Origine :
http://www.protection-palestine.org/spip.php?article5177
http://www.thenation.com/doc/20070702/klein
Gaza aux mains du Hamas, avec des militants masqués assis
dans le fauteuil présidentiel ; la Cisjordanie instable,
des camps militaires israéliens formés en hâte
sur les hauteurs du Golan ; un satellite espion sur l’Iran
et la Syrie ; la guerre avec le Hezbollah qui s’en faut d’un
cheveu ; une classe politique percluse de scandales, ayant perdu
toute confiance publique.
A première vue, ça ne va pas fort pour Israël.
Mais il y a un mystère : pourquoi, au milieu d’un tel
chaos et carnage, est-ce que l’économie israélienne
progresse comme en 1999, avec une bourse qui grimpe et des taux
de croissance à la chinoise ?
Thomas Friedman a récemment présenté sa théorie
dans le New York Times. Israël « cultive et récompense
l’imagination individuelle, » et ses habitants font
sans cesse éclore des start-up high-tech ingénieuses
– peu importent les dégâts causés par
les politiciens. Après avoir examiné les projets de
fin d’étude des étudiants en ingénierie
et informatique à l’Université Ben Gourion,
Friedman fit une de ses fameuses annonces déjantées
: Israël « a découvert du pétrole ».
Ce pétrole, apparemment, se situe dans les esprits des «
jeunes innovateurs et entrepreneurs capitalistes, » israéliens,
trop occupés à faire des méga-contrats avec
Google pour s’arrêter à la politique.
Voici une autre théorie : L’économie israélienne
ne surchauffe pas malgré le chaos politique qui fait les
gros titres, mais grâce à lui. Cette phase de développement
remonte au milieu des années 90, quand Israël –
l’économie la plus dépendante de la technique
dans le monde - était à l’avant-garde de la
révolution de l’information. Après l’explosion
de la bulle internet en 2000, l’économie d’Israël
fut dévastée, connaissant sa pire année depuis
1953. Puis arriva le 11 septembre, et soudainement de nouvelles
perspectives de profit apparurent pour toutes les compagnies prétendant
qu’elles pouvaient localiser des terroristes dans les foules,
rendre des frontières imperméables aux attaques, et
extraire des aveux des prisonniers muets.
En trois ans, de vastes secteurs de l’économie technologique
d’Israël ont été réorientés
radicalement. En termes Friedmaniens : Israël est passé
de l’invention d’outils pour le « monde plat »
à la vente de barrières à une planète
d’apartheid. Les entrepreneurs qui réussissent le mieux
dans le pays sont nombreux à utiliser le statut d’Etat-forteresse
d’Israël, entouré d’ennemis furieux, comme
d’une sorte de hall d’exposition ouvert jour et nuit,
un exemple vivant du savoir faire pour une sécurité
relative au milieu d’une guerre perpétuelle. Et la
raison de la super-croissance d’Israël, c’est que
ces compagnies s’activent à exporter ce modèle
dans le monde.
Habituellement, les discussions sur le commerce militaire d’Israël
portent sur le flot d’armes vers le pays, les Caterpillars
étasuniens qui servent à détruire les maisons
en Cisjordanie et les compagnies britanniques qui fournissent des
pièces de F16. On néglige l’énorme business
d’exportation en pleine expansion. Israël envoie maintenant
1,2 milliards de dollars de produits de « défense »
aux USA, comparés à seulement 270 millions en 1999.
En 2006, Israël a exporté 3,4 milliards de dollars de
produits de « défense », plus d’un milliard
au dessus de ce qu’il a reçu en aide militaire US.
Ceci fait d’Israël le 4eme marchand d’armes du
monde, dépassant la Grande Bretagne.
Une grande part de cette croissance a été dans le
secteur dit de “sécurité intérieure”.
Avant le 11 septembre, la sécurité intérieure
existait à peine en tant qu’industrie. A la fin de
cette année, les exportations israéliennes du secteur
atteindront 1,2 milliards de dollars, en augmentation de 20%. Les
produits et service phares sont les barrières high-tech,
les drones, les cartes d’identité biométriques
et les systèmes d’interrogatoire des prisonniers –
précisément des moyens et technologies qu’Israël
a utilisés pour verrouiller les territoires occupés.
Et voila pourquoi le chaos, à Gaza et dans le reste de la
région, ne menace pas le solde final à Tel Aviv, il
peut même le relever. Israël a appris à faire
d’une guerre sans fin un avantage de marque, et fait la promo
du déracinement, de l’occupation et de l’enfermement
des Palestiniens, comme d’une expérience d’un
demi-siècle dans la « guerre globale contre le terrorisme.
