|
Origine : http://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2008-1-page-47.htm
Les exclus de l’intime => Cf. R. Gori, M.-J. Del Volgo, Exilés
de l’intime. La médecine et la psychiatrie au service
du nouvel ordre économique, Paris, Denoël, 2008.
Roland Gori, psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique
à l’Université d’Aix-Marseille, 101 rue
Sylvabelle F-13006 Marseille.
« C’est la question du trouble, c’est la question
du désordre, c’est la question du danger, qui se trouve,
par la décision administrative posée au psychiatre.
[…] L’analyse, l’investigation, le quadrillage
psychiatrique vont tendre à se déplacer de ce que
pense le malade vers ce qu’il fait, de ce qu’il est
capable de comprendre à ce qu’il est susceptible de
commettre, de ce qu’il peut consciemment vouloir à
ce qui pourrait se produire en lui d’involontaire dans son
comportement [1]. »
Dans une conférence à l’Évolution psychiatrique
en octobre 2003, Georges Lantéri-Laura [2] remarquait que
« la psychiatrie post-moderne restera incertaine sur la délimitation
de son champ et la demande sociale se fera de plus en plus étendue
et de plus en plus exigeante, sans véritable principe d’inclusion
ni d’exclusion. » L’analyse historique des grands
paradigmes de la psychiatrie à laquelle se livre Georges
Lantéri-Laura rejoint indirectement les travaux de Michel
Foucault et de Robert Castel.
Quand bien même c’est d’un autre point de vue
que Georges Lantéri-Laura se place, son panorama historique
montre à quel point « la psychopathologie est un fait
de civilisation [3] ». J’entends par là, à
la suite de Michel Foucault, que la psychiatrie ne constitue pas
seulement une pratique professionnelle ou une rationalité
scientifique, mais procède aussi d’une pratique sociale
qui participe au gouvernement des conduites et au contrôle
des populations.
Dans notre culture démocratique et libérale, les
pratiques de gouvernementalité des individus tendent à
se prévaloir des connaissances scientifiques pour dépister,
prévenir et traiter les risques. Michel Foucault a montré
qu’à partir du xviiie siècle, apparaît
de manière décisive l’espoir de trouver dans
les sciences, et plus particulièrement dans la médecine
une rationalité sanitaire à même de fonder une
éthique sécuritaire dont la « médicalisation
» actuelle de l’existence constitue un aboutissement.
La médecine, la psychiatrie et la psychologie participent
au nom de la santé publique transformée en véritable
salut religieux à nous dire comment il faut nous comporter
dans tous les aspects de notre vie quotidienne pour bien nous porter
[4] en étendant à l’infini le contrôle
médical des populations.
Dans ce que j’appelle une « civilisation médico-économique
de l’humain [5]» les diagnostics et les traitements
psychiatriques constituent un enjeu et un opérateur essentiel
de ces pratiques de normalisation sociale accomplies au nom de la
raison médicale. En effet, les diagnostics et les traitements
psychopathologiques construisent une définition des normes
et des déviances comportementales. C’est-à-dire
que les diagnostics et les traitements psychiatriques fabriquent
un sujet éthique et des normes d’individuation sociales
qui viennent spécifier selon moi ce que j’appelle le
style anthropologique d’une culture.
Depuis vingt-cinq ans que le savoir psychiatrique du DSM ne cesse
de se transformer en simple catalogue de troubles du comportement
étendus à l’infini et qui dérangent,
à quelle mutation anthropologique des normes avons-nous affaire
?
Depuis vingt-cinq ans que les pratiques psychopathologiques tendent
à se transformer en simple gestion de populations à
risque ou en pure administration sociale de troubles du comportement
qui dérangent, à quelle culture avons-nous affaire
?
De quelle « niche écologique » sortent ces savoirs
et ces pratiques psychopathologiques bien plus « psychiatricides
» selon moi que ne le furent en leur temps les travaux de
Michel Foucault sur « l’histoire de la folie »
ou de Robert Castel sur « la société psychiatrique
avancée ». Des bureaucrates et des technocrates de
la santé mentale ont détruit plus sûrement la
psychiatrie que n’ont pu le faire les critiques philosophiques
de Michel Foucault ou celles sociologiques de Robert Castel.
Il faut dire que l’enjeu est de taille car la gestion de
la santé mentale par le pouvoir biopolitique constitue le
lieu même de sa légitimité, légitimité
au nom de laquelle il organise des opérations d’exclusion
et d’inclusion des populations. Ici la politique se fonde
sur des principes de biosocialité.
L’hôpital en tant qu’instance sociale et institution
de soin vient se situer tout au long de son histoire en lieu et
place des xénones, c’est-à-dire de ces lieux
d’accueil à l’intention des étrangers
et des malades qui se sont développés dans la société
grecque puis romaine en bordure des cités. On pourrait dire
aujourd’hui dans les banlieues. C’est que le risque,
le danger, comme la maladie, viennent de l’extérieur
de la communauté, de l’étranger ou de l’étrange,
qui menaceraient l’intégrité de la cité.
Ils sont placés au « ban [6] » de la Cité,
mis au ban.
