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Origine : http://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2010-2-page-135.htm
Marie-Jean Sauret, professeur de psychopathologie clinique, université
de Toulouse II, psychanalyste ; 5 rue de Gorp, bât. B, app.
5, F-31000 Toulouse.
« On ne peut se défendre de l’impression que
les hommes se trompent généralement dans leurs évaluations.
Tandis qu’ils s’efforcent d’acquérir à
leur profit la jouissance, le succès ou la richesse, ou qu’ils
les admirent chez autrui, ils sous-estiment en revanche les vraies
valeurs de la vie »Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation,
1929.
Roland Gori m’est apparu une première fois, sans doute
en 1973, pour une intervention critique sur le stade du miroir de
Lacan en réponse à une invitation de Jacques Birouste
et Jean-Pierre Martineau, dans le cadre du dess de psychopathologie,
à Toulouse. Un peu plus tard, j’ai lu sa thèse
d’État, toujours critique, soutenue avec Didier Anzieu,
dans la version publiée chez Dunod en1978, Le corps et le
signe dans l’acte de parole. Mais c’est en 1987, parce
qu’il a accepté de présider le jury de ma propre
thèse d’État, que la rencontre a eu lieu. Après
une discussion mémorable (pour moi) il m’a demandé
un premier article pour Cliniques méditerranéennes,
puis, un peu plus tard, m’a associé à un ouvrage
collectif, L’unité de la psychologie (1989) et m’a
accueilli dans le comité de lecture de sa revue. Après
avoir rencontré le chercheur et l’universitaire, j’ai
suivi le militant, celui qui a créé le siueerpp, le
promoteur de Sauvons la clinique, et enfin l’initiateur, avec
Stephan Chedri, de L’Appel des appels. Roland était
prévenu, disons-le en clair, contre les chercheurs toulousains,
trop marqués par leur engagement politique d’une part,
et psychanalytique d’autre part (beaucoup étaient compagnons
de route du pcf et avaient adhéré à l’ecf
d’autre part – un double handicap dans les années
1980-1990). Il a fallu du temps pour que nous découvrions
réciproquement que ce qui fondait le radicalisme «
toulousain » – et sur quoi nous ne voulions pas céder
– était aussi ce qui décidait l’ouverture
de Roland et son investissement pour une autre psychologie –
qui contribue moins à l’adaptation qu’à
la transformation du monde de la globalisation. Le temps de cette
découverte a été aussi celui de l’évolution
de nos relations vers une amitié exigeante dans laquelle
Marie-José Del Volgo a sa part.
Dans l’impossibilité d’être là
pour fêter le départ de Roland Gori – mais Roland
Gori part-il ? –, j’ai choisi de présenter ici
quelques-unes des questions et réponses relatives à
la viabilité du monde contemporain – dans lequel nous
sommes sollicités, comme chercheurs d’orientation psychanalytique.
Ce travail se tresse aux contributions propres de Roland Gori, de
Marie-José Del Volgo, et de quelques-uns des collègues
et amis qu’il a su mobiliser autour de lui dans ce combat
pour la vie. Je prendrai appui sur deux interventions dans deux
colloques – Nice et Strasbourg – où nous avons
eu l’opportunité de débattre – pour formuler
un certain nombre de thèses autour de l’articulation
du sujet et de la politique.
Pourquoi tout ce tintouin ?
Les publications de Roland Gori sur le thème « politique
et sujet » sont devenues incontournables : après La
science au risque de la psychanalyse, avec Christian Hoffmann ;
Catachrèse : éloge du détournement, avec Yves
Clot ; La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation
de l’existence, avec Marie-José Del Volgo, Roland Gori
et Marie-José Del Volgo ont publié Exilés de
l’intime. Ces ouvrages s’inscrivent dans la liste impressionnante
des parutions dans ce champ… De sorte que l’un des premiers
problèmes que nous ayons à résoudre, après
l’échange de nos analyses respectives, est celui de
leurs conséquences : à quoi nous servirait l’approfondissement
de nos analyses s’il ne devait contribuer (au mieux) qu’à
alimenter le circuit du livre ? Quelle sorte de sujet est impliqué
ici, qui serait capable d’être conséquent avec
lui-même ? « [Le] collectif n’est rien, que le
sujet de l’individuel », écrit Lacan dans l’article
qu’il consacre au « temps logique » (1945). Cette
formule ne constitue-t-elle pas une heureuse interprétation
du sens de nos échanges et n’est-elle pas vérifiée
par le mouvement que Roland Gori a su impulser tant aux niveaux
associatif, politique, que de la réflexion au service de
la clinique ? Les quelques thèses rassemblées ici
me paraissent le fruit de cette logique collective et concourir
à l’intelligence de l’articulation du sujet et
du lien social. Les énumérer participe de la reconnaissance
de dette à l’endroit de la communauté ici évoquée
et de la contribution à la lutte.
