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Autorité et Education
Conférence de G. Mendel à l'ISP
26 novembre 2002


Dans le prolongement de la publication de son livre Histoire de l'autorité paru au printemps dernier chez Albin Michel, le père de la sociopsychanalyse a proposé des analyses décalées et interpellantes autour de ce thème rebattu et caricaturé de l'autorité lors de la deuxième conférence du cycle 2002-2003 de l'ISP. Avec l'accord de Nicole Priou, responsable du cycle, que nous remercions, nous partageons, ici, quelques notes prises à cette occasion.

Nouvelles figures de l'autorité : Enjeux et questions pour l'école Gérard Mendel


Conférence tenue dans le cadre du cycle de conférences de l'ISP 2002-2003 Le 13 novembre 2002

L'autorité est un mot très fort, un mot mystérieux. Il provoque de s réactions passionnelles. On ne peut réellement l'aborder que dans une logique d'articulation des sciences humaines entre elles. Le XXIe siècle devra être le temps d'une anthropologie générale articulant les différentes disciplines entre elles.
D'entrée Gérard Mendel porte un soupçon radical sur la notion d'autorité. Il rapporte l'anecdote de l'intervention de P. Malle aux entretiens Bichat de 1966, qui, questionné, opposait à la notion d'autorité en éducation celle de fermeté. Dans la dimension interpersonnelle de l'autorité, il souligne le caractère dissymétrique de la relation d'autorité qui contient intrinsèquement une tentative de manipulation et de culpabilisation de l'autre. Elle renvoie ainsi à la thématique de l'abandon, de l'amour, de l'exclusion.
Au plan éducatif, Gerard Mendel d'un travail fait dans le cadre des IUFM que la définition que donnent les enseignants, quand on les interroge, du mot autorité correspond à la définition même du métier, du bon enseignant. C'est le mot-clé de la relation pédagogique. Mais si le mot et l'idéal restent, les élèves eux ont changé.

Proposition d'une définition :

À partir d'Hannah Arendt, on pourrait définir l'autorité comme l'obéissance volontaire de quelqu'un sans qu'il soit nécessaire de mettre en place une coercition externe et sans que l'on fasse appel à l'usage de la persuasion ou de l'argumentation. Car on se trouverait alors dans une relation égalitaire ce qui est le contraire de l'autorité. On ne peut que souligner, néanmoins, la dimension négative de cette définition de l'autorité.
Pour conclure cette mise en perspective Gérard Mendel souligne la force sacrée du mot autorité, même quand il est employé à contresens, c'est l'expression d'une nostalgie d'avant la négociation, de la mise sur la place publique… Il prend l'exemple de l'automobiliste, qui n'a pas commis d'infraction, arrêté par un gendarme. Les différents sentiments que celui-ci peut éprouver renvoient au versant inquiet de l'enfance, dans un sentiment de faute présumée, d'inquiétude. L'anecdote souligne l'ambivalence des sentiments dissimulée derrière les relations passionnelles - qu'elles soient positives ou négatives - par rapport à l'autorité.

Une clé de lecture :

Il faut s'appuyer sur les apports des psychanalystes qui, depuis Freud, se sont intéressés à ce qui précède le moment oedipien. Françoise Dolto en est une bonne illustration. La névrose d'abandon, l'angoisse abandonnique, versant noir, pour Mendel, du sentiment océanique chez Freud est la clé de lecture pour comprendre ce qui se joue autour de l'autorité. Pour lui, la très grande force de ces angoisses archaïques et la grande difficulté à les surmonter seul, sans l'appui de la culture et de la société explique expliquent que l 'humanité ait inventé, dans toutes les sociétés, ce prolongement social de l'enfance, dans lequel moyennant l'obéissance volontaire la société propose une autorité qui se met en forme par la protection de règles qui empêchent le retour de ces peurs archaïques et en protègent l'individu.
Depuis la nuit des temps, on peut lire un double mouvement chez une personne qui se pose comme le représentant de l'autorité :
 c'est quelqu'un qui provoque une situation dans laquelle, par tout un ensemble de signes, elle vous donne sa protection à condition que vous lui obéissiez volontairement.
 C'est quelqu'un qui le fait avec la menace en arrière-fond de vous abandonner, de ne pas vous aimer si vous ne remplissez pas la première condition de l'autorité : l'obéissance.
Pour illustrer ce deuxième point, on peut dire que les premiers mécanismes de socialisation peuvent être assimilés à un « familialisme social ». La première expression de la société est sur le mode « familial ». Le concept de fraternité du triptyque républicain en témoigne encore.

Un regard historique :

Un premier temps : la communauté fondement de l'autorité : C'est la communauté, par son œil toujours fixé sur vous, qui, en permanence, vous surveille et vérifie que vous êtes en règle avec ce qui est prescrit. Moyennant quoi, vous êtes intégrés et non réduits à vous-même. Ce premier schéma a duré, au plan historique, jusqu'au surgissement de la modernité occidentale.
La société patriarcale, deuxième forme d'autorité : À partir du développement de l'économie marchande, cette appartenance communautaire s'est fissurée par l'intériorisation de beaucoup de liens entre l'individu et la communauté. D'une certaine façon l'œil communautaire est devenu le surmoi de la psychanalyse moderne. Le père est le verrou qui interdit le retour de cet archaïsme. Il obligeait l'individu à se hausser hors de la petite enfance et de la sphère fusionnelle maternelle.
Le déclin de la société patricarcale Ce déclin s'est accéléré dans la seconde moitié du XXe siècle : le verrou qui protégeait l'individu de ses angoisses archaïques s'est affaibli et on ne peut pas revenir en arrière.

Quelles réponses construire ?

 Civiliser l'autorité Gérard Mendel prend l'exemple de l'Église qui a su évoluer.
 la naissance de communautés retrouvées qui ne sont pas « familialistes ». le mondial, les festivals, ces rassemblements semblent répondre à une autre logique. Positive pour Mendel.
 Le développement de la partie de la personnalité qui n'est pas familialiste Il prône, avec insistance, une socialisation non identificatoire. C'est tout le sens de l'expérimentation menée dans 400 classes de l'enseignement public. Le deuxième temps de la conférence sera, ainsi, articulé autour de la projection d'une cassette décrivant un dispositif de médiation entre les enseignants et les élèves d'un collège rural du centre de la France.

 La vie associative
 L'apprentissage par chacun « à faire avec sa solitude » La société contemporaine, par les ouvertures sur le monde qu'elle propose, par l'accès aux diverses cultures, par le développement de l'amour individuel, du sentiment d'appartenance au genre humain, par l'expansion de l'art, par la construction d'un autre rapport au travail… donne des espaces à l'individu pour échapper au retour de l'archaïsme.

Une conclusion « politique »

La légitimité de la politique ne sera reconnue que si les individus ont le sentiment que la société leur permet de faire l'apprentissage dans ces outils et ces voies de la création de soi.

Notes prises par Yves Mariani


Le lien d'origine http://www.onp.assises.org/SPIP/article.php3?id_article=49