Donc, la manière même dont on va prendre en charge
les malades et les déviants s’avère inséparable
de la manière même dont on accueille l’étrange
et l’étranger dans la Cité. Foucault nous l’a
rappelé l’Occident a eu deux grands modèles
pour gérer la maladie et la déviance, l’un est
celui de la lèpre qui procède par l’exclusion,
l’autre est celui de la peste qui procède par inclusion.
Ces deux modèles, sans devoir disparaître, tendent
à être remplacés par un troisième qui
est celui de la « variolisation » et qui tend toujours
davantage à créer des dispositifs sécuritaires
de prévention et de gestion des risques. C’est-à-dire
qu’on ne va pas seulement se contenter de quadriller les populations
lorsqu’elles tombent malades, mais on va aussi leur «
inoculer » à ces populations saines les germes des
populations malades afin qu’elles puissent développer
en elles-mêmes des mesures de protection, des réactions
de défense.
Eh bien, nous y voilà, les troubles du comportement qui
ne cessent de se développer dans la psychiatrisation postmoderne
du social constituent cette biopolitique des populations par laquelle
la variolisation des dispositifs sécuritaires les immuniserait
des dangers et des désordres qu’elles pourraient voir
développer en leur sein. Mais pour organiser cette «
massification » de la santé mentale encore fallait-il
cette « mise en scène » si chère à
notre « société du spectacle [7] ». Il
fallait l’aide de la « science » pour transformer
un rapport de forces en relation de légitimité dans
cette manière de s’y prendre avec l’humain pour
en faire le sujet éthique de l’espèce néolibérale.
La science est venue ici se mettre en spectacle, « la science
du spectacle » après « la société
du spectacle »…
Donc il fallait au nom de l’objectivisme médical et
technique le plus arrogant démembrer les grandes entités
nosologiques de la psychiatrie que sont les névroses, les
psychoses et les perversions. C’est ce qu’a fait le
dsm III en 1980 avec son opérateur de « troubles des
comportements » qui permet toujours davantage d’étendre
à l’infini le champ de la pathologie des populations.
Il fallait au nom de la science « naturaliser » ces
mêmes troubles du comportement en les imputant à des
dysfonctionnements neurobiologiques, à des parasitages génétiques
ou au stress inévitable de l’environnement humain.
C’est ce qu’a fait le dsm IV. Le dsm IV sans vergogne
annonce qu’en matière de diagnostics, de soins ou d’évaluations
des thérapeutiques il n’y a aucune raison de distinguer
la psychiatrie des autres spécialités médicales
car les étiologies des maladies mentales sont analogues aux
autres pathologies organiques et à celles qui résultent
d’une inadaptation biologique au milieu.
Bien sûr cette « naturalisation » des déviants,
des étranges étrangers de l’intime, produit
également une « naturalisation » des normes sociales,
une stigmatisation des populations défavorisées et
un « gommage anthropologique » des souffrances psychiques
et sociales. On relooke ainsi la psychiatrie des anormaux du xixe
siècle en l’étendant cette fois à la
« clinique des gens fragiles ». Bref, nous devenons
tous des « anomaliques » (Robert Castel), des «
suspects » dont il faut simplement suivre à la trace
férocement et précocement les comportements déviants
et si besoin les corriger par des tcc ou les sédater par
des psychotropes. Plus besoin d’exclure ou d’hospitaliser
puisque nous devenons tous des exclus de l’intérieur
et cela doublement. D’abord nous devenons tous des exclus
de l’intérieur parce que les concepts mêmes d’intériorité,
d’intimité, de psychisme, de conflits internes ne sont
plus nécessaires pour rendre compte de cet « homme
comportemental [8] » conçu comme une micro-entreprise
économique auquel on peut appliquer les modèles, les
stratégies et les lois du marché. Cette extension
hyperbolique des modèles d’analyses économiques
accompagne une nouvelle religion qui attribue une valeur sacrée
et ontologique aux réalités du marché. Dès
lors, les nouvelles pratiques psychologiques et médicales
n’ont guère à s’embarrasser des concepts
de réalité psychique, d’angoisse, de culpabilité
ou des questions politiques. Seules s’imposent les techniques
de rentabilité comportementale, les stratégies de
« management » des conduites [9] qui vont éduquer
l’individu à mieux se gouverner lui-même dans
ses propres intérêts.
Ensuite nous devenons des exclus de l’intérieur parce
que les dispositifs de normalisation et de contrôles sociaux
n’ont plus besoin d’être instanciés dans
des systèmes spécifiques. Les soignants deviennent
partout des « grands frères » que l’on
appellera « experts » pour faire plus scientifiques
ou « coachs » pour faire plus familiers. C’est-à-dire
que toutes les institutions, école, famille, entreprise,
hôpital, se trouvent invités à devoir participer
à cette logique « sécuritaire » d’une
expertise généralisée des actes et des conduites.
Et ce au nom de la promotion du bien être et du mieux être
d’un individu défini comme un « entrepreneur
de lui-même », transformé en micro-entreprise
libérale autogérée et ouverte à la performance
comme à la compétition, chargée de produire
une série de conduites à la fois jouissives et socialement
conformistes. Jamais autant qu’aujourd’hui on a réussi
à « naturaliser » les troubles mentaux en donnant
aux enfants un Papa Molécule et une Maman tcc.