Thèse 1 : « L’inconscient, c’est
la politique »
Le sujet qui nous intéresse, c’est le sujet de la
parole : celui-ci ne va pas sans un autre parlant auquel il s’adresse,
et un autre qui garantirait la vérité de ce qui s’échange.
Cette affirmation croise le travail ancien de Roland Gori sur Le
corps et le signe dans l’acte de parole (1978) ou plus récent
de La preuve par la parole (1996).
Le sujet de la parole est tel qu’il n’est que représenté
par et dans le langage – donc, à « être
» comme dit, il y rencontre le manque du « réel
» de son être. Il est, pour cette raison, désirant.
Freud le premier a appelé inconscient le savoir indisponible
du fait de l’essence représentative du langage.
Ce sujet, aux prises avec ce défaut de savoir est lié
à ses semblables par l’articulation signifiante (puisque
« le signifiant représente le sujet pour un autre signifiant
»). Nous appelons lien social, après Lacan, un certain
usage du discours pour faire ainsi tenir les sujets ensemble –
sous la forme de quatre modalités discursives solidaires
: Discours du Maître, de l’Universitaire, de l’Hystérique,
de l’Analyste. Le lien social implique la possibilité
de changer de discours parce que celui-ci serait impuissant à
– ou qu’il serait impossible d’y – traiter
le réel rencontré. Ce réel impossible à
avoir sous aucune forme y est garant de l’incidence de la
castration et de l’impossible du rapport sexuel.
La structure du sujet parlant, la situation de l’inconscient,
et la matrice du lien social s’écrivent de la même
façon dans l’algèbre lacanienne : S1/$ ? S2/a
(« le signifiant S1 représente le sujet $ pour un autre
signifiant S2 », tandis que a écrit ce qui du sujet
ne s’attrape pas par les moyens du langage). C’est suffisant
pour conclure sur notre première thèse, déjà
formulée par Lacan : « L’inconscient, c’est
la politique. » Celle-ci prend à contre-pied ce que
nous constatons depuis les rapports de l’inserm jusqu’aux
déclarations en matière de politique de santé
en passant par l’évaluation technoscientifique des
psychologies : l’éradication du singulier et, justement,
« l’exil de l’intime ».
Thèse 2 : « L’Autre transmet au sujet
les conditions de son effectuation »
En un sens, le sujet naît deux fois. Une fois comme vivant,
une fois comme parlant. Et il naît au langage, hétéronome
: il doit consentir à l’aliénation au langage.
Seulement – c’est la thèse, l’Autre par
lequel le langage vient au sujet transmet à ce dernier les
conditions de son effectuation – soit de sa relative autonomie,
ou dans nos termes, de la séparation (Freud voyait dans l’émancipation
des enfants le plus grand pas qu’ils aient à effectuer
pour la civilisation). En ce sens pas de sujet qui ne demande son
être en défaut à l’Autre dont il hérite
ou qu’il fabrique ; mais cet Autre est incapable de lui dicter
ce qu’il doit faire de sa réponse – indétermination
constitutive du sujet de l’acte.
Les « ontologies » (les théories de l’être
implicites ou explicites du shamanisme, de l’animisme –
s’il existe –, des religions, des philosophies et sans
doute de bien d’autres idéologies) sont les premières
réponses construites et adoptées collectivement à
la question de ce qu’est l’humain. Elles sont imputées
à l’Autre susceptible d’en garantir la vérité
et l’autorité par les hommes, spontanément hétéronomes,
répétons-le. Ces ontologies ont fourni les éléments
de la structure et les mots dont les humains ont eu « besoin
» pour s’effectuer (savoir, trou dans le savoir, conception
de la jouissance et de son défaut, justification de son défaut
par l’interdit, etc.), parce que les dits humains les y ont
préalablement logés. Sans cette transmission, les
humains n’auraient pas échappé à l’ontologie
native (au shamanisme) – laquelle les aurait maintenus dans
une position impensable quasi psychotique (Geza Roheim).
Ainsi, au plan historique, la possibilité d’échapper
à la loi de l’Autre dans la création, c’est-à-dire
l’avènement de l’autonomie, débouche sur
une communauté composée de sujets qui n’ont,
chacun, aucun titre à gouverner et aucun titre à être
gouverné (ni la force, ni l’argent, ni l’intelligence,
ni la sagesse, ni l’âge…). L’accueil et
la prise en compte de cette dimension conduisent à la démocratie
et à l’invention inégalitaire de la politique
comme principe d’organisation de la vie collective : dès
lors, la démocratie n’est pas la représentativité
(parler d’État démocratique est un oxymore)
mais la critique de la politique dans une société
dont les citoyens sont ainsi fabriqués (Rancière).
Ce que Freud enregistre : gouverner est une tâche impossible.
Thèse 3 : Pas de sujet ni de lien social sans autorité,
mais pas d’autorité si celle-ci est garantie par quelque
pouvoir que ce soit…
La transmission des conditions du sujet exige une conception de
l’autorité antinomique avec le pouvoir (au moins de
l’une des acceptions du pouvoir) : la reconnaissance et l’exercice
de l’autorité impliquent le consentement du sujet à
ne pas se servir du pouvoir dont il est éventuellement capable.
