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Roland Gori
« La novlangue de la psychopathologie aujourd'hui »,
Figures de la psychanalyse 1/2007 (n° 15), p. 151-165.

Origine : http://www.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2007-1-page-151.htm

« Et qu’arrive-t-il si cette langue cultivée est constituée d’éléments toxiques ou si l’on en a fait le vecteur de substances toxiques ? Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. » Victor Klemperer [2]

« C’est la question du trouble, c’est la question du désordre, c’est la question du danger, qui se trouve, par la décision administrative posée au psychiatre. […] L’analyse, l’investigation, le quadrillage psychiatrique vont tendre à se déplacer de ce que pense le malade vers ce qu’il fait, de ce qu’il est capable de comprendre à ce qu’il est susceptible de commettre, de ce qu’il peut consciemment vouloir à ce qui pourrait se produire en lui d’involontaire dans son comportement. »Michel Foucault [3]

La traque des « dys »

Dans une conférence à L’évolution psychiatrique en octobre 2003, Georges Lantéri-Laura [4] indiquait que « la psychiatrie post-moderne restera incertaine sur la délimitation de son champ et la demande sociale se fera de plus en plus étendue et de plus en plus exigeante, sans véritable principe d’inclusion ni d’exclusion. »

Quand bien même c’est d’un autre point de vue que Georges Lantéri-Laura se place, son panorama historique montre à quel point, comme le dit Michel Foucault, « la psycho-pathologie est un fait de civilisation [5] ». J’entends par là, à la suite de Michel Foucault, que la psychiatrie ne constitue pas seulement une pratique professionnelle ou une rationalité scientifique, mais procède aussi d’une pratique sociale qui participe au gouvernement des conduites et au contrôle des populations.

Dans notre culture démocratique et libérale, les pratiques de gouvernementalité des individus tendent à se prévaloir des connaissances scientifiques pour dépister, prévenir et traiter les risques. Michel Foucault a montré qu’à partir du XVIII e siècle, apparaît de manière décisive l’espoir de trouver dans les sciences, et plus particulièrement dans la médecine, une rationalité sanitaire à même de fonder une éthique sécuritaire dont la « médicalisation » actuelle de l’existence constitue un aboutissement. La médecine, la psychiatrie et la psychologie participent au nom de la santé publique transformée en véritable salut religieux à nous dire comment il faut nous comporter dans tous les aspects de notre vie quotidienne pour bien nous porter [6] et étend ainsi à l’infini le contrôle médical des populations.

Dans ce que j’appelle une « civilisation médico-économique de l’humain [7] », les diagnostics et les traitements psychiatriques constituent un enjeu et un opérateur essentiel de ces pratiques de normalisation socialeaccomplies au nom de la raison médicale. Les diagnostics et les traitements psychopathologiques construisent une définition des normes et des déviances comportementales. C’est-à-dire que les diagnostics et les traitements psychiatriques fabriquent un sujet éthique et des normes d’individuation sociales qui viennent spécifier selon moi le style anthropologique d’une culture.

Depuis vingt-cinq ans que le savoir psychiatrique du DSM ne cesse de se transformer en simple catalogue de troubles du comportement étendu à l’infini, à quelle mutation anthropologique des normes avons-nous affaire ?

La traque des « dys-fonctionnants » de toutes sortes (dyslexiques, dysorthographiques, dyscalculiques, dysphoriques, dysthymiques, dys-érectiles, etc.) participe de cette fabrication d’un nouveau sujet de la santé mentale qui transforme la psychiatrie en simple gestion sociale et en maintenance administrative des populations à risque. La psychiatrie s’occupait du diagnostic et du soin des souffrances psychiques et sociales, la santé mentale fabrique un nouveau sujet « anomalique » que l’on dépiste et que l’on sécurise dans de nouveaux dispositifs de quadrillage et de normalisation des conduites.

Dans ce champ de la santé mentale, l’individu n’est plus appréhendé comme sujet tragiquement divisé et en conflit avec lui-même, mais en tant que « segment de population », « archives de l’information génétique », « exemplaire de l’espèce », performances cognitives et support de réseaux neuronaux. Ce qui importe alors, c’est moins d’analyser la structure psychique ou l’écologie sociale du sujet que de mettre en place et en acte de nouveaux dispositifs qui assurent la traçabilité de ses comportements et le modelage de sa rationalité. J’entends « dispositif » au sens fort du terme tel que Giorgio Agamben le définit après Foucault. Il écrit : « J’appelle dispositif tout ce qui a d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants [8]. » Et il ajoute : « J’appelle sujet ce qui résulte de la relation, et pour ainsi dire, du corps à corps entre les vivants et les dispositifs [9] . »

