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«La politique de la santé au XVIIIe siècle»,
Les Machines à guérir. Aux origines de l'hôpital
moderne, Bruxelles, Pierre Mardaga, coll.«Architecture-Archives»,
1979, pp. 7-18.
Dits Ecrits Tome III texte n°257
Réédition de l'ouvrage paru en France en 1976 (voir
supra n°168). Le texte de M. Foucault comporte ici de nouvelles
pages.
=> La politique de la santé au XVIIIe siècle
Michel Foucault
Dits Ecrits Tome III n°168 http://1libertaire.free.fr/MFoucault443.html
Une médecine privée, «libérale»,
sollicitée par l'initiative individuelle, et soumise aux
mécanismes de l'offre et de la demande ; à côté,
en face peut-être, une gestion de la médecine décidée
par les autorités, appuyée sur un appareil administratif,
encadrée par des structures législatives strictes,
et s'adressant à la collectivité tout entière.
Est-il fécond de marquer une nette opposition et de chercher,
entre ces deux types de médecine, celui qui fut premier et
dont l'autre dériverait ? Faut-il supposer, à l'origine
de la médecine occidentale, une pratique de caractère
collectif que des formes de rapports individuels auraient peu à
peu dissociée ? Ou doit-on imaginer que la médecine
moderne s'est développée d'abord dans des relations
singulières (rapports de clientèle et relations cliniques)
avant qu'une série de corrections et d'ajustements l'ait
intégrée à une politique et à une gestion
d'ensemble ?
Poser le problème de cette manière suppose un découpage
un peu fictif. La maladie, la façon dont le malade l'éprouve
et l'exprime, ce qui pour lui et pour les autres la sépare
de la santé, les signes qu'on lui reconnaît, les comportements
qu'elle induit renvoient, dans toutes les sociétés,
à des systèmes collectifs ; mieux : l'intervention du
médecin, la forme de son action, jusqu'au secret de ses remèdes
et à leur efficacité, constituent, au moins en partie,
une réponse de groupe à cet événement
de la maladie qui est toujours plus qu'un malheur ou une souffrance
individuels. La médecine «privée» est
un mode de réaction collectif à la maladie.
La question n'est donc pas d'antériorité ; l'important,
c'est plutôt la manière spécifique dont, à
un moment donné et dans une société définie,
l'interaction individuelle entre médecin et malade s'articule
sur l'intervention collective à l'égard de la maladie
en général ou de tel malade en particulier. L'histoire
de la «profession» médicale, ou plus exactement
des différentes formes de «professionnalisation»
du médecin, s'est révélée, pour analyser
ces apports, un bon angle d'attaque.
Dans cette histoire, le XVIIIe siècle marque un moment important.
Quantitativement, ce fut la multiplication des médecins,
la fondation de nouveaux hôpitaux, l'ouverture de dispensaires
et, d'une façon générale, une consommation
de soins accrue dans toutes les classes de la société.
Qualitativement, c'est une formation plus standardisée des
médecins, c'est un lien un peu mieux marqué entre
leurs pratiques et le développement des connaissances médicales,
c'est une confiance un peu plus grande accordée à
leur savoir et à leur efficacité ; c'est donc aussi
une diminution relative de la valeur qu'on prête aux «cures»
traditionnelles. Le médecin se détache un peu plus
nettement des autres donneurs de soins ; et il commence à
occuper dans le corps social une place plus étendue et plus
valorisée.
Processus lents, dont aucun n'est décisif ni absolument
nouveau. Mais peut-être ce qui caractériserait les
années 1720-1800, c'est que la professionnalisation du médecin
se fait sur fond d'une «politique de santé».
Parmi les autres réactions collectives, et plus ou moins
concertées, que suscite la maladie - comme par exemple la
lutte contre les épidémies - une «politique de
santé» se distingue de plusieurs façons ; elle
suppose :
1) Un certain déplacement, ou du moins un élargissement
de l'objectif : il ne s'agit plus seulement de supprimer la maladie
là où elle apparaît, mais de la prévenir ;
mieux, de prévenir, dans la mesure du possible, toute maladie
quelle qu'elle soit.
2) Un dédoublement de la notion de santé : son sens
normatif traditionnel (qui l'oppose à la maladie) se double
d'une signification descriptive ; la santé est alors le résultat
observable d'un ensemble de données (fréquence des
maladies, gravité et longueur de chacune, résistance
aux facteurs qui peuvent la produire).
3) La détermination de variables caractéristiques
d'un groupe ou d'une collectivité : taux de mortalité,
durée moyenne de vie, espérance de vie pour chaque
tranche d'âge, forme épidémique ou endémique
des affections caractérisant la santé d'une population.
4) Le développement de types d'intervention qui ne sont
ni thérapeutiques ni même médicaux au sens strict,
puisqu'ils concernent les conditions et les modes de vie, l'alimentation,
l'habitat, le milieu, la manière d'élever les enfants,
etc.
