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«Introduction by Michel Foucault» («Introduction
par Michel Foucault»), in Canguilhem (G.), On the Normal and
the Pathological, Boston, D. Reidel, 1978, pp. IX-XX.
Dits Ecrits Tome III texte n°219
Tout le monde sait qu'en France il y a peu de logiciens, mais beaucoup
d'historiens des sciences. Et qu'ils ont occupé dans l'institution
philosophique -enseignement ou recherche -une place considérable.
Mais sait-on au juste l'importance qu'a pu avoir, au cours de ces
quinze ou vingt dernières années, et jusqu'aux frontières
de l'institution, chez ceux-là mêmes qui s'en détachaient
ou la contestaient, un travail comme celui de Georges Canguilhem
? Oui, je sais, il y a eu des théâtres plus bruyants
: psychanalyse, marxisme, linguistique, ethnologie. Mais n'oublions
pas ce fait qui relève, comme on voudra, de la sociologie
des milieux intellectuels français, du fonctionnement de
nos institutions universitaires ou de notre système de valeurs
culturelles : dans toutes les discussions politiques ou scientifiques
de ces étranges années soixante, le rôle des
philosophes - je veux dire tout simplement de ceux qui avaient reçu
leur formation universitaire dans les départements de philosophie
- a été important : trop important, peut-être,
au gré de certains. Or, directement ou indirectement, tous
ces philosophes ou presque ont eu affaire à l'enseignement
et aux livres de Georges Canguilhem.
De là, un paradoxe : cet homme, dont l'oeuvre est austère,
volontairement et soigneusement limitée à un domaine
particulier d'une histoire des sciences qui de toute façon
ne passe pas pour une discipline à grand spectacle, s'est
trouvé d'une certaine manière présent dans
des débats où lui-même a bien pris garde de
jamais figurer. Mais ôtez Canguilhem et vous ne comprenez
plus grand-chose à Althusser, à l'althussérisme
et à toute une série de discussions qui ont eu lieu
chez les marxistes français ; vous ne saisissez plus ce qu'il
y a de spécifique chez des sociologues comme Bourdieu, Castel,
Passeron et qui les marque si fortement dans le champ de la sociologie ;
vous manquez tout un aspect du travail théorique fait chez
les psychanalystes et en particulier chez les lacaniens. Plus :
dans tout le débat d'idées qui a précédé
ou suivi le mouvement de 1968, il est facile de retrouver la place
de ceux qui, de près ou de loin, avaient été
formés par Canguilhem.
Sans méconnaître les clivages qui ont pu pendant ces
dernières années, et depuis la fin de la guerre, opposer
marxistes et non-marxistes, freudiens et non-freudiens, spécialistes
d'une discipline et philosophes, universitaires et non-universitaires,
théoriciens et politiques, il me semble bien qu'on pourrait
retrouver une autre ligne de partage qui traverse toutes ces oppositions.
C'est celle qui sépare une philosophie de l'expérience,
du sens, du sujet et une philosophie du savoir, de la rationalité
et du concept. D'un côté, une filière qui est
celle de Sartre et de Merleau-Ponty ; et puis une autre qui est celle
de Cavaillès, de Bachelard et de Canguilhem. En d'autres
termes, il s'agit de deux modalités selon lesquelles on a
repris, en France, la phénoménologie, lorsque, bien
tardivement, vers 1930, elle a commencé enfin à être
sinon connue, du moins reconnue. La philosophie contemporaine en
France débuta dans ces années-là. Les Méditations
cartésiennes * prononcées en 1929, traduites et publiées
en 1931, marquent ce moment : la phénoménologie pénètre
en France par ce texte ; mais il en permet deux lectures : l'une
dans la direction d'une philosophie du sujet - et ce sera l'article
de Sartre sur «La Transcendance de l'ego **», en 1935
: et l'autre qui remontera vers les problèmes fondateurs
de la pensée de Husserl, ceux du formalisme et de l'intuitionnisme,
ceux de la théorie de la science -et ce sera, en 1938, les
deux thèses de Cavaillès, sur la Méthode axiomatique
et sur la Formation de la théorie des ensembles ***. Quels
qu'aient pu être par la suite les déplacements, les
ramifications, les interférences, les rapprochements même,
ces deux formes de pensée ont constitué en France
deux trames qui sont restées profondément hétérogènes.
* Husserl (E.), Cartesianische Meditationen. Eine Einleitung in
die Phänomenologie, 1931 ; rééd. Gesammelte Werke,
t. I, La Haye, Martin Nijhoff, 1950 (Méditations cartésiennes.
Introduction à la phénoménologie, trad. G.
Peiffer et E. Levinas, Paris, Vrin, 1953).
** Sartre (J.-P.), «La transcendance de l'ego. Esquisse d'une
description phénoménologique», Recherches philosophiques,
no 6, 1935 (rééd. Paris, Vrin, 1965).