Ces dispositifs, tout en assurant la traçabilité des comportements, créent insidieusement pour chaque individu une manière d’être en relation avec lui-même et avec les autres, ce que Foucault appelle un sujet éthiqueet que je rapprocherai d’un nouveau style anthropologique de civilisation [10. Cette capture sociale à la trace des comportements dépasse largement d’ailleurs le cadre de la psychiatrie et s’étend à l’ensemble de nos actes et de nos paroles au quotidien. Cette traçabilité des comportements permet le repérage des contre-conduites et favorise la médicalisation de l’existence [11]. Cette normalisation sanitaire des conduites a atteint un point tel que rien ne ressemble plus aujourd’hui à un malade potentiel qu’un homme ordinaire. Et pour le nouveau sujet de la santé mentale, rien ne ressemble autant à un déviant qu’un homme ordinaire. De la même manière qu’aux yeux de l’autorité, rien ne ressemble autant à un terroriste qu’un homme ordinaire. Pour les dispositifs de santé mentale, tout individu est suspect de pouvoir développer des « troubles du comportement ». Mais ces « suspects » ne sont plus mis en quarantaine. Ils se trouvent disséminés dans la Cité, dans son intimité même. Ils deviennent des « exclus de l’intime [12] ».

L’hôpital en tant qu’instance sociale et institution de soin vient se situer tout au long de son histoire en lieu et place des xénones, c’est-à-dire de ces lieux d’accueil à l’intention des étrangers et des malades qui se sont développés dans la société grecque puis romaine en bordure des cités. On pourrait dire aujourd’hui dans les banlieues. C’est que le risque, le danger, comme la maladie, viennent de l’extérieur de la communauté, de l’étranger ou de l’étrange, qui menaceraient l’intégrité de la cité. Ils sont placés au « ban [13] [» de la Cité, mis au ban. La manière dont on va prendre en charge les malades et les déviants s’avère inséparable de la manière même dont on accueille l’étrange et l’étranger dans la Cité. Foucault nous l’a rappelé, l’Occident a eu deux grands modèles pour gérer la maladie et la déviance, l’un est celui de la lèpre qui procède par l’exclusion, l’autre est celui de la peste qui procède par inclusion. Ces deux modèles, sans devoir disparaître, tendent à être remplacés par un troisième qui est celui de la « variolisation » et qui tend toujours davantage à créer des dispositifs sécuritaires de prévention et de gestion des risques. C’est-à-dire qu’on ne va pas seulement se contenter de quadriller les populations lorsqu’elles tombent malades, mais on va aussi leur « inoculer », c’est-à-dire « supposer » à ces populations saines les germes des populations malades afin qu’elles puissent développer en elles-mêmes des mesures de protection, des réactions de défense.

Eh bien, nous y voilà, les troubles du comportement qui ne cessent de se développer dans la psychiatrisation postmoderne du social fabriquent cette biopolitique des populations par laquelle la variolisation des dispositifs sécuritaires les immuniserait des dangers et des désordres qu’elles pourraient voir développer en leur sein. Pour organiser cette « massification » de la santé mentale, encore fallait-il cette « mise en scène » si chère à notre « société du spectacle » (Guy Debord [14] Il fallait l’aide de la « science » pour transformer un rapport de forces en relation de légitimité, dans cette manière de s’y prendre avec l’humain pour en faire le sujet éthique de l’espèce néolibérale. La science est venue ici se mettre en spectacle, « la science en spectacle » après « la société du spectacle »…

Donc il fallait, au nom de l’objectivisme médical et technique le plus arrogant, démembrer les grandes entités nosologiques de la psychiatrie que sont les névroses, les psychoses et les perversions. C’est ce qu’a fait le DSM III en 1980 avec son opérateur de « troubles des comportements » qui permet toujours davantage d’étendre à l’infini le champ de la pathologie des populations. Il fallait, au nom de la science, « naturaliser » ces mêmes troubles du comportement en les imputant à des dysfonctionnements neurobiologiques, à des parasitages génétiques ou au stress inévitable de l’environnement humain. C’est ce qu’a fait le DSM IV. Le DSM IV, sans vergogne, annonce qu’en matière de diagnostics, de soins ou d’évaluations des thérapeutiques, il n’y a aucune raison de distinguer la psychiatrie des autres spécialités médicales car les étiologies des maladies mentales sont analogues aux autres pathologies médicales.

Bien sûr, cette « naturalisation » des déviants produit également une « naturalisation » des normes sociales, une stigmatisation des populations défavorisées et un « gommage anthropologique » des souffrances psychiques et sociales. On relooke ainsi la psychiatrie des anormaux du XIX e siècle en l’étendant cette fois à la « clinique des gens fragiles ». Bref, nous devenons tous des « anomaliques » (Robert Castel [15] ), des « suspects » dont il faut simplement suivre à la trace férocement et précocement les comportements déviants, et si besoin les corriger par des TCC ou les sédater par des psychotropes. Plus besoin d’exclure ou d’hospitaliser puisque nous devenons tous des exclus de l’intérieur et cela doublement.

D’abord nous devenons tous des exclus de l’intérieur parce que les concepts mêmes d’intériorité, d’intimité, de psychisme, de conflits internes ne sont plus nécessaires pour rendre compte de cet « homme comportemental [16] ». Cet homme comportemental est fabriqué sur le modèle d’une micro-entreprise auquel on peut appliquer les techniques et les concepts de l’économie de marché.