Jamais la psychopathologie qui tend à se dissoudre dans
l’économie politique des conduites et dans la neuropharmacologie
des comportements n’avait autant réussi à promouvoir
des dispositifs généralisés de « séquestration
sociale » à la fois toujours plus souples et libéraux
et davantage totalitaires. Aujourd’hui, l’exclu, on
le met à l’intérieur pour mieux le surveiller
et mieux le corriger si nécessaire. Pour cela il suffit de
détourner les institutions du soin, d’éducation
ou du travail des finalités qui les avaient fondées
en leur confiant un pouvoir sécuritaire pour le bien-être
des individus et des populations.
Si vous croyez que j’exagère, je vais vous donner
un exemple de ces dispositifs de biosocialité qui favorisent
les thérapies molles de pharmacovigilance des conduites en
recherchant désespérément les pathologies flexibles
dès le plus jeune âge. Il s’agit des derniers
rapports collectifs de l’inserm dans le champ de la santé
mentale et en particulier le rapport sur le trouble des conduites
de l’enfant publié en septembre 2005. Cette expertise
qui préconisait le repérage des enfants hyperactifs,
turbulents et violents avant même l’âge de 3 ans
a provoqué de violentes réactions de la part des pédiatres,
des psychiatres et des professionnels de la petite enfance. Des
critiques éthiques et épistémologiques sévères
ont mis en doute ce rapport de l’inserm sur lequel le ministère
de l’Intérieur prétendait s’appuyer pour
la mise en place de sa loi de prévention de la délinquance.
L’expertise établissait une corrélation abusive
entre les difficultés psychiques de jeunes enfants et une
évolution vers la délinquance. L’expertise monoréférencée
aux modèles neurobiologiques et cognitivo-comportementaux
finissait par « biologiser » les souffrances psychiques
et sociales et indirectement à stigmatiser les individus
et les populations en difficulté. Dès janvier 2006,
l’appel « pas de zéro de conduite pour les enfants
de trois ans » était lancé et cette pétition
a recueilli très rapidement près de 200 000 signatures.
Ce collectif a organisé des réunions scientifiques
et des débats citoyens, il a publié deux ouvrages
[10], organisé un colloque [11] et rencontré le ministre
de la Santé, comme les parlementaires de tous bords politiques.
Cette mobilisation sans précédent des professionnels
de l’enfance, pédiatres, pédopsychiatres, psychologues,
psychanalystes, travailleurs sociaux et des parents, s’est
révélée comme un refus citoyen, une opposition
civile aux dérives scientistes des « experts »
et à l’instrumentation idéologique des résultats
contestables de leurs études. Les promoteurs du chantier
gouvernemental de la prévention de la délinquance
ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en se référant
de manière incessante à ce rapport d’expertise
pour défendre les dispositions sécuritaires de leur
projet. Les « experts » ont eu beau protester quant
au « détournement » idéologique de leurs
« travaux », il convient de se demander si la manière
même dont ils ont traité la question ne contenait pas
déjà en elle-même les risques de ces dérives
idéologiques. En se basant sur une classification américaine
utilisée à des fins épidémiologiques,
les experts font de la mauvaise conduite et de la turbulence des
très jeunes enfants un facteur prédictif de la criminalité
et de la délinquance. Sans devoir entrer dans le détail
de cette expertise, il nous faut néanmoins souligner qu’elle
débouche sur des « recommandations » incitant
à la surveillance des enfants, au dépistage très
précoce de leurs écarts de conduite, à leur
prise en charge médicale par des thérapies cognitivo-comportementales
et par des psychotropes. Indirectement, l’étude participe
à la stigmatisation de certains milieux sociaux défavorisés
et plus directement à la normalisation des recherches et
des pratiques en santé mentale sur le modèle spécifiquement
anglo-saxon.
L’expertise de l’Inserm confond systématiquement
la prévention médicopsychologique et la prédiction
des déviances sociales. Elle surmédicalise la souffrance
psychique et méconnaît les facteurs sociaux et environnementaux.
Elle biologise l’humain et naturalise tout autant le psychisme
que les inégalités sociales. Elle fait de l’enfant
un « rongeur » comme un autre qu’il faudrait suivre
à la trace par un « carnet de comportement »,
sédaté par des psychotropes et corrigé par
des conditionnements.
Il convient tout d’abord de remarquer que cette expertise
de l’inserm n’est pas isolée et contingente.
Elle s’inscrit dans la politique des expertises collectives
de l’inserm soucieuses d’annexer ces dernières
années le champ de la santé mentale avec les moyens,
les méthodes et les concepts des sciences biomédicales.
En soi déjà ce dispositif n’est pas neutre et
on pourrait légitimement se demander s’il ne vient
pas démontrer aujourd’hui les hypothèses avancées
en son temps par Michel Foucault sur le « biopouvoir »,
la « biopolitique des populations » et autres «
somatocraties » et leurs vocations politiques à participer
à des formes de gouvernementalité des conduites sociales.
Et ce d’autant plus qu’a contrario des principes fondateurs
des expertises collectives initiées par l’inserm en
1993 à partir de « l’affaire du sang contaminé
», les « expertises scientifiques » réalisées
dans le champ de la santé mentale n’ont pas réuni
l’ensemble de la communauté scientifique et n’ont
pas évité « les conflits d’intérêts
» des experts. Bien au contraire la direction de ces expertises
collectives a largement puisé, pour ne pas dire exclusivement,
dans le « vivier » des partisans de la neurobiologie
des comportements, des prescripteurs de psychotropes et de thérapies
cognitivo-comportementales. Ces expertises se réfèrent
quasi exclusivement à la psychiatrie états-unienne
et leurs méthodologies proclament à l’envi les
intérêts fabuleux de la neurobiologie des comportements.