On se souvient que Freud fonde la naissance de la civilisation sur
la substitution du droit à la force. Cependant, d’une
part cette métaphore n’est pas réalisée
une fois pour toutes, et d’autre part, du fait même
d’être une métaphore, elle comporte un reste
de violence irreprésentable : chacun doit y faire face en
refaisant lui-même le pas par lequel l’humanité
s’est humanisée (avec l’œdipe, le sujet
s’approprie la logique inaugurée par la horde primitive
; en ce sens, « l’ontogenèse répète
la phylogenèse »).
Ce renoncement au pouvoir et le refoulement corrélatif de
la violence sont réalisés au profit précisément
du respect de l’autorité, ainsi constituée,
de celui auquel on la reconnaît. Hannah Arendt a montré
comment cette autorité, abandonnée aux hommes par
les dieux, reste d’abord garantie par eux et la tradition
qui s’en instaure. La garantie est donc le nom donné
à l’absence de pouvoir susceptible d’imposer
une autorité – que ce soit le pouvoir de la force militaire,
de l’argent, ou de la démonstration scientifique. Ainsi
que Lacan l’a perçu, les dieux sont le nom d’un
réel : ils font garantie de l’absence de garantie.
Autant dire que notre éventuel « athéisme »
est attendu à ce point.
Thèse 4 : Deux solutions au lien du sujet avec les
autres : la solution par le père, religieuse, ou la solution
par le sinthome
L’opposition entre aliénation et séparation,
entre pouvoir et autorité, entre politique et démocratie,
se retrouve au niveau de la garantie elle-même – entre
orthodoxie et hérésie : Lacan enregistre cette tension
dans son séminaire où il fait équivoquer le
terme d’hérésie avec les initiales des trois
dimensions constitutives du sujet – R pour Réel, S
pour Symbolique, I pour Imaginaire. Et de fait deux modalités
de nouage de ces dimensions se présentent : soit par l’Autre,
dieu ou la fonction paternelle (l’œdipe) – autant
dire religieuse, universelle ou névrotique –, ou «
qui soit du sujet », par le symptôme. À dire
vrai, la thèse redouble celle déjà rencontrée
de la relative indétermination du sujet, indétermination
qui lui confère la responsabilité de sa position subjective
et de ses choix, et sans laquelle il n’est pas d’acte
pensable. C’est du fait de ce qu’il est comme réel,
trou dans le savoir, que le sujet peut échapper à
la suggestion de l’Autre, nourrir l’objection à
l’orthodoxie, adopter la solution à son lien à
l’Autre par le sinthome, et développer une rationalité
nouvelle qui aille contre les ontologies.
Thèse 5 : La solution par le sinthome préserve
les deux dimensions de la singularité et du « vivre
ensemble » pour un sujet potentiellement acteur du lien social
Il est possible de distinguer les époques selon que le primat
est accordé à la solution par l’Autre, par le
symptôme ou par le sinthome. Il convient cependant ne pas
oublier que les dieux devaient garantir les conditions du processus
d’humanisation : d’où le fait que leur domination
soit également l’époque du « souci de
soi », d’une certaine conception du soin psychique et
de la psychothérapie. Mais il conviendra de ne pas oublier
davantage que la confiance dans le sinthome n’est pas le choix
du solipsisme, de l’autarcie, de l’individualisme ou
du narcissisme, mais bel et bien d’une modalité de
lien aux autres dont le sujet soit l’agent.
Il est possible de se représenter le champ de l’Autre
du langage, dans lequel le sujet naît et avec lequel il doit
fabriquer du lien social, sous la forme d’un carré
dont un coin est occupé par la figure de l’Autre (Pierre
Bruno) : celle par qui le langage vient au sujet, mais aussi des
figures auxquelles le sujet tentera de remettre la garantie de la
vérité, la raison de ses actes, et qu’il rendra
responsable de ses manques. Bref, avec l’Autre, le sujet cherche
à se débarrasser de la charge de son indétermination
(« servitude volontaire ») et à guérir
du manque – ce qui constitue sa « névrose ».
En un mot, le sujet veut que l’Autre soit à sa disposition,
il veut jouir de lui.
Mais ce qui demeure tout aussi vrai, c’est que le sujet,
dont nous pouvons figurer l’entrée dans le champ en
l’inscrivant sur le coin diagonalement opposé, ne veut
pas être joui par l’Autre, il ne veut pas, lui, être
à la disposition de l’Autre. C’est le symptôme
qu’il interpose entre l’autre et lui qui assure cette
dissymétrie de la structure : par là le sujet préserve
sa singularité en même temps que le lien à l’Autre,
en évitant l’écueil du à chacun sa vérité,
sa liberté, sa jouissance, d’un côté,
et, de l’autre côté, le renoncement à
cette singularité au profit de l’adaptation, de l’assimilation,
de l’accommodation, de l’intégration, pour être
accepté par l’autre, par exemple. C’est ce symptôme
qu’une psychanalyse contribue à réduire à
ce qu’il a d’irréductible – le sinthome.