Cette extension hyperbolique des modèles d’analyses économiques accompagne une nouvelle religion qui attribue une valeur sacrée et ontologique aux contraintes du marché. Le marché, c’est le réel. Dès lors, les nouvelles pratiques psychologiques et médicales n’ont guère à s’embarrasser des concepts de réalité psychique, d’angoisse, de culpabilité ou à prendre en compte les questions politiques. Seules s’imposent les techniques de rentabilité comportementale, les stratégies de « management » des conduites [17] qui vont éduquer l’individu à mieux se gouverner lui-même dans ses propres intérêts. Max Weber avait magnifiquement montré comment l’émergence du rationalisme économique en Occident se trouvait tributaire de la capacité et de la disposition des individus « à adopter des formes spécifiques de conduite de vie pratique et rationnelle [18] ». L’homme néolibéral d’aujourd’hui, par un véritable processus de réification, se trouve invité à calculer sa conduite et à la gouverner pour maximiser à son profit son capital biopsychosocial. En ce sens, la nouvelle santé mentale participe de la civilisation médico-économique des mœurs en favorisant la fabrication d’un sujet chargé d’augmenter son taux de rentabilité comportementale dans la conduite de ses affaires. Ce qui compte, c’est ce que fait le sujet et non pas ce qu’il est, ce qu’il exprime, le sens de ses symptômes ou son histoire. Dans ce nouveau style anthropologique de la santé mentale, le déviant, le « dys » n’est plus tout à fait un sujet en souffrance qu’il convient d’entendre et d’accueillir dans les énigmes de ses symptômes. Il est devenu une victime de ses gènes ou de ses neurones. Son handicap provient d’un mauvais héritage génétique dont la vulnérabilité a favorisé le développement perturbé de son cerveau et, à terme, le dysfonctionnement de ses stratégies cognitives. Le « dys » de la santé mentale n’est plus tout à fait un sujet, mais un individu dont le gouvernement de ses conduites s’avère plus ou moins en faillite à un moment donné. Le panoptique social de la santé mentale ayant permis très tôt le repérage de ses erreurs de calcul dans la conduite de sa vie, le « dys » est soumis avec son consentement à une remédiation cognitivo-instrumentale ou à un recodage chimique de ses sensibilités psychologiques et sociales.

Aujourd’hui nous arrivons à une étape supplémentaire de cette fabrication du sujet éthique propre à l’esprit capitaliste et à son développement dans la culture occidentale. En ce sens, la culture contemporaine tend à exclure l’intime et l’histoire des dispositifs de fabrication du sujet pour toujours davantage façonner son anthropologie sur le modèle d’une micro-entreprise [19].

De plus, nous devenons des exclus de l’intérieur parce que les dispositifs de normalisation et de contrôles sociaux n’ont plus besoin d’être localisés dans des systèmes spécifiques. Les soignants deviennent partout des « grands frères » que l’on appellera « experts » pour faire plus scientifiques ou « coachs »pour faire plus familiers. C’est-à-dire que toutes les institutions, école, famille, entreprise, hôpital, se trouvent invitées à devoir participer à cette logique « sécuritaire » de l’expertise généralisée des actes et des conduites. Et ce, au nom de la promotion du bien-être et du mieux-être d’un individu défini comme un « entrepreneur de lui-même », transformé en micro-entreprise libérale autogérée et ouverte à la performance comme à la compétition, chargée de produire une série de conduites à la fois individuellement jouissives et socialement conformistes. Jamais autant qu’aujourd’hui, on n’aura réussi à « naturaliser » les troubles mentaux en donnant aux enfants un Papa Molécule et une Maman TCC.

Jamais la psychopathologie qui tend à se dissoudre dans l’économie politique des conduites et dans la neuropharmacologie des comportements n’aura autant réussi à promouvoir des dispositifs généralisés de « séquestration sociale » à la fois toujours plus souples et libéraux et toujours davantage totalitaires. Aujourd’hui, on met l’exclu à l’intérieur pour mieux le surveiller et mieux le corriger si nécessaire. Pour cela il suffit de détourner les institutions du soin, d’éducation ou du travail des finalités qui les avaient fondées en leur confiant un pouvoir sécuritaire pour le bien-être des individus et des populations. Voici un exemple parmi d’autres de ces dispositifs de biosocialité qui favorisent les thérapies molles de pharmacovigilance des conduites en recherchant désespérément les pathologies flexibles dès le plus jeune âge.

