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Origine : http://cntait89.free.fr/actualites/120801mindin.htm
Le vent semble tourner à la maison départementale
du Mindin (MDM), en Loire Atlantique sur la commune de saint Brévin.
Cet établissement médico social départemental
de la fonction publique territoriale qui héberge à
vie des personnes très lourdement et mentalement handicapées,
dites démunies.
Les langues se délient, des soutiens inattendus se font
jour.
Rappelons nous: Madame CT, membre de la CNT-AIT, travaillant depuis
1992 comme aide médico-psychologique dans cet établissement
a du faire face, seule, au mur du silence. Témoin de mauvais
traitements subis par des pensionnaires de ce lieu de relégation.
Durant toutes ces années elle n'a pu se résoudre à
se taire, pour dénoncer ce qui lui paraissait anormal et
injuste tout en indiquant des voies du travail qu'il convenait de
réaliser si l'on veut rendre la vie plus agréable
à ces handicapé-e-s.
Envers et contre tous, elle a persisté à travailler
selon son éthique, comme si en matière de soins et
d'assistance, le fait d'effectuer correctement son travail avait
été un acte de désobéissance contre
ceux pour qui le seul fait de "garder" ces handicapé-e-s
suffisait. Bien qu'elle ait alerté du monde, il n'y a pas
eu de suites institutionnelles, montrant là le peu de considération
que son action recevait:
- Premier signalement en Août 1994 à Madame B de
la DISS puis en Mars
1995 et Septembre 1995.
- Signalement répétés des faits à la
direction, au psychiatre vacataire et aux psychologues de l'établissement.
- Envoi plusieurs lettres au procureur de la république.
- Signalement à la ligue des droits de l'homme (qui aura
demandé sans suites un plan d'action à la direction).
- Déclaration à la police en Avril 1996.
- Déclaration à l'IGAS en Avril 96, Avril 97, Octobre
98.
- Déclaration au secrétariat d'Etat à la santé
en Mai 96.
- Déclaration au docteur JD de la DDASS en Juillet 96, Septembre
96, avec deux entrevues.
- Entrevue avec Mr C, médiateur de la république,
en Juillet 97.
- Signalement au conseil général en Août 1999.
- Et bien sur multiples alertes aux syndicats "représentatifs"
de l'établissement.
Des collègues, syndicalistes "maison", ont cependant
dénoncé chez elle le "manque de solidarité
de classe" parce qu'elle dénonçait les conditions
indignes dont elle avait été témoin. C'est
pourtant en voulant faire de sa tâche une activité
au service du bien être de ces personnes handicapé-e-s
et en refusant le fait que certains puissent les utiliser comme
objet de leur sadisme, même seule, que madame CT faisait preuve
de "solidarité de classe". Elle montrait une voie
intéressant le syndicalisme comme devant aussi s'employer
à critiquer et orienter l'activité humaine dans un
sens utile, répondant aux besoins et ne nuisant pas. Et donc,
à ce moment là, quitter le seul corporatisme revendicatif
pour devenir révolutionnaire, c'est à dire sur le
chemin de la réappropriation de l'outil et du sens du travail
par le travailleur.
Il y a deux ans la CNT-AIT, aux côté de madame CT,
avait diffusé largement un 4 pages racontant toute cette
histoire, dans le but d'aider madame CT dans son combat et d'ensemencer
une réflexion critique sur ce qu'il se passait ici comme
dans d'autres établissements.
Tous les travailleurs de la MDM en auront alors pris connaissance
et bien au delà aussi. La lettre à LULU, périodique
local lu dans la région en aura tiré un reportage
attestant les dires de,madame CT.
Nous avons organisé une réunion publique le 28/01/00
à Paris à ce sujet, qui avait rassemblé nombre
de travailleurs du secteur santé-social-éducation.
Malgré cela, madame CT épuisée, sans avoir
été prise au sérieux, se retrouvait en longue
maladie. Cela pouvait arranger du monde, "l'emmerdeuse",
celle qui pose problème, se retrouvant stigmatisée
semblait donner raison à ceux et celles qui avaient voulu
la voir comme une "folle".
Pourtant après toutes ces années, les deux ans de
discussion et de diffusion, continue et par nos soins, d'informations,
n'auront pas été vain, puisque tout cela commence
à porter ses fruits.
Il semble que depuis quelques semaines le processus s'accélère
et la CNT ne peut que s'en réjouir.
Un mouvement de mécontentement du personnel de la MDM se
fait jour, soutenu par l'association des familles des résidents
des établissement de Mindin et d'après nos informations,
des mouvements similaires ont lieu dans d'autres établissements.
Condamnant la "qualité de prise en charge minimale et
le mal être des résidents", "une situation
qui engendre des dysfonctionnements et des actes de violence dont
les résidents sont les victimes", le mouvement dénonce
le "manque criant de personnel" et tire la sonnette d'alarme
sur "les conditions de travail qui se dégradent, provoquant
l'usure des agents et une augmentation significative de l'absentéisme",
"les repos - légitimes - jamais compensés en
termes d'emplois" (il manquerait 44 postes à Mindin
comprenant 18 postes rendus nécessaires par l'observation
des repos compensateurs et sans compter, bientôt, les 35 heures).
