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Origine : http://www.lire.fr/critique.asp/idC=47380/idR=213/idG=8
Les neurologues justifient aujourd'hui les intuitions de la psychanalyse.
La victoire des freudiens.
Avec un brin d'arrogance, la science a bien failli enterrer la psychanalyse.
Sous l'empire pharaonique du gène, relégué
par l'hégémonie du neurone et des neuromédiateurs,
Freud allait passer pour un charlatan démodé. Sa boîte
de Pandore psychique paraissait promise au placard. Certes, les
neurosciences ont réalisé une superbe exploration
de la chimie cérébrale, mais la science a commencé
à s'égarer, à divaguer même, en prétendant
instaurer le règne de l'homme-machine. A cette aune, le cerveau
humain ne valait guère plus que le câblage d'un ordinateur.
Entre l'homme et la femme, le désir s'allumait, aussi sûrement
que les sécrétions de phéromones sexuelles.
Bref, la limite entre l'homme et le primate supérieur s'estompait;
que l'huître puisse copiner avec l'homme parce qu'ils ont
quelques neurones en commun n'aurait étonné personne.
La psychanalyse, qui explore la richesse de la vie psychique, semblait
être vouée à disparaître. Pourtant, cette
rescapée modeste et tenace, qui ne cherche d'ailleurs pas
à convaincre, vient de recevoir le secours inattendu du camp
adverse: la communauté scientifique.
Gérard Pommier, psychiatre, psychanalyste et universitaire,
montre en effet que les neurosciences confirment la découverte
freudienne et, même, que leur antagonisme mortel est aujourd'hui
dépassé. Neurologues et psychanalystes s'accordent
à penser que l'exercice primordial de la parole, médium
de la psychanalyse, est indispensable au déve-loppement du
cerveau. Si le petit d'homme ne se met pas à parler, la dégénérescence
de certaines aires du langage le conduit à la mort psychique.
Sans les mots, pas de soi ni d'autre, pas de dedans ni de dehors.
Freud avait fait cette grande découverte: la pulsion, comme
ouverture illimitée sur le monde, comme désir insensé
de dévoration.
Pas de meilleur exemple que celui de lord Nelson! Le grand amiral
de la flotte britannique perdit son bras lors d'un combat naval.
Il se plaignait, souvent, de douleurs insoutenables qu'il imputait
à ce bras inexistant. Le «membre fantôme»
a inspiré à la psychiatrie classique toute une littérature.
Aujourd'hui, les neurologues observent que la douleur migre du moignon
vers le visage. Phénomène tout à fait stupéfiant.
Ce qu'on appelle la pulsion d'emprise se déplace du bras
vers le visage: les yeux, la bouche, le nez, le visage entier qui
s'ouvre sur le monde. C'est la pulsion, le désir qui se projette
dans le monde. «De la main qui appréhende au visage
qui, lui aussi, appréhende l'extérieur», explique
Gérard Pommier. Une des intuitions majeures de la psychanalyse
se trouve ainsi confirmée. Une simple hypothèse? Après
tout, la plasticité du corps psychique est infinie. On notera
aussi une charge plus classique contre les médicaments psychotropes.
Leur usage intensif ne fait pas disparaître le symptôme,
mais le soulage partiellement en étouffant la parole qui
est à son origine.
Un ouvrage dense, passionnant, certes d'une lecture difficile, mais
qui démontre de façon originale que les intuitions
de Freud sont plus que jamais d'actualité.
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