Le dispositif de l’expertise en santé mentale

L’expertise de l’INSERM de 2005 sur le trouble des conduites de l’enfant, qui préconisait le repérage des enfants hyperactifs, turbulents et violents avant même l’âge de trois ans, a provoqué de violentes réactions de la part des pédiatres, des psychiatres et des professionnels de la petite enfance. Des critiques éthiques et épistémologiques sévères ont mis en doute ce rapport de l’Inserm sur lequel le ministère de l’intérieur prétendait s’appuyer pour la mise en place de sa loi de prévention de la délinquance. L’expertise établissait une corrélation abusive entre les difficultés psychiques de jeunes enfants et une évolution vers la délinquance. Dès janvier 2006, le collectif « Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans » a lancé une pétition qui a recueilli près de 200 000 signatures. Ce collectif a organisé des réunions scientifiques et des débats citoyens, il a publié deux ouvrages [20], organisé un colloque [21] et rencontré le ministre de la Santé, comme les parlementaires de tous bords politiques. Cette mobilisation sans précédent des professionnels de l’enfance, pédiatres, pédopsychiatres, psychologues, psychanalystes, travailleurs sociaux et parents, s’est révélée comme un refus citoyen, une opposition civile aux dérives scientistes des « experts » et à l’instrumentation idéologique des résultats contestables de leurs études. Les promoteurs du chantier gouvernemental de la prévention de la délinquance ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en se référant de manière incessante à ce rapport d’expertise pour défendre les dispositions sécuritaires de leur projet. Les « experts » ont eu beau protester quant au « détournement » idéologique de leurs « travaux », il convient de se demander si la manière même dont ils ont traité la question ne contenait pas déjà en elle-même les risques de ces dérives idéologiques. En se basant sur une classification américaine utilisée à des fins épidémiologiques, les experts font de la mauvaise conduite et de la turbulence des très jeunes enfants un facteur prédictif de la criminalité et de la délinquance. Sans devoir entrer dans le détail de cette expertise, il nous faut néanmoins souligner qu’elle débouche sur des « recommandations » incitant à la surveillance des enfants, au dépistage très précoce de leurs écarts de conduite, à leurs prises en charge médicale par des thérapies cognitivo-comportementales et par des psychotropes. Indirectement, l’étude participe à la stigmatisation de certains milieux sociaux défavorisés et plus directement à la normalisation des recherches et des pratiques en santé mentale sur le modèle spécifiquement anglo-saxon.

L’expertise de l’Inserm confond systématiquement la prévention médico-psychologique et la prédiction des déviances sociales. Elle surmédicalise la souffrance psychique et méconnaît les facteurs sociaux et environnementaux. Elle biologise l’humain et naturalise tout autant le psychisme que les inégalités sociales. Elle fait de l’enfant un « rongeur » comme un autre qu’il faudrait suivre à la trace par un « carnet de comportement », sédater par des psychotropes et corriger par des conditionnements.

Il convient tout d’abord de remarquer que cette expertise de l’Inserm n’est pas isolée et contingente. Elle s’inscrit dans la politique des expertises collectives de l’Inserm soucieuses d’annexer ces dernières années le champ de la santé mentale avec les moyens, les méthodes et les concepts des sciences biomédicales. Mais, a contrario, des principes fondateurs des expertises collectives initiées par l’Inserm en 1993 à partir de « l’affaire du sang contaminé », les « expertises scientifiques » réalisées dans le champ de la santé mentale n’ont pas réuni l’ensemble de la communauté scientifique et n’ont pas évité « les conflits d’intérêts » des experts. Bien au contraire, la direction de ces expertises collectives a largement puisé, pour ne pas dire exclusivement, dans le « vivier » des partisans de la neurobiologie des comportements, des prescripteurs de psychotropes et de thérapies cognitivo-comportementales. Ces expertises se réfèrent quasi exclusivement à la psychiatrie états-unienne et leurs méthodologies proclament à l’envi les intérêts fabuleux de la neurobiologie des comportements, de la génétique, des psychotropes et des TCC.

Nous sommes donc face à une politique épistémologique et idéologique de l’Inserm dont la cohérence et la consistance se déduisent des références anglo-saxonnes soutenues dans les milieux universitaires en France par les partisans d’une psychopathologie cognitivo-instrumentale et refusés par la grande majorité des professionnels de la psychiatrie.

La critique massive de cette dernière expertise par des scientifiques et des médecins renommés, comme le président du comité d’éthique de l’INSERM et le président du CCNE [22], a révélé au grand jour les défauts de ce rapport et sa tendance à se transformer en rhétorique de propagande au profit des outils de diagnostics et de traitements anglo-saxons. Or comme la presse internationale l’a rappelé à juste titre et à plusieurs reprises, aux États-Unis, les laboratoires pharmaceutiques ont été les premiers bénéficiaires de ce type de dépistage et les experts qui ont contribué à construire depuis vingt-cinq ans les « nouveaux » outils de diagnostic (DSM III et DSM IV) avaient, pour une majorité, des liens étroits avec les industries de santé [23].

Donc, en un mot comme en cent, cette dernière expertise (2005) s’inscrit dans une ambition de l’Inserm d’évaluer « scientifiquement » les recherches et les pratiques de santé mentale et de normaliser les « psys » qui les mettent en œuvre (« troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent » en 2002, « psychothérapies, trois approches évaluées » en 2004, « autopsie psychologique » en 2006, etc.). La même logique prévaut dans toutes ces expertises : « surmédicaliser » les souffrances psychiques et sociales en les plaçant sous la tutelle théorique et méthodologique des modèles animaux et neurobiologiques.

