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LE COACHING : UNE NOUVELLE FORME DE CONTRÔLE SOCIAL
?
Psychanalyste et professeur de psychopathologie à l'université
d'Aix-Marseille.
Il y a très longtemps que nous souhaitions aborder la question
du coaching, au Club.
L'ayant moi-même pratiqué, dans mes anciennes activités
professionnelles d'out-placement, j'avais déjà porté
un regard critique sur mes méthodes.
Le dernier livre de Roland GORI, " L'empire des coachs, une
nouvelle forme de contrôle social ", devrait permettre
à chacun d'entre nous (coachés ou coachs) de s'interroger
sur un phénomène de société qui envahit
tous les domaines de la vie quotidienne (sport, établissements
de santé, entreprises).
" Il faudrait en France un coach pour 50 habitants ! "
s'exclamait il y a quelques années, le premier formateur
de coachs français……
Coaching et contrôle social. De l’empire à
l’emprise des coachs
vendredi 13 octobre 2006
L’empire des coachs. Une nouvelle forme de contrôle
social. Par Roland Gori et Pierre Le Coz, Albin Michel.
http://liberalisme-democraties-debat-public.com/spip.php?breve40
Cet ouvrage est nécessaire, la présence des coachs est, dans
la vie sociale moderne, un constat qui fait question. Question située
aux frontières d’une approche socio-économique,
d’une analyse psychopathologique, et d’une réflexion
philosophique. Les auteurs (l’un est psychanalyste, l’autre
philosophe) choisissent le ton polémique voire pamphlétaire
pour dégager le sens et la valeur des pratiques de coachs.
La rigueur du style, outre qu’elle donne vie à la lecture,
n’empêche pas l’ampleur et la profondeur des réflexions
déployées. L’omniprésence des coachs
est d’abord rapportée au fonctionnement socio-économique
moderne, l’ardeur de la compétition marchande a naturellement
su trouver des modèles dans les principes et les pratiques
de la compétition sportive. La circulation des coachs va
du terrain de sport, du vestiaire, aux lieux feutrés du management
de toute nature. La question de l’absence de frontières
entre le sportif et l’industriel, entre contraintes économiques
et vie personnelle est abordée frontalement dans le constat
d’une disparition catastrophique de la césure entre
l’intime et le public.
La télé-réalité semble être la
partie émergente et spectaculaire de cette abolition progressive
du personnel, de cet affadissement du singulier. Le capital humain
semble se substituer à l’irréductible du psychisme
humain. Cette thèse centrale est déclinée dans
l’analyse des terrains multiples et foisonnants de la pratique
du coach de l’entreprise à toute vie sociale (y compris
la vie familiale : le parent est-il un coach ?), elle est plus particulièrement
approfondie pour le domaine de la santé. L’éducation
à la santé, la prévention associée au
coaching semble conduire, pour les auteurs, au contrôle social
et à une nouvelle pratique de normalisation. Un travail sérieux
et documenté tend à montrer qu’il pourrait y
avoir des effets inversement proportionnels en termes de prévention
et d’éducation aux investissements massifs affectés
au coaching.
Le mérite de cet ouvrage tient à son engagement politique,
les auteurs ne dissimulant pas leurs positions. Ils sont sensibles
aux accointances ou plutôt aux déterminations politiques,
économiques, sociales de techniques dites de relations humaines
du coaching. C’est pourquoi ils les rejettent avec force,
détermination et méthode. Leur opposition au coaching
peut se résumer ainsi : sous couvert de retrouver l’humain,
la part personnelle dans les divers moments de la vie d’un
sujet (au travail, dans sa vie personnelle, face à la maladie)
un processus de déshumanisation se déploie. La disqualification
de la part complexe et unique de chaque être paraît
être l’essentiel de l’œuvre de coachs qui
inculquent en douceur et contraignent chacun à être
conforme aux besoins de l’entreprise, aux nécessités
d’une « médicalisation de l’existence »
(selon les termes de R. Gori dans un autre ouvrage : La santé
totalitaire qui complète les positions développées
dans le présent ouvrage).
La vivacité du ton, sa dimension de dénonciation sans
nuances pourrait situer les limites de ce livre, celles notamment
qui empêcheraient de reconnaître la valeur de l’argumentation
pour en rester au ton, à la forme de l’écriture.
