Message Internet le 02 Mars 2006
Objet: [multitudes-infos] Le parfait petit manuel pour
expulser les clandestins
Le parfait petit manuel pour expulser les clandestins
LAVAL Gilbert
24 février 2006
Libération
Une circulaire ministérielle exhorte aux interpellations
et conseille sur la procédure.
Toulouse de notre correspondant
Vous aviez appris à les reconnaître, sachez les arrêter.
La circulaire du 21 février, signée du ministre de
l'Intérieur et du garde des Sceaux, à l'attention
des préfets et des parquets précise les toutes dernières
"conditions de l'interpellation d'un étranger en situation
irrégulière". Le parfait petit manuel en 17 pages
bourré de bons conseils pour éviter tout "risque
d'annulation de la procédure" d'expulsion ou de reconduite
à la frontière. Avec recommandations particulières
quant aux interpellations des étrangers "aux guichets
de la préfecture, au domicile ou dans les logements foyers
et les centres d'hébergement". Stupéfaction du
côté de la Cimade : "Ne manquent que les interpellations
dans les écoles..." Point de départ de cette
circulaire : la fatigue des ministres Nicolas Sarkozy et Pascal
Clément devant les "difficultés procédurales"
et les "contentieux" qui minent les dossiers d'expulsion.
Leur circulaire fait donc un point sur la régularité
des conditions d'interpellation avec recensement des divers arrêts
de la Cour de cassation rendus à ce sujet.
Le souci du détail.
Le texte va d'abord au plus simple : les interpellations "sur
la voie publique". Elles sont décrites comme "celles
qui présentent le moins de difficultés". Celles
effectuées "au domicile de la personne" sont en
revanche plus délicates. Sous peine d'annulation de la procédure,
les policiers ne devront pas considérer comme "domicile",
un "véhicule automobile, le siège d'une association,
la cour d'un immeuble lorsqu'elle n'est pas close, un atelier artisanal
et industriel, un local réservé à la vente,
un logement détruit par un incendie". Le souci du détail
va jusqu'à préciser la marche à suivre pour
une "pénétration des enquêteurs dans le
domicile". La personne "refuse d'ouvrir sa porte"
? Ne surtout "pas glisser la décision préfectorale
d'invitation à quitter le territoire dans la boîte
aux lettres de l'intéressé, voire sous sa porte".
La personne accepte d'ouvrir ? Si elle est "susceptible d'être
celle concernée par la décision à notifier",
alors le contrôle est possible. De même pour les interpellations
dans un centre "d'hébergement" ou "d'accueil
pour demandeurs d'asile", mais ces lieux seront à considérer
selon que l'interpellé est "à proximité
du local" ou "à l'intérieur du local".
Astuce et modèles.
Dans le cas d'occupation de squats, police et justice sont priées
de coordonner leurs efforts. L'expulsion doit être immédiatement
suivie de contrôles d'identité afin d'interpeller un
irrégulier sur lequel pèserait déjà
une procédure d'expulsion du territoire. Suit une astuce
pour ne pas déborder les délais légaux : les
policiers ont rarement le temps de vérifier la situation
du supposé irrégulier. "Il est demandé
aux magistrats du parquet d'être particulièrement vigilants
[...] sur la nécessité de mettre en état la
procédure d'éloignement au cours des vingt-quatre
premières heures de garde à vue." Reste le plus
saisissant : l'annexe 1, consacrée aux "interpellations
aux guichets des préfectures". Dans le cas où
le sans-papiers se présente pour une nouvelle demande de
titre de séjour, il est parfaitement "légal"
de l'interpeller. Si c'est la préfecture qui le convoque,
les fonctionnaires devront avoir soigné "la rédaction
des motifs de la convocation". Il ne s'agit pas de lui faire
peur. "Toutes les indications relatives à l'éventualité
d'un placement en rétention, tout descriptif de la procédure
sont à proscrire", est-il précisé. Et
pour ne pas se tromper, deux modèles sont fournis, où
il n'y a plus qu'à remplir les cases.
Une circulaire qui a le mérite de ne pas se cacher. Les
ministres, en conclusion, rappellent "la nécessité
d'accroître de façon significative le nombre d'interpellations
d'étrangers en situation irrégulière".
Les procureurs devront rendre compte "pour le 10 octobre"
du travail accompli.
Avant le 10 avril, les préfets et ces mêmes procureurs
auront réuni "les gestionnaires [des lieux d'accueil
des étrangers] avec lesquels ils fixeront" les modalités
de cette circulaire.
"On organise la collaboration, s'indigne Me Ludovic Rivière
spécialiste de ces dossiers. On va contraindre les associatifs
et les travailleurs sociaux à participer à une grande
chasse à l'étranger en situation irrégulière."
"Effrayant", réagit le Gisti, qui réfléchit
avec la Cimade à un recours pour annulation devant le Conseil
d'Etat. La question pour eux n'est plus de gagner du temps. En tête
de la circulaire, sa date d'application : "Immédiate".