On constate dans ces dernières expertises combien cette notion de « trouble du comportement » permet d’accroître la médicalisation de l’existence et la biologisation du fait psychique. La timidité devient une « phobie sociale [24] ». À l’adolescence, cette phobie sociale devient plus spécifique et « concerne alors surtout l’apparence physique, les contacts avec le sexe opposé [25] » (sic). Quant à l’objet ou à la situation phobogènes, ils deviennent de simples « stimuli [26] ». Ainsi, en médicalisant les déviances sociales ou les troubles des conduites, on justifie le caractère naturel des normes et l’on disculpe dans le même mouvement l’environnement des symptômes qui affectent le sujet. C’est ce désaveu de l’Autre qui œuvre dans la fabrication des symptômes, des souffrances psychiques ou sociales et leur transformation en troubles du comportement. Le sujet se trouve réduit à la somme de ses comportements et ses déviances sociales procèdent d’une mauvaise gestion de son économie psychique. Cette économie psychique se trouve réduite à un dysfonctionnement neuronal, à un déficit neuro-développemental produit par des vulnérabilités génétiques et développé par de mauvaises habitudes éducatives. Nous sommes ici en présence d’une nouvelle phrénologie qui puise ses racines dans les théories déterministes du XIX e siècle dont l’idéologie a justifié, dans les systèmes totalitaires, les pires pratiques du déshumain. Les modèles qui rendent compte des troubles en termes de dysfonctionnement neuronal ou d’anomalie génétique justifient davantage le « biopouvoir », la « biopolitique » des populations. Ici la déviance devient naturelle. Et ce modèle fait marcher l’économie tout en encourageant « la servitude libérale [27]». Cette médicalisation des souffrances repose sur un postulat simple sans cesse martelé comme une évidence par les promoteurs de ce type de santé mentale : « Notre position est que les enjeux éthiques de ce traitement préventif sont, en psychiatrie, les mêmes que pour toutes les interventions précoces en médecine [28]. »

L’ensemble des expertises nous invite à avaler les mêmes substances : « les données internationales suggèrent », « les études épidémiologiques […] principalement dans les pays développés », « l’accord d’une communauté de spécialistes », « l’analyse des données de la littérature internationale », « la base de critères internationalement reconnus », « les avancées scientifiques récentes [29] » avec à chaque fois la même rengaine.

Ces expertises font un vibrant éloge des modèles anglo-saxons du diagnostic, du traitement et des programmes de prévention. Elles vantent les mérites « des centaines de programmes de prévention contre la violence [qui] ont déjà été mis en place, en particulier dans les pays anglo-saxons [30] » et « des méthodes d’intervention ciblant la petite enfance (0-3 ans) [31] ».

Cela s’appelle de la rhétorique. Une rhétorique qui œuvre par des références d’autorité en confondant démonstration et argumentation. L’objectif n’est pas de démontrer, mais de nous convaincre qu’en matière de soin, de prévention, de diagnostic et de traitement, nous devrions nous conformer au modèle anglo-saxon. Ces expertises se trouvent placées sous l’emprise d’un modèle animal et expérimental des souffrances psychiques et sociales. Et ce, jusque dans les expressions linguistiques qui parlent de l’éducation comme de « l’élevage à l’occidentale [32] », qui désignent « l’être humain comme chez les autres espèces [33] » et qui dénient ainsi les effets de parole et de désir de l’environnement sur les sujets. Les facteurs de risque de développer des troubles mentaux proviennent davantage de la période des naissances, des « lésions cérébrales de type hémorragique ischémique », de « l’exposition à certains virus durant la grossesse », des « carences nutritionnelles » ou « d’exposition à des substances psychoactives », des variations « géographiques » et « génétiques [34] » que des facteurs de risque psychoaffectifs des mères durant la grossesse.

Précisons. Je ne mets pas en doute les déterminants biologiques possibles des comportements. J’essaie seulement de montrer la structure partisane et tendancieuse de ces expertises qui tend en particulier à euphémiser les facteurs psychologiques et sociaux au profit du modèle « animal ». L’enfant qui présente des « troubles des conduites » n’est plus qu’un petit « animal » cruel, un rongeur qu’il faut traiter par des psychotropes ou contenir par des méthodes psycho-rééducatives. On comprend que ces expertises puissent prêter aisément à leur instrumentation idéologique : l’enfant est un « rongeur » comme un autre dont on suit les comportements « à la trace » par des carnets de surveillance et auquel il convient de donner des psychotropes (la Ritaline, « un compagnon pour la vie », selon la publicité d’un laboratoire) ou de soumettre à de nouveaux « apprentissages ».