*** Cavaillès (J .), Méthode axiomatique et formalisme.
Essai sur le problème du fondement des mathématiques,
Paris, Hermann, 1937 ; Remarques sur la formation de la théorie
abstraite des ensembles. Étude historique et critique, Paris,
Hermann, 1937.
En apparence, la seconde est restée à la fois la
plus théoricienne, la plus repliée sur des tâches
spéculatives, la plus universitaire aussi. Et pourtant c'est
elle qui a joué le rôle le plus important au cours
des années soixante, au moment où s'amorçait
une crise qui n'était pas seulement celle de l'Université
mais celle du statut et du rôle du savoir. Il faut se demander
pourquoi un tel type de réflexion a pu, en suivant sa logique
propre, se trouver ainsi profondément lié au présent.
*
L'une des raisons principales tient sans doute à ceci :
l'histoire des sciences met en oeuvre l'un des thèmes qui
s'est introduit de façon presque subreptice dans la philosophie
à la fin du XVIIIe siècle ; pour la première
fois, on posait à la pensée rationnelle la question
non plus seulement de sa nature, de son fondement, de ses pouvoirs
et de ses droits, mais celle de son histoire et de sa géographie ;
celle de son passé immédiat et de son actualité ;
celle de son moment et de son lieu. Cette question, c'est celle
à laquelle Mendelssohn, puis Kant ont essayé de répondre,
en 1784, dans la Berlinische Monatsschrift : Was ist Aufklärung
* ? Ces deux textes inaugurent un «journalisme philosophique»
qui fut, avec l'enseignement universitaire, une des deux grandes
formes d'implantation institutionnelle de la philosophie au XIXe
siècle (et on sait combien il a été fécond
à certains moments, comme dans les années 1840 en
Allemagne). Ils ouvrent aussi à la philosophie toute une
dimension historico-critique. Et ce travail comporte toujours deux
objectifs qui, de fait, ne peuvent se dissocier et renvoient sans
cesse l'un à l'autre : d'une part, chercher quel a été
(dans sa chronologie, dans ses éléments constituants,
dans ses conditions historiques) le moment où l'Occident
pour la première fois a affirmé l'autonomie et la
souveraineté de sa propre rationalité : Réforme
luthérienne, révolution copernicienne, philosophie
de Descartes, mathématisation galiléenne de la nature,
physique newtonienne ? D'autre part, analyser le «moment présent»
et chercher, en fonction de ce qu'a été l'histoire
de cette raison, en fonction aussi de ce que peut être son
bilan actuel, quel rapport il faut établir à ce geste
fondateur : redécouverte, reprise d'un sens oublié,
achèvement, ou rupture, retour à un moment antérieur,
etc.
* Mendelssohn (M.), «Üeber die Frage : Was heisst Aufklären
?», Berlinische Monatsschrift, IV, no 3, septembre 1784, pp.
193-200. Kant (I.), «Beantwortung der Frage : Was ist Aufklärung
?», Berlinische Monatsschrift, IV, no 6, décembre 1784,
pp. 491-494 («Réponse à la question : Qu'est-ce
que les Lumières ?», trad, S. Piobetta, in La Philosophie
de l'histoire (Opuscules), Paris, Aubier, 1947, pp. 81-92).
Il faudrait sans doute chercher pourquoi cette question de l’Aufklärung
a eu, sans disparaître jamais, un destin si différent
en Allemagne, en France et dans les pays anglossaxons ; pourquoi,
ici et là, elle s'est investie dans des domaines si divers,
et selon des chronologies si variées. Disons en tout cas
que la philosophie allemande lui a donné corps surtout dans
une réflexion historique et politique sur la société
(avec un moment privilégié : la Réforme ; et
un problème central : l'expérience religieuse dans
son rapport avec l'économie et l'État) ; des hégéliens
à l'école de Francfort et à Lukács,
Feuerbach, Marx, Nietzsche et Max Weber en portent témoignage.
En France, c'est l 'histoire des sciences qui a surtout servi de
support à la question philosophique de l’Aufklärung ;
après tout, le positivisme de Comte et de ses successeurs
a bien été une manière de reprendre l'interrogation
de Mendelssohn et de Kant à l'échelle d'une histoire
générale des sociétés. Savoir et croyance,
forme scientifique de la connaissance et contenus religieux de la
représentation, ou passage du préscientifique au scientifique,
constitution d'un savoir rationnel sur fond d'une expérience
traditionnelle, apparition, au milieu d'une histoire des idées
et des croyances, d'un type d'histoire propre à la connaissance
scientifique, origine et seuil de la rationalité, c'est sous
cette forme qu'à travers le positivisme (et ceux qui se sont
opposés à lui), à travers Duhem, Poincaré,
les débats tapageurs sur le scientisme et les discussions
académiques sur la science médiévale, la question
de l'Aufklärung s'est transmise en France. Et si la phénoménologie,
après une bien longue période où elle fut tenue
en lisière, a fini par pénétrer à son
tour, c'est sans doute du jour où Husserl, dans les Méditations
cartésiennes et dans la Krisis *, a posé la question
des rapports entre le projet occidental d'un déploiement
universel de la raison, la positivité des sciences et la
radicalité de la philosophie.