Nous sommes donc face à une politique épistémologique
et idéologique de l’inserm dont la cohérence
et la consistance se déduisent des références
nord-américaines (canadiennes et états-uniennes) soutenues
dans les milieux universitaires en France par les partisans d’une
psychologie cognitivo- instrumentale mais refusés par la
grande majorité des praticiens de santé mentale.
La critique massive de cette dernière expertise par des
scientifiques et des médecins renommés, notamment
le président du Comité éthique de l’inserm
et le président du ccne [12], a révélé
au grand jour les défauts de ce rapport et sa tendance à
se transformer en rhétorique de propagande au profit des
outils de diagnostics et des traitements nord-américains.
Or comme la presse internationale l’a rappelé à
juste titre et à plusieurs reprises, aux États-Unis
les laboratoires pharmaceutiques ont été les premiers
bénéficiaires de ce type de dépistage et les
experts qui ont contribué à construire depuis vingt-cinq
ans les « nouveaux » outils de diagnostic (dsm III et
dsm IV) avaient, pour une majorité, des liens étroits
avec les industries de santé.
Donc en un mot comme en cent, cette dernière expertise (2005)
s’inscrit dans une ambition de l’inserm d’évaluer
« scientifiquement » les recherches et les pratiques
de santé mentale et de normaliser les « psys »
qui les mettent en œuvre (« troubles mentaux de l’enfant
et de l’adolescent » en 2002, « psychothérapies,
trois approches évaluées » en 2004, «
autopsie psychologique » en 2006, etc.). La même logique
prévaut dans toutes ces expertises : « surmédicaliser
» les souffrances psychiques et sociales en les plaçant
sous la tutelle théorique et méthodologique des modèles
animaux et expérimentaux. Et ce jusque dans les expressions
linguistiques qui partent de l’éducation comme de «
l’élevage à l’occidentale » et qui
désignent « l’être humain » «
comme chez les autres espèces ».
Avec la dernière expertise, les promoteurs de ce type de
recherches et de pratiques psychiatriques sont allés trop
loin. On connaît aujourd’hui les effets Pygmalion de
ce type d’« annonce » et de dépistage psychiatrique.
On connaît aussi les dangers encourus par les abus et les
mésusages dans les traitements par antidépresseurs
et par psychostimulants des « troubles » de l’enfant
et de l’adolescent : suicides, passages à l’acte,
problèmes cardio-vasculaires, risques de mort subite etc.
L’expertise, comme le projet de prévention de la délinquance
qui s’en inspire, méconnaissent systématiquement
le travail de terrain et le savoir clinique précieux qui
s’en déduit. Mieux les experts prônent la normalisation
de ces pratiques et de ces praticiens de terrain que manifestement
ils ne connaissent pas, dont ils n’ont pas le métier.
Là encore le diagnostic se trouve dissocié de la prise
en charge préventive et thérapeutique dans laquelle,
lorsqu’il s’agit de la santé mentale, il s’inscrit.
Alors pourquoi de telles recherches sont-elles encouragées
? Pourquoi émergent-elles avec insistance de la « niche
écologique » de notre culture ? Pourquoi la notion
« molle » et « flexible » de « troubles
du comportement » s’est-elle substituée en 1980
(dsm III) aux catégories psychopathologiques traditionnelles
(névrose, psychose et perversion) ? Pourquoi au nom de la
« science » les psychologues et les psychiatres se sont-ils
fait « les instruments d’un pouvoir qui transforme l’homme
en instrument » (Canguilhem) ? Pourquoi ce triomphe arrogant
du scientisme en psychiatrie et en psychologie d’autant plus
illégitime que la plupart de ses concepts se sont avérés
extrêmement poreux eu égard à la culture et
à l’idéologie nord-américaines ? Si ce
n’est parce que plus que jamais la médecine, la psychiatrie
et la psychologie se révèlent, aussi, comme des pratiques
de contrôle social participant toujours davantage au gouvernement
des conduites. Et dans notre culture démocratique et ultralibérale,
les pratiques de gouvernementalité des individus tendent
à se prévaloir des connaissances « scientifiques
» pour dépister, prévenir et traiter les risques
de déviance sociale des populations.
La mise en place de dispositifs sécuritaires qui quadrillent
les populations à risques et participent à la normalisation
sociale des individus a besoin d’un « gommage anthropologique
» de la déviance et doit impérativement la naturaliser.
Les notions « flexibles » et « molles »
de « trouble des conduites » et de « trouble du
comportement » permettent ce quadrillage sanitaire des populations
et cette gestion technocratique des individus invités à
consentir librement à leur servitude. Les souffrances psychiques
et sociales se révèlent solubles dans l’expertise
des comportements dont on doit toujours davantage vérifier
férocement et précocement les écarts. En psychiatrie
adulte, cela se nomme une « clinique des gens fragiles ».
