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Origine :
http://nice.indymedia.org/article.php3?id_article=3837
Bien avant la guerre, le grand patronat français collabora
massivement au réarmement de l’Allemagne nazie.
Longtemps avant la deuxième guerre mondiale, bien avant
l’Occupation, nombreux furent les grands patrons français
de la chimie, de la sidérurgie, de la métallurgie,
de l’automobile, de l’aéronautique, du pétrole,
des charbonnages...à collaborer massivement et consciemment
au réarmement de l’Allemagne hitlérienne. Ils
préféraient Hitler au Front populaire.
D’abord ouvertement, voire clandestinement par sociétés
écrans interposées. Dans les années trente,
Plutôt Hitler que le Front Populaire fut le slogan d’une
droite soutenue financièrement par le grand patronat. Le
modèle hitlérien semblait le meilleur pour écraser
les salaires, augmenter la durée du temps de travail et accroître
les profits. Pour les patrons français, le premier des dangers,
c’était les congés payés et la semaine
de quarante heures. Malgré la menace nazie, le grand patronat
préféra lutter contre les ouvriers français
qualifiés d’ennemi intérieur plutôt que
d’empêcher le réarmement de l’Allemagne
nazie.
L’Occupation 39-45 ne fit qu’accentuer une collaboration
qui, dans les faits, remontait à 14-18 où l’on
vit, en pleine guerre, des patrons français et allemands
signer des accords secrets, les français fournissaient électricité
et produits chimiques à l’Allemagne, et en échange,
les allemands s’engageaient à ne pas bombarder les
usines sidérurgiques de Briey en Lorraine, dont celles de
François de Wendel. Dans les années vingt, et malgré
le soutien financier du grand patronat allemand au parti nazi, le
président du Comité des Forges, le même François
de Wendel, fut à l’origine d’un cartel international
de l’acier qui attribua 40% des parts à l’Allemagne.
Le rédacteur du bulletin quotidien du Comité des Forges
n’était autre que l’honorable correspondant en
Allemagne du grand patronat français, l’ambassadeur
de France à Berlin, François Poncet. En 1928, était
fondée la Compagnie Générale Charbonnière
franco-allemande entre le français Kulhman et l’IG
Farben. Exemple de la collaboration dans la métallurgie,
le 10 décembre 1937, une compagnie de Montrouge signa avec
un métallurgiste allemand un contrat prévoyant la
construction de fours industriels sur dix ans... En 1932, la société
française Ugine s’associait avec une filiale d’IG
Farben spécialisée dans la chimie des cyanures ainsi
qu’avec une autre société allemande détentrice
du brevet du Zyklon B, le gaz des camps de concentration. En 1937,
on célébra le dixième anniversaire de la signature
du cartel franco-allemand de la chimie. Les industriels français
étaient fascinés par le niveau de productivité
de l’Allemagne nazie. En 1933, les banquiers français
saluèrent, avec une satisfaction non dissimulée, l’arrivée
de Hitler au pouvoir.
La Banque de France œuvra alors à la création
d’une société franco-allemande pour assurer,
à un niveau rentable, le maintien des envois de matières
premières stratégiques au Reich. Banque de France
et Comité des Forges furent les grands artisans de l’esprit
de Munich, de la démission face à Hitler. Malgré
l’antifascisme affiché de la population française,
les grands patrons multiplièrent néanmoins les contrats
avec des groupes industriels et des banques nazis mais, par l’intermédiaire
de sociétés écran suisses ou hollandaises.
En 1938, la Compagnie Française des Pétroles se positionna
pour une coopération étroite avec le reich hitlérien.
En 1939, arguant du déficit commercial des colonies, un haut
fonctionnaire du Quai d’Orsay encouragea la livraison de matières
premières aux nazis. Dans de nombreuses usines françaises,
les patrons favorisèrent la création de groupes fascistes
du PPF (parti populaire français) qui participèrent
au mouchardage et à la répression des militants syndicaux.
Animés par le patriotisme de profit, grands patrons français
et allemands réalisèrent l’union sacrée
contre le mouvement social issu de 1936.
Le chef du PPF, Jacques Doriot mourut sur le front de l’Est,
sous l’uniforme d’officier nazi. Non vraiment, nous
n’avons pas de patrimoine commun avec ces patrons, partisans
d’une économie militarisée. Que l’école
cesse de présenter cette période comme un roman national
où la collaboration économique n’aurait commencé,
forcée et contrainte, qu’en 1940. A l’inverse,
la Résistance avec sa volonté d’appliquer à
la Libération un ambitieux programme économique, social
et culturel (nationalisation, sécurité sociale, retraite...)
appartient véritablement à ce patrimoine commun porteur
d’un projet commun à élargir, mais non à
détruire comme s’y emploient aujourd’hui les
grands patrons du MEDEF. Pour éviter d’entendre Plutôt
Le Pen que le progrès social, il faut une Histoire qui aide
à construire un projet commun fait de conscience collective
pesant sur les “ collaborations ” présentes et
à venir. Que ceux qui se réclament de l’Education
Populaire, exigent un enseignement de l’Histoire qui tourne
le dos aux images d’Epinal. Que la mémoire de l’Histoire,
enfin retrouvée, donne mauvaise conscience aux grands patrons
du MEDEF, adversaires du progrès social au Nord comme au
Sud, et à leur président, le baron Ernest Antoine
Selliere, petit neveu de François de Wendel. Qu’ils
cessent de faire des profits avec des pays comme la Chine et la
Birmanie, où les salariés n’ont pas de droits
reconnus, où les opposants sont jetés en prison, enfermés
dans des camps, torturés, assassinés et où
les syndicats libres sont interdits comme dans l’Allemagne
nazie.
Alain VIDAL, instituteur à Nantes, adhérent ATTAC
44 05-10-03
vidal.mothes at wanadoo.fr
Bibliographie :Industriels et banquiers sous l’Occupation
de Annie LACROIX-RIZ, professeur d’histoire contemporaine
à l’université de Paris VII
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