Si j'ai insisté sur ces points, c'est pour montrer que,
depuis un siècle et demi en France, l'histoire des sciences
porte en soi des enjeux philosophiques qui sont facilement reconnus.
Des oeuvres comme celles de Koyré, de Bachelard ou de Canguilhem
peuvent bien avoir eu pour centres de référence des
domaines précis, «régionaux», chronologiquement
bien déterminés de l'histoire des sciences ; elles
ont fonctionné comme des foyers d'élaboration philosophique
importants, dans la mesure où elles faisaient jouer sous
différentes facettes cette question de l'Aufklärung
essentielle à la philosophie contemporaine.
* Husserl (E.), Die Krisis der europaïschen Wissenschaften
und die transzendentale Phänomenologie. Einleitung in die Phänomenologie,
Belgrade, Philosophia, t. l, 1936, pp. 77-176 (La Crise des sciences
européennes et la phénoménologie transcendantale,
trad. G. Granel, Paris, Gallimard, 1976).
S'il fallait chercher hors de France quelque chose qui corresponde
au travail de Cavaillès, de Koyré, de Bachelard et
de Canguilhem, c'est sans doute du côté de l'école
de Francfort qu'on le trouverait. Et pourtant, les styles sont bien
différents comme les manières de faire et les domaines
traités. Mais les uns et les autres posent finalement le
même genre de questions, même s'ils sont hantés
ici par le souvenir de Descartes et là par l'ombre de Luther.
Ces interrogations, ce sont celles qu'il faut adresser à
une rationalité qui prétend à l'universel tout
en se développant dans la contingence, qui affirme son unité
et qui ne procède pourtant que par modifications partielles,
quand ce n'est pas par refontes générales ; qui se
valide elle-même par sa propre souveraineté, mais qui
ne peut être dissociée, dans son histoire, des inerties,
des pesanteurs ou des coercitions qui l'assujettissent. Dans l'histoire
des sciences en France, comme dans la théorie critique allemande,
ce qu'il s'agit d'examiner au fond, c'est bien une raison dont l'autonomie
de structures porte avec soi l'histoire des dogmatismes et des despotismes
-une raison, par conséquent, qui n'a d'effet d'affranchissement
qu'à la condition qu'elle parvienne à se libérer
d'elle-même.
Plusieurs processus, qui marquent la seconde moitié du XXe
siècle, ont ramené au coeur des préoccupations
contemporaines la question des Lumières. Le premier, c'est
l'importance prise par la rationalité scientifique et technique
dans le développement des forces productives et le jeu des
décisions politiques. Le deuxième, c'est l'histoire
même d'une «révolution» dont l'espoir avait
été, depuis la fin du XVIIIe siècle, porté
par tout un rationalisme auquel on est en droit de demander quelle
part il a pu avoir dans les effets de despotisme où cet espoir
s'est égaré. Le troisième, enfin, c'est le
mouvement par lequel, au terme de l'ère coloniale, on s'est
mis à demander à l'Occident quels titres sa culture,
sa science, son organisation sociale et finalement sa rationalité
elle-même pouvaient avoir pour réclamer une validité
universelle : n'est-ce pas un mirage lié à une domination
économique et à une hégémonie politique
? Deux siècles après, l’Aufklärung fait
retour : non point comme une manière pour l'Occident de prendre
conscience de ses possibilités actuelles et des libertés
auxquelles il peut avoir accès, mais comme manière
de l'interroger sur ses limites et sur les pouvoirs dont il a abusé.
La raison, comme lumière despotique.
Ne nous étonnons pas que l'histoire des sciences, et surtout
dans la forme particulière que lui a donnée G. Canguilhem,
ait pu occuper en France, dans les débats contemporains,
une place si centrale, même si son rôle est resté
assez secret.
*
Dans l'histoire des sciences, telle qu'elle était pratiquée
en France, Georges Canguilhem a opéré un déplacement
significatif. Pour dire la chose en gros, l'histoire des sciences
s'occupait de préférence, sinon exclusivement, de
quelques disciplines «nobles» - par l'ancienneté
de leur fondation, par leur haut degré de formalisation et
leur aptitude à se mathématiser, par la place privilégiée
qu'elles occupaient dans la hiérarchie positiviste des sciences.