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Message Web 2 Mar 2006
Objet: [zpajol] reaction sur la circ. interpellations (Uni-e-s contre
une immigration jetable)
http://www.contreimmigrationjetable.org/article.php3?id_article=124
Uni-e-s contre une immigration jetable
Paris, le 1er mars 2006
Une circulaire monstrueuse sur les interpellations d’étrangers
A quelle mascarade juridique conduit l’utilitarisme migratoire
Circulaire NOR : JUSD0630020C & CRIM.06.5/EI-21.02.2006 du
ministre de la justice et du ministre de l’intérieur,
datée du 21 février 2006, relative aux "conditions
de l’interpellation d’un étranger en sitruation
irrégulière, garde à vue de l’étranger
en situation irrégulière, réponse pénale".
La circulaire des ministres de l’intérieur et de la
justice du 21 février 2006 relative aux « conditions
de l’interpellation d’un étranger en situation
irrégulière, garde à vue de l’étranger
en situation irrégulière, réponses pénales
» se caractérise par un véritable détournement
du droit. Elle vise, en effet, à extraire d’un certain
nombre de décisions de la Cour de cassation un habillage
juridique pour les arrestations les plus ahurissantes d’étrangers
en situation irrégulière - à leur domicile,
dans les locaux d’associations, dans les foyers et résidences
collectives, et jusque dans les blocs opératoires des hôpitaux.
Elle puise aussi dans la jurisprudence des recettes destinées
à piéger ces étrangers par des convocations
d’apparence anodine dans les préfectures pour les y
interpeller en vue de leur éloignement.
Deux ministres du gouvernement Villepin poussent le cynisme jusqu’à
signer un texte où les convocations-piège sont définies
comme « loyales ».
Cet abus de langage rend bien compte de l’esprit qui anime
le gouvernement. Tous les moyens lui sont bons pour éloigner
les étrangers au point que, dans ce domaine au moins, le
respect de l’Etat de droit se limite à celui de la
forme juridique des actes. Du moment que la forme est sauve, il
est possible de commettre les forfaits les plus graves sur le fond
: qu’importent le respect de la vie familiale ou de la vie
privée, les risques en cas de retour au pays, ses conséquences
sur la santé...
De ce point de vue, cette circulaire se situe parfaitement dans
la ligne « philosophique » utilitariste de la réforme
en cours du Code de l’entrée et du séjour des
étrangers et du droit d’asile (CESEDA). On y prend
l’exacte mesure de ce sur quoi elle repose et de ce vers quoi
elle conduit. L’étranger n’ayant d’autre
valeur que celle que lui confère l’utilité qu’il
présente pour l’économie, il n’a plus
de droits par lui-même. Dès lors, pour peu que les
règles de la chasse soient respectées, la chasse est
ouverte. Elle l’est sans limitations de temps et de lieu,
selon le modèle utilisé en matière d’élimination
des nuisibles.
Cette lutte qui tourne à la guerre empêchera toute
régularisation plus sûrement encore que la suppression
de la règle des dix ans de séjour. La consigne donnée
aux préfets de convoquer les étrangers pour les interpeller
et de saisir toute occasion de le faire dissuadera évidemment
ces étrangers d’aller faire examiner ou réexaminer
leur situation en vue d’une éventuelle délivrance
de titre de séjour.
A quoi rime un tel déploiement de violence ? A réduire
le nombre des sans-papiers ou à les multiplier ? Même
si, à force d’inhumanités, l’administration
parvient à expulser davantage d’étrangers, elle
en éloignera de toute évidence moins qu’il n’y
aura de nouveaux arrivants. Dissuadés d’avance, en
raison des dangers qui vont peser sur eux, de se signaler, ils rejoindront
leurs compatriotes déjà privés de papiers.
C’est ainsi qu’au nom d’une illusoire répression
de l’irrégularité, on finit par la développer.
La morgue des auteurs de la circulaire interdit d’espérer
d’eux le moindre respect pour les étrangers qu’ils
condamnent ainsi à une vie d’angoisse et de peur permanentes,
à des emplois aux horaires et aux salaires hors la loi. Cette
morgue interdit également au gouvernement de penser que les
résidents de France - Français et étrangers
en situation régulière - acceptent d’être
les témoins et les victimes d’une société
dans laquelle des milliers de personnes seraient mises au ban et
marginalisées et où, à des contrôles
policiers multipliés, s’ajouterait la délation
rendue obligatoire, en violation du secret professionnel auquel
ils sont tenus, de la part des travailleurs sociaux ou des personnels
des établissements d’hébergement. Contre une
telle dérive de l’Etat de droit, contre une telle atteinte
aux libertés et à l’égalité, qui
sont également au coeur de la réforme du CESEDA, une
réaction d’ampleur s’impose.
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ZPAJOL liste sur les mouvements de sans papiers
* archives : http://news.gmane.org/gmane.politics.activism.zpajol
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