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Michel Foucault : “L'expérience morale et sociale
des Polonais ne peut plus être effacée”»
(entretien avec G. Anquetil), Les Nouvelles littéraires,
no 2857, 14-20 octobre 1982, pp. 8-9.
Dits et Ecrits tome IV
texte n° 321
- Vous revenez de Pologne, Quel peut être le sentiment des
Polonais au lendemain de la délégalisation de Solidarité
?
- Je suppose que tout Français - à moins d'être
un responsable du P.C.F. - a été abasourdi quand il
a lu les dispositions votées l'autre jour par le Parlement.
Avant les accords de Gdansk en août 1980, tout syndicat indépendant
était interdit. Selon la législation nouvelle, l'activité
syndicale «libre» est encadrée de telle sorte
qu'elle sera l'occasion permanente de condamnations, d'interdictions,
d'emprisonnements. Oui, tout cela peut bien nous étonner.
Mais cela ne surprend guère les Polonais, qui savent d'expérience
ce qu'est leur socialisme.
La semaine dernière, la tension était grande. Mais
ce qu'il y a de remarquable dans toute l'histoire du mouvement Solidarité,
c'est qu'on n'a pas seulement lutté pour la liberté,
la démocratie, l'usage des droits fondamentaux, mais par
l'usage des droits, par la liberté et la démocratie.
La forme du mouvement et son but coïncident. Regardez encore
aujourd'hui : à la loi antigrève, les chantiers de
Gdansk répondent par la grève.
Le problème ou plutôt l'un des problèmes est
de savoir s'il est possible, et jusqu'à quand il est possible,
de maintenir, en dépit de la nouvelle législation,
cette identité d'objectif et de processus.
- Avez-vous ressenti sur place la réalité de cette
schizophrénie polonaise ? D'un côté, la nation,
de l'autre, l'État, qui, bien entendu, depuis longtemps,
ne parlent plus le même langage, mais sont condamnés
à vivre ensemble ?
- J'ai vécu plus d'un an en Pologne. Il y a vingt ans. Deux
choses m'avaient alors beaucoup frappé. C'est d'abord que
le régime était pour les Polonais quelque chose d'extérieur,
qui leur avait été imposé à la suite
d'une guerre, d'une occupation, et comme effet d'un état
des forces militaires et diplomatiques en Europe. Le Parti communiste,
le gouvernement (et les Russes derrière eux) constituaient
un bloc étranger qu'ils avaient à subir. Je ne suis
donc pas sûr que l'analyse en termes d'État totalitaire
soit adaptée pour comprendre ce qui se passait alors et ce
qui se passe aujourd'hui en Pologne. D'autre part, à ce moment-là,
la situation était encore perçue - et bien qu'il se
soit passé quinze ans entre la fin de la guerre et les années
soixante comme une séquelle pénible et longue à
liquider de la guerre. À cause de cela, un air de provisoire
baignait encore toutes choses. Varsovie, en 1960, était encore
en ruine. Toutes les traces de la guerre étaient visibles.
L'horizon de la guerre n'arrivait pas à s'effacer. Cela donnait
aux Polonais une perception historique bien différente de
la nôtre, car, à cette époque, nous, nous étions
sortis des séquelles de la guerre depuis près de dix
ans. Vingt ans après, j'ai retrouvé Varsovie entièrement
reconstruite. Les séquelles de la guerre sont oubliées.
Les portes de cette grande période historique, sauvage, terrible
sont maintenant refermées et une nouvelle génération
est apparue. Mais, du même coup, la situation dans laquelle
ils sont (le régime communiste et la domination soviétique)
apparaît aux Polonais comme un destin historique. Pis : comme
un avenir. Le même état de choses qui, en 1958-1960,
leur rappelait l'effroi du pire définit maintenant leur avenir.
Il y a de ce fait en Pologne une tristesse historique.
- N'y a-t-il pas aussi le sentiment irréel d'appartenir
à un passé et à un camp politiques auxquels
ils ne veulent plus justement appartenir ?
- Les Polonais ont certainement, plus que par le passé,
le sentiment que leur destin est amarré à une situation
géopolitique et stratégique qui n'est telle qu'à
cause de ce qui s'est passé pendant la guerre mais qui, maintenant,
s'est complètement figée. Le fait que l'Occident perçoit
sa propre histoire comme si le partage de l'Europe était
maintenant un acquis totalement définitif -aussi définitif
que l'engloutissement de l'Atlantide ou la séparation des
continents accentue leur angoisse. Nous devons tenir compte de cette
douleur, car nous sommes nous-mêmes impliqués dans
cette légitime rancoeur.
- Il y a eu, pourtant, après août 1980, plusieurs
mois euphorisants, quasi miraculeux, où les Polonais ont
vu le pouvoir reculer devant leur révolte quasi unanime.