Thèse 6 : Tout regroupement de sujets, s’il
constitue bien une forme du social, ne fait pas « lien »
proprement dit
Ainsi de la horde et de la foule freudiennes, de l’Église
et de l’armée, mais on pourrait ajouter la prison,
la secte, le club de supporters, etc. : le social implique le malaise
dans la civilisation, il repose sur l’identification à
une figure d’autorité ou à un élément
signifiant, il s’accompagne d’une jouissance partagée
ou au moins de la même conception, d’une interprétation
du déficit de jouissance – et même d’une
désignation du voleur de jouissance et du bouc émissaire
qui viennent renforcer le sentiment communautaire. Mais, loin d’impliquer
la possibilité de changer de forme de regroupement, il repose
sur l’hypothèse de sa propre stabilité (qu’elle
ait la structure éventuelle de l’un des quatre discours
importe peu : sur le mode du couple tyran et esclave, pédagogue
et élève, hystérique et maître)…
Le lien social suppose la symbolisation de la soustraction de jouissance
secondaire au fait de parler : l’opération castration.
Il suppose encore d’entériner, certes sans le savoir,
qu’il n’est pas de relation naturelle entre chacun et
chacun, entre une femme et un homme – ce que Lacan formule
de son « il n’y a pas de rapport sexuel » –
telle que une femme ou un homme trouve confirmation et garantie
de ce qu’il est dans la rencontre de l’autre. Le lien
social vient à la place du rapport qu’il n’y
a pas – il procède donc du semblant de rapport. Concrètement
il exploite la possibilité de faire fonctionner comme semblant
le sujet lui-même, le signifiant maître, le savoir et
l’objet, ce qui permet de distinguer les quatre modalités
de discours. Nous savons que ces quatre modalités conditionnent
la possibilité de changer de discours et dès lors
l’existence elle-même du lien social. Par là
le lien social se distingue précisément du «
social » dont Freud a précisé la théorie
avec « Psychologie collective et analyse du moi ».
Thèse 7 : L’abandon de la suggestion, qui
permet l’avènement de la psychanalyse, répète
le pas qui va de l’hétéronomie à l’autonomie
La « soumission volontaire » (La Boétie), la
suggestion, l’hypnose, exploitent l’hétéronomie
– jusque dans le transfert. La médecine et la psychothérapie
héritent de la place des dieux et de l’efficacité
symbolique qui va avec. La psychanalyse rompt et avec l’hypnose
et avec la suggestion – s’appuyant sur le transfert
pour rendre au sujet la capacité de choisir le symptôme
« contre » l’Autre. La psychanalyse est rendue
possible par l’avènement de la science moderne venue
disqualifier les ontologies. Les sujets ont eu à prendre
sur eux la réponse à la question de ce qu’ils
étaient – laissés en plan par la religion. Les
dieux désertent le ciel et la solution religieuse est rapatriée
dans l’intime : le sujet garantit sa dépendance du
langage par la figure d’autorité qu’il a sous
la main, le père. La névrose est une religion privée.
Or tout semble aller aujourd’hui à l’inverse
de ce mouvement : cf. « De l’extension sociale de la
norme à l’inservitude volontaire » – toujours
Roland Gori.
Thèse 8 : Le mariage du scientisme et du marché
impose au sujet de nouvelles conditions pour sa survie
L’époque moderne est caractérisée par
le fait que tout passe à la moulinette du chiffrable et du
calculable – y compris, utilitarisme aidant, les relations
entre les individus. La science et le marché, recrutant l’utilitarisme,
se conjuguent sous la forme de l’idéologie néolibérale.
Il s’ensuit une faillite de la fonction d’autorité
et l’indisponibilité de la castration pour les sujets
qui se laissent suggestionner : et nous sommes bien obligés
d’admettre que, pour survivre, le sujet doive accommoder son
fonctionnement psychique aux nouvelles conditions qui lui sont faites.
Cela ne signifie pas, au moins dans mon esprit, que surgit une nouvelle
catégorie « structurale » à côté
des névroses, des psychoses et des perversions. Sur ce point,
la réponse des auteurs varie : les uns postulent une «
nouvelle économie psychique » dont le paradigme pourrait
être fourni par les états limites, d’autres et
parfois les mêmes voient dans la réponse des sujets
un analogon de la perversion polymorphe, d’autres encore postulent
un déplacement du centre de gravité depuis la névrose
jusqu’à la perversion voire la psychose. Sur ce point
le chantier est à poursuivre.
Thèse 9 : Les conceptions du sujet développées
par les membres d’une communauté humaine informent
leur psychologie
La conception de l’humain, du lien social et de la politique,
à l’époque du néolibéralisme,
cumule les effets anthropologiques. Sans doute les éléments
rassemblés pour la rendre lisible font-ils double emploi
avec certains aspects des thèses déjà évoquées.