À rester ainsi tout près de ces sciences qui, depuis
les Grecs jusqu'à Leibniz, avaient en somme fait corps avec
la philosophie, l'histoire des sciences masquait ce qu'elle se croyait
obligée de faire oublier : qu'elle n'était pas la
philosophie. Georges Canguilhem a centré à peu près
tout son travail sur l'histoire de la biologie et de la médecine,
sachant bien que l'importance théorique des problèmes
soulevés par le développement d'une science n'est
pas forcément en proportion directe du degré de formalisation
atteint par elle. Il a donc fait descendre l'histoire des sciences
des points sommets (mathématiques, astronomie, mécanique
galiléenne, physique de Newton, théorie de la relativité)
vers des régions moyennes où les connaissances sont
beaucoup moins déductives, beaucoup plus dépendantes
de processus externes (incitations économiques ou supports
institutionnels), et où elles sont restées liées
pendant beaucoup plus longtemps aux prestiges de l'imagination.
Mais en opérant ce déplacement, Georges Canguilhem
a fait bien plus que d'assurer la revalorisation d'un domaine relativement
négligé. Il n'a pas simplement élargi le champ
de l'histoire des sciences ; il a remanié la discipline elle-même
sur un certain nombre de points essentiels.
1) Il a repris d'abord le thème de la «discontinuité».
Vieux thème qui s'est dessiné très tôt,
au point d'être contemporain, ou presque, de la naissance
d'une histoire des sciences. Ce qui marque une telle histoire, disait
déjà Fontenelle, c'est la soudaine formation de certaines
sciences «à partir du néant», c'est l'extrême
rapidité de certains progrès qu'on n'attendait guère,
c'est la distance qui sépare les connaissances scientifiques
de l’«usage commun» et des motifs qui ont pu inciter
les savants, c'est encore la forme polémique de cette histoire
qui ne cesse de raconter les combats contre les «préjugés»,
les «résistances» et les «obstacles»
1.
1. Fontenelle (B. Le Bovier de), Préface à l'histoire
de l'Académie, in Oeuvres, 1790, t. VI, pp. 73-74. Georges
Canguilhem cite ce texte dans l'Introduction à l'histoire
des sciences, Paris, Hachette, 1970, t. 1 : Éléments
et instruments, pp. 7-8.
Reprenant ce même thème élaboré par
Koyré et Bachelard, Georges Canguilhem insiste sur le fait
que le repérage des discontinuités n'est pour lui
ni un postulat ni un résultat : mais plutôt une «manière
de faire», une procédure qui fait corps avec l'histoire
des sciences parce qu'elle est appelée par l'objet même
dont celle-ci doit traiter. L'histoire des sciences, en effet, n'est
pas l'histoire du vrai, de sa lente épiphanie ; elle ne saurait
prétendre raconter la découverte progressive d'une
vérité inscrite de toujours dans les choses ou dans
l'intellect, sauf à s'imaginer que le savoir d'aujourd'hui
la possède enfin de façon si complète et définitive
qu'il peut prendre à partir d'elle la mesure du passé.
Et pourtant, l'histoire des sciences n'est pas une pure et simple
histoire des idées et des conditions dans lesquelles elles
sont apparues avant de s'effacer. On ne peut pas, dans l'histoire
des sciences, se donner la vérité comme acquise, mais
on ne peut pas non plus faire l'économie d'un rapport au
vrai et à l'opposition vrai-faux. C'est cette référence
au vrai-faux qui donne à cette histoire sa spécificité
et son importance. Sous quelle forme ? En concevant qu'on a à
faire des «discours véridiques», c'est-à-dire
des discours qui se rectifient, se corrigent, et qui opèrent
sur eux-mêmes tout un travail d'élaboration finalisée
par la tâche de «dire vrai». Le lien historique
que les différents moments d'une science peuvent avoir les
uns avec les autres ont, nécessairement, cette forme de discontinuité
que constituent les remaniements, les refontes, la mise au jour
de nouveaux fondements, les changements d'échelle, le passage
à un nouveau type d’objets -«la révision
perpétuelle des contenus par approfondissement et rature»,
disait Cavaillès. L'erreur n'est pas éliminée
par la force sourde d'une vérité qui peu à
peu sortirait de l'ombre, mais par la formation d'une nouvelle façon
de «dire vrai» 1, une des conditions de possibilité
pour que se forme, au début du XVIIIe siècle, une
histoire des sciences, ce fut bien, note Georges Canguilhem, la
conscience qu'on a eue des récentes «révolutions»
scientifiques - celle de la géométrie algébrique
et du calcul infinitésimal, celle de la cosmologie copernicienne
et newtonienne 2.
1. Sur ce thème, voir Idéologie et rationalité
dans l'histoire des sciences de la vie, Paris, Vrin, 1977, p. 21.
2. Cf. Études d'histoire et de philosophie des sciences,
Paris, Vrin, 1968, p. 17.
2) Qui dit «histoire du discours véridique»
dit aussi méthode récurrente. Non pas au sens où
l'histoire des sciences dirait : soit la vérité enfin
reconnue aujourd'hui, depuis quand l'a-t-on pressentie, quels chemins
a-t-il fallu emprunter, quelles erreurs conjurer pour la découvrir
et la démontrer ?