En pédopsychiatrie un tel dépistage précoce
dissocie le diagnostic du soin, tend à participer à
une vidéosurveillance des enfants et à une pharmacovigilance
de leurs comportements. Le sujet éthique que construit cette
éducation sanitaire des mœurs invite l’individu
à s’autocontrôler, à s’autogouverner
et à défaut à se trouver très tôt
assisté par des experts chargés d’améliorer
son taux de rentabilité comportementale. De telles procédures
de normalisation sociale participent du désaveu complet de
la part que l’environnement prend à produire de la
déviance. Nul besoin de soigner quand la maintenance sociale
suffit et que le médecin ou le psychologue deviennent des
experts en conduites. C’est alors que la santé devient
« totalitaire [13] ».
On aurait cru que face à l’importance des objections
scientifiques et éthiques de ce type d’expertises,
l’inserm en serait restée là. Certains ont cru
que ce type de « mise en scène » scientiste des
expertises collectives dans le champ de la santé mentale
allait s’essouffler, voire trépasser. Certains ont
même cru que les engagements pris devant le ministre lors
du colloque du 14 novembre 2006 consacré à cette expertise
seraient tenus et que la direction des expertises collectives ayant
fait son mea culpa devant la contre expertise spontanée des
professionnels de ce champ, elle en tiendrait compte. Sauf qu’un
mois plus tard en décembre 2006, un nouveau rapport d’expertise
concernant cette fois « les troubles spécifiques de
l’apprentissage » se trouvait déposé au
centre d’expertise collective de l’inserm et que ce
document vient d’être rendu public après avoir
circulé sur le net.
Ce rapport est encore plus grotesque que les précédents
établissant sans vergogne et dans un charabia époustouflant
que la dysorthographie comme la dyslexie et la dyscalculie relèvent
de « dysfonctionnements cognitifs » imputables à
des « facteurs biologiques » probablement génétiques
pour les dyscalculies et neurobiologiques pour les dyslexies. À
nouveau dans ce rapport d’expertise, on confond prévention
et signe prédictif, à nouveau on confond l’objet
produit par les modèles méthodologiques et le symptôme
clinique. À nouveau on ignore les effets des contextes culturels,
socio-économiques et pédagogiques. À nouveau
dans cette expertise, on prend les mêmes et on recommence.
On recommence la même rhétorique de propagande, la
même novlangue d’« évaluation scientifique
», du « savoir expert » qui devraient s’imposer
aux parents et aux professionnels pour le dépistage des troubles
dans la collaboration aux savants. À nouveau, le modèle
animal est privilégié dans cette expertise et les
experts à propos de l’apprentissage du calcul écrivent
que : « Les nouveau-nés sont, comme les animaux, en
mesure de mobiliser deux systèmes différents pour
le traitement des quantités et des transformations qui les
affectent » (page 16, souligné par moi). L’Autre
n’existe pas et le rapport qu’un sujet entretient à
sa propre langue maternelle ne saurait être que « d’observation
» ou de « stratégies » neurolinguistiques.
Pour de tels experts, le désir de parler ou de lire n’existe
pas autrement que comme « performance » de « résolution
de problèmes ». Pour de tels experts, il n’y
a que des « normolecteurs » saisissant « des régularités
graphotactiques », apprenant des règles de «
morphologie flexionnelle » permettant la « constitution
de procédures » qui aboutissent à la lecture
et à l’orthographe. De tels propos sont hallucinants
pour n’importe quel clinicien qui, à l’époque
d’Eugène Minkowski, n’aurait pas longtemps hésité
face à une telle « dévitalisation » du
rapport du sujet à la langue d’évoquer mezza
voce « le rationalisme morbide du schizophrène ».
Que dire maintenant du modèle étiopathogénique
des experts qui imputent les troubles de l’apprentissage à
« des facteurs intrinsèques à l’enfant
» (p. 19) ? On ne voit pas très bien en quoi le problème
posé par l’origine neurobiologique du trouble peut
se transformer si aisément en postulat chez nos experts :
« Les progrès des connaissances des dernières
années ont amené à évoquer dans les
définitions l’origine neurobiologique voire héréditaire
des troubles des apprentissages ainsi que leurs mécanismes
cognitifs, même si ces processus cognitifs font encore l’objet
de discussions et d’explorations » (p. 19). Le tour
tautologique est joué et nous assistons dans sa nouvelle
expertise à la même intoxication de l’existence
par la novlangue des experts. Ici, c’est l’apprentissage
scolaire qui se trouve « pathologisé » et «
biologisé » dans une novlangue qui convoque la question
posée en son temps par Victor Klemperer :
« Et qu’arrive-t-il si cette langue cultivée
est constituée d’éléments toxiques ou
si l’on en a fait le vecteur de substances toxiques ? Les
mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic
: on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun
effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet
toxique se fait sentir. [14] »
30 La rhétorique scientiste neutralise ici au nom des «
publications internationales » les choix partisans des experts
tous monoréférencés au cognitivisme le plus
dur, à la neuropsychobiologie des comportements et à
la neuropédiatrie. Malgré les sanglots longs des violons
de la pluridisciplinarité étalés dans l’introduction
du rapport de synthèse, le référentiel demeure
toujours le même et repose sur le postulat des « substrats
cérébraux de troubles du comportement ». Bien
évidemment dans la logique des expertises collectives précédentes
les recommandations des auteurs constituent un plébiscite
en faveur de leur modèle et un véritable plaidoyer
en faveur d’une normalisation neurobiologique du soin et de
l’éducation des enfants et de leurs parents comme des
formations et des recherches universitaires. L’expertise s’arroge
ici ce pouvoir disciplinaire dont je parlais tout à l’heure
de « réguler », la proposition d’une telle
instance de validation se trouve à la page 62, les politiques
de soin en faveur de la « remédiation cognitive »
des neuropsychologues, des formations et des recherches universitaires
privilégiant les modèles génétiques
et neurobiologiques des comportements.
