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Au-delà de Blade Runner. Los Angeles et l'imagination du désastre
Mike Davis, Allia, 2006, 154 p., 6,10 E.
René-Éric Dagorn

Origine : http://www.scienceshumaines.com/index.php?lg=fr&id_article=5760

Les visions de l'apocalypse urbaine sont dominées par la nouvelle Babel de Metropolis de Fritz Lang (1927) ou encore par la pyramide néomaya de la Tyrell Corporation de Blade Runner de Ridley Scott (1982). Selon le géographe et sociologue Mike Davis, le futur des grandes villes sera sans doute beaucoup moins spectaculaire, mais tout aussi inquiétant. Séparatisme social généralisé, bunkérisation des gated communities, criminalisation de la pauvreté, abandon des politiques sociales : on n'aboutira pas à une ville barbare, mais éclatée.

Parodiant le célèbre schéma de la ville américaine en cercles concentriques proposé par l'école de Chicago dans les années 1920, M. Davis voit dans le Los Angeles de la fin du XXe siècle non seulement le prototype de « la capitale du futur » mais aussi le lieu d'une « écologie de la peur ». Les cercles concentriques sont ceux de l'enfer de Dante. Il s'y déroule « une guerre raciale de faible intensité », et s'y logent aussi bien « les univers parallèles » de la richesse que les prisons de « la ceinture du goulag ».

Extrait d'Ecology of Fear, ouvrage monumental publié aux Etats-Unis en 1998, Au-delà de Blade Runner n'échappe pas à la limite habituelle des livres de M. Davis : la dénonciation des pathologies urbaines passe par une esthétisation du désastre qui finit par participer du mythe même que l'on entendait pourtant dénoncer. On n'oubliera pas en fermant le livre que le Los Angeles du début du XXIe siècle n'est plus celui de la fin des années 1990 : l'élection du très volontariste Antonio Villaraigosa au début de l'année 2005 (le premier maire latino d'une grande métropole états-unienne) témoigne d'une volonté de recréer une sphère de l'espace public dans la cité des anges. Les ouvrages de M. Davis auront participé à la prise de conscience de la nécessité de repenser la ville.

René-Éric Dagorn



1/07/2006
Chronique Livres

De la colonisation à la famine

http://www.rfi.fr/fichiers/Mfi/culturesociete/1828.asp

(MFI) Les éditions La Découverte rééditent en format poche le brillant ouvrage de Mike Davis, intellectuel inclassable de la gauche américaine, Génocides tropicaux. L’auteur s’y penche sur les terribles famines de la fin du 19e siècle qui entraînèrent la mort de plus de 50 millions de personnes en Inde, au Brésil mais aussi en Chine et en Afrique. Ce drame, rarement expliqué par les historiens, serait dû, selon lui, au phénomène climatique aujourd’hui baptisé El Nino, déclencheur de longues périodes de sécheresse, puis d’inondations suivies d’épidémies et de famines. Déjà difficilement supportables, ces fléaux auraient été lourdement aggravés par la présence coloniale. Mélange d’indifférence et d’opportunisme, l’attitude des colons d’alors aurait largement contribué à la création de ce que nous appelons aujourd’hui le Tiers-Monde. L’auteur montre par exemple comment l’importation de main d’œuvre étrangère lors de la construction de l’Uganda Railroad – dans sa partie kényane – a favorisé la diffusion de la peste bubonique en pleine période de sécheresse et comment l’utilisation des réserves de nourriture pour les ouvriers a empêché de sauver une partie des populations locales. Mike Davis évoque également ces monocultures imposées de produits mondialement convoités, comme le coton ou le café, qui interdisaient aux paysans de cultiver ce qui aurait pu les nourrir. Histoire climatique, histoire coloniale, histoire économique sont ici étroitement imbriquées pour servir la démonstration hautement polémique de l’auteur. L’érudition est ici manifeste, et la force de l’ouvrage indéniable.

Génocides tropicaux, Mike Davis, La Découverte/Poche, 479 pages.

Geneviève Fidani