J’énumère :
la science a disqualifié les grands récits, ceux
qui participaient de la transmission des éléments
dont l’humain a besoin pour s’effectuer et penser le
monde ;
à la place domine l’idéologie scientiste :
demain on expliquera tout, demain on comprendra tout, demain on
fabriquera tout, demain on jouira de tout ;
l’autorité de la fonction paternelle est laminée
au profit du pouvoir de la rationalité scientifique ; et
l’opération castration est disqualifiée par
une promesse de jouissance sans limite – fin des moyens de
la névrose pour celui qui se laisse suggestionner ; la jouissance
est retraitée pour être absolument consommable (cigarettes
sans tabac, alcool sans alcool, sexualité sans sexe, etc.).
le capitalisme ne se contente pas d’être un système
économique : il s’agit d’une véritable
civilisation qui sécrète son anthropologie (Roland
Gori, Marie-José Del Volgo, Christian Laval) : le nouvel
humain est une machine performante de même nature que les
objets qu’il fabrique et qui sont susceptibles de le compléter
ou de le guérir du manque ; ses dysfonctionnements s’évaluent
quantitativement comme autant de troubles de la performance ; la
santé se confond avec le régime du moteur ; l’individu
s’apprécie à son utilité pour le système,
etc.
du coup les symptômes sont réinterprétés,
certes, en fonction de la nouvelle grille ; mais si le sujet est
bien ce qu’en dit la psychanalyse, on doit voir apparaître
de nouveaux symptômes, indices de la protestation des sujets
contre l’idéologie néolibérale : ce qui
semble être le cas avec les pathologies de la consommation
et de l’ennui, et avec toutes les modalités d’échappatoire
(du sdf au suicide) en forte augmentation aujourd’hui (il
s’agit de symptômes nouveaux moins dans leur enveloppe
formelle que par la logique dans laquelle ils s’inscrivent)…
il existe une difficulté particulière ici qui semble
diviser les analystes : les uns pensent que rien n’a changé
sinon l’analyse fautive du lien social et des pathologies
par les dirigeants ; il suffirait de dénoncer les thèses
fausses telles que : « 1) la dépression existe ; 2)
c’est une maladie ; 3) elle ne cesse de gagner du terrain
dans la société au point d’être devenue
un problème de santé publique ; 4) elle est donc à
soigner de toute urgence ; 5) elle se soigne par la médication
et le conditionnement ; 6) la dépression n’a pas de
dimension existentielle ; 7) la psychanalyse n’est pas un
recours possible »… D’autres remarquent que la
dénonciation de ces thèses ne construit pas pour autant
une critique juste. La position du sujet se situe d’un rapport
au savoir (Lacan) : et si le savoir change, notamment en matière
d’idéologie de la dépression, alors il faut
bien compter sur les conséquences de cette modification,
surtout quand ce savoir vise au formatage des individus qui en dépendent.
Certes le sujet fonctionne toujours de la même façon,
mais s’il ne croit pas en l’inconscient, il a beau en
être affecté, il ne s’adressera pas au psychanalyste,
il sera prompt à incriminer l’autre de la biologie,
de la famille, de l’histoire, de la société,
et rejoindra le véritable croyant et le Japonais inanalysables
de Lacan. Et les choses se compliquent encore plus s’il s’est
laissé suggestionner par le scientisme au point d’abandonner
l’appui légitime qu’il doit au langage…
Dans les faits, on doit s’attendre au retour dans le réel
de ce qui est impensable du fait de cette double forclusion (voir
ci-après : rejet de l’inconscient, rejet de la castration
par le discours capitaliste).
Lacan caractérise le discours capitaliste par la forclusion
de la castration et par le rejet des choses de l’amour ; rien
d’étonnant à ce que reviennent dans le réel
de nouveaux comportements entre les hommes et les femmes (par exemple
la vie chacun chez soi, la démultiplication d’une chambre
par individu quand on a les moyens au détriment de la chambre
conjugale, l’adoption du célibat par un grand nombre,
le ravalement du génital sur l’oral) ; rien d’étonnant
à ce que des figures de l’Autre se dissimulent derrière
le succès des sectes ou les engouements politiques pour ceux
qui agitent la manière forte. Rien d’étonnant
à ce que la faillite des histoires et du semblant laisse
la place au mensonge généralisé et aux storytelling.
Rien d’étonnant à ce que la névrose,
religion privée disqualifiée, fasse son retour dans
l’instrumentation politique du religieux contre la laïcité,
l’éthique, la démocratie. Enfin sans doute convient-il
de voir la marque la plus sûre de la domination de l’évaluation
dans la pratique du benchmarking : l’autoévaluation
– depuis le culte de la performance qui pousse chacun à
courir et peaufiner son corps, jusqu’aux compétitions
en tout genre, compétition économique y comprise.
Et chacun trouve normal que le plus faible disparaisse : alors même
que dans une course, le dernier fait encore partie de la course
– sinon il n’y a plus de course. Ce n’est plus
du sport, ce sont les jeux de Rome version élimination du
« maillon faible » !