Mais au sens où les ransformations successives de ce discours
véridique produisent sans cesse des refontes dans leur propre
histoire ; ce qui était longtemps resté impasse devient
un jour issue ; un essai latéral devient un problème
central autour duquel tous les autres gravitent ; une démarche
légèrement divergente devient une rupture fondamentale
: la découverte de la fermentation non cellulaire - phénomène
d'à-côté sous le règne de la microbiologie
pasteurienne - n'a marqué une rupture essentielle que du jour
où s'est developpée la physiologie des enzymes 1.
En somme, l'histoire des discontinuités n'est pas acquise
une fois pour toutes ; elle est elle-même «impermanente»
et discontinue.
Faut-il en conclure que la science fait et refait à chaque
instant, d'une façon spontanée, sa propre histoire,
au point que le seul historien autorisé d'une science ne
pourrait être que le savant lui-même reconstituant le
passé de ce qu'il est en train de faire ? Le problème,
pour Georges Canguilhem, n'est pas de profession : il est de point
de vue. L'histoire des sciences ne peut se contenter de réunir
ce que les savants du passé ont pu croire ou démontrer ;
on n'écrit pas une histoire de la physiologie végétale
en ramassant «tout ce que des gens nommés botanistes,
médecins, chimistes, horticulteurs, agronomes, économistes
ont pu écrire, touchant leurs conjectures, observations ou
expériences quant aux rapports entre structure et fonction
sur des objets nommés tantôt herbes, tantôt plantes
et tantôt végétaux» 2. Mais on ne fait
pas non plus de l'histoire des sciences en refiltrant le passé
à travers l'ensemble des énoncés ou des théories
actuellement validés, décelant ainsi dans ce qui était
faux le vrai à venir, et dans ce qui était vrai l'erreur
ultérieurement manifeste. C'est là l'un des points
fondamentaux de la méthode de G. Canguilhem : l'histoire
des sciences ne peut se constituer dans ce qu'elle a de spécifique
qu'en prenant en compte, entre le pur historien et le savant lui-même,
le point de vue épistémologique. Ce point de vue,
c'est celui qui fait apparaître à travers les divers
épisodes d'un savoir scientifique un «cheminement ordonné
latent» : ce qui veut dire que les processus d'élimination
et de sélection des énoncés, des théories,
des objets se font à chaque instant en fonction d'une certaine
norme ; et celle-ci ne peut pas être identifiée à
une structure théorique ou à un paradigme actuel,
car la vérité scientifique d'aujourd'hui n'en est
elle-même qu'un épisode, disons tout au plus le terme
provisoire.
1. Georges Canguilhem reprend l'exemple traité par M. Florkin,
in A History of Bio
chemistry, Amsterdam, Elsevier, part. I et II, 1972, et part. III,
1975.
2. Idéologie et rationalité dans l'histoire des sciences
de la vie, op. cit., p. 14.
Ce n'est pas en prenant appui sur une «science normale»
au sens de T. S. Kuhn qu'on peut se retourner vers le passé
et en tracer valablement l'histoire ; c'est en retrouvant le processus
«normé», dont le savoir actuel n'est qu'un moment
sans qu'on puisse, sauf prophétisme, prédire l'avenir.
L'histoire des sciences, dit Canguilhem, citant Suzanne Bachelard,
ne peut construire son objet que «dans un espace-temps idéal»
*.
* Bachelard (S.), «Épistémologie et histoire
des sciences», XIIeCongrès international d'histoire
des sciences, Paris, 1968, Revue de synthèse, IIIesérie,
nos 49-52, janvier-décembre 1968, p. 51.
Et cet espace-temps, il ne lui est donné ni par le temps
«réaliste» accumulé par l'érudition
historienne ni par l'espace d'idéalité que découpe
autoritairement la science d'aujourd'hui, mais par le point de vue
de l'épistémologie. Celle-ci n'est pas la théorie
générale de toute science ou de tout énoncé
scientifique possible ; elle est la recherche de la normativité
interne aux différentes activités scientifiques, telles
qu'elles ont été effectivement mises en oeuvre. Il
s'agit donc d'une réflexion théorique indispensable
qui permet à l'histoire des sciences de se constituer sur
un autre mode que l'histoire en général ; et inversement,
l'histoire des sciences ouvre le domaine d'analyse indispensable
pour que l'épistémologie soit autre chose que la simple
reproduction des schémas internes d'une science à
un moment donné 1. Dans la méthode mise en oeuvre
par Georges Canguilhem, l'élaboration des analyses «discontinuistes»
et l'élucidation du rapport histoire des sciences/épistémologie
vont de pair.
1. Sur le rapport encre épistémologie et histoire,
voir en particulier l'Introduction à Idéologie et
Rationalité, op. cit. , pp. 11-29.