C’est ce pouvoir autoproclamé de l’expertise
qu’il nous faut parvenir à remettre en cause faute
de quoi le savoir plus que jamais pourrait se faire l’auxiliaire
d’un Pouvoir souverain sur « la vie nue [15] »
(Giorgio Agamben).
Dans son ouvrage, l’Homo sacer, Giorgio Agamben révèle
le lien étroit qui unit le pouvoir politique à cette
« vie nue » des exclus. Cette « vie nue »
qu’incarne l’Homo sacer qui dans le droit romain archaïque
est un homme qu’on peut tuer sans commettre d’homicide
mais qu’on ne peut pas mettre à mort dans les formes
rituelles. Cette « vie nue », dépouillée
de ses prérogatives civiques, se trouve exposée comme
ce qui reste d’un être humain dont on a essayé
d’anéantir toute humanité, toute « espèce
humaine » pour reprendre l’expression de Robert Antelme
[16]. Et comme l’écrit Giorgio Agamben, « le
juif, sous le nazisme, est le référent négatif
privilégié de la nouvelle souveraineté biopolitique
et, comme tel, un cas flagrant d’Homo sacer, au sens où
il représente la vie qu’on peut ôter impunément
mais non sacrifier. […] les juifs ne furent pas exterminés
au cours d’un holocauste délirant et démesuré,
mais littéralement, selon les mots mêmes de Hitler,
“comme des poux”, c’est-à-dire en tant
que vie nue. La dimension dans laquelle l’extermination a
eu lieu n’est ni la religion, ni le droit, mais la biopolitique
[17] ». C’est d’ailleurs cette solidarité
secrète entre le fait biologique et le fait politique qui
signe notre modernité jusqu’à l’horreur
des totalitarismes qui révèle à un moment historique
donné le risque permanent d’une structure de civilisation.
Cette structure de civilisation qui est la nôtre est celle-là
même d’une exclusion produite par la confusion systématique
entre le corps politique et un corps social et culturel réduit
à sa valeur biologique et économique. Après
Primo Levi et Robert Antelme, Giorgio Agamben s’appuie sur
l’exemple des musulmans des camps de concentration pour montrer
qu’en passant dans un autre monde sans histoire et sans compassion
leur existence se réduit à une pure zoé, une
vie nue qui « se meut dans l’indétermination
absolue du fait et du droit, de la vie et de la norme, du naturel
et du politique [18] ».
Dans une forme inouïe de résistance à un pouvoir
illimité qui prétend transformer intégralement
ses lois scélérates en formes de vie, le musulman
révèle la catastrophe biopolitique sans précédent
qui s’est emparé de l’espace occidental. C’est
la raison pour laquelle, pour Giorgio Agamben, le paradigme biopolitique
de ce pouvoir souverain sur la « vie nue » qui s’est
emparé du destin politique de l’Occident depuis les
barbaries du xxe siècle s’avère aujourd’hui
le camp et non pas la cité. La démonstration du philosophe
est terrifiante lorsqu’il fait du camp « le nomos de
la modernité ». À le suivre dans cette analyse-là
et à condition de ne pas limiter le camp à un lieu
géographique le ban nous apparaît comme le destin politique
de notre civilisation. Simplement cette exclusion ne se fait plus
en bordure de la Cité mais à l’intérieur
même. Nous sommes passés ainsi d’une marginalisation
territoriale à une marginalisation populationnelle spécifique
aujourd’hui de notre postmodernité.
Les exclus ne sont plus mis en quarantaine mais se trouvent disséminés
dans la Cité sous la forme d’un repérage systématique
des populations à risque. Le concept de « trouble du
comportement » s’avère ici l’opérateur
biopolitique essentiel pour légitimer ces modes d’exclusion
et de ségrégation. Les sdf de nos cités viennent
incarner ces Sans Droit Fixes que nous sommes tous devenus au moment
où la loi politique usurpant l’autorité de la
science prétend gérer nos existences en les identifiant
à des normes. À ce titre, ce nouveau paradigme biopolitique
du camp nous concerne tous en tant qu’exclus potentiels de
l’intérieur d’une Cité dont les existences
peuvent dans les moindres détails des espaces intimes et
publics se trouver « normées » par les «
lois » de la science aux dépens des droits fondamentaux
de notre humanité. C’est lorsque « la vie et
la politique s’identifient » que la politique et la
mise en forme biopolitique de la vie d’un peuple « qu’il
est possible de mesurer pleinement leur inhumanité ».
C’est au moment où les concepts de la science sont
immédiatement reconvertis et sans réserve en principes
politiques que les totalitarismes peuvent s’imposer comme
discours. C’est-à-dire que cette retraduction immédiate
et réciproque entre l’objectivisme de la science et
la politique abolit tout espace de pensée critique et de
réflexion éthique. Il ne s’agit pas bien évidemment
ici d’examiner les conditions de validité des concepts
scientifiques mais les conditions de possibilité à
partir desquelles ils peuvent être retraduits immédiatement
en principes politiques. Le verdict de Giorgio Agamben est cruel.