Début Mai 2001, signale Ouest France, monsieur PB, vice
président du conseil général, après
avoir rencontré personnel et parents faisait savoir dans
un communiqué, "que pour soutenir les équipes,
le conseil général s'engage à créer
immédiatement 3 postes supplémentaires" tout
en appelant l'Etat, financier principal, à produire un effort
similaire.
Les manifestations de personnels et familles de résidents,
se succèdent, devant la MDM, sur le pont de Saint Nazaire,
devant la préfecture de Nantes où ils sont reçu
par le directeur du cabinet du préfet qui précise
que le directeur de la DDASS, monsieur M, devrait être reçu
au ministère à ce sujet.
Vigilants quand aux promesses, ils sont conscients qu'une "réflexion
de fond sur la structure et le fonctionnement "de La MDM, "ne
pourra être esquivée".
Si la CNT-AIT ne peut que se réjouir d'un tel changement
de situation - elle se réclame solidaire du mouvement en
cours - , elle met en garde les salariés et les familles
de résidents contre les récupérations de syndicats
de l'établissement restés silencieux pendant des années.
L'association dans cette lutte de membres du personnel et de familles
de résidents, en attendant aussi l'expression de résidents
eux-même, est à nos yeux exemplaire. Dans ce contexte,
la CNT-AIT tient à souligner que le long combat de madame
CT et son relais syndical CNT, il y a deux ans, reste à l'origine
des mouvements en cours. La CNT-AIT réaffirme ses revendications:
- Effectivement, les conditions d'hebergement, de soin, de vie des
personnes démunies concernant l'outil de travail doivent
intéresser au premier plan le syndicalisme. Et que cette
question intéresse la nécessaire réflexion
de fond sur ce type d'établissement.
- Que des personnels formés, motivés, conscients de
leur tâche, en nombre suffisant (créations de postes),
mais aussi respectés dans leurs droits et leur dignité,
sont une condition nécessaire à la bonne marche du
travail.
- Qu'il est nécessaire de désenclaver et d'ouvrir
au monde extérieur et au mouvement de la vie ce type de lieu
de vie, afin qu'ils ne s'enferment pas dans une logique de relégation.
- Que chaque résident est un individu à part entière
ayant droit à être considéré dans la
dignité et non un anonyme se confondant dans une masse informelle
et démunie gardée à l'écart du monde.
- Que la société dans son ensemble est concernée,
tant il est vrai, que ce type de lieu de vie reste la conséquence
du fait qu'il n'est pas possible pour les proches de ces personnes
handicapées de vivre avec elles au quotidien. Ce ne sont
ni les proches, ni les personnels qui ont choisi de s'occuper de
ces personnes, qu'il faut accabler, mais l'ensemble de la société
sur son fonctionnement et la place qu'elle assigne à certains
de ses membres lorsqu'ils ne s'inscrivent pas ou plus dans le système
de la productivité/consommation ordinaire.
- Que l'ensemble du système sanitaire et social est concerné.
Tant il est vrai que nous vivons, malgré l'accroissement
considérable de la demande de soin, à un démantèlement
de l'outil de soin dynamique en santé mentale donnant l'illusion
triomphaliste (pour les ennemis du droit à la santé
mentale) d'une disparition de la politique asilaire. Nombre de patients
ne trouvant plus de temps et de place nécessaire à
la poursuite de leur soins sont rapidement relégués
dans un secteur médico-social en pleine expansion. Ce secteur
n'ayant pas mission de thérapie fait courir le risque d'un
déplacement de la chronicité asilaire de la psychiatrie
publique vers ce secteur médico-social. Que le secteur psychiatrique
ne soit plus asilaire (au mauvais sens du terme), que le secteur
médico-social risque de le devenir, dans tous les cas c'est
le droit d'asile à la personne souffrante et donc ayant droit
à des soins et thérapies, sur mesures et ouvertes
sur la vie, qui est menacé sinon déjà aboli
dans nombre de localités.
- Enfin, nous réclamons aux côté de notre compagne
madame CT, pionnière dans ce combat reconnu maintenant par
de plus en plus de monde, ayant payé de sa personne et actuellement
elle même reléguée en longue maladie que les
injustices dont elle a été victime soit réparées
et qu'elle obtienne la reconnaissance qui lui est due, après
que sa parole ait été pendant si longtemps mise en
doute.
La CNT-AIT, dans une démarche intercorporative, interprofessionnelle
et interrégionale, reste vigilante quant aux suites données
à ces différentes revendications.
Ce travail a été réalisé par des militants
des syndicats: CNT-AIT Bourse du Travail, place Aliende 44600 St
Nazaire et du Syndicat des Travailleurs, Chômeurs, Précaires
de Paris, BP 352 75526 Paris cedex 11.
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