5) Enfin, une intégration au moins partielle de la pratique
médicale à une gestion économique et politique,
qui vise à rationaliser la société. La médecine
n'est plus simplement une technique importante dans cette vie et
cette mort des individus auxquelles les collectivités ne
sont jamais indifférentes ; elle devient, dans le cadre de
décisions d'ensemble, un élément essentiel
pour le maintien et le développement de la collectivité.
*
La politique de la santé se caractérise d'abord par
le fait que la médecine, comme charge collective, commence
à s'affranchir partiellement des techniques de l'assistance.
Schématiquement, on peut dire que la prise en charge de la
maladie par la communauté s'était faite toujours à
travers l'assistance aux pauvres. Il y a des exceptions, bien sûr :
les règlements à appliquer en temps d'épidémie,
les mesures qu'on prenait dans les villes pestiférées,
les quarantaines qui étaient imposées dans certains
grands ports constituaient des formes de médicalisations
autoritaires qui n'étaient pas organiquement liées
aux nécessités de l'assistance. Mais hors de ces cas
limites, la médecine entendue et exercée comme «service»
n'était jamais que l'une des composantes des «secours».
Elle s'adressait à la catégorie si importante, malgré
l'indécision de ses frontières, des «pauvres
malades». Économiquement, cette médecine-service
était pour l'essentiel assurée par des fondations
de charité. Institutionnellement, elle était exercée
dans le cadre d'organisations (religieuses ou laïques) qui
se proposaient des fins multiples : distribution de nourriture et
de vêtements, entretien des enfants abandonnés, dernier
abri donné aux vieillards et aux impotents, éducation
élémentaire et prosélytisme moral, ouverture
d'ateliers et d'ouvroirs, éventuellement surveillance et
sanctions des éléments «instables» ou
«troubles» (les bureaux des hôpitaux avaient,
dans les villes, juridiction sur les vagabonds et les mendiants ;
les bureaux de paroisse et les sociétés de charité
se donnaient aussi, et très explicitement, un rôle
de dénonciation des «mauvais sujets»). Du point
de vue technique, la part prise par la thérapeutique dans
le fonctionnement des hôpitaux à l'âge classique
était limitée par rapport à l'aide rudimentaire
indispensable à la survie. Dans la figure du «pauvre
nécessiteux», qui mérite l'hospitalisation,
la maladie n'était que l'un des éléments dans
un ensemble qui comprenait aussi bien l'infirmité, l'âge,
l'impossibilité de trouver du travail, la faim. La série
maladie-services médicaux-thérapeutique occupe une
place limitée dans la politique et l'économie complexe
des «secours».
Ces procédures mixtes et polyvalentes de l'assistance sont
critiquées sévèrement au cours du XVIIIe siècle.
Leur démantèlement est exigé à partir
d'un réexamen général du mode d'investissement :
les «fondations», en effet, immobilisent des sommes
importantes dont les revenus servent non à donner du travail
à ceux qui chôment, mais à entretenir ceux qui
veulent rester oisifs ; la charité distribue de l'argent,
selon un arbitraire qui ne tient compte aucunement des rationalités
économiques. Les secours ne doivent pas être le résultat
d'un devoir moral, d'une obligation globale du plus riche envers
le plus pauvre. Ils doivent faire l'objet d'un calcul soigneux.
Ce qui implique un quadrillage plus serré de la population,
et des distinctions qu'on essaie d'établir entre les différentes
catégories de malheureux auxquels s'adressait confusément
la charité : dans la lente atténuation des statuts
traditionnels, le «pauvre» est l'un des premiers à
s'effacer et à faire place à toute une série
de distinctions fonctionnelles (les bons et les mauvais pauvres,
les oisifs volontaires et les chômeurs involontaires ; ceux
qui peuvent faire un certain travail et ceux qui ne le peuvent pas).
Une analyse de l'oisiveté, avec ses conditions et ses effets,
tend à se substituer à la sacralisation un peu globale
du «pauvre». Cette analyse, dans la pratique, se propose
au mieux de rendre la pauvreté utile en la fixant sur l'appareil
de production, au pis d'alléger le plus possible le poids
qu'elle fait peser sur le reste de la société : comment
mettre au travail les pauvres «valides», comment les
transformer en main-d'oeuvre utile ? Mais aussi comment assurer l'autofinancement
par les moins riches de leur propre maladie et de leur incapacité
transitoire ou définitive de travailler ? Ou encore comment
rendre rentables à court et à long termes les dépenses
qu'on engage pour l'instruction des enfants abandonnés et
pour les orphelins ? Dans cette décomposition utilitaire de
la pauvreté commence à apparaître le problème
spécifique de la maladie dans son rapport avec les impératifs
de travail et la nécessité de la production.
