dans
une série de familles [...] Il ne peut y avoir de pauvres
ni de nécessiteux [...] Tous sont égaux et libres
- y compris les femmes.
Engels 1971 : 92
Le commerce proprement dit, loin d'être une tendance inhérente
à la nature humaine, comme chez A. Smith, n'apparaît
pour Marx et Engels qu'au stade supérieur de la barbarie,
au moment où la commune primitive est définitivement
dissoute, où l'union du producteur et des moyens de production
a été brisée; en même temps apparaissent
la séparation de l'agriculture et de l'artisanat, la division
de la société en classes antagonistes, l'esclavage
et la réclusion des femmes dans l'univers domestique (ibid.
: 148-150).
Ce n'est donc plus l'anarchie individualiste qui caractérise
les hommes des origines dont les Sauvages - rebaptisés "primitifs"
- sont les fossiles vivants, mais une communauté fortement
intégrée, fondée sur la parenté et la
propriété collective. Elle est l'antithèse
exacte de la société industrielle moderne, l'État-nation
dont les membres définissent par des contrats libres et rationnels
leurs rapports politiques (la république démocratique)
et économiques (le marché). Ce binôme traverse
l'uvre des grands penseurs de l'époque : Maine oppose la
société traditionnelle fondée sur les liens
du sang à celle d'aujourd'hui où dominent les rapports
territoriaux ([1861]1946, 1876); Tönnies, la communauté
(Gemeinschaft) à la société (Gesellschaft)
(1977); Durkheim, la "solidarité mécanique",
qui reflète l'homogénéité sociale d'antan,
à la "solidarité organique" qui rassemble
les hommes après le développement de la division sociale
du travail ([1893]1960).
Au terme de cette démarche (qui ne se veut pas exhaustive),
je propose en premier lieu que Marcel Mauss, disciple de Durkheim,
se situe à l'intérieur de la dichotomie définie
par ce dernier. Son "Essai sur le don" fournit le terme
qui manquait, dans une typologie des échanges économiques,
pour faire pendant au marché : l'économie politique
en était restée à la thèse smithienne
de l'évolution du troc en échange marchand (Hildebrand
1922, cité dans Gras 1959 : 468). À l'échange
moderne, fragmenté, médiatisé, impersonnel
et dépersonnalisé, qui oppose les intérêts
des partenaires, Mauss opposa sa "forme archaïque",
le don, phénomène social total, où ce sont
les groupes et non les individus qui transigent, où c'est
la norme, et non le libre choix, qui domine, et où l'important
n'est pas de maximiser le profit matériel, mais bien de réaliser,
par le chassé-croisé constant des dons et contre-dons,
l'équilibre et la cohésion de la société.
En second lieu, il apparaît que Mauss rompt nettement avec
la tradition durkheimienne en en inversant la pondération
des termes. Le maître appartenait à l'âge de
l'optimisme bourgeois, et le choix même des mots ("mécanique",
"organique") indiquait où allait sa préférence
: "Normalement, la division du travail produit la solidarité
sociale" (1960 : 343). Le disciple a traversé la Grande
Guerre et connaît la période d'instabilité,
politique et économique, qui la suit. S'il demeure optimiste,
c'est malgré tout... Il a vu se développer ce que
Durkheim pouvait encore considérer comme des formes anormales
de la division organique du travail : les faillites, le chômage,
la criminalité, et... la lutte des classes (Durkheim 1960
: 343-390). Mauss ne croit plus que ces formes "anomiques"
se résorberont avec le développement normal de la
division organique du travail : il place plutôt son espoir
dans la résurgence d'une autre logique sociale, celle du
don, qui domina une grande partie de l'histoire de l'humanité
et qui est encore non seulement présente chez nous, mais
appelée à d'importants développements. C'est
sans doute cette vision critique, anti-durkheimienne, de la société
industrielle, critique fondée sur l'expérience de
ce siècle et non sur un idéalisme rousseauiste, qui
rend le texte de Mauss si fortement moderne et en a fait le point
de départ obligé des réflexions actuelles.