»
Ce n’est pas par hasard que les projets d’étudiants
de l’Université Ben Gourion qui ont tant impressionné
Friedman avaient des titres tels que « Matrice de covariance
innovante pour la détection de cibles ponctuelles dans les
images hyperspectrales » et « Algorithmes pour la détection
et l’éviction d’obstacles. » Trente compagnies
de sécurité intérieure ont été
lancées en Israël rien que ces six derniers mois, grâce
en grande partie à de généreuses subventions
du gouvernement, qui ont transformé l’armée
israélienne et les universités du pays en incubateurs
pour les start-up de sécurité et d’armement
(à garder en tête dans les débats sur le boycott
universitaire).
La semaine prochaine, les mieux établies de ces compagnies
viendront en Europe pour le Salon du Bourget, l’équivalent
de la Semaine de la Mode pour l’industrie des armes. Une des
compagnies israéliennes sera Suspect Detection Systems (SDS),
qui présentera Cogito1002, un kiosque de sécurité
blanc d’air futuriste qui demande aux voyageurs aériens
de répondre à une série de questions générées
par ordinateur, ajustées selon le pays d’origine, tandis
qu’ils mettent leur main sur un senseur « biofeedback
». L’appareil lit les réactions corporelles aux
questions et certaines réactions indiquent que le passager
est « suspect ».
Comme des centaines d’autres start-up israéliennes,
SDS se vante d’avoir été fondé par des
anciens de la police secrète israélienne, et que ses
produits ont été testés sur le terrain sur
les Palestiniens. Non seulement la compagnie a testé ses
terminaux biofeedback à un checkpoint de Cisjordanie, mais
elle proclame que « le concept est soutenu et renforcé
par la connaissance acquise et assimilée à partir
de l’analyse de milliers de cas en relation avec les kamikazes
en Israël. »
Une autre star du salon du Bourget sera Elbit, un géant
de la défense israélienne, qui prévoit d’exhiber
ses avions sans pilote Hermes 450 et 900. Pas plus tard qu’en
mai, d’après les dépêches, Israël
utilisait les drones dans des missions de bombardement à
Gaza. Une fois testés dans les territoires occupés,
ils sont exportés : l’Hermes a déjà été
utilisé à la frontière Arizona-Mexique, les
terminaux Cogito1002 sont expertisés dans un aéroport
étasunien ; et Elbit, une des compagnies derrière
la « barrière de sécurité » israélienne,
est en partenariat avec Boeing pour construire la barrière
frontalière « virtuelle » de 2,5 milliards de
dollars du Department of Homeland Security, autour des Etats-Unis.
Depuis qu’Israël a commencé sa politique de fermeture
des territoires occupés avec des checkpoints et des murs,
les militants des droits de l’homme ont souvent comparé
Gaza et la Cisjordanie à des prisons en plein air. Mais en
étudiant l’explosion du secteur israélien de
la sécurité intérieure, un sujet que j’explore
plus en détail dans un livre à paraître (The
Shock Doctrine : The Rise of Disaster Capitalism), il me frappe
qu’ils sont aussi autre chose : des laboratoires où
les techniques terrifiantes de nos Etats sécuritaires sont
testées sur le terrain. Les Palestiniens – qu’ils
vivent en Cisjordanie ou dans ce que les politiciens israéliens
appellent déjà le « Hamasistan » - ne
sont plus seulement des cibles. Ce sont des cobayes.
Aussi, dans un sens, Friedman a raison : Israël a atteint
le pétrole. Mais le pétrole n’est pas dans l’imagination
de ses jeunes pousses. Le pétrole est dans la guerre contre
le terrorisme, dans l’état de peur constante qui créée
une demande globale sans limite d’appareils pour observer,
écouter, contenir et viser des « suspects ».
Et, ainsi qu’il s’avère, la peur est la dernière
matière première renouvelable.
Traduction : JPB
Naomi Klein a écrit de nombreux livres, son plus récent,
“The Shock Doctrine : The Rise of Disaster Capitalism »,
paraîtra en septembre.
Visitez son site :
Hermes 900
Elbit Systems unveils the Hermes 900, a new medium altitude long
endurance (MALE) UAV mid-size platform. The Hermes 900 weighs 970kg
(maximum takeoff weight) and has a wingspan of 15 meters. The new
aircraft features larger multi-payload configurations (up to 300kg),
higher flight altitude and extended flight time — without
the need for external fuel tanks. The Hermes 900 system supports
numerous missions and specialized applications such as electro-optics,
IR imaging laser range finder and laser designation as well as SAR/GMTI,
Comint DF and ELINT.
SAR : Synthetic Aperture Radar
GMTI : Ground Moving Target Indicator
Comint DF : Communication Intelligence and Direction Finding
ELINT : Electronic Intelligence
Naomi Klein, The Nation, 14 juin 2007
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