Nous sommes ici dans une idéologie totalitaire de biopouvoir qui permet à des experts de donner des « recommandations » aux décideurs pour recomposer la politique de soin, de prévention et de formation. Ces recommandations se trouvent pré-inscrites dans la manière de poser les questions. Les expertises ont accompli ce que la composition de ses membres, de leurs méthodes et de leurs idéologies laissaient prévoir : Les psychologues devraient être davantage formés comme les médecins à la « reconnaissance des troubles mentaux » ( DSM ) et le groupe d’experts « recommande de renforcer et d’homogénéiser dans l’ensemble des facultés françaises les formations au développement cognitivo-socio-affectif des enfants [35] ». Il faut également une surveillance systématique des enfants et des bébés (des « radars » dans les crèches ?) selon les méthodes « objectives », rationnelles et quantifiables prônées par ces « experts ».

Les recommandations de l’expertise de 2002 sont sans cesse réaffirmées dans les conclusions de l’expertise de 2005 avec cette fois un dépistage plus féroce et plus précoce. L’expertise se termine sur des auto-encouragements à poursuivre les travaux de neuro-imagerie fonctionnelle, les recherches neuro-développementales, pharmacologiques et génétiques. Ces partisans des modèles scientistes recommandent fermement tout au long de ces expertises une surveillance généralisée de conduites, une évaluation généralisée des professionnels et des acteurs de la santé comme de l’éducation qu’il conviendrait de conformer davantage aux modèles anglo-saxons.

Avec cette expertise, les promoteurs de ce type de recherches et de pratiques psychiatriques sont allés trop loin. On connaît aujourd’hui les effets Pygmalion de ce type d’« annonce » et de dépistage psychiatrique. On connaît aussi les dangers encourus par les abus et les mésusages dans les traitements par antidépresseurs et par psycho-stimulants des « troubles » de l’enfant et de l’adolescent : suicides, passages à l’acte, problèmes cardiovasculaires, risques de mort subite, etc. L’expertise, comme le projet de prévention de la délinquance qui s’en inspire, méconnaissent systématiquement le travail de terrain et le savoir clinique précieux qui s’en déduit. Mieux, les experts prônent la normalisation de ces pratiques et de ces praticiens de terrain que, manifestement, ils ne connaissent pas, dont ils n’ont pas le métier. Là encore, le diagnostic se trouve dissocié de la prise en charge préventive et thérapeutique dans laquelle, lorsqu’il s’agit de la santé mentale, il s’inscrit.

On aurait pu croire que, face à l’importance des objections scientifiques et éthiques de ce type d’expertises, l’Inserm en serait resté là, d’autant que des engagements avaient été pris devant le ministre de la Santé lors du colloque de l’Inserm en 2006 et que le CCNE a émis un avis très réservé sur cette expertise. Sauf qu’un mois plus tard, en décembre 2006, un nouveau rapport d’expertise concernant cette fois « les troubles spécifiques de l’apprentissage » se trouvait déposé au centre d’expertise collective de l’Inserm et que ce document vient d’être rendu public après un bref lifting sous le nom d’Expertise collective. Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie.

Ce rapport établit dans un charabia époustouflant que la dysorthographie, comme la dyslexie et la dyscalculie, relèvent de « dysfonctionnements cognitifs » imputables à des « facteurs biologiques » probablement génétiques pour les dyscalculies et neurobiologiques pour les dyslexies. De nouveau, dans ce rapport d’expertise, on confond prévention et signe prédictif, à nouveau on confond l’objet produit par les modèles méthodologiques et le symptôme clinique. De nouveau, on ignore les effets des contextes culturels, socio-économiques et pédagogiques. De nouveau dans cette expertise, on prend les mêmes et on recommence. On recommence la même rhétorique de propagande, la même novlangue de l’« évaluation scientifique », du « savoir expert » qui devraient s’imposer aux parents et aux professionnels pour le dépistage des troubles dans une subordination aux savants. De nouveau, le modèle animal est privilégié dans cette expertise et les experts à propos de l’apprentissage du calcul écrivent que : « Les nouveau-nés sont, comme les animaux, en mesure de mobiliser deux systèmes différents pour le traitement des quantités et des transformations qui les affectent [36]. » L’Autre n’existe pas et le rapport qu’un sujet entretient à sa propre langue maternelle ne saurait être que « d’observation » ou de « stratégies » neurolinguistiques. Pour de tels experts, le désir de parler ou de lire n’existe pas autrement que comme « performance » de « résolution de problèmes ». Pour de tels experts, il n’y a que des « normolecteurs » saisissant des régularités « graphotactiques », apprenant des règles de « morphologie flexionnelle » permettant la « constitution de procédures » qui aboutissent à la lecture et à l’orthographe. De tels propos sont hallucinants pour n’importe quel clinicien qui, à l’époque d’Eugène Minkowski, n’aurait pas longtemps hésité, face à une telle « dévitalisation » du rapport du sujet à la langue, à évoquer mezza voce « le rationalisme morbide du schizophrène ».

À lire cette expertise, on a l’impression que pour de tels experts, on ne conduit pas une voiture pour aller quelque part, aller au travail ou rencontrer sa petite amie, mais pour faire fonctionner les commandes du véhicule en bougeant les pieds et les mains comme il faut. Dans ce modèle anthropologique de la conduite, ce qui importe, ce n’est pas le désir qui nous mobilise, l’environnement que l’on rencontre, mais les stratégies neurocognitives qui commandent nos actions plus ou moins déterminées par des vulnérabilités génétiques.