Sa "conclusion de morale" est sur ce point particulièrement
éclairante (Mauss 1960 : 258-265). Après avoir affirmé
qu'"il est possible d'étendre ces observations à
nos propres sociétés (ibid. : 258), il commence par
passer en revue les survivances de cette économie du don
et du contre-don dans les régions rurales de France et d'Allemagne,
et à en souligner les similitudes avec les institutions amérindiennes,
océaniennes, scandinaves, qu'il a longuement analysées
dans la première partie de l'"Essai". Là
où il se démarque nettement et des évolutionnistes
et de Durkheim, c'est quand il affirme qu'"une partie de notre
droit en gestation et certains usages, les plus récents,
consistent à revenir en arrière" (ibid. : 260;
je souligne). Il trouve des exemples de ce retour contre le "droit
brutal de la vente et du paiement" (ibid. : 262) dans les lois
sur le droit d'auteur, les assurances sociales, etc. En même
temps, il se démarque nettement de l'expérience soviétique
qui s'amorçait alors. Celui que M. Fournier appelle un "socialiste
sans doctrine" (voir plus loin) dénonce l'utilitarisme,
mais il en retient que :
[...] il faut que l'individu travaille [...] qu'il soit forcé
de compter sur soi plutôt que sur les autres [et] défende
ses intérêts [...] L'excès de générosité
et le communisme lui seraient aussi nuisibles et seraient aussi
nuisibles à la société que l'égoïsme
de nos contemporains et l'individualisme de nos lois.
Mauss 1960 : 262-263
La redistribution compensatoire ne doit pas être le fait
de l'État seul : il faut que "comme en tant d'autres
sociétés contemporaines, sauvages et hautement civilisées,
les riches [en] reviennent - librement [mais] aussi forcément"
à y participer (ibid. : 262). La transition à ce nouveau
type de société devra être non violente.
Au terme d'un essai érudit, où il a mis à
profit ses connaissances encyclopédiques de l'histoire, du
droit et de l'ethnologie de son temps pour définir ce "phénomène
social total" jusqu'alors incompris, Mauss lance donc un appel
à la constitution d'une société qui compenserait
par le don les défauts d'un capitalisme en crise.
Les essais qui suivent reprennent et développent, après
plus d'un demi-siècle, certains des thèmes du texte
de Mauss. Dans une première partie, trois articles s'attachent
aux notions fondamentales de l'"Essai" et cherchent à
en éclairer divers aspects. M. Fournier, qui poursuit une
recherche en profondeur sur Marcel Mauss et son uvre, s'est penché
sur les conditions de production du texte : contexte politique agité,
qui voit la scission des socialistes et des communistes, contexte
scientifique fécond, marqué par la création
de l'Institut d'ethnologie et par une activité intellectuelle
intense. Concernant le thème même de l'"Essai",
la nature du don, J.T. Godbout discute d'un des points les plus
débattus : les motivations et la rationalité du don.
Sur ce plan, deux interprétations s'affrontent : l'une insiste
sur l'aspect obligatoire du "retour", l'autre sur la liberté.
Godbout opte pour la seconde qui constitue selon lui l'apport essentiel
de la contribution de Mauss contre l'utilitarisme. C'est à
la même question de fond que s'attaque A. Petitat. Poursuivant
la quête des origines, il remonte aux sources religieuses
qui définirent le don comme incompatible avec l'intérêt
et l'obligation. Constatant l'irréductibilité des
quatre dimensions des échanges humains (qui impliquent, en
dosage variable, biens, pouvoir, signes et sentiments), il propose
de considérer comme dialectique - et non exclusif - le rapport
de l'objet-valeur et de l'objet-signe.
Dans une deuxième partie, cinq articles et une note de recherche
examinent le don dans quatre contextes socioculturels. É.
