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Palestine : un veto à l’ONU ? Tant mieux !
Carole Lyon, Courrier international,
jeudi 18 décembre 2014

Origine : http://www.france-palestine.org/Palestine-un-veto-a-l-ONU-Tant

L’autorité palestinienne remet ce 17 décembre un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU pour demander la fin de la colonisation israélienne. Le texte ne passera pas. Mais qu’importe, ce qui se joue va bien au-delà.

Pour les Palestiniens, ce mercredi 17 décembre marque une étape diplomatique décisive et une occasion d’observer comment les positions internationales à l’égard de leur cause ont évolué. Pour la diplomatie israélienne, par contre, cette journée s’est rapidement profilée comme un "mercredi noir", constate sur Al-Monitor l’éditorialiste israélien Ben Caspit.

En une seule journée, "le système judiciaire européen retire le Hamas de sa liste des organisations terroristes ; les Etats membres de la Convention de Genève se réunissent à la demande de la Palestine pour convenir de plusieurs résolutions à l’encontre d’Israël ; le Parlement européen se prononce sur une version adoucie d’une résolution de reconnaissance d’un Etat palestinien. Et, last but not least, le projet de résolution palestinien est soumis au Conseil de sécurité". Bref, écrit Ben Caspit, "il y avait longtemps qu’on n’avait pas vu une telle offensive diplomatique contre Israël".

La décision est prise

"La projet de résolution, soutenu par la Ligue arabe et promu en coordination avec la Jordanie - actuellement membre non-permanent du Conseil de sécurité - demande la fin de l’occupation israélienne en territoire palestinien avant la date-butoir de novembre 2016", explique le quotidien panarabe Asharq Al-Awsat.

Cette démarche intervient alors que, face à l’enlisement du dialogue israélo-palestinien, plusieurs parlements européens ont décidé de se saisir de la question et de se prononcer en faveur d’une reconnaissance de la Palestine, tandis qu’en Israël, le Premier ministre a fait le choix de renvoyer ses ministres issus du centre, afin de se reporter sur ses partenaires d’extrême droite, certes plus arrangeants vis-à-vis de sa stratégie politique, mais qui militent pour le maintien et le développement des colonies en territoire palestinien.

La France, soutenue par l’Allemagne et la Grande-Bretagne, a tenté d’assouplir la demande, en proposant un texte sans date-butoir afin d’éviter un veto. Mais c’est bien le texte original qui sera présenté à l’ONU, a affirmé mardi soir un représentant de l’OLP, "que nous ayons les neuf votes du Conseil de sécurité ou pas, la décision a été prise". "Le but est de faire pression sur les Américains… et aussi sur les Français, pour qu’ils fassent une proposition sérieuse rapidement", a confié une source diplomatique palestinienne à Asharq Al-Awsat. Mercredi matin, le ministre palestinien des Affaires étrangères déclarait, lui, que le texte déposé reposerait largement sur les propositions françaises. Sans préciser s’il avait conservé la mention d’une date butoir.

Peu importe que la résolution échoue

La motion palestinienne file donc tête baissée vers un veto américain et, de ce fait, un blocage - à la grande satisfaction de Nétanyahou, mais aussi, étonnament, de Mahmoud Abbas, explique encore Ben Caspit. Car face à ce veto, le président de l’Autorité palestinienne pourra se dire contraint de "passer à son plan alternatif : c’est-à-dire rejoindre plusieurs institutions de l’ONU […] et traîner Israël devant la Cour pénale internationale" pour crimes de guerre. Un scénario qui "permettrait à Abbas de gagner l’estime de la rue palestinienne".

Idem côté israélien, conclut l’éditorialiste. Malgré l’échec de la résolution, la pression qui pèse sur Israël pourrait finir par convaincre l’électorat (appelé aux urnes au mois de mars pour des élections anticipées) que "maintenir [le Premier ministre] Nétanyahou en poste ne conduira qu’à un enfer diplomatique sans issue […] et qu’il leur faut trouver un leader capable de récupérer le soutien américain, de mener des négociations avec les Européens et, surtout, de parler aux Palestiniens".