Dans le prolongement de la publication de son livre Histoire de l'autorité
paru au printemps dernier chez Albin Michel, le père de la sociopsychanalyse
a proposé des analyses décalées et interpellantes autour de ce thème rebattu
et caricaturé de l'autorité lors de la deuxième conférence du cycle 2002-2003
de l'ISP. Avec l'accord de Nicole Priou, responsable du cycle, que nous
remercions, nous partageons, ici, quelques notes prises à cette occasion.
Nouvelles figures de l'autorité : Enjeux et questions pour l'école
Gérard Mendel
Conférence tenue dans le cadre du cycle de conférences de l'ISP 2002-2003
Le 13 novembre 2002
L'autorité est un mot très fort, un mot mystérieux. Il provoque de s réactions
passionnelles. On ne peut réellement l'aborder que dans une logique d'articulation
des sciences humaines entre elles. Le XXIe siècle devra être le temps
d'une anthropologie générale articulant les différentes disciplines entre
elles.
D'entrée Gérard Mendel porte un soupçon radical sur la notion d'autorité.
Il rapporte l'anecdote de l'intervention de P. Malle aux entretiens Bichat
de 1966, qui, questionné, opposait à la notion d'autorité en éducation
celle de fermeté. Dans la dimension interpersonnelle de l'autorité, il
souligne le caractère dissymétrique de la relation d'autorité qui contient
intrinsèquement une tentative de manipulation et de culpabilisation de
l'autre. Elle renvoie ainsi à la thématique de l'abandon, de l'amour,
de l'exclusion.
Au plan éducatif, Gerard Mendel d'un travail fait dans le cadre des IUFM
que la définition que donnent les enseignants, quand on les interroge,
du mot autorité correspond à la définition même du métier, du bon enseignant.
C'est le mot-clé de la relation pédagogique. Mais si le mot et l'idéal
restent, les élèves eux ont changé.
Proposition d'une définition :
À partir d'Hannah Arendt, on pourrait définir l'autorité comme l'obéissance
volontaire de quelqu'un sans qu'il soit nécessaire de mettre en place
une coercition externe et sans que l'on fasse appel à l'usage de la persuasion
ou de l'argumentation. Car on se trouverait alors dans une relation égalitaire
ce qui est le contraire de l'autorité. On ne peut que souligner, néanmoins,
la dimension négative de cette définition de l'autorité.
Pour conclure cette mise en perspective Gérard Mendel souligne la force
sacrée du mot autorité, même quand il est employé à contresens, c'est
l'expression d'une nostalgie d'avant la négociation, de la mise sur la
place publique… Il prend l'exemple de l'automobiliste, qui n'a pas
commis d'infraction, arrêté par un gendarme. Les différents sentiments
que celui-ci peut éprouver renvoient au versant inquiet de l'enfance,
dans un sentiment de faute présumée, d'inquiétude. L'anecdote souligne
l'ambivalence des sentiments dissimulée derrière les relations passionnelles
- qu'elles soient positives ou négatives - par rapport à l'autorité.
Une clé de lecture :
Il faut s'appuyer sur les apports des psychanalystes qui, depuis Freud,
se sont intéressés à ce qui précède le moment oedipien. Françoise Dolto
en est une bonne illustration. La névrose d'abandon, l'angoisse abandonnique,
versant noir, pour Mendel, du sentiment océanique chez Freud est la clé
de lecture pour comprendre ce qui se joue autour de l'autorité. Pour lui,
la très grande force de ces angoisses archaïques et la grande difficulté
à les surmonter seul, sans l'appui de la culture et de la société explique
expliquent que l 'humanité ait inventé, dans toutes les sociétés, ce prolongement
social de l'enfance, dans lequel moyennant l'obéissance volontaire la
société propose une autorité qui se met en forme par la protection de
règles qui empêchent le retour de ces peurs archaïques et en protègent
l'individu.
Depuis la nuit des temps, on peut lire un double mouvement chez une personne
qui se pose comme le représentant de l'autorité :
c'est quelqu'un qui provoque une situation dans laquelle, par tout
un ensemble de signes, elle vous donne sa protection à condition que vous
lui obéissiez volontairement.
C'est quelqu'un qui le fait avec la menace en arrière-fond de vous
abandonner, de ne pas vous aimer si vous ne remplissez pas la première
condition de l'autorité : l'obéissance.
Pour illustrer ce deuxième point, on peut dire que les premiers mécanismes
de socialisation peuvent être assimilés à un « familialisme social ».
La première expression de la société est sur le mode « familial ».
Le concept de fraternité du triptyque républicain en témoigne encore.
Un regard historique :
Un premier temps : la communauté fondement de l'autorité : C'est
la communauté, par son œil toujours fixé sur vous, qui, en permanence,
vous surveille et vérifie que vous êtes en règle avec ce qui est prescrit.
Moyennant quoi, vous êtes intégrés et non réduits à vous-même. Ce premier
schéma a duré, au plan historique, jusqu'au surgissement de la modernité
occidentale.
La société patriarcale, deuxième forme d'autorité : À partir du développement
de l'économie marchande, cette appartenance communautaire s'est fissurée
par l'intériorisation de beaucoup de liens entre l'individu et la communauté.
D'une certaine façon l'œil communautaire est devenu le surmoi de
la psychanalyse moderne. Le père est le verrou qui interdit le retour
de cet archaïsme. Il obligeait l'individu à se hausser hors de la petite
enfance et de la sphère fusionnelle maternelle.
Le déclin de la société patricarcale Ce déclin s'est accéléré dans la
seconde moitié du XXe siècle : le verrou qui protégeait l'individu
de ses angoisses archaïques s'est affaibli et on ne peut pas revenir en
arrière.
Quelles réponses construire ?
Civiliser l'autorité Gérard Mendel prend l'exemple de l'Église qui
a su évoluer.
la naissance de communautés retrouvées qui ne sont pas « familialistes ».
le mondial, les festivals, ces rassemblements semblent répondre à une
autre logique. Positive pour Mendel.
Le développement de la partie de la personnalité qui n'est pas familialiste
Il prône, avec insistance, une socialisation non identificatoire. C'est
tout le sens de l'expérimentation menée dans 400 classes de l'enseignement
public. Le deuxième temps de la conférence sera, ainsi, articulé autour
de la projection d'une cassette décrivant un dispositif de médiation entre
les enseignants et les élèves d'un collège rural du centre de la France.
La vie associative
L'apprentissage par chacun « à faire avec sa solitude »
La société contemporaine, par les ouvertures sur le monde qu'elle propose,
par l'accès aux diverses cultures, par le développement de l'amour individuel,
du sentiment d'appartenance au genre humain, par l'expansion de l'art,
par la construction d'un autre rapport au travail… donne des espaces
à l'individu pour échapper au retour de l'archaïsme.
Une conclusion « politique »
La légitimité de la politique ne sera reconnue que si les individus ont
le sentiment que la société leur permet de faire l'apprentissage dans
ces outils et ces voies de la création de soi.
Notes prises par Yves Mariani
Le lien d'origine http://www.onp.assises.org/SPIP/article.php3?id_article=49
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