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Origine : http://www.cequilfautdetruire.org/spip.php?article2243&var_recherche=WARSCHAWSKI
16 juin 2010 CQFD N°079
Déroutée par la pugnacité des militants voguant
au secours des Gazaouis,l’armée israélienne
a décidé de tirer dans le tas. Analyse d’un
observateur éclairé de la politique de l’État
juif.
‘ILN’Y AVAIT DES DIZAINES de victimes, on en rirait,
comme d’une farce,un peu exagérée, mais marrante
quand même. De quoi s’agissaitil au départ ?
D’une petite flottille qui devait emmener un peu d’aide
humanitaire et beaucoup de solidarité aux habitants de Gaza
assiégés et coupés du monde extérieur
par l’armée israélienne depuis plus de quatre
ans. Un soutien militant international comme il y en a eu beaucoup
d’autres,mais qui, cette fois, s’est mué en crise
internationale pour s’achever en drame sanglant.
‘ILN’Y AVAIT DES DIZAINES de victimes, on en rirait,
comme d’une farce,un peu exagérée, mais marrante
quand même. De quoi s’agissaitil au départ ?
D’une petite flottille qui devait emmener un peu d’aide
humanitaire et beaucoup de solidarité aux habitants de Gaza
assiégés et coupés du monde extérieur
par l’armée israélienne depuis plus de quatre
ans. Un soutien militant international comme il y en a eu beaucoup
d’autres,mais qui, cette fois, s’est mué en crise
internationale pour s’achever en drame sanglant.
La grande armée israélienne a été mise
sur le pied de guerre pour barrer la route au Marmara et aux 800
militants qui se trouvaient à bord. Elle reçoit ensuite
l’ordre d’aborder le bateau. À ce moment-là,
le ridicule dégénère en tragédie : neuf
morts (au moins), des dizaines de blessés graves et un émoi
international sans précédent. Finie la rigolade.
En fait, on aurait eu tort de rire, car derrière l’histoire
du Marmarase cache la terrible réalité d’Israël
en 2010. Un État dont les dirigeants ont fait le choix de
la fuite en avant, ignorant même les conseils de ses amis
les plus proches. « Le monde entier est contre nous, pas grave,
on tiendra ! » Cette comptine que les enfants chantaient dans
les années 70 est redevenue de mode, et le peuple israélien
fait, dans son immense majorité, front avec son gouvernement
assassin, son armée de tueurs et ses actes meurtriers.
À l’évidence, l’isolement international
et la dénonciation unanime du crime devraient faire réfléchir
une partie au moins de la population juive d’Israël.
C’est pourtant le contraire qui se passe, dans la logique
de ce que nous avions connu lors du massacre de Gaza, il y a un
an et demi : union sacrée face à un monde qui, par
définition, nous est hostile et contre lequel il faut être
en permanence sur ses gardes. Ainsi, le néo-conservateur
Benjamin Netanyahou et son homme de main, Ehoud Barak, appliquent
cette politique de la fuite en avant. Et comme le dit un proverbe
cher au ministre de la Défense : « Ce qui n’a
pas marché par la force marchera avec davantage de force.
»
En attendant, on se concentre sur la guerre – perdue d’avance
– de la propagande et on dévoile des liens avec Al
Qaeda (et pourquoi pas avec les anciens des Waffen SS ?), la présence
sur le Marmara d’armes de destruction massive (des couteaux
de cuisine et même des lance-pierres sur lesquels était
écrit « Hezbollah ») et, sans doute aussi, des
traces de la présence d’Oussama Ben Laden en personne
que les services de renseignements, décidément peu
efficaces, ont relaissé partir sous la pression internationale.
La brute et le menteur :le peuple d’Israël a la direction
qu’il mérite, lui qui a refusé de s’opposer
au massacre de Gaza et qui vient d’applaudir aux exploits
de la marine de guerre contre une flottille de militants pacifistes.
Al Qaeda est derrière le coup, donc également l’Iran,
car tout le monde connaît les liens structurels qui existent
entre l’organisation arabe sunnite et la République
persane chiite, pourtant considérée comme une menace
par les régimes qui soutiennent Al Qaeda. Mais c’est
bien plus simple que cela :ils sont tous musulmans et c’est
du Coran que vient la menace, non seulement contre Israël mais
contre l’ensemble de la civilisation dite judéo-chrétienne.
CQFD. Il faut attaquer l’Iran pour empêcher qu’une
nouvelle flottille ne vienne menacer l’existence de l’État
d’Israël.Comme l’Iran est somme toute une puissance
militaire capable de faire payer cher une offensive contre son territoire,
on se fera la main sur le Liban. Là, les risques sont moindres,
même si chaque fois que le petit Barack a voulu s’y
frotter, il a dû s’en retirer la queue entre les jambes.
Paradoxalement, l’affaire de la flottille et la réprobation
internationale – y compris de la part d’États
amis – rendent Israël encore plus dépendant du
gouvernement américain,allié infaillible (même
si de plus en plus critique) dans le monde de la diplomatie mondiale.
Il ne fait aucun doute que Barack Obama saura utiliser cette dépendance
accrue, prenant même, si nécessaire, le risque d’une
partie de bras de fer avec Benjamin Netanyahou. D’autant plus
que le dernier incident a mis à mal les relations entre Israël
et la Turquie dont la collaboration, en particulier dans le domaine
militaire, est au coeur du dispositif de l’Otan en Méditerranée
orientale.
Le gouvernement israéliend’extrême droite est
de plus en plus une épine dans le pied des États-Unis,
comme l’avait été au cours de la première
guerre du Golfe le gouvernement d’Yitzhak Shamir. À
cette époque George Bush (père) n’avait pas
hésité à mettre en œuvre de fortes pressions
pour faire tomber ce gouvernement,en provoquant des élections
anticipées qui avaient ramené les travaillistes au
pouvoir et facilité la mise en route du processus d’Oslo.
Il est encore trop tôt pour donner une réponse affirmative
à la question que de nombreux commentateurs et politiciens
israéliens se posent aujourd’hui : Barack Obama sera-t-il
capable de suivre l’exemple de Bush senior et de contraindre
la main au gouvernement israélien ou de le forcer à
provoquer de nouvelles élections ?
Article publié dans CQFD n°79, juin 2010, actuellement
en kiosques.
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