3) Or, en replaçant dans cette perspective historico-épistémologique
les sciences de la vie, G. Canguilhem fait apparaître un certain
nombre de traits essentiels ; ils en singularisent le développement
par rapport à celui des autres sciences ; et ils posent à
leurs historiens des problèmes spécifiques. On avait
pu croire, à peu près à l'époque de
Bichat, qu'entre une physiologie étudiant les phénomènes
de la vie et une pathologie vouée à l'analyse des
maladies on allait enfin séparer ce qui était resté
longtemps mêlé dans l'esprit de ceux qui étudiaient
le corps humain pour le «guérir» ; et que, ainsi
affranchi de tout souci immédiat de pratique et de tout jugement
de valeur quant au bon et au mauvais fonctionnement de l'organisme,
on allait enfin pouvoir développer une «science de
la vie» pure et rigoureuse. Mais il s'est avéré
qu'il est impossible de constituer une science du vivant sans que
soit prise en compte, comme essentielle à son objet, la possibilité
de maladie, de mort, de monstruosité, d'anomalie, d'erreur
(même si la génétique donne à ce dernier
mot un tout autre sens que celui auquel pensaient les médecins
du XVIIIe siècle quand ils parlaient d'erreur de la nature).
C'est que le vivant comporte des procédures d'autorégulation
et d'auto-conservation ; on peut bien connaître, avec de plus
en plus de finesse, les mécanismes physico-chimiques qui
les assurent : ils n'en marquent pas moins une spécificité
que les sciences de la vie ont à prendre en compte, sauf
à effacer elles-mêmes ce qui constitue justement leur
objet et leur domaine propre.
De là, dans l'histoire des sciences de la vie, un fait paradoxal.
C'est que si le procès de «scientificisation»
s'est bien fait par la mise en lumière de mécanismes
physiques et chimiques, par la constitution de domaines comme la
chimie des cellules et des molécules, ou comme la biophysique,
par l'utilisation de modèles mathématiques, etc.,
en revanche, il n'a pu se dérouler que dans la mesure où
était sans cesse relancé comme un défi le problème
de la spécificité de la vie, et du seuil qu'elle marque
parmi tous les êtres naturels 1. Cela ne veut pas dire que
le «vitalisme» soit vrai, lui qui a fait circuler tant
d'images et perpétué tant de mythes. Cela ne veut
pas dire qu'il doit constituer l'invincible philosophie des biologistes,
lui qui s'est si souvent enraciné dans les philosophies les
moins rigoureuses. Mais qu'il a eu et qu'il a encore sans doute,
dans l'histoire de la biologie, un rôle essentiel comme «indicateur».
Et cela de deux façons : indicateur théorique de problèmes
à résoudre (à savoir, de façon générale,
ce qui constitue l'originalité de la vie sans qu'elle constitue
en aucune manière un empire indépendant dans la nature) ;
indicateur critique des réductions à éviter
(à savoir toutes celles qui tendent à faire méconnaître
que les sciences de la vie ne peuvent se passer d'une certaine position
de valeur qui marque la conservation, la régulation, l'adaptation,
la reproduction...). «Une exigence plutôt qu'une méthode,
une morale plus qu'une théorie 2.»
1. Études d'histoire et de philosophie des sciences, op.
cit., p. 239.
2. La Connaissance de la vie, 2e éd., Paris, Vrin, 1965,
p. 88.
En grossissant beaucoup, on pourrait dire que le problème
constant de G. Canguilhem, dans toute son oeuvre, depuis l'Essai
sur le normal et le pathologique (1943) * jusqu'à Idéologie
et Rationalité ** (1977), a été le rapport
entre science de la vie et vitalisme : problème qu'il a abordé
soit en montrant l'irréductibilité du problème
de la maladie comme problème essentiel à toute science
de la vie, soit en étudiant ce qui a constitué le
climat spéculatif, le contexte théorique des sciences
de la vie.
* Publications de la faculté des lettres de Strasbourg,
no 100.
** Paris, Vrin.
4) Ce que G. Canguilhem étudie de façon privilégiée
dans l'histoire de la biologie, c'est la «formation des concepts».
La plupart des enquêtes historiques qu'il a menées
portent sur cette constitution : concept de réflexe, de milieu
de monstres et de monstruosité, de cellule, de sécrétion
interne, de régulation. Il y a à cela plusieurs raisons.
C'est d'abord que le rôle d'un concept proprement biologique
est de découper dans l'ensemble des phénomènes«de
la vie»ceux qui permettent d'analyser, sans les réduire,
les processus propres aux êtres vivants (ainsi, parmi tous
les phénomènes de ressemblance, de disparition, de
mélange, de récurrence propre à l'hérédité,
le concept de «trait héréditaire» a opéré
un pareil découpage) : il n'y a d'objet pertinent pour la
science biologique que s'il a été «conçu».