- C'est vrai. Il y a eu deux ans extraordinaires d'espoir. Mieux,
de gaieté. Pour une fois, la politique, tout en étant
inquiétante, pouvait être joyeuse. Il n'y a pas tellement
de pays où la politique peut être une expérience
positive, vivante et intense pour tout le monde. Les Polonais apercevaient
le déblocage de leur histoire. Ils étaient en train,
enfin, de s'inventer un avenir, tout en ne perdant jamais de vue
le caractère périlleux et fragile de leur expérience.
Il y avait une telle intensité du mouvement que personne
ne pouvait penser dans son coeur, son corps et sa vie quotidienne
qu'à un pareil mouvement on pouvait répondre par le
refus total, l'état de guerre et une législation d'exception.
Cela dit, ce qui se passe actuellement ne peut, en aucune manière,
faire soumettre de vingt à trente millions de Polonais qui
refusent l'ordre qu'on leur impose.
- S'agit-il aujourd'hui en Pologne d'une «normalisation»
à la Pyrrhus ?
- Il ne faut ni se faire d'illusions ni prophétiser à
vide. On ne sait pas très bien ce qui va se passer. Mais
un certain nombre de choses sont déjà acquises. Quand
je parle des acquis, je ne parle pas des libertés et des
droits qui ont pu être conquis un moment donné et dont
on peut craindre, dans l'état actuel des choses, que la plupart
seront annulés. Mais, dans le comportement des Polonais,
il y a eu une expérience morale et sociale qui ne peut plus,
elle, être effacée. De quoi s'agit-il ? C'est d'abord
la conscience qu'ils ont eue d'être tous ensemble. C'est capital.
Trente-cinq ans du régime précédent avaient
pu leur faire croire que, finalement, l'invention de nouvelles relations
sociales était impossible. Chacun, dans un État comme
celui-là, peut être absorbé par les difficultés
de sa propre existence. On est, en tout sens du mot, «occupé».
Cette «occupation», c'est aussi la solitude, la dislocation
d'une société... Les Polonais ont donc découvert
quelque chose qu'ils savaient, mais qu'ils n'avaient jamais pu porter
en plein jour. C'était la détestation commune du régime.
Cette détestation était, certes, en chacun d'eux,
mais voilà que maintenant elle a affleuré et s'est
formulée clairement dans des mots, des discours et des textes,
et qu'elle se retournait en création de quelque chose de
nouveau et de commun.
- Il s'est bien agi donc de la moralisation de toute une société
?
- Oui. Et c'est très important. On s'imagine souvent que
les pays socialistes fonctionnent à la peur, à la
terreur et à la répression. Mais ce sont aussi des
pays qui marchent à la combine, au passe-droit, et à
la récompense. Après tout, quand on vit à cinq
dans deux pièces, en obtenir trois, c'est capital. On peut,
en Pologne, attendre un appartement pendant douze ans. La treizième
année, comment résister à une petite concession,
à une complaisance, à un arrangement ? Dans ces régimes
qui fonctionnent autant à la récompense qu'à
la punition, la récompense humilie plus encore que la punition,
car elle rend complice. Or, après Solidarité, après
la formulation collective de toutes ces haines individuelles, je
crois qu'un certain nombre de ces comportements de complaisance
ou de lassitude vont devenir beaucoup plus difficiles. Les gens
vont être beaucoup plus forts pour résister à
tous ces petits mécanismes par lesquels on les faisait, sinon
adhérer, du moins accepter le pire. Cette moralisation me
paraît être, en effet, un processus qui s'est inscrit
dans le comportement des gens et qui ne s'effacera pas de sitôt.
- Les Polonais sont-ils déçus par la mollesse des
réactions occidentales après le coup du 13 décembre
?
- Les Polonais attendent beaucoup de nous, personnellement. Que
des gens isolés ou des groupes privés, comme Médecins
du monde, fassent quelque chose pour eux, aillent les voir, discutent
avec eux, c'est effectivement très important pour eux. Cela
peut et doit continuer, sauf si le pays redevient un lieu fermé
où l'on ne peut ni entrer ni sortir. Tant qu'on peut y entrer,
il faut y aller aussi souvent que possible. Il faut absolument garder
le contact. Il y a un véritable travail politique et un travail
de pensée à faire avec les Polonais. En ce qui concerne
les problèmes politiques d'État à État,
il faut dire que la position de la France a été l'une
des plus fermes à l'égard de ce qui s'est passé
le 13 décembre. En revanche, depuis janvier, la coopération
culturelle, scientifique, économique et politique entre l'Est
et l'Ouest a été éprouvée durement par
l'opinion polonaise. Le rééchelonnement de la dette,
le gazoduc, les cosmonautes français à Moscou, tout
cela a provoqué un très grand dépit et de la
colère.
- Estimeriez-vous qu'une forme de travail politique et intellectuel
prioritaire vis-à-vis des Polonais consisterait, en France,
à mener une réflexion en profondeur sur ce partage
en deux, décrété