L'apparition d'une politique de santé doit être rapportée
aussi à un processus beaucoup plus général :
celui qui a fait du «bien-être» de la société
l'un des objectifs essentiels du pouvoir politique : «Le sens
commun nous enseigne que les gouvernements n'ont pas été
établis pour l'avantage, le profit, le plaisir ou la gloire
de celui ou de ceux qui gouvernent, mais pour le bien et le bonheur
de toute la société... Un roi légitime est
celui qui a pour but le bien public 1.» Idée traditionnelle
sans aucun doute, mais qui prend entre le XVIIe et le XVIIIe siècle
un sens beaucoup plus dense et beaucoup plus précis que par
le passé. On ne pense plus seulement à cette forme
de bonheur, de tranquillité et de justice qui se font jour
dans l'histoire humaine lorsqu'on en a éliminé la
guerre, les désordres, l'iniquité des lois et des
juges, les famines et les exactions. Le «bien public»
se réfère, de façon positive, à tout
un champ matériel complexe où entrent en jeu les ressources
naturelles, les produits du travail, leur circulation, l'ampleur
du commerce, mais aussi l'aménagement des villes et des routes,
les conditions de vie (habitat, alimentation, etc.), le nombre des
habitants, leur longévité, leur vigueur et leur aptitude
au travail. Et ce bien public ne doit pas être attendu d'un
gouvernement qui ne serait que «sage», se bornant à
respecter les lois et les traditions ; on ne saurait l'obtenir sans
des interventions (ou sans un jeu subtil d'interventions et de libertés)
qui doivent être calculées selon un savoir spécifique ;
il Y faut toute une technique de gestion, appliquée à
des domaines particuliers. Non seulement une politique, mais des
politiques.
1. Sidney (A.), Discourses concerning Government, Londres, J. Darby,
1698 (Discours sur le gouvernement, trad. P. A. Samson, Paris, Josse,
An II, p. 197).
L'ensemble des moyens qu'il faut mettre en oeuvre pour assurer,
au-delà de la tranquillité et du bon ordre, ce «bien
public», tel est, en gros, ce qu'en Allemagne et en France
on a appelé la «police» : «Ensemble des
lois et règlements qui concernent l'intérieur d'un
État, qui attendent à affermir et à augmenter
sa puissance, à faire un bon emploi de ses forces et à
procurer le bonheur de ses sujets 1.» Ainsi entendue la police
étend son domaine bien plus loin que la surveillance et le
maintien de l'ordre. Elle a à veiller (selon une liste qui,
malgré quelques variations selon les auteurs et le pays,
reste assez constante) à l'abondance de la population, toujours
définie comme source première de richesses et de puissance ;
aux nécessités élémentaires de la vie
et à sa préservation (quantité, prix et qualité
de la nourriture ; salubrité des villes et des maisons ; prévention
ou arrêt des épidémies) ; à l'activité
des individus (surveiller les pauvres oisifs et les mendiants ; contribuer
à la juste répartition des secours ; s'assurer que
les règlements des métiers soient appliqués) ;
à la circulation des choses et des gens (qu'il s'agisse des
droits à percevoir sur les produits qui circulent, de la
surveillance à exercer sur les hommes qui se déplacent,
du bon état et du bon ordre des différentes voies
de communication).
La police, on le voit, c'est toute une gestion du «corps»
social. Ce terme de «corps», il ne faut pas l'entendre
de façon simplement métaphorique : car il s'agit d'une
matérialité complexe et multiple qui comporte, outre
les «corps» des individus, l'ensemble des éléments
matériels qui assurent leur vie, constituent le cadre et
le résultat de leur activité, permettent les déplacements
et les échanges. La police, comme ensemble institutionnel
et comme modalité calculée d'intervention, a en charge
l'élément «physique» du corps social :
la matérialité, en quelque sorte, de cette société
civile, dont on cherchait à la même époque à
penser par ailleurs le statut et la forme juridiques.
Or, au centre de cette matérialité, apparaît
un élément dont l'importance ne cessera de s'affirmer
et de croître au XVIIe et au XVIIIe siècle : c'est la
population, entendue au sens déjà traditionnel de
nombre d'habitants en proportion de la surface habitable, mais au
sens également d'un ensemble d'individus ayant entre eux
des relations de coexistence et constituant à ce titre une
réalité spécifique : la «population»
a son taux de croissance ; elle a sa mortalité et sa morbidité ;
elle a ses conditions d'existence - qu'il s'agisse des éléments
nécessaires pour sa survie ou de ceux qui permettent son
développement et son mieux-être.
1. Justi (J. H. G. von), Grundsätze der Policeywissenschaft,
Göttingen, A. Van den Hoecks, 1756 (Éléments
généraux de police, trad. M. Einous, Paris, Rozet,
1769, introduction, § 2, p. 18).
En apparence, il ne s'agit de rien d'autre que de la somme des
phénomènes individuels ; et pourtant, on y observe
des constantes et des variables qui sont propres à la population ;
et il faut, si on veut les modifier, des interventions spécifiques.