Mais, d'autre part, le concept ne constitue pas une limite infranchissable
pour l'analyse : il doit au contraire ouvrir sur une structure d'intelligibilité
telle que l'analyse élémentaire (celle de la chimie
ou de la physique) permette de faire apparaître les processus
spécifiques du vivant (ce même concept de trait héréditaire
a conduit à une analyse chimique des mécanismes de
la reproduction). G. Canguilhem insiste sur le fait qu'une idée
devient un concept biologique au moment où les effets réducteurs
liés à une analogie externe s'effacent au profit d'une
analyse spécifique du vivant ; le concept de «réflexe»
ne s'est pas formé comme concept biologique quand Willis
a appliqué au mouvement automatique l'image d'un rayon lumineux
réfléchi ; mais il le fut le jour où Prochaska
a pu l'inscrire dans l'analyse des fonctions sensorimotrices et
de leur décentralisation par rapport au cerveau 1.
1. Cf. La Formation du concept de réflexe aux XVIIe et XVIIIe
siècles, Paris, P.U.F., 1955.
G. Canguilhem accepterait sans doute qu'on dise que le moment qui
doit être considéré comme stratégiquement
décisif dans une histoire de la physique, c'est celui de
la formalisation et de la constitution de la théorie ; mais
le moment à faire valoir dans une histoire des sciences biologiques,
c'est celui de la constitution de l'objet et de la formation du
concept.
*
Les sciences de la vie appellent une certaine manière de
faire leur histoire. Elles posent aussi, d'une façon singulière,
la question philosophique de la connaissance.
La vie et la mort ne sont jamais en elles-mêmes des problèmes
de physique, quand bien même le physicien, dans son travail,
risque sa propre vie, ou celle des autres ; il s'agit pour lui de
questions de morale ou de politique, non de questions scientifiques.
Comme le dit A. Lwoff, létale ou non, une mutation génétique
n'est pour le physicien ni plus ni moins que la substitution d'une
base nucléique à une autre. Mais, dans cette différence,
le biologiste, lui, reconnaît la marque propre de son objet.
Et d'un type d'objet auquel il appartient lui-même, puisqu'il
vit et que cette nature du vivant il la manifeste, il l'exerce,
il la développe dans une activité de connaissance
qu'il faut comprendre comme «méthode générale
pour la résolution directe ou indirecte des tensions entre
l'homme et le milieu». Le biologiste a à saisir ce
qui fait de la vie un objet spécifique de connaissance et
par là même ce qui fait qu'il y a, au sein des vivants,
et parce qu'ils sont vivants, des êtres susceptibles de connaître,
et de connaître, en fin de compte, la vie elle-même.
La phénoménologie a demandé au «vécu»
le sens originaire de tout acte de connaissance. Mais ne peut-on
pas ou ne faut-il pas le chercher du côté du «vivant»
lui-même ?
G. Canguilhem veut retrouver par l'élucidation du savoir
sur la vie et des concepts qui articulent ce savoir ce qu'il en
est du concept dans la vie. C'est-à-dire du concept en tant
qu'il est l'un des modes de cette information que tout vivant prélève
sur son milieu et par laquelle, inversement, il structure son milieu.
Que l'homme vive dans un milieu conceptuellement architecturé
ne prouve pas qu'il s'est détourné de la vie par quelque
oubli ou qu'un drame historique l'en a séparé ; mais
seulement qu'il vit d'une certaine manière, qu'il a avec
son milieu un rapport tel qu'il n'a pas sur lui un point de vue
fixe, qu'il est mobile sur un territoire indéfini, qu'il
a à se déplacer pour recueillir des informations,
qu'il a à mouvoir les choses les unes par rapport aux autres
pour les rendre utiles. Former des concepts, c'est une manière
de vivre et non de tuer la vie ; c'est une façon de vivre
en toute mobilité et non d'immobiliser la vie ; c'est manifester,
parmi ces milliards de vivants qui informent leur milieu et s'informent
à partir de lui, une innovation qu'on jugera, comme on veut,
infime ou considérable : un type bien particulier d'information.
De là l'importance que G. Canguilhem accorde à la
rencontre, dans les sciences de la vie, de la vieille question du
normal et du pathologique avec l'ensemble des notions que la biologie,
au cours des dernières décennies, a empruntées
à la théorie de l'information : code, messages, messagers,
etc. De ce point de vue, Le Normal et le Pathologique, écrit
pour une part en 1943 et pour une autre dans la période 1963-1966,
constitue sans aucun doute l'oeuvre la plus importante et la plus
significative de G. Canguilhem. On y voit comment le problème
de la spécificité de la vie s'est trouvé récemment
infléchi dans une direction où on rencontre quelques-uns
des problèmes qu'on croyait appartenir en propre aux formes
les plus développées de l'évolution.
Et, au centre de ces problèmes, il y a celui de l'erreur.