Le fascisme et le nazisme qui redéfinissent les rapports
entre l’homme et le citoyen ne sont pleinement intelligibles
qu’une fois replacés sur l’arrière-fond
biopolitique de notre modernité. Et le philosophe de nous
rappeler cruellement que les lois d’exception, la loi martiale,
les premiers camps d’internement qui suspendaient les articles
de la constitution allemande garantissant les libertés personnelles
furent d’abord le fait des gouvernements sociaux-démocrates
de la république de Weimar. Les Nazis ont utilisé
à leur profit cet « état d’exception »
pour transformer le ban en extermination dans « une nuit de
la Saint Barthélémy qui dura douze ans ». Ce
sur quoi Giorgio Agamben attire ici notre attention, c’est
en quoi « en mettant à nu la structure du ban »,
le camp révèle cet état d’exception où
le fait et le droit se confondent, où les espaces de la vie
et de la norme demeurent indéterminés et leurs frontières
sans cesse brouillées.
Comment ici ne pas évoquer les travaux de Michel Foucault
montrant comment la biopolitique en Occident s’est installée
par une corrélation de plus en plus serrée entre les
technologies de sécurité nouvelles et l’émergence
du concept de « population » ? Ce concept de «
population » qui tend à remplacer celui de «
territoire » fait de tout sujet une simple figure de la population
que le pouvoir se doit de gouverner rationnellement.
Cette rationalité gouvernementale, lorsqu’elle radicalise
la raison calculatrice jusqu’à l’extrémité
du positivisme économique et des idéologies naturalisant
l’humain, conduit historiquement et structurellement les monstruosités
des totalitarismes.
Sans pour autant nous laisser aller à une confusion des
genres, ce à quoi nous assistons aujourd’hui, à
la lecture des travaux de Giorgio Agamben, peut nous faire craindre
la renaissance de nouvelles formes de fascisme en Europe et dans
le monde occidental. Ces nouvelles formes de fascisme utiliseraient
toujours davantage la vie dans ses différentes sphères
d’activité pour l’assujettir à des fins
de biopolitique. Et c’est là plus que jamais que le
signe de « l’exercice du pouvoir souverain passe plus
que jamais par elles [les frontières biopolitiques], en croisant
de nouveau les sciences médicales et biologiques [19] ».
Pour conclure, la psychiatrie postmoderne apporte sa quote-part
à ces nouvelles technologies de pouvoir chargées d’évider
et de disloquer la pensée, le discours et les pratiques qui
reconnaissent que la vie humaine plonge ses racines dans l’humus
de la culture et ce jusqu’aux extrémités des
pathologies psychiques et sociales. Naturaliser les troubles qui
dérangent l’espace public en les repérant toujours
plus précocement et férocement par des dispositifs
sécuritaires participe d’une logique biopolitique potentiellement
dangereuse pour notre humanité. Que les sciences neurobiologiques
puissent mettre en évidence les déterminants biologiques
des comportements humains s’avèrent légitimes
et ne sauraient être critiquées que du point de vue
des conditions épistémologiques de la validité
des procédures par lesquelles elles peuvent les mettre en
évidence. Que par contre la vie humaine et ses manifestations
de souffrance psychique et sociale puissent se trouver réduite
à cette seule détermination neurobiologique ou génétique
s’avère particulièrement lourd de conséquences.
Qu’une loi de la prévention de la délinquance
puisse prétendre s’appuyer sur un rapport d’expertise
médicale douteux dans sa démarche et radical dans
son idéologie montre à quel point aujourd’hui
nous risquons tous de devenir des exclus de l’intérieur,
dans tous les sens du terme, invités à participer
à la réification de notre existence. En laissant s’établir
cet état d’exception aujourd’hui au nom de principes
sécuritaires nous conduirait à apporter notre part
à cette pensée de la « deuxième Restauration
» d’une culture obsédée par le nombre
et dont Alain Badiou a montré son horreur du réel
:
« Mais, plus profondément, toute restauration a horreur
de la pensée et n’aime que les opinions, singulièrement
l’opinion dominante, une fois toute concentrée dans
l’impératif de Guizot : “Enrichissez-vous !”
Le réel, corrélat obligé de la pensée,
est tenu par les idéologues des restaurations, non sans quelques
bons arguments, comme toujours susceptible d’ouvrir à
l’iconoclastie politique, et donc à la Terreur. Une
restauration est d’abord une assertion quant au réel,
à savoir qu’il est toujours préférable
de n’avoir avec lui nul rapport. [20] »
Faute de quoi, nous risquerions de devenir ce nouveau citoyen des
télécraties auquel il ne resterait plus que la jouissance
de l’atrocité : « Comme on le sait au moins depuis
le Bas-Empire romain, quand la jouissance est ce dont toute la vie
veut s’assurer et qu’elle vient à la place de
l’impératif, ce dont on finit inévitablement
par jouir est l’atrocité. Voici venir le temps de l’obscénité
générale, des gladiateurs, des supplices en temps
réel, qui fera regretter jusqu’aux tueries politiques
du siècle mort [21]. »
Bibliographie
Agamben, G. 1995. Homo sacer le pouvoir souverain et la vie nue,
Paris, Le Seuil, 1997.