C’est à ce point que se greffent les processus d’exclusion
(sdf, sdp, précarité, chômage, etc.) et leurs
conséquences subjectives – parmi lesquelles la privation
de fondements anthropologiques (le travail), la dévalorisation
de la vie, et, au bout du compte, la « déspécification
» de l’humain divisé entre les nantis toujours
plus nantis et les déchets toujours plus rejetés (Robert
Castel).
Thèse 10 : « La psychanalyse, notait Freud,
est ennemie de la civilisation » : l’époque moderne
n’est plus celle de Freud et de Lacan, qui ont extrait les
solutions de la névrose et le sinthome face aux attaques
de la civilisation contre le sujet, mais celle de la traque du sinthome
lui-même
Si nous partageons l’analyse lacanienne du rapport de la
psychanalyse au monde, nous n’appartenons ni à l’époque
de Freud, ni à celle de Lacan. Je m’appuie sur un fragment
d’une intervention de Lacan que je m’excuse de citer
longuement.
« Le réel, c’est très évidemment
pour nous, à l’usage, ce qui est antinomique au sens,
ce qui s’oppose au sens comme le Zéro s’oppose
au Un. Le réel, c’est strictement ce qui n’a
pas de sens. C’est bien pour quoi notre interprétation
est quelque chose qui n’a à faire avec le réel
que pour autant que nous la dosons. Nous la dosons et la limitons
à la réduction du symptôme. Il y a des symptômes
qu’on ne réduit pas, c’est absolument certain,
et nommément entre autres la psychanalyse. La psychanalyse
est un symptôme, un symptôme social, et c’est
ainsi qu’il convient de connoter son existence. Si la psychanalyse
n’est pas un symptôme, je ne vois absolument pas ce
qui fait qu’elle est apparue si tard. Elle est apparue si
tard dans la mesure où il faut bien que quelque chose se
conserve (sans doute parce que c’est en danger) d’un
certain rapport à la substance, à la substance de
l’être humain. » La psychanalyse est inventée
comme symptôme du danger qui pèse sur la substance
de l’être humain à une certaine époque,
et comme moyen de perpétuer ce que le rapport à cette
substance présente d’irréductible précisément
: la psychanalyse vole, quoi qu’on en dise, et ainsi que Lacan
l’a noté par ailleurs, au secours des solutions apportées
d’abord par la religion et du père au service du processus
d’humanisation.
Lacan, ensuite, en a extrait cela seul qui permettrait de se passer
du père pour un véritable athéisme : le sinthome.
Il a introduit un savoir nouveau sur le lien entre destin singulier
et symptôme…, lequel, conformément à notre
thèse précédente, contribue à un nouveau
destin de l’humanité – qu’elle a à
choisir. En un sens, l’analysant sait que la vie n’a
pas de sens, sauf un : celui qu’il lui aura donné du
fait de se nouer aux autres via son symptôme. Pendant un temps,
cette conception et l’expérience de la cure ont de
fait changé la « psychopathologie de la vie quotidienne
», l’appréhension de la souffrance psychique
et jusqu’à la psychiatrie et ses théories.
Pourtant ce constat ne contient-il pas en germe une distinction
à noter entre le temps de Lacan et le nôtre ? Sans
doute le temps de Lacan est-il celui de la dégradation de
l’imago paternelle, de l’humiliation du père.
Là où Freud changeait la donne pour l’économie
psychique des sujets en exhumant le complexe d’Œdipe,
Lacan procède à un nouveau changement en isolant l’identification
au sinthome comme façon désormais de se passer du
père (« à condition de s’en servir »).
D’où ma question en forme de thèse : appartenons-nous
toujours au même temps ?
Sommes-nous encore de l’époque de l’humiliation
du père et des embarras de l’autorité qui en
découlent ? Ou devons-nous convenir que, tirant en quelque
sorte la leçon de l’apport lacanien, l’époque
est celle d’une atteinte systématique à la fonction
du sinthome ?
La remarque sur la fin des grands récits oblige à
porter notre attention sur ce qui semble les suppléer. Le
recours massif à la technoscience ou l’idéologie
d’une communication généralisée articulée
autour d’un système cybernétique incluant toutes
les sphères possibles de la connaissance constituent de fait
une nouvelle modalité du refus de savoir : l’idée
même d’un impossible à savoir, d’un irréductible
au savoir et a fortiori d’un « je n’en veux rien
savoir », est forclose. Or, répétons-le, c’est
de son rapport au savoir que le sujet se situe. Autant dire qu’une
telle conception du savoir ne laisse aucune chance à l’objection
qu’est le sujet, l’objection soutenue par le symptôme
: par là semble passer désormais une attaque systématique
– contre le symptôme au sens psychanalytique, et en
particulier contre sa face de solution (sinthome). À condition
que cette solution soit un minimum viable. Là entre en jeu
le storytelling comme entreprise d’historisation de la vie
par « virtualisation » du réel, suspension de
la crédulité, capture de la croyance, suggestion d’un
destin, etc.