Schwimmer réévalue la base ethnographique des échanges
cérémoniels kula (thème central des Argonautes
qui a inspiré Mauss), et ce, à partir de travaux récents
sur les sociétés mélanésiennes. Les
mêmes colliers et bracelets cérémoniels qui
entrent dans les réseaux kula décrits par Malinowski
(1963) apparaissent sous un autre jour quand on sait qu'ils sont
l'objet d'un autre type de droits (kitoum), permanents, ceux-là
: ceux qui ont produit les biens précieux peuvent les insérer
à leur guise dans les grands réseaux kula ou les en
retirer pour s'en servir dans les échanges intravillageois.
Dans l'Andalousie d'aujourd'hui, P. Palenzuela et C. Cruces constatent
l'importance d'échanges non marchands, dans lesquels se mêlent
les dimensions matérielle et symbolique, et ce, aussi bien
dans les milieux urbains aisés que chez les ouvriers agricoles
des grands domaines. Ils en dégagent la signification quant
à la reproduction des rapports sociaux dominants, mais aussi
pour la remise en cause de ces rapports. À partir de ses
recherches chez les Garifunas du Honduras, P. Beaucage souligne
l'importance d'un phénomène complémentaire
au don : le prélèvement, qu'il s'agisse d'un emprunt
à fonds perdus ou d'un vol pur et simple. À ceux qui
verraient là le résultat de l'acculturation, l'auteur
répond en identifiant un système similaire, qui inclut
à la fois le don et la prédation, chez les Yanomamis
d'Amérique du Sud.
Deux autres articles ont en commun le "don des personnes",
respectivement, à propos de la mère et de l'enfant.
À partir d'une affirmation de Lévi-Strauss (sur le
rapport mère-enfant, "non normalisé"), M.-B.
Tahon s'interroge sur l'occultation de la mère dans les représentations
de l'anthropologie sociale : la femme n'y apparaissant que comme
la sur ou la fille qu'on donne, et comme l'épouse qu'on prend.
Voulant échapper au réductionnisme naturaliste, le
structuralisme fait de la femme un "signe" et une "valeur"
(jamais un sujet) et construit la mère "dans le hors-lieu,
dans l'utopie". Sur un thème proche (l'adoption) mais
dans une perspective différente, F.-R. Ouellette montre comment
l'État moderne a déconstruit, par la législation
sur l'"adoption plénière", ce que le transfert
de responsabilité sur un enfant pouvait comporter de don
(dimension présente dans la plupart des sociétés
qui le pratiquent). Possiblement parce que la supériorité
symbolique du donateur (la mère biologique) sur les récepteurs
apparaissait incompatible avec la hiérarchie sociale où
ces derniers occupent généralement une place plus
élevée. La mère doit alors nécessairement
devenir "abandonnante" plutôt que donatrice, et
l'État se constitue en donateur par rapport à l'enfant
dont les "besoins" deviennent le motif principal du transfert.
Le même "don de la personne", mais envisagé
sous un tout autre angle, celui du bénévolat, fournit
le thème de la note de recherche d'I. Cellier. Elle montre,
chiffres à l'appui, comment cet ensemble aux contours flous
s'éloigne aujourd'hui considérablement de l'image
de la dame patronnesse : loisirs, santé, économie,
autant de domaines dans lesquels se multiplient des contributions
non rémunérées. Elle souligne également
qu'hommes et femmes possèdent, en ce domaine comme en bien
d'autres, des profils bien distincts.
Un entretien avec Claude Meillassoux, présenté dans
la section Débats, ouvre des horizons sur les liens multiples
qui se nouent entre ces deux rapports économiques apparemment
aux antipodes : le don et le capital.
NOTES
1. Mouvement antiutilitariste en sciences sociales.
2. Il s'agit ici de la réflexion contemporaine sur l'échange
comme tel. L'anthropologie économique marxiste, préoccupée
par l'étude des rapports de production dans les sociétés
primitives, chercha bien sûr ses sources d'inspiration dans
les textes classiques de Marx et d'Engels.