Une même rhétorique ?

Dans toutes ces expertises, la rhétorique scientiste neutralise, au nom des « publications internationales » par les choix partisans des experts, les problèmes posés par l’origine neurobiologique des troubles du comportement. Le problème est transformé en postulat : Le seul référentiel acceptable et conforme à la logique de l’évaluation est celui qui martèle les « substrats cérébraux de troubles du comportement » prédéterminés par des vulnérabilités génétiques. Dans la logique de ces expertises, il s’agit toujours davantage de normaliser les pratiques et les recherches de santé mentale au profit du seul référentiel anglo-saxon favorisant les modèles neurobiologiques et génétiques.

La plupart des expertises de l’Inserm dans le champ de la santé mentale s’arrogent le pouvoir disciplinaire de réguler, de valider et de conformer les décisions politiques en matière de soin et d’éducation. Des dispositifs de normalisation des pratiques de soin et de formation universitaire des professionnels de la santé mentale sont clairement proposés dans les dernières expertises. Il s’agit de recomposer le champ de la santé mentale au profit de ce modèle anglo-saxon par le pouvoir d’une rhétorique qui accomplit ainsi une prescription sociale au nom d’une description soi-disant scientifique de la réalité.

Pour conclure

Par des dispositifs sécuritaires qui tendent sans cesse à administrer rationnellement et scientifiquement la vie, la société de l’évaluation généralisée a trouvé, dans le pouvoir autoproclamé de l’expertise, les opérateurs de sa bio-politique. Dans le champ de la santé mentale, les expertises que je viens d’évoquer participent d’une logique qui normalise les professionnels selon un modèle qu’ils devront eux-mêmes appliquer aux populations. C’est donc une civilisation qui se met en place et non pas seulement une guerre des théories et des doctrines. Les expertises que j’ai évoquées sont pleinement solidaires de cette conception anthropologique de la santé mentale qui prône une administration scientifique et rationnelle du vivant dans l’ascèse utilitariste de l’homo economicus.

Et les experts ne manquent pas d’avouer naïvement leur ambition d’éclairer les décideurs politiques et de conduire les individus par des savoirs experts. Sans se rendre compte que la « niche écologique », dont ce style de raisonnement émerge, détermine plus qu’on ne le croit la préférence pour ce type de savoir médico-économique, qui en retour contribue à la façonner et à la recoder. Alors même que l’obscénité des biais méthodologiques de ces expertises, dans le champ qui est le nôtre, en révèle le caractère fortement idéologique et la performativité sociale.

Faute de remettre en cause ce pouvoir autoproclamé de l’expertise et de l’évaluation généralisée qui s’empare du champ qui est le nôtre, la santé mentale redeviendrait une branche de l’hygiène publique dont la psychiatrie est issue. Quitte alors à ne se réduire qu’à un dispositif biopolitique de recomposition de nos sensibilités psychologiques et sociales au sein duquel nous deviendrions tous des exclus potentiels à l’intérieur de la cité. Un tel dispositif risquerait au nom de la « science », quelque peu malmenée, de se faire le simple alibi d’un pouvoir souverain sur ce que Giorgio Agamben nomme « la vie nue » des exclus. Lorsque « la vie et la politique s’identifient », constate Giorgio Agamben, le risque est grand de voir se développer ces totalitarismes qui font du « biologique » cette fatalité au nom de laquelle les décisions politiques sont recodées comme des normes « naturelles ».

Sans nous laisser aller à une confusion des genres, je dirai qu’aujourd’hui le savoir médico-biologique qui fait retour pour rendre compte de la souffrance psychique et sociale doit être examiné avec la plus grande attention, tant dans ses conditions de validité interne que dans ses conditions de promotion anthropologique. Car nous ne devrions pas oublier que nos décisions ne relèvent d’aucune naturalité, mais procèdent presque toujours d’actes et de paroles dont émerge notre humanité. Et je terminerai avec Adorno : « L’objectivité dans les relations entre les hommes, qui fait place nette de toute enjolivure idéologique, est déjà devenue elle-même une idéologie qui nous invite à traiter les hommes comme des choses [37]. »

Notes

Roland Gori [1] Psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique à l’université d’Aix-Marseille I.

[2] V. Klemperer, 1975, LTI la langue du IIIe Reich, Paris, Albin Michel, 1996, p. 40.

[3] M. Foucault, Les anormaux, cours au Collège de France, 1974-1975, Paris, Gallimard, 1999, p.131.

[4] G. Lantéri-Laura, 2003, « L’objet de la psychiatrie et l’objet de la psychanalyse. », L’évolution psychiatrique, 70, p.31-45.

[5] M. Foucault, 1954, Maladie mentale et psychologie, Paris, PUF, 2005, p. 75.

[6] R. Gori, M.-J. Del Volgo, La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l’existence, Paris, Denoël, 2005.

