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«Sexualität und Wahrheit» («Sexualité
et vérité»; trad. J. Chavy) in Foucault (M.),
Der Wille zum Wissen, Francfort, Suhrkamp Verlag, 1977, pp.7-8.
Nouvelle introduction à La Volonté de savoir.
Dits Ecrits tome III texte n°190
1) Le présent volume inaugure une série de recherches
qui ne veulent être ni un tout homogène ni un traitement
exhaustif du sujet. Il s'agit de prélever quelques échantillons
dans un terrain aux strates multiples. Les volumes qui suivront
ne peuvent aussi, pour l'instant, qu'être annoncés
provisoirement. Mon rêve serait de faire un travail de longue
haleine qui se corrige au cours de sa progression, qui soit également
ouvert tant aux réactions qu'il provoque qu'aux conjonctures
qu'il croise en chemin et, peut-être aussi, ouvert à
de nouvelles hypothèses. Ce que je souhaite, c'est un travail
dispersé et changeant.
2) Les lecteurs qui voudraient apprendre comment les hommes ont
aimé au cours des siècles ou comment cela leur fut
interdit (question absolument sérieuse, importante et difficile)
seront probablement déçus. Je n'ai pas voulu écrire
l'histoire du comportement sexuel dans les sociétés
occidentales, mais traiter une question plus sobre et plus limitée :
comment ces comportements sont-ils devenus des objets du savoir ?
Par quelles voies et pour quelles raisons s'est organisé
ce domaine de connaissance que l'on circonscrit par ce mot relativement
nouveau de «sexualité» ? Il s'agit ici du devenir
d'un savoir que nous voudrions saisir à sa racine : dans les
institutions religieuses, dans les règlements pédagogiques,
dans les pratiques médicales, dans les structures familiales
au sein desquelles il s'est formé, mais aussi dans les coercitions
qu'il a exercées sur les individus, dès qu'on les
eut persuadés qu'ils auraient à découvrir en
eux-mêmes la force secrète et dangereuse d'une «sexualité».
3) Je sais qu'il est imprudent d'envoyer d'abord, comme une fusée
éclairante, un livre qui fait sans cesse allusion à
des publications à venir. Le danger est grand qu'il donne
l'apparence de l'arbitraire et du dogmatique. Ses hypothèses
pourraient avoir l'air d'affirmations qui tranchent la question,
et les grilles d'analyse proposées pourraient conduire à
un malentendu et être prises pour une nouvelle théorie.
C'est ainsi qu'en France des critiques, subitement convertis aux
bienfaits de la lutte contre la répression (sans avoir jusqu'alors
manifesté un grand zèle en ce domaine), m'ont reproché
de nier que la sexualité ait été réprimée.
Mais je n'ai nullement prétendu qu'il n'y avait pas eu répression
de la sexualité. Je me suis seulement demandé si,
pour déchiffrer les rapports entre le pouvoir, le savoir
et le sexe, l'ensemble de l'analyse était obligé de
s'orienter sur le concept de répression ; ou bien si on ne
pouvait pas mieux comprendre en insérant interdits, prohibitions,
forclusions et dissimulations dans une stratégie plus complexe
et plus globale qui ne soit pas ordonnée sur le refoulement
comme but principal et fondamental.
4) Les concepts de «sexe» et de «sexualité»
sont des concepts intenses, surchargés, «brûlants»,
qui mettent facilement dans l'ombre les concepts avoisinants. C'est
pourquoi j'aimerais souligner que la sexualité n'est ici
qu'un exemple d'un problème général que je
poursuis depuis plus de quinze ans et qui me poursuit depuis plus
de quinze ans. C'est le problème qui détermine presque
tous mes livres : comment, dans les sociétés occidentales,
la production de discours chargés (au moins pour un temps
déterminé) d'une valeur de vérité est-elle
liée aux différents mécanismes et institutions
du pouvoir ?
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