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Rencontre - Michel Onfray Que sont les athées devenus ?
Entretien exclusif avec Isabelle Rabineau

Origine : Traité d'athéologie - Michel Onfray en entretien avec Isabelle Rabineau - topo - chapitre.com

http://www.chapitre.com/accueil.asp?page=/partenaires/topo/itw/topo13onfray.htm

Ses lecteurs se partagent entre fidèles et détracteurs. Il n'est pas un ouvrage de Michel Onfray qui ne soit à la fois libre d'esprit, politique et prétexte à débat. Il était temps de se pencher sur l'athéologie, concept imaginé par Georges Bataille et revisité par Onfray.

Entretien exclusif avec Isabelle Rabineau, à lire in extenso dans topo 13 ( topo  http://www.topomag.com/ )


Dans Esthétique du pôle Nord, stèles hyperboréennes, récit d'un compagnonnage entre un fils et son père partis pour le pôle Nord mais aussi étonnant poème en prose, minéral et liquide, vous donniez déjà quelques images athéologiques.

Michel Onfray : J'y racontais l'histoire chamanique du saumon arctique. Il se trouve que l'on assiste au spectacle du dieu des autres comme à un spectacle sociologique, mais on n'a jamais ce regard vis-à-vis du spectacle de son propre dieu. Nous devrions aborder notre culture comme des ethnologues : c'était sans doute, en effet, une leçon de ces Stèles hyperboréennes.

Vous entamez ce premier traité avec un chapelet de visions de Dieu observées au hasard des pratiques rituelles et des lieux. Vous citez par exemple le désert mauritanien, Moscou, Naples et ses rituels de la Saint-Janvier. Vous n'avez aucun mépris pour ceux qui croient…

M.O : Je fais face ces temps-ci à un certain nombre de malentendus. On m'accuse de mépriser les croyants, de les insulter quand je ne fais qu'analyser les mécanismes d'une croyance. Ceux qui me fâchent, ce sont les détenteurs du pouvoir. Je ne m'insurge pas contre ceux qui sont humiliés, exploités, mais contre les clergés qui les mettent à genoux. Pour ce qui est du genre particulier du traité, Politique du rebelle était un livre tout aussi violent et radical dont le sous-titre était déjà "Traité de résistance et d'insoumission".

Votre Traite d'atheologie est facile d'accès, même si ce dont il parle est hautement inflammable.

M.O : C'est un livre militant. Je pense que la philosophie est militante, qu'elle devrait l'être tout au moins et qu'elle crève d'être trop souvent un spectacle mondain. C'est un livre que j'aurais cru ne jamais devoir écrire. Je pensais que l'athéisme était acquis. J'ai récemment eu un entretien avec une journaliste qui me disait : "vous exagérez, il n'y a pas de retour du religieux". Nous étions dans un café, et derrière nous il y avait une affiche où figurait l'inscription suivante : "Café théologique : Jésus est-il un homme ou un Dieu ?". Par ailleurs l'islamisme a progressé en même temps que l'Islam qui semble être devenu une alternative au capitalisme libéral planétaire. Tous ces changements dans la civilisation contraignent à prendre position. Mais quand on nous donne à choisir entre deux maux - soyez judéochrétien ou soyez musulman, choisissez Bush ou Ben Laden - j'affirme haut et clair : ni l'un ni l'autre.

Au XXe siècle on a beaucoup dit : "Dieu est mort". "Mais où est son cadavre ?" écrivez-vous.

M.O : Il y a une jolie expression chez Deleuze : "l'athéisme tranquille". Je remarque que l'on ne peut plus être cet athée tranquille en ce début de millénaire.

Au-delà de la critique des trois monothéismes et du traité d'athéologie, votre livre donne l'opportunité de découvrir un certain nombre d'auteurs méconnus. Feuerbach par exemple, le premier déconstructeur du christianisme dès 1841.

M.O : Il est à lire d'urgence en effet, tout comme le baron d'Holbach ou encore l'abbéJean Meslier. Ces trois-là forment un trio de choc contre les fables chrétiennes et contre la passion des hommes pour la génuflexion. Leurs œuvres n'ont pas pris une ride, mais qui les a vraiment lues ?

On va sans doute vous reprocher "cette charge radicale contre les monothéismes, qui tombe au mauvais moment". Vous prévenez toute réduction de votre discours en donnant une historiographie rigoureuse de l'athéisme.

M.O : Effectivement, il n'existe bibliographiquement pas grand chose en matière d'athéisme à part une histoire monumentale qui démarre avecProtagoras ce qui est ridicule car Protagoras n'a jamais été athée. On confond l'athéisme, l'agnosticisme, le panthéisme, le déisme et quantité d'autres formes prises par la religion. Or, soyons clairs dans la définition, le premier athée est celui qui dit : "Dieu n'existe pas" et non celui qui redéfinit Dieu ou qui lui attribue d'autres qualités que celles de l'orthodoxie. Du point de vue de l'histoire des textes, le premier athée est l'abbé Meslier, dans le premier quart du XVIIe siècle, ce qui est bien tardif !