[7] R.Gori, « La surmédicalisation de la souffrance psychique au profit de l’économie de marché », Psychiatrie française, 4,2005, p.76-92.

[8] G. Agamben, 2006, Qu’est-ce qu’un dispositif ?, Paris, Payot et Rivages, 2007, p. 31.

[9] Ibid., p. 32.

[10] R.Gori, « Le savoir médico-biologique : un nouveau style anthropologique ? », dans Danièle Brun (sous la direction de),La place de la vie sexuelle dans la médecine, Paris, Études freudiennes, 2007, p.61-80.

[11] R.Gori, M.-J.Del Volgo, La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l’existence, Paris, Denoël, 2005.

[12] R.Gori, « Les Exclus de l’intime », colloque du TRIP « La peur de l’étranger », hôpital Sainte-Anne à Paris, le 10 février 2007.

[13] Le mot « ban » est un terme de droit féodal qui évoque trois idées dominantes : celle de proclamation publique, celle de bannissement ou d’exclusion par décision d’une autorité et celle d’un ensemble de personnes qui appuient quelqu’un ou quelque chose ou qui participent à quelque chose.
http ://www.termium.com/guides/juridi/files/304.html

[14] G.Debord, 1967, La société du spectacle,Paris, Gallimard, 1972.

[15] R.Castel, La gestion des risques, Paris, Les Éditions de Minuit, 1981.

[16] E. Roudinesco, 1999, Pourquoi la psychanalyse ?, Paris, Flammarion, 2001.

[17] R. Gori, P. Le Coz, L’empire des coachs. Une nouvelle forme de contrôle social, Paris, Albin Michel, 2006.

[18] M. Weber, 1904-1905, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Paris, Flammarion, 2002, p. 63.

[19] Cf. R. Gori, P. Le Coz, op. cit., 2006.

[20] Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans !, ouvrage collectif, Toulouse, érès.

[21] Colloque organisé par le collectif « Pas de 0 de conduite », « Tout le monde aura été prévenu », Paris le 17 juin 2006.

[22] « L’expertise médicale otage de l’obsession sécuritaire », par Jean-Claude Ameisen et Didier Sicard, Le Monde du 23 mars 2006.

[23] R.Gori, « La construction du trouble comme entreprise de normalisation. » La Lettre de l’enfance et de l’adolescence, 66, 2007, p. 31-41 ; L. Cogrovea, S. Krimsky, M. Vijayaraghavena, L.Schneidera, « Financial Ties between DSM - IV Panel Members and the Pharmaceutical Industry », Psychotherapy and Psychosomatics, 75,3,2006, p.154-160.

[24] Expertise collective sur les « Troubles mentaux, dépistage et prévention chez l’enfant et l’adolescent » (2002)
http ://ist.inserm.fr/basisrapports/troubles_mentaux/troubles_mentaux_synthese.pdf, p. 37.

[25] Expertise 2002, p. 37.

[26] Expertise 2002, p. 38.

[27] R.-V. Joule, J.-L. Beauvois, La soumission librement consentie, Paris, PUF,1998.

[28] P.P. MacGorry, « Avons-nous le droit de traiter les patients dès les prodromes de la schizophrénie ou bien intervenons-nous sans raison dans leur vie ?», Journal de Nervure 16,4,2003, p.13.

[29] Expertise 2005, p. 1.

[30] Expertise 2005, p. 28.

[31] Expertise 2005, p. 51.

[32] Expertise 2002, p. 14.

[33] Expertise 2002, p. 23 et 46.

[34] Expertise 2002, p. 7,8,9.

[35] Expertise 2002, p. 53.

[36] Expertise collective. Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie. Bilan des données scientifiques, INSERM, 2007, p. 644, souligné par moi.

[37] Th. W. Adorno, 1951, Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée, Paris, Payot, 2003, p. 51.

Résumé

Faute de remettre en cause le pouvoir autoproclamé de l’expertise et de l’évaluation généralisée, la santé mentale redeviendrait une branche de l’hygiène publique dont la psychiatrie est issue. Elle se trouverait réduite ainsi à un dispositif biopolitique de recomposition de nos sensibilités psychologiques et sociales au sein duquel nous deviendrions tous des exclus potentiels à l’intérieur de la cité. Un tel dispositif risquerait au nom de la «science», quelque peu malmenée, de se faire le simple alibi d’un pouvoir souverain sur ce que Giorgio Agamben nomme « la vie nue » des exclus. Lorsque la vie et la politique s’identifient, le risque est grand de voir se développer ces totalitarismes qui font du « biologique » cette fatalité au nom de laquelle les décisions politiques sont recodées comme des normes « naturelles ». Nous ne devrions pas oublier que nos décisions ne relèvent d’aucune naturalité mais procèdent presque toujours d’actes et de paroles dont émerge notre humanité.

Roland Gori « La novlangue de la psychopathologie aujourd'hui », Figures de la psychanalyse 1/2007 (n° 15), p. 151-165.

http://www.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2007-1-page-151.htm