3. M. Duchet a souligné le rôle important qu'ont joué
les "Sauvages américains" pour étayer les
réflexions des philosophes du Siècle des lumières
concernant l'origine et la nature de l'homme (1978 : 210-215). On
voit que les récits de voyages avaient également inspiré
leurs prédécesseurs.
4. Toutes les traductions sont de moi, sauf indication contraire.
5. "Quand le transfert des droits n'est pas mutuel : une seule
des parties transfère, dans l'espoir de gagner par là
l'amitié, ou le service d'un autre, ou de ses amis; ou dans
l'espoir de se mériter une réputation de charité,
ou de magnanimité; ou de libérer son esprit de la
douleur de la compassion; ou dans l'espoir d'une récompense
dans le ciel" (Hobbes 1962 : 106).
6. "La haine [peut provenir] de la difficulté à
rendre de grands bienfaits. Avoir reçu de quelqu'un, dont
nous nous considérons l'égal, de plus grands bienfaits
que ce qu'on peut espérer rendre, incline à un amour
feint; mais réellement à une haine secrète
[...] Car les bienfaits obligent, et l'obligation est la servitude;
et l'obligation qu'on ne peut rendre servitude perpétuelle;
qui est haïe, face à un égal. Mais recevoir des
bienfaits de quelqu'un qu'on considère supérieur entraîne
l'amour [...] et l'acceptation joyeuse que les hommes appellent
la gratitude [...] Aussi recevoir des bienfaits, bien que d'un égal,
ou d'un inférieur, aussi longtemps qu'il y a espoir de rendre
la pareille, dispose à l'amour : car, dans l'intention de
celui qui reçoit, il y a obligation d'aide et de service
mutuel; d'où provient une émulation quant à
celui qui dépassera [l'autre] en bienfaits; la lutte la plus
noble et la plus profitable qui soit" (Hobbes 1962 : 81-82).
7. Sans compter une ambiguïté irréductible,
attribuable au fait qu'il fait varier le sens des mots au cours
d'un même texte (Duchet 1978 : 270-271).
8. Notons que les membres du Voyage de Découvertes aux Terres
Australes (1801-1804), auxquels étaient destinées
les Considérations sur les méthodes à suivre
dans l'observation des peuples sauvages, ne purent tirer de conclusion
bien nette de leurs échanges avec les aborigènes de
Tasmanie, qui firent l'objet de contacts plus prolongés.
D'abord amicaux et heureux de recevoir des présents, ils
s'avérèrent prompts à dérober des bouteilles,
sans jamais rien offrir en retour à leurs visiteurs. En outre,
ils prirent parfois congé de ces derniers avec une grêle
de pierres ou une volée de sagaies... pour revenir le jour
suivant, comme si de rien n'était. Le capitaine Baudin expliqua
leur conduite par "un défaut de mémoire";
l'"anthropologiste" Péron, qui accompagnait l'expédition,
par la "perfidie [...] des hommes dont la civilisation n'a
pas encore adouci le caractère" (Baudin 1978 : 208-211).
9. "La communauté tribale spontanée, ou, si
l'on veut, l'existence à l'état de horde - la communauté
de sang, de langue, de coutumes, etc. - est le premier présupposé
des conditions objectives de leur vie et de l'appropriation des
conditions objectives de leur vie. [...] L'appropriation réelle
par le procès de travail s'effectue sur la base de ces présuppositions
qui ne sont pas elles-mêmes le produit du travail mais apparaissent
comme ses présuppositions naturelles ou divines" (Marx
1970 : 182-183).
RÉFÉRENCES
Baudin N. 1978 "Des naturels que nous trouvions et de leur
conduite envers nous" : 205-217, in J. Copans et J. Jamin (dir.),
Aux origines de l'anthropologie française. Les Mémoires
de la Société des Observateurs de l'Homme en l'an
VIII. Paris : Le Sycomore.
Beaucage P. 1979 "Tendances actuelles de l'anthropologie économique"
: 155-189, in Perspectives anthropologiques (coll.). Montréal
: Éditions du Renouveau pédagogique.
