Origine : Wikipedia
Dans ses recherches, Descola entend dépasser le dualisme
qui oppose nature et culture en montrant que la nature est elle-même
une production sociale, et que les quatre modes d’identification
qu’il a distingués et redéfinis (totémisme,
animisme, analogisme et naturalisme) ont un fort référentiel
commun anthropocentrique. Ainsi, l’opposition nature/culture
ne fait plus sens, explique-t-il, car relevant d'une pure convention
sociale. Il propose alors en vertu de ces propositions de constituer
ce qu’il nomme une « écologie des relations ».
Il s'agit d'une anthropologie non dualiste, en ce sens qu’elle
ne sépare pas en deux domaines ontologiques distincts humains
et non-humains, une anthropologie donc qui s’intéresse
aux relations entre humains et non-humains autant qu'à celles
entre humains.
Philippe Descola effectue toutefois lui même une double dichotomie,
mais basée cette fois sur deux critères {physicalité/psychisme}
et {identité/différenciation}, distinguant ainsi quatre
« modes d’identification » parmi les sociétés
humaines, qui sont le totémisme, l’animisme, l'analogisme
et le naturalisme : ainsi les modes d’identification sont-ils
des manières de définir des frontières entre
soi et autrui 1.
Particularité du naturalisme
Le naturalisme, dit-il, c’est « simplement la croyance
que la nature existe, autrement dit que certaines entités
doivent leur existence et leur développement à un
principe étranger aux effets de la volonté humaine.
Typique des cosmologies occidentales depuis Platon et Aristote,
le naturalisme produit un domaine ontologique spécifique,
un lieu d’ordre ou de nécessité où rien
n’advient sans une cause, que cette cause soit référée
à l’instance transcendante ou qu’elle soit immanente
à la texture du monde. Dans la mesure où le naturalisme
est le principe directeur de notre propre cosmologie et qu’il
imbibe notre sens commun et notre principe scientifique, il est
devenu pour nous un présupposé en quelque sorte «
naturel » qui structure notre épistémologie
et en particulier notre perception des autres modes d’identification
»2. C’est-à-dire que notre naturalisme détermine
notre point de vue, notre regard sur les autres et sur le monde.<
Si notre société est naturaliste, d’autres
sont animistes ou totémistes.
Les quatre ontologies
Animisme
Ainsi, l’animisme caractérise les sociétés
pour lesquelles les attributs sociaux des non-humains permettent
de catégoriser des relations ; les non-humains sont les termes
d’une relation.
Totémisme
Le totémisme caractérise les sociétés
pour lesquelles les discontinuités et identités entre
non-humains permettent de penser celles entre les humains ; ainsi
la différence des uns -des espèces entre elles- est
synonyme de la différence des autres -des clans entre eux-.
Pour ces sociétés il y a une identité à
la fois dans l'intériorité et la physicalité
des groupes d'humains et de 'leurs' correspondants non humains :
le clan s'assimile alors à son totem, à la fois à
son esprit et à ses attributs physiques. Les non-humains
sont ainsi des signes, des témoignages, de la variété
humaine.
Analogisme
L'analogisme se caractérise lui par une discontinuité
à la fois des intériorités et des physicalités
des humains et des non humains. Les sociétés où
l'analogisme est présent, se caractériseront alors
par des systèmes fortement dualistes.
Naturalisme
Seule la société naturaliste (occidentale) produit
cette frontière entre soi et autrui, en introduisant l’idée
de «nature» qui sous-tend implicitement une représentation
du monde basée sur une dichotomie entre nature et culture.
La nature serait ce qui ne relève pas de la culture, ce qui
ne relève pas des traits distinctifs de l’espèce
humaine, et des savoirs et savoir-faire humains. Alors que cette
nature (le monde physique) est fondamentalement universelle (les
mêmes atomes fondent l'ensemble de l'univers, les mêmes
lois et déterminismes fixent et s'appliquent à l'humain
et au non humain), la culture différencie elle l'humain du
non humain, mais également les sociétés humaines
entre elles. Cette distinction occidentale, récente, résultat
d’une histoire particulière, est inexistante dans certaines
sociétés, et fonde la difficulté occidentale
à appréhender ces dernières 3.
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