La politique de la santé se forme dans le cours du XVIIIe
siècle, au point de croisement d'une nouvelle économie
de l'assistance et d'une gestion du corps social dans sa matérialité
et jusque dans les phénomènes biologiques propres
à une «population». Sans doute, ces deux processus
font partie du même ensemble : le contrôle de l'assistance
et la répartition utile de ses bienfaits est l'un des problèmes
de la «police», et celle-ci a parmi ses objectifs majeurs
l'ajustement d'une population à un appareil économique
de production et d'échange.
Mais il est utile de maintenir, pour des raisons d'analyse, leur
spécificité : le premier en effet dégage de
l'assistance charitable le problème de la maladie, tel qu'il
se pose de façon différentielle selon la fortune,
l'âge, la capacité et la volonté de travailler.
Le second, en revanche, intègre les problèmes de la
maladie à ceux des conditions générales de
vies, les malades à l'ensemble de la population, la médecine
à la gestion économique et politique de la société.
Dans un cas, on va de la masse indécise des assistés
à la spécification des malades. Dans l'autre, la réaction
spécifique à la maladie s'intègre au contrôle
des formes d'existence et de coexistence. L'assistance s'infléchit
vers une médicalisation qui la légitime en prétendant
la rendre à la fois rationnelle et efficace. La médecine,
cependant, peut prendre place, selon des degrés divers de
subordination ou de coordination, dans un système administratif
qui se fixe pour but explicite le bien-être et la santé
d'une population.
Tels sont les deux motifs et les deux axes de cette «politique
de santé» qui se dessine au XVIIIe siècle : constitution
d'un appareil qui peut prendre en charge les malades comme tels
(c'est par rapport à ce dispositif que la santé a
le sens d'un état à restituer et d'un but à
atteindre) ; et aménagement d'un dispositif qui permet d'observer,
de mesurer et d'améliorer en permanence un «état
de santé» de la population, dans lequel la maladie
n'est qu'une variable dépendante d'une longue suite de facteurs.
1) Le privilège de l'enfance et la médicalisation
de la famille. Au problème des «enfants» (c'est-à-dire
de leur nombre à la naissance et du rapport natalité-mortalité)
s'ajoute le problème de l'«enfance» (c'est-à-dire
de la survie jusqu'à l'âge adulte, des conditions physiques
et économiques de cette survie, des investissements nécessaires
et suffisants pour que la période de développement
devienne utile, bref de l'organisation de cette «phase»
qui est perçue comme à la fois spécifique et
finalisée). Il ne s'agit plus seulement de produire un nombre
optimal d'enfants, mais de gérer convenablement cet âge
de la vie.
On codifie alors selon de nouvelles règles - et fort précises
- les relations des parents et des enfants. Demeurent bien sûr,
et avec peu d'altération, les rapports de soumission et le
système des signes qu'ils exigent. Mais ils doivent être
investis désormais par tout un ensemble d'obligations qui
s'imposent à la fois aux parents et aux enfants : obligations
d'ordre physique (soins, contact, hygiène, propreté,
proximité attentive) ; allaitement des enfants par les mères ;
souci d'un habillement sain ; exercices physiques pour assurer le
bon développement de l'organisme : corps à corps permanent
et contraignant des adultes avec les enfants. La famille ne doit
plus être seulement un réseau de relations qui s'inscrit
de ce fait dans un statut social, dans un système de parenté,
dans un mécanisme de transmission des biens. Elle doit devenir
un milieu physique dense, saturé, permanent, continu, qui
enveloppe, maintient et favorise le corps de l'enfant. Elle prend
alors une figure matérielle en se découpant selon
une étendue plus étroite ; elle s'organise comme l'entourage
proche de l'enfant ; elle tend à devenir pour lui un cadre
immédiat de survie et d'évolution. Ce qui entraîne
un effet de resserrement, ou du moins une intensification des éléments
et des relations qui constituent la famille étroite (le groupe
parents-enfants). Ce qui entraîne aussi un certain renversement
des axes : le lien conjugal ne sert plus seulement (ni même
peut-être en premier lieu) à établir la jonction
entre deux ascendances, mais à organiser ce qui servira de
matrice à l'individu adulte. Sans doute il sert toujours
à donner suite à deux lignées, donc à
produire de la descendance, mais aussi à fabriquer dans les
meilleures conditions possibles un être humain parvenant à
l'état de maturité. La «conjugalité»
nouvelle, c'est plutôt celle qui joint les parents et les
enfants. La famille - appareil étroit et localisé de
formation - se solidifie à l'intérieur de la grande
et traditionnelle famille-alliance. Et en même temps la santé
- au premier rang, la santé des enfants - devient l'un des
objectifs les plus contraignants de la famille. Le rectangle parents-enfants
doit devenir une sorte d'homéostasie de santé. En
tout cas, depuis la fin du XVIIIe siècle, le corps sain,
propre, valide, l'espace purifié, nettoyé, aéré,
la distribution médicalement optimale des individus, des
lieux, des lits, des ustensiles, le jeu du «soigneux»
et du «soigné» constituent quelques-unes des
lois morales essentielles de la famille. Et, depuis cette époque,
la famille est devenue l'agent le plus constant de la médicalisation.
Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, elle
est devenue la cible d'une grande entreprise d'acculturation médicale.
La première vague a porté sur les soins à donner
aux enfants, et surtout aux nourrissons. Andry : L'Orthopédie
(1741) ; Vandermonde : Essai sur la manière de perfectionner
l'espèce humaine (1756) ; Cadogan : Manière de nourrir
et d'élever les enfants (la traduction française est
de 1752) ; Desessartz : Traité de l'éducation corporelle
en bas âge (1760) ; Ballexsert : Dissertation sur l'éducation
physique des enfants (1762) ; Raulin : De la conservation des enfants
(1768) ; Nicolas : Le Cri de la nature en faveur des enfants nouveau-nés
(1775) ; Daignan : Tableau des variétés de la vie humaine
(1786) ; Saucerotte : De la conservation des enfants (an IV) ; W. Buchan :
Le Conservateur de la santé des mères et des enfants
(traduction française de 1804) ; J. A. Millot : Le Nestor français
(1807) ; Laplace-Chanvre : Sur quelques points de l'éducation
physique et morale des enfants (1813) ; Leretz : Hygiène des
enfants (1814) ; Prévost- Leygonie : Sur l'éducation
physique des enfants (1813) *. Cette littérature gagnera
encore en extension lorsqu'on publiera au XIXe siècle toute
une série de périodiques et de journaux plus directement
adressés aux classes populaires.
* Voir notes supra n°168.
=> La politique de la santé au XVIIIe siècle
Michel Foucault
Dits Ecrits Tome III n°168 http://1libertaire.free.fr/MFoucault443.html
La longue campagne à propos de l'inoculation et de la vaccination
prend place dans ce mouvement par lequel on a cherché à
organiser autour de l'enfant des soins médicaux, dont la
famille aurait la responsabilité morale et une part au moins
de la charge économique. La politique en faveur des orphelins
suit, par des chemins différents, une stratégie analogue.
On ouvre des institutions spécialement destinées à
les recueillir et à leur donner des soins particuliers (le
Foundling Hospital de Londres, les Enfants-Trouvés de Paris) ;
mais on organise aussi un système de placements auprès
de nourrices ou dans des familles où ils auront leur utilité
en prenant une part même minime à la vie domestique,
et où, en outre, ils trouveront un milieu de développement
plus favorable, et économiquement moins coûteux pour
un hôpital où ils resteraient embrigadés jusqu'à
leur adolescence.
La politique médicale qui se dessine au XVIIIe siècle
dans tous les pays d'Europe a pour premier effet l'organisation
de la famille ou plutôt du complexe famille-enfants, comme
instance première et immédiate de médicalisation
des individus ; on lui a fait jouer le rôle de charnière
entre des objectifs généraux concernant la bonne santé
du corps social et le désir ou le besoin de soins des individus ;
elle a permis d'articuler une éthique «privée»
de la bonne santé (devoir réciproque des parents et
des enfants) sur un contrôle collectif de l'hygiène,
et une technique scientifique de la guérison, assurée
sur la demande des individus et des familles, par un corps professionnel
de médecins qualifiés et comme recommandés
par l'État. Les droits et les devoirs des individus concernant
leur santé et celle des autres, le marché où
se rencontrent les demandes et les offres de soins médicaux,
les interventions autoritaires du pouvoir dans l'ordre de l'hygiène
et des maladies, mais l'institutionnalisation et la défense
du rapport privé avec le médecin, tout cela, dans
sa multiplicité et sa cohérence, marque le fonctionnement
global de la politique de santé au XIXe siècle, mais
ne peut se comprendre si on fait abstraction de cet élément
central qui fut formé au XVIIIe siècle : la famille
médicalisée-médicalisante.
2) Le privilège de l'hygiène et le fonctionnement
de la médecine comme instance de contrôle social. La
vieille notion de régime entendue à la fois comme
règle de vie et forme de médecine préventive
tend à s'élargir et à devenir le «régime»
collectif d'une population prise en général, avec
pour triple objectif : la disparition des grandes tempêtes
épidémiques, la baisse du taux de morbidité,
l'allongement de la durée moyenne de vie et de suppression
de vie pour chaque âge. Cette hygiène, comme régime
de santé des populations, implique de la part de la médecine
un certain nombre d'interventions autoritaires et de prises de contrôle.
Et d'abord sur l'espace urbain en général : car c'est
lui qui constitue le milieu peut-être le plus dangereux pour
la population. L'emplacement des différents quartiers, leur
humidité, leur exposition, l'aération de la ville
tout entière, son système d'égouts et d'évacuation
des eaux usées, l'emplacement des cimetières et des
abattoirs, la densité de la population, tout cela constitue
des facteurs jouant un rôle décisif sur la mortalité
et la morbidité des habitants. La ville avec ses principales
variables spatiales apparaît comme un objet à médicaliser.