On peut se demander si la bataille juste et nécessaire des
idées et des conceptions n’est pas entravée
pour le profit d’un constat politique pour lequel l’essai
et le pamphlet peuvent apparaître inopérants. Ou peut
également faire le pari de l’extrême fragilité
de conceptions déterministes, technicistes et simplistes
mises en œuvre par les coachs. L’inventaire de ces notions,
de cette idéologie est fait avec verve et ironie par les
auteurs. Il pourrait contribuer à leur chute inévitable
devant l’altérité et la complexité du
psychisme de chaque être humain. Le pessimisme actif de R.
Gori et P. Lecoz laisse passer un peu d’espoir malgré
le totalitarisme rampant du coaching.
Benjamin Jacobi.
http://liberalisme-democraties-debat-public.com/spip.php?breve40
L’empire des coachs
Une nouvelle forme de contrôle social
http://www.unadfi.org/l-empire-des-coachs.html
Roland Gori et Pierre Le Coz, Editions Albin Michel, 2006
Dans un ouvrage qui a tout d’un réquisitoire, le psychanalyste
Roland Gori et le philosophe Pierre Le Coz démontrent que,
dans le coaching, la rhétorique du sport croise non seulement
celle de l’entreprise mais aussi celle de la santé.
Armés d’une plume trempée dans l’acide,
les auteurs vont entreprendre de mettre en exergue les dangers du
coaching pour… finalement préconiser de l’interdire
« au nom de la santé publique » ! Développé
dans une situation de crise, de précarité et de fragilité
sociale, le coaching leur apparaît en effet « comme
un système de contention sociale, de domestication sécuritaire,
autant que comme un mirage psychologique qui s’est peu à
peu étendu « avec une ambition passablement totalitaire
». Les auteurs remarquent judicieusement que le coach, lui,
tire bien son épingle du jeu dans le monde de l’entreprise
« où les hommes perdent leur vie à la gagner
». Le coaching est là, providentiel et rassurant, offrant
« un airbag psychologique » aux managers fragilisés
ou qui doutent d’eux-mêmes. Grâce à des
« recettes » psychologiques, il aide à retrouver
équilibre et assurance. Plus gravement, les auteurs s’interrogent
sur le fait de savoir comment nombre de nos contemporains en sont
venus à s’en remettre à un coach pour aborder
(ou affronter) les questions existentielles. Car l’idéologie
du coaching repose sur l’idée qu’il n’est
guère recommandé de séparer sphère personnelle
et professionnelle et, en conséquence, il inscrit la quête
du développement personnel au cœur même de la
sphère du travail. Aucun domaine de l’existence ne
semble d’ailleurs devoir échapper à cette déferlante.
Le coaching investit donc le domaine de la santé qui devient
un produit comme un autre où les soignants se doivent d’adopter
une « coaching attitude » ! L’activité
hospitalière se fond ainsi dans l’univers des sociétés
de services. Les auteurs critiquent ce mélange des genres
et ils se demandent comment le coaching peut être, là
encore, la réponse à l ‘expérience existentielle
de la maladie ? Les auteurs prônent donc la nécessité
d’une cure de « désintoxication idéologique
», rejetant « cette soupe sportive remixée à
la sauce managériale ». Car le coaching fait l’impasse
sur les facteurs de désordre psychique « tels le rythme
ou l’organisation du travail, un salaire inadéquat…
» et il se révèle comme « un puissant
moyen de contrôle social au service de la soumission généralisée
des masses » offrant le minimum vital de compassion «
en dessous duquel le système marchand ne pourrait plus fonctionner
» ! Les auteurs vont encore plus loin lorsqu’ils attribuent
aux coachs un rôle de surveillance thérapeutique et
normalisatrice dans un monde « déserté par les
valeurs humaines de l’entraide et de la justice » où
seul le travail permettrait de « s’accomplir ».
Les deux auteurs sont perplexes. Pourquoi ces nouveaux «
directeurs de conscience » se sont-ils ainsi imposés,
conduisant à une sorte de psychiatrisation du quotidien ?
Les autres relais faisaient-ils défaut ? En attendant, remplis
de compassion pour leurs semblables, les managers de l’âme
sont une main tendue pour celui qui a mis genou à terre et
qu’ils sont prêts à relever contre des espèces
sonnantes et trébuchantes… car les tarifs sont à
la mesure de leurs ambitions : très élevés.