Car au niveau le plus fondamental de la vie, les jeux du code et
du décodage laissent place à un aléa qui, avant
d'être maladie, déficit ou monstruosité, est
quelque chose comme une perturbation dans le système informatif,
quelque chose comme une «méprise». À la
limite, la vie, c'est ce qui est capable d'erreur. Et c'est peut-être
à cette donnée ou plutôt à cette éventualité
fondamentale qu'il faut demander compte du fait que la question
de l'anomalie traverse de part en part toute la biologie. À
elle aussi qu'il faut demander compte des mutations et des processus
évolutifs qu'elle induise. À elle qu'il faut demander
compte de cette mutation singulière, de cette «erreur
héréditaire» qui fait que la vie a abouti avec
l'homme à un vivant qui ne se trouve jamais tout à
fait à sa place, à un vivant voué à«errer»
et destiné finalement à l'«erreur». Et
si on admet que le concept, c'est la réponse que la vie elle-même
donne à cet aléa, il faut convenir que l'erreur est
à la racine de ce qui fait la pensée humaine et son
histoire. L'opposition du vrai et du faux, les valeurs qu'on prête
à l'un et à l'autre, les effets de pouvoir que les
différentes sociétés et les différentes
institutions lient à ce partage, tout cela même n'est
peut-être que la réponse la plus tardive à cette
possibilité d'erreur intrinsèque à la vie.
Si l'histoire des sciences est discontinue, c'est-à-dire
si on ne peut l'analyser que comme une série de «corrections»,
comme une distribution nouvelle du vrai et du faux qui ne libère
jamais enfin et pour toujours la vérité, c'est que,
là encore, l’«erreur» constitue non pas
l'oubli ou le retard d'une vérité, mais la dimension
propre à la vie des hommes et au temps de l'espèce.
Nietzsche disait de la vérité que c'était
le plus profond mensonge. Canguilhem dirait peut-être, lui
qui est loin et proche de Nietzsche à la fois, qu'elle est,
sur l'énorme calendrier de la vie, la plus récente
erreur ; il dirait que le partage vrai-faux et la valeur accordée
à la vérité constituent la plus singulière
manière de vivre qu'ait pu inventer une vie qui, du fond
de son origine, portait en soi l'éventualité de l'erreur.
L'erreur est pour Canguilhem l'aléa permanent autour duquel
s'enroulent l'histoire de la vie et celle des hommes. C'est cette
notion d'erreur qui lui permet de lier ce qu'il sait de la biologie
et la manière dont il en fait l'histoire, sans qu'il ait
jamais voulu, comme on le faisait au temps de l'évolutionnisme,
déduire celle-ci de cela. C'est elle qui lui permet de marquer
le rapport entre vie et connaissance de la vie, et d'y suivre comme
un fil rouge la présence de la valeur et de la norme.
Cet historien des rationalités, lui-même si «rationaliste»,
est un philosophe de l'erreur : je veux dire que c'est à
partir de l'erreur qu'il pose les problèmes philosophiques,
je devrais dire le problème philosophique de la vérité
et de la vie. On touche là sans doute à l'un des événements
fondamentaux dans l'histoire de la philosophie moderne : si la grande
rupture cartésienne a posé la question des rapports
entre vérité et sujet, le XVIIIe siècle a introduit,
quant aux rapports de la vérité et de la vie, une
série de questions dont la Critique du jugement * puis la
Phénoménologie de l'esprit ** ont été
les premières grandes formulations. Et, depuis ce moment,
ce fut l'un des enjeux de la discussion philosophique : est-ce que
la connaissance de la vie doit être considérée
comme rien de plus que l'une des régions qui relèvent
de la question générale de la vérité,
du sujet et de la connaissance ? Ou est-ce qu'elle oblige à
poser autrement cette question ? Est-ce que toute la théorie
du sujet ne doit pas être reformulée, dès lors
que la connaissance, plutôt que de s'ouvrir à la vérité
du monde, s'enracine dans les «erreurs» de la vie. On
comprend pourquoi la pensée de G. Canguilhem, son travail
d'historien et de philosophe, a pu avoir une importance si décisive
en France pour tous ceux qui, à partir de points de vue différents,
(qu'il s'agisse de théoriciens du marxisme, de la psychanalyse
ou de la linguistique), ont essayé de repenser la question
du sujet. La phénoménologie pouvait bien introduire
dans le champ d'analyse le corps, la sexualité, la mort,
le monde perçu ; le Cogito y demeurait central ; ni la rationalité
de la science ni la spécificité des sciences de la
vie ne pouvaient en compromettre le rôle fondateur. C'est
à cette philosophie du sens, du sujet et du vécu que
Canguilhem a opposé une philosophie de l'erreur, du concept
et du vivant.
* Kant (E.), Kritik der Urteilskraft, 1790 ; Gesammelte Schriften,
t. V, Berlin, Königlich Preussichen Akademie der Wissenschaften,
1902, pp. 165-486 (Critique de la faculté de juger, trad.
A. Philonenko, Paris, Vrin, 1989).
** Hegel (G. W .F.), Phänomenologie des Geistes, Wurzburg,
Anton Goebhardt, 1807 (La Phénoménologie de l'esprit,
trad. J. Hyppolite, Paris, Aubier-Montaigne, coll. «Philosophie
de l'esprit», t. l, 1939 ; t. II, 1941).
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