Alors que les topographies médicales des régions analysent
des données climatiques ou des faits géologiques qui
laissent sans prise et ne peuvent suggérer que des mesures
de protection ou de compensation, les topographies des villes dessinent,
au moins en creux, les principes généraux d'un urbanisme
concerté. La ville pathogène a donné lieu au
XVIIIe siècle à toute une mythologie et à des
paniques très réelles (le charnier des Innocents fut
à Paris l'un de ces hauts lieux saturés de peur) ;
elle a appelé, en tout cas, un discours médical sur
la morbidité urbaine et une mise sous surveillance médicale
de tout un ensemble d'aménagements, de constructions et d'institutions
(cf. par exemple J. P. L. Morel : Sur les causes qui contribuent
le plus à rendre cachectique et rachitique la constitution
d'un grand nombre d'enfants de la ville de Lille, 1812).
D'une façon plus précise et plus localisée,
les nécessités de l'hygiène appellent une intervention
médicale autoritaire sur ce qui passe pour foyer privilégié
de maladies : les prisons, les bateaux, les installations portuaires,
les hôpitaux généraux où se rencontraient
les vagabonds, les mendiants, les invalides, les hôpitaux
eux-mêmes dont l'encadrement médical est la plupart
du temps insuffisant, et qui avivent ou compliquent les maladies
des patients quand ils ne diffusent pas à l'extérieur
des germes pathologiques. On isole donc dans le système urbain
des régions à médicaliser d'urgence et qui
doivent constituer autant de points d'application à l'exercice
d'un pouvoir médical intensifié.
En outre, les médecins auront à enseigner aux individus
les règles fondamentales d'hygiène qu'ils doivent
respecter pour leur propre santé, et pour celle des autres :
hygiène de l'alimentation et de l'habitat, incitation à
se faire soigner en cas de maladie.
La médecine comme technique générale de santé,
plus encore que comme service des maladies et art des guérisons,
prend une place de plus en plus importante dans les structures administratives
et dans cette machinerie de pouvoir qui ne cesse, au cours du XVIIIe
siècle, de s'étendre et de s'affirmer. Le médecin
prend pied dans les différentes instances de pouvoir. L'administration
sert de point d'appui et parfois de point de départ aux grandes
enquêtes médicales sur la santé des populations,
et, en retour, les médecins donnent une part de plus en plus
grande de leur activité à des tâches à
la fois générales et administratives qui leur ont
été fixées par le pouvoir. À propos
de la société, de sa santé et de ses maladies,
de sa condition de vie, de son logement et de ses habitudes commence
à se former un savoir «médico-administratif»
qui a servi de noyau originaire à l’«économie
sociale» et à la sociologie du XIXe siècle.
Et il se constitue également une emprise politico-médicale
sur une population qu'on encadre de toute une série de prescriptions
qui concernent non seulement la maladie, mais les formes générales
de l'existence et du comportement (l'alimentation et la boisson,
la sexualité et la fécondité, la manière
de s'habiller, l'aménagement type de l'habitat).
De cette interprétation du politique et du médical
par le biais de l'hygiène, le «plus de pouvoir»
dont bénéficie le médecin porte témoignage
depuis le XVIIIe siècle : présence de plus en plus
nombreuse dans les académies et dans les sociétés
savantes ; participation très large aux encyclopédies ;
présence, à titre de conseiller, auprès des
représentants du pouvoir ; organisation de sociétés
médicales officiellement chargées d'un certain nombre
de responsabilités administratives et qualifiées pour
prendre ou pour suggérer des mesures autoritaires ; rôle
joué par beaucoup de médecins comme programmateurs
d'une société bien régie (le médecin
réformateur de l'économie ou de la politique est un
personnage fréquent dans la seconde moitié du XVIIIe
siècle) ; sur-représentation des médecins dans
les assemblées révolutionnaires. Le médecin
devient le grand conseiller et le grand expert, sinon dans l'art
de gouverner, du moins dans celui d'observer, de corriger, d'améliorer
le «corps» social et de le maintenir dans un état
permanent de santé. Et c'est sa fonction d'hygiéniste,
plus que ses prestiges de thérapeute, qui lui assure cette
position politiquement privilégiée au XVIIIe siècle
avant de l'être économiquement et socialement au XIXe
siècle.
3) Dangers et utilité de l'hôpital. Par rapport à
ces problèmes nouveaux, l'hôpital apparaît sur
bien des points comme une structure désuète. Fragment
d'espace fermé sur soi, lieu d'internement des hommes et
des maladies, architecture solennelle mais maladroite qui multiplie
le mal à l'intérieur sans empêcher qu'il se
diffuse à l'extérieur, il est plutôt un foyer
de mort pour les villes où il se trouve situé qu'un
agent thérapeutique pour la population tout entière.