Les miracles du coaching
• L’EMPIRE DES COACHS. UNE NOUVELLE FORME DE CONTRÔLE
SOCIAL, PAR ROLAND GORI ET PIERRE LE COZ, ÉDITIONS ALBIN-MICHEL,
2006, 200 PAGES, 15 EUROS.
Appel à « un sursaut d’orgueil collectif »,
ce petit livre vif, plein d’ironie, écrit dans un langage
clair, accessible, décortique le phénomène
en vogue du coaching et aspire ce faisant à susciter «
un vrai débat de société sur le sujet ».
Interrogeant le développement exponentiel de la pratique
du coaching dans notre société, Roland Gori, psychanalyste
et professeur de psychopathologie, et Pierre Le Coz, philosophe
et membre du Comité consultatif national d’éthique,
montrent comment la rhétorique qui sous-tend le coaching
entre en totale consonance avec l’idéologie ultralibérale
de notre temps. Originaire du monde sportif où il a aujourd’hui
totalement ringardisé l’entraîneur de jadis,
sentant par trop la discipline et l’insensibilité militaires,
le coach a très vite infiltré le monde de l’entreprise
: « muni d’une seringue psychothérapeutique »,
il pare à toutes les faiblesses de l’individu qui pourraient
entraver le bon développement économique de l’entreprise.
Les pages consacrées au coaching en entreprise ne manquent
pas d’évoquer les propos de Michel Foucault sur les
discours d’experts, ces discours qui font rire (et comment
ne pas rire quand il est question du « besoin de sécurité
ontologique » du dirigeant d’entreprise ?) mais qui
font cependant autorité. Mais l’on rit de plus en plus
jaune quand on voit comment ce discours fait désormais autorité
aussi, tant côté patients que côté soignants,
dans le monde de l’hôpital converti aujourd’hui
en entreprise de soins. Il n’est pas jusqu’aux malades
en fin de vie qui ne soient désormais accompagnés
par des professionnels, dûment rétribués (le
coaching ne fait pas dans la philanthropie), là où
jadis ce rôle était dévolu aux proches : s’agirait-il
d’encourager leur « compliance » à la mort,
tout comme le « coaching santé » encourage celle
des diabétiques et autres insuffisants respiratoires à
leur traitement ? À l’interface de la culture sportive
du moi et de la médicalisation de l’existence, le coaching,
mirage psychologique, n’est ni plus ni moins que la suite
des procédures de contrôle social, de quadrillage des
populations apparues au XIXe siècle avec le développement
de l’hygiène publique et le souci sanitaire. Les auteurs
de ce livre préconisent un rejet pur et simple de «
cette soupe sportive remixée à la sauce managériale
», nous les suivons sans réserve !
Sophie Aouillé, Psychanalyste
[www.humanite.fr]
http://www.psychologuesenresistance.org/spip.php?page=album&id_article=13
L'EMPIRE DES COACHS
Le coaching est à la mode et ce, dans tous les secteurs de
la vie.
Si sa pratique est partie du sport d'abord, de l'entreprise ensuite,
elle s'étend maintenant tant au monde médical qu'à
celui de l'éducation. Et les auteurs (l'un est psychanalyste
et professeur de psychopathologie, et l'autre est philosophe) de
s'inquiéter.
Le coaching n'est-il pas devenu, faute de repères moraux
ou spirituels, la nouvelle manière d'être politiquement
correct dans notre société "égarée"?
La critique sera vive, acerbe et unilatérale.
D'une part, si un coach est demandé, il est souvent mandaté
par un système (par exemple, une entreprise qui voudrait
recycler un membre incompétent ou non performant), lequel
se "déculpabilise" en "payant" afin que
le coaché "se développe au mieux de ses ressources"
encore insoupçonnées qu'il va (enfin) découvrir
grâce à un programme efficace d'entrainement mis à
sa disposition, avec les meilleures intentions du monde.
Ambivalence donc, mais qui permet au système de ne pas se
remettre en question.
On ne peut s'empêcher de penser à ce qui se met en
place dans l'enseignement afin que les écoles soient plus
"encadrantes", les directeurs plus "managers",
les enseignants eux-mêmes plus "coachés"
et la Société, hors de soupçon.