Antelme, R. 1957. L’espèce humaine, Paris, Gallimard.
Badiou, A. 2005. Le siècle, Paris, Le Seuil.
Debord, G. 1967. La société du spectacle, Paris,
Gallimard, 1972.
Foucault, M. 1954. Maladie mentale et psychologie, Paris, puf,
2005.
Foucault, M. 1999. Les anormaux. Cours au Collège de France,
1974-1975, Paris, Gallimard.
Gori, R. 2005. « la surmédicalisation de la souffrance
psychique au profit de l’économie de marché
», Psychiatrie française, 4, 76-92.
Gori, R. ; Del Volgo, M.-J. 2005. La santé totalitaire.
Essai sur la médicalisation de l’existence, Paris,
Denoël.
Gori, R. ; Le Coz, P. 2006. L’Empire des coachs. Une nouvelle
forme de contrôle social, Paris, Albin Michel.
Gori, R. ; Del Volgo, M.-J. 2008. Exilés de l’intime.
La médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre
économique, Paris, Denoël.
Hazan, É. 2006. lqr La propagande au quotidien, Paris, Raisons
d’agir.
Klemperer, V. 1975. lti La langue du IIIe Reich, Paris, Albin Michel,
1996, p. 40.
Lantéri-Laura, G. 2003. « L’objet de la psychiatrie
et l’objet de la psychanalyse », L’Évolution
psychiatrique, 70, p. 219-247.
Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans ! ouvrage collectif,
Toulouse, érès.
Roudinesco, É. 1999. Pourquoi la psychanalyse ? Paris, Flammarion,
2001.
Notes
[1] M. Foucault, Les anormaux Cours au Collège de France,
1974-1975, Paris, Gallimard, 1999, p. 131.
[2] G. Lantéri-Laura, « L’objet de la psychiatrie
et l’objet de la psychanalyse », L’évolution
psychiatrique, 70, 2003, 31-45.
[3] M. Foucault (1954), Maladie mentale et psychologie, Paris,
puf, 2005, p. 75.
[4] R. Gori, M.-J. Del Volgo, La santé totalitaire Essai
sur la médicalisation de l’existence, Paris, Denoël,
2005.
[5] R. Gori, « La surmédicalisation de la souffrance
psychique au profit de l’économie de marché
». Psychiatrie française, 4, 2005, 76-92.
[6] Le mot « ban » est un terme de droit féodal
qui évoque trois idées dominantes : celle de proclamation
publique, celle de bannissement ou d’exclusion par décision
d’une autorité et celle d’un ensemble de personnes
qui appuient quelqu’un ou quelque chose ou qui participent
à quelque chose.
http
://www.termium.com/guides/juridi/files/304.html
[7] G. Debord (1967), La société du spectacle, Paris,
Gallimard, 1972.
[8] É. Roudinesco (1999), Pourquoi la psychanalyse ? Paris,
Flammarion, 2001.
[9] R. Gori, P. Le Coz, L’empire des coachs. Une nouvelle
forme de contrôle social, Paris, Albin Michel, 2006.
[10] Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans ! ouvrage
collectif, Toulouse, érès.
[11] Colloque organisé par le collectif de Pas de 0 de
conduite, « Tout le monde aura été prévenu
», Paris, le 17 juin 2006.
[12] « L’expertise médicale otage de l’obsession
sécuritaire », par Jean-Claude Ameisen et Didier Sicard,
Le Monde du 23 mars 2006.
[13] R. Gori, M.-J. Del Volgo, 2005, op. cit.
[14] V. Klemperer (1975), lti La langue du IIIe Reich, Paris,
Albin Michel, 1996, p. 40. Cf. aussi É. Hazan, 2006, lqr
La propagande au quotidien, Paris, Raisons d’agir.
[15] G. Agamben (1995), Homo sacer le pouvoir souverain et la
vie nue, Paris, Le Seuil, 1997.
[16] R. Antelme, L’espèce humaine, Paris, Gallimard,
1957.
[17] G. Agamben, p. 125.
[18] Ibid., p. 199.
[19] Ibid., p. 177.
[20] Alain Badiou, Le siècle, Paris, Le Seuil, 2005, p.
45.
[21] Ibid., p. 118.
Résumé
Faute de remettre en cause le pouvoir autoproclamé de l’expertise
et de l’évaluation généralisée,
la santé mentale redeviendrait une branche de l’hygiène
publique dont la psychiatrie est issue. Elle se trouverait réduite
ainsi à un dispositif biopolitique de recomposition de nos
sensibilités psychologiques et sociales au sein duquel nous
deviendrions tous des exclus potentiels à l’intérieur
de la cité. Un tel dispositif risquerait au nom de la «
science », quelque peu malmenée, de se faire le simple
alibi d’un pouvoir souverain sur ce que Giorgio Agamben nomme
« la vie nue » des exclus. Lorsque la vie et la politique
s’identifient, le risque est grand de voir se développer
ces totalitarismes qui font du « biologique » cette
fatalité au nom de laquelle les décisions politiques
sont recodées comme des normes « naturelles ».
Roland Gori « Les exclus de l'intime », Cliniques méditerranéennes
1/2008 (n° 77), p. 47-62.
http://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2008-1-page-47.htm
|
|