La difficulté d'y trouver des places, les exigences posées
à ceux qui veulent y entrer, mais aussi le désordre
incessant des allées et venues, la mauvaise surveillance
médicale qui s'y exerce, la difficulté d'y soigner
effectivement des malades en font un instrument inadéquat
dès lors que l'objet de la médicalisation doit être
la population en général, et son objectif, une amélioration
d'ensemble du niveau de santé. Dans l'espace urbain que la
médecine doit purifier, il forme une tache sombre. Et dans
l'économie, un poids inerte, puisqu'il fournit une assistance
qui ne permet jamais la diminution de la pauvreté, mais tout
au plus la survie de certains pauvres, donc, la croissance de leur
nombre et la prolongation de leurs maladies avec tous les effets
de contagion qui peuvent en résulter.
De là, l'idée qui se répand au XVIIIe siècle
d'une relève de l'hôpital par trois mécanismes
principaux. Par l'organisation d'une «hospitalisation»
à domicile ; elle a sans doute ses dangers lorsqu'il s'agit
de maladies épidémiques ; mais elle présente
des avantages économiques dans la mesure où le coût
d'entretien d'un malade est beaucoup moins grand pour la société,
s'il est entretenu et nourri chez lui, comme il l'était avant
sa maladie (le coût, pour le corps social, n'est plus guère
que de l'ordre du manque à gagner que représente son
oisiveté forcée, et encore dans le seul cas où
il avait effectivement du travail) ; elle présente aussi des
avantages médicaux, dans la mesure où la famille - pourvu
qu'elle soit un peu conseillée - peut assurer des soins à
la fois constants et ajustés qu'on ne peut demander à
une administration hospitalière : toute famille doit pouvoir
fonctionner comme un petit hôpital provisoire, individuel
et non coûteux. Mais une telle procédure implique que
la relève de l'hôpital soit en outre assurée
par un corps médical largement répandu dans la société
et susceptible d'offrir des soins, soit tout à fait gratuits,
soit en tout cas aussi peu coûteux que possible. Un encadrement
médical de la population, s'il est permanent, souple et facilement
utilisable, peut rendre inutile une bonne partie des hôpitaux
traditionnels. Enfin on peut concevoir que se généralisent
les soins, consultations et distributions de médicaments
que déjà certains hôpitaux offrent à
des malades de passage, sans les retenir ni les enfermer : méthode
des dispensaires, qui cherchent à conserver les avantages
techniques de l'hospitalisation sans en avoir les inconvénients
médicaux ou économiques.
Ces trois méthodes ont donné lieu, surtout dans la
seconde moitié du XVIIIe siècle, à toute une
série de projets et de programmes. Elles ont provoqué
plusieurs expériences. En 1769 est fondé à
Londres le dispensaire pour enfants pauvres du Red Lion Square ;
trente ans plus tard, presque tous les quartiers de la ville avaient
leur dispensaire, et on estimait à près de cinquante
mille le nombre de ceux qui y recevaient, chaque année, des
soins gratuits. En France, il semble qu'on ait surtout cherché
l'amélioration, l'extension et une distribution un peu homogène
de l'encadrement médical, dans les villes et à la
campagne : la réforme des études médicales et
chirurgicales (1772 et 1784), les obligations pour les médecins
d'exercer dans les bourgs ou les petites villes, avant d'être
reçus dans certaines grandes villes, les travaux d'enquête
et de coordination faits par la Société royale de
médecine, la part de plus en plus grande que le contrôle
de santé et d'hygiène occupe dans la responsabilité
des intendants, le développement des distributions gratuites
de médicaments sous la responsabilité de médecins
désignés par l'administration, tout cela renvoie à
une politique de santé qui prend appui sur la présence
extensive du personnel médical dans le corps social. À
la limite de ces critiques contre l'hôpital et de ce projet
de substitution, on trouve, sous la Révolution, une tendance
marquée à la «deshospitalisation» ; elle
est déjà sensible dans les rapports du Comité
de mendicité (projet d'établir dans chaque district
de campagne un médecin ou un chirurgien qui soignerait les
indigents, veillerait sur les enfants assistés et pratiquerait
l'inoculation).
Mais elle se formule clairement à l'époque de la
Convention (projet de trois médecins par district, assurant
l'essentiel des soins de santé pour l'ensemble de la population).
Mais la disparition de l'hôpital ne fut jamais qu'un point
de fuite utopique. En fait le vrai travail s'est fait quand on a
voulu élaborer un fonctionnement complexe où l'hôpital
tend à avoir un rôle bien spécifié par
rapport à la famille devenue instance primaire de santé,
au réseau étendu et continu du personnel médical,
et au contrôle administratif de la population. C'est par rapport
à cet ensemble qu'on essaie de réformer l'hôpital.