Lacan a annoncé lui-même la reddition du discours
analytique au service du discours capitaliste. Et, de fait, le marketing
moderne prend acte, à la fois, de ce que le processus d’humanisation
passe par la mise de la vie en récit, et de l’effondrement
des grands récits. Cet effondrement résulte donc de
la faillite des ontologies et de la vérité qui va
avec sous les coups de boutoir de la science, de l’exigence
de changements rapides pour s’adapter au rythme imposé
par la technoscience et le marché… Les agents du capitalisme
instrumentent délibérément de petits récits
utiles et efficaces, et clairement faux – aux fins de formater
les moi, exploiter y compris commercialement les émotions,
araser les singularités, construire une prison discursive
autrement plus fiable que toutes celles que nous connaissons par
ailleurs… Le maître du discours, place où s’épanouit
le paranoïaque, propage un « mentir faux » (versus
Aragon) façon collection « Arlequin » généralisée,
« arme de distraction massive » (Salmon) du néolibéralisme.
Ce « mentir faux » est empiriquement validé
dans des domaines aussi différents que la quête d’une
spiritualité, l’acquisition d’une stratégie
pour obtenir une bourse, la résolution de conflits, la perte
de poids et l’arrêt du tabac, la guérison de
traumatismes, la gestion de l’entreprise, les campagnes publicitaires
et électorales, la préparation des populations et
l’entraînement des armées à la guerre,
la capture des salariés dans les objectifs de la société,
l’augmentation des rythmes de travail et l’accroissement
de la production…
Sont enrôlés, dans cette construction, à la
suite d’Edward Bernays, le neveu de Freud, aussi bien malgré
eux, Todorov et sa « narratologie », Genette, Propp,
Lyotard, Barthes et même Lacan… Nous avons ri du chocolat
sans chocolat, de l’alcool sans alcool, du sexe sans sexe
– et de tous les ravalements de la jouissance à des
figures consommables sans danger, voici venir la psychanalyse sans
sinthome. C’est elle que nous avons la charge et la responsabilité
de supplémenter : non pas en soi pour qu’elle survive,
mais parce que quelque chose de l’homme est en danger…
Il n’est pas étonnant que privé de l’appui
du sinthome, la protestation du sujet moderne se réalise
de plus en plus dans le suicide : comme s’il s’agissait
de sauver son existence contre l’être formaté
par le néolibéralisme. Là encore, Lacan avait
anticipé le phénomène : « La liberté
de l’homme s’inscrit toute dans le triangle constituant
de la renonciation qu’il impose au désir de l’autre
par la menace de la mort pour la jouissance des fruits de son servage,
– du sacrifice consenti de sa vie pour les raisons qui donnent
à la vie humaine sa mesure, – et du renoncement suicide
du vaincu frustrant de sa victoire le maître qu’il abandonne
à son inhumaine solitude. »
Épilogue : logique collective
La liste des thèses n’est pas exhaustive, et la logique
de leur articulation demande à être précisée.
Au point où nous en sommes, il convient de rassembler les
moyens que nous avons de faire face à un système que
nous habitons et qui œuvre à l’éradication
de la singularité (et des pratiques et théories comme
la psychanalyse, qui vont avec) parce qu’elle est le nom de
l’incompatibilité du sujet avec le monde néolibéral.
Il est donc urgent de poursuivre l’affinement de nos analyses
et de leur diffusion : la déconstruction de la logique du
système est le premier moyen de permettre à d’aucuns
de mettre un mot sur ce qu’ils observent, qu’ils éprouvent,
qu’ils vivent – tel est à mon sens à quoi
L’Appel des appels s’efforce de contribuer.
Il est urgent de soigner l’élaboration et la transmission
des concepts dont nous avons besoin pour ce faire. « Faisons-le
sérieusement[1] ! »
Il est urgent de mobiliser, sans exclusive et sans réflexe
particulariste qui nous remettrait dans la logique du moment, toutes
les bonnes volontés.
Nous devons renoncer aux moyens des adversaires de la singularité
pour les combattre – c’est-à-dire renoncer aux
moyens du pouvoir. On pourra accuser de naïveté celui
qui ne recourt pas aux moyens politiciens pour occuper le terrain
politique. Mais se ranger sous les signifiants du pouvoir et de
la ruse, la leçon est également clinique, présente
un risque : nul ne sait ce qui de son inconscient ne demande qu’à
participer du pouvoir, de la guerre et bénéficier
des avantages du monde ennemi de la singularité. La pulsion
de mort qui nous habite vise à sa désintrication comme
chez les autres, et nous subissons le formatage du néolibéralisme,
sans parler de ce que nous ignorons de nos refoulements respectifs.
Je passe sur les leçons de l’histoire à cet
endroit qui a vu les pays dits démocratiques collaborer avec
les tyrans en Corée, en Irak, en Afghanistan, en Iran, en
Afrique centrale, au Tchad, etc., au prétexte de lutter contre
le terrorisme international : et celui-ci a trouvé dans cette
complicité quasiment un second souffle !