Copans J. et J. Jamin (dir.) 1978 Aux origines de l'anthropologie
française. Les Mémoires de la Société
des Observateurs de l'Homme en l'an VIII. Paris : Le Sycomore.
Duchet M. 1978 Anthropologie et histoire au Siècle des Lumières.
Paris : Flammarion.
Durkheim É. 1960 De la division du travail social. Paris
: Presses Universitaires de France.
Engels F. 1971 L'origine de la famille, de la propriété
privée et de l'État. Paris : Éditions sociales.
Gérando J.-M. de l978 "Considérations sur les
méthodes à suivre dans l'observation des peuples sauvages"
(orig. 1801) : 127-169, in J. Copans et J. Jamin (dir.), Aux origines
de l'anthropologie française. Les Mémoires de la Société
des Observateurs de l'Homme en l'an VIII. Paris : Le Sycomore.
Godbout J.T. et A. Caillé 1992 L'esprit du don. Montréal
: Boréal; Paris : La Découverte.
Godelier M. (dir.) l974 Un domaine contesté : l'anthropologie
économique. Paris : Mouton.
Gras N.S.B. 1959 "Barter" : 468-469, in E.R.A. Seligman
(dir.), Encyclopaedia of the Social Sciences, I. New York : MacMillan.
Hawthorn H.B., C.S. Belshaw et S.M. Jamieson 1958 The Indians of
British Columbia. A Study of Contemporary Social Adjustment. Berkeley
: University of California Press/University of British Columbia.
Hildebrand B. 1922 Nationalökonomie und andere Schriften.
Iéna.
Hobbes T. 1962 Leviathan : or the Matter, Forme and Power of a
Commonwealth Ecclesiastical and Civil. New York : Collier (orig.
1651).
Leach E.-R. 1964 Political Systems of Highland Burma. A Study of
Kachin Social Structure. Londres : Bell.
Leclair E.E. et H.K. Schneider 1968 Economic Anthropology. Readings
in Theory and Analysis. New York : Holt, Rinehart and Winston.
Lévi-Strauss C. 1967 Les structures élémentaires
de la parenté. Paris : Mouton.
Maine H.J.S. 1946 Ancient Law. Oxford : Oxford University Press
(orig. 1861).
- l876 Village Communities in the East and West. Londres : John
Murray.
Malinowski B. 1963 Les Argonautes du Pacifique occidental. Paris
: Gallimard.
Marx K. 1970 "Formes qui précèdent la production
capitaliste" : 180-226, in K. Marx et F. Engels, Sur les sociétés
précapitalistes. Paris : Éditions sociales.
Mauss M. 1960 "Essai sur le don. Forme et raison de l'échange
dans les sociétés archaïques" : 145-279,
in M. Mauss, Sociologie et anthropologie. Paris : Presses Universitaires
de France (orig. 1923-1924).
Ouellette F.-R. et C. Bariteau (dir.) 1994 Entre tradition et universalisme.
Montréal : Institut québécois de recherche
sur la culture.
Rousseau J.-J. 1992 "Discours sur l'origine et les fondements
de l'inégalité parmi les hommes" : 145-257, in
Discours sur les sciences et les arts. Discours sur l'origine et
les fondements de l'inégalité parmi les hommes. Paris
: Flammarion.
Smith A. l973 The Wealth of Nations. Harmondsworth : Penguin.
Tönnies F. 1977 Communauté et société
: catégories fondamentales de la sociologie pure. Paris :
Retz-C.E.P.L.
Pierre Beaucage
Département d'anhropologie
Université de Montéal
C.P. 6128, succ. Centre-ville
Montréal
Québec H3C 3J7
"Retour sur le don", Anthropologie et Sociétés,
Vol. 19-1-2, 1995
Anthropologie et Sociétés
|
|