Il s'agit d'abord de l'ajuster à l'espace et plus précisément
à l'espace urbain où il se trouve situé. De
là, une série de discussions et de conflits entre
différentes formules d'implantation : hôpitaux massifs,
susceptibles d'accueillir une population nombreuse, et où
les soins ainsi groupés seraient plus cohérents, plus
faciles à contrôler et moins coûteux ; ou, au
contraire, hôpitaux de petites dimensions, où les malades
seront mieux surveillés, et où les risques de contagion
internes seront moins graves. Autre problème qui recoupe
celui-ci : doit-on placer les hôpitaux hors de la ville, là
où l'aération est meilleure et où ils ne risquent
pas de diffuser leurs miasmes dans la population ; solution qui va
en général de pair avec l'aménagement des grands
ensembles architecturaux ? Ou bien doit-on construire une multiplicité
de petits hôpitaux répartis aux points où ils
peuvent être le plus facilement accessibles pour la population
qui doit les utiliser ; solution qui implique souvent le couplage
hôpital-dispensaire ? L'hôpital, en tout cas, doit devenir
un élément fonctionnel dans un espace urbain où
ses effets doivent pouvoir être mesurés et contrôlés.
Il faut, d'autre part, aménager l'espace intérieur
de l'hôpital de façon qu'il devienne médicalement
efficace : non plus lieu d'assistance, mais lieu d'opération
thérapeutique. L'hôpital doit fonctionner comme une
«machine à guérir». D'une façon
négative : il faut supprimer tous les facteurs qui le rendent
périlleux pour ceux qui y séjournent (problème
de la circulation de l'air qui doit être toujours renouvelé
sans que ses miasmes ou ses qualités méphitiques soient
portés d'un malade à l'autre ; problème du renouvellement
du linge, de son lavage, de son transport). D'une façon positive,
il faut l'organiser en fonction d'une stratégie thérapeutique
concertée : présence ininterrompue et privilège
hiérarchique des médecins ; système d'observations,
de notations, d'enregistrement qui permette de fixer la connaissance
des différents cas, de suivre leur évolution particulière,
et de globaliser aussi des données portant sur toute une
population et sur des périodes longues ; substitution aux
régimes peu différenciés en quoi consistait
traditionnellement l'essentiel des soins de cures médicales
et pharmaceutiques mieux ajustées. L'hôpital tend à
devenir un élément essentiel dans la technologie médicale :
non seulement un lieu où on peut guérir, mais un instrument
qui, pour un certain nombre de cas graves, permet de guérir.
Il faut, par conséquent, que s'articulent en lui le savoir
médical et l'efficacité thérapeutique. Apparaissent
au XVIIIe siècle les hôpitaux spécialisés.
S'il a existé auparavant certains établissements réservés
aux fous ou aux vénériens, c'était plus par
mesure d'exclusion ou par crainte des dangers qu'en raison d'une
spécialisation des soins. L'hôpital «unifonctionnel»
ne s'organise qu'à partir du moment où l'hospitalisation
devient le support et parfois la condition d'une action thérapeutique
plus ou moins complexe. Le Middlesex Hospital de Londres est ouvert
en 1745 : il était destiné à soigner la petite
vérole et à pratiquer la vaccination ; le London Fever
Hospital date de 1802, et le Royal Ophtalmic Hospital de 1804. La
première maternité de Londres a été
ouverte en 1749. À Paris, les Enfants-Malades ont été
fondés en 1802. On voit se constituer lentement un réseau
hospitalier dont la fonction thérapeutique est fortement
marquée ; il doit, d'une part, couvrir avec assez de continuité
l'espace urbain ou rural dont il prend en charge la population et,
d'autre part, s'articuler sur le savoir médical, ses classifications
et ses techniques.
Enfin, l'hôpital doit servir de structure d'appui à
l'encadrement permanent de la population par le personnel médical.
On doit pouvoir passer des soins à domicile au régime
hospitalier pour des raisons qui sont à la fois économiques
et médicales. Les médecins, de ville ou de campagne,
devront par leurs visites soulager les hôpitaux et en éviter
l'encombrement ; et, en retour, l'hôpital doit être accessible
sur l'avis et à la requête des médecins. De
plus, l'hôpital comme lieu d'accumulation et de développement
du savoir doit permettre la formation des médecins qui exerceront
dans la forme de la clientèle privée. L'enseignement
clinique en milieu hospitalier, dont les premiers rudiments apparaissent
en Hollande avec Sylvius, puis Boerhaave, à Vienne avec Van
Swieten, à Édimbourg (par le couplage de l'École
de médecine et de l'Edinburgh Infirmary), devient à
la fin du siècle le principe général autour
duquel on essaie de réorganiser les études de médecine.
L'hôpital, instrument thérapeutique pour ceux qui y
séjournent, contribue par l'enseignement clinique et la bonne
qualité des connaissances médicales à l'élévation
du niveau de santé de la population.
La réforme des hôpitaux et plus particulièrement
les projets de leur réorganisation architecturale, institutionnelle,
technique ont dû leur importance, au XVIIIe siècle,
à cet ensemble de problèmes qui mettent en jeu l'espace
urbain, la masse de la population avec ses caractéristiques
biologiques, la cellule familiale dense et le corps des individus.
C'est dans l'histoire de ces matérialités - à
la fois politiques et économiques - que s'inscrit la transformation
«physique» des hôpitaux : celle dont il va être
plus précisément question ici.
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