N'est-on pas là dans ce que l'on pourrait appeler une forme
de contrôle social qui procèderait de nouvelles normes?
D'autre part, avec le coaching, "Peu importe le flacon, pourvu
qu'on ait l'ivresse". Autrement dit, les méthodes sont
un amalgame simplifié (pour ne pas dire un fatras) de toutes
sortes de techniques issues des thérapies comportementalistes,
à "consommer" facilement et directement de manière
à transformer sa vie (son travail), vite et bien, en un produit
de haute satisfaction. Bref, obligation de résultats normalisés
et rentabilisables, où le manque et l'Altérité
ont peu de place.
Si les arguments, finalement peu nombreux, des deux auteurs ne manquent
pas de pertinence, l'intolérance dont ils témoignent
m'inquiète.
Il y a coach et coach. Il en est - heureusement! - dont la pratique
est très éthique, qui connaissent l'importance des
contrats à construire avec le client et dont la formation
rigoureuse permet d'entrer dans la complexité des choses,
au risque de la dissidence, parce que la vie, c'est justement le
manque et la confrontation.
RECENSION MARIANNE LAURENCIS
http://www.entrees-libres.be/n17_pdf/entrees_livres.pdf
Le coaching : un phénomène de société
qui s'enracine / Interview
Par Toutpourchanger.com le mardi 20 octobre 2009
Changer pour quoi faire ?
Gestion de carrière, problèmes de couple, déco,
sexe… la pratique du coaching règle tous nos problèmes
et envahit la société. Pourquoi un tel essor ? Véritable
aide ou arnaque ? Pour vous y retrouver Toutpourchanger.com ouvre
le dossier sensible du coaching. Pour commencer, Pierre Le Coz,
philosophe, co-auteur du livre L'empire des coachs : Une nouvelle
forme de contrôle social s'insurge contre le culte de l'efficacité
et de la performance.
TPC : Comment expliquez-vous le phénomène coaching
?
J’avais cru à tort qu’il s’agissait d’un
phénomène de mode mais le coaching s’enracine
et gagne du terrain. On est passé du sport à l’entreprise
jusqu’à toucher célibataires, ados, candidats
au régime ou au sevrage tabagique… Comme la mondialisation
génère des incertitudes pour l’avenir des futures
générations, on a tendance à idéaliser
l’idée du mouvement. Mais le mouvement pour le mouvement
est absurde. Le coach, présenté comme l’expert
en changement, tient donc un rôle d’opérateur
d’adaptation au monde moderne. Risques climatiques, vache
folle, sang contaminé, l’idée de progrès
est en crise et on ne sait pas où on va. Donc le coach sécurise
et rassure.
TPC : Quelles sont les conséquences pour les individus
de cette spirale du mouvement ?
Avec ses challenges, ses performances, son positivisme à
tout prix, la vie fonctionne comme une véritable épreuve
sportive. Nous devons être rayonnants du soir au matin ! L’idée
qu’on essaye de nous faire croire est que si on s’occupe
de l’individu, de son affectif et de son bien-être,
il sera plus performant pour le groupe. Toutes les institutions
qui cristallisaient jadis les aspirations se disloquent pour ne
laisser la place qu’aux valeurs de l’entreprise et de
la compétitivité. Même phénomène
avec les sentiments. Les coachs de la vie privée évoquent
l’amour comme on parle gestion : efficacité, réponse
à un besoin…
TPC : Quel est le rôle des coachs dans ce système
?
On nous fait croire que c’est sur le lieu du travail que
les individus s’accomplissent. Que ce qu’ils veulent
au plus profond d’eux-mêmes coïncide avec les besoins
de l’entreprise. Beaucoup de coachs sont d’anciens managers
ou sont issus d’écoles de commerce. S’il y a
défaillance, ce n’est pas le système qui doit
être remis en cause mais nous qui n’avons pas su nous
transformer.
Le rôle du coach est de nous réadapter à
ce monde merveilleux.
L'empire des coachs : Une nouvelle forme de contrôle social,
Roland Gori et Pierre Le Coz, Albin Michel.
http://www.toutpourchanger.com/?post/2009/Interview-%3A-Le-coaching%2C-un-ph%C3%A9nom%C3%A8ne-de-soci%C3%A9t%C3%A9
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