Enfin, nous devons parier sur notre pratique de clinicien, faire
savoir ce qui s’y fait, démontrer les logiques à
l’œuvre et les bénéfices obtenus. Loin
d’avoir à rougir de notre travail avec ceux que d’autres
considèrent comme des handicapés incapables de langage
et de la moindre performance (autistes, psychotiques déclenchés,
déments, etc.), d’où vient que nous n’arrivions
pas nous-mêmes à valoriser la qualité du lien
social que nous contribuons parfois à créer et où
nous recueillons les manifestations subjectives, même ténues,
que la psychanalyse y suscite et y accueille ?
Je me suis interrogé sur une remarque de Marie-José
Del Volgo qui m’a renvoyé un jour, très justement,
que je racontais des histoires. Ma présentation d’aujourd’hui
tient plus du PowerPoint et de la check-list. Mais justement, nous
aussi, nous avons nos histoires : il ne s’agit pas d’abandonner
les histoires au storytelling. Simplement nous avons à promouvoir,
en contrepoint, le « mentir vrai » d’Aragon. Deux
courtes vignettes pour marquer la distance du « mentir vrai
» au « mentir faux ».
Après une analyse de plusieurs années, qui ne l’a
pas réveillé, un homme est venu chez moi. Très
vite il a pris la décision de candidater à un poste
très élevé de la très grosse entreprise
nationale dans laquelle il travaillait, et de s’inscrire dans
un cours de théâtre. Il a obtenu l’un et l’autre.
Depuis, il proteste contre l’analyse qui l’a amené
à ce point où il a choisi de s’affranchir d’un
destin tracé en prenant le risque de la création.
C’est pourtant sur ce réel-là que peut seulement
se briser la clinique de fiction. Ainsi d’Antonin Scalia (c’est
l’autre vignette), un juge à la Cour suprême
des États-Unis (chargé du respect de la Constitution),
qui justifie la torture en se fondant, non sur un commentaire de
la loi, mais sur l’exemple de Jack Bauer dans la deuxième
saison de la série 24 heures chrono ! Je le cite : «
Jack Bauer a sauvé Los Angeles, il a sauvé des centaines
de milliers de vies. Allez-vous condamner Jack Bauer ? Je ne le
pense pas. Ainsi la question est vraiment de savoir si nous croyons
en ces absolus. Et nous devons y croire. »
Exploiter cette preuve par la clinique supposerait que les analystes,
malgré leurs conceptions différentes, et au lieu de
disqualifier l’autre par avance, au nom d’une morale
de chapelle déguisée en fausse éthique, acceptent
de s’expliquer et de reconnaître ce qui se passe réellement.
Est-il une autre façon de maintenir et de faire fonds sur
le réel de la clinique ? La civilisation actuelle, en pariant
sur le scientisme, fait la part belle à la pulsion de mort,
et en précarisant la machine humaine, retourne la civilisation,
inventée pour traiter la précarité ontologique
de l’humain, contre elle-même. Il se pourrait bien que
nous n’ayons pour faire face que notre clinique (et ses leçons)
et plus autant de temps que l’accord de Copenhague (décembre
2009) entre les nations onusiennes fait mime de le rêver…
Oui, Roland Gori : le travail que tu impulses doit continuer…
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Notes
[1] Lacan justifie sa dénonciation du discours capitaliste
comme responsable de la misère par le fait qu’il puisse
le faire sérieusement. Il y a un risque, en effet, à
contrer : « à le dénoncer, je le renforce »
(Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p. 518).
Résumé
Après un bref rappel de la façon dont la route de
l’auteur et celle de Roland Gori se sont croisées,
l’article récapitule quelques-unes des thèses
qui orientent ou découlent des travaux portant sur l’articulation
du sujet et du lien social – non sans indiquer en quoi elles
participent, à l’occasion du travail de Roland Gori
et Marie-José Del Volgo. L’énumération
prend son départ dans la conception que la psychanalyse fournit
du sujet de la parole, du lien social comme relevant d’un
certain usage du discours pour faire tenir lesdits sujets ensemble,
et de la distinction avec d’autres modalités du social…
Elle situe l’enjeu de la place accordée à l’indétermination
du sujet comme condition de l’acte, ainsi que la fonction
du symptôme comme solution subjective pour lier la singularité
dans un « vivre ensemble ». Elle invite à prendre
la mesure de la mutation anthropologique qu’entraînent
les changements imposés par les transformations du savoir
– et notamment l’avènement du scientisme et de
sa collusion néolibérale avec le marché. L’objectif
étant, à terme, de contribuer à la discussion
des moyens à notre disposition comme à mettre en œuvre
– véritable politique qui requiert une logique collective
– pour un renouvellement viable du lien social.
Marie-Jean Sauret « L'évaluation d'un parcours »,
Cliniques méditerranéennes 2/2010 (n° 82), p.
135-151.
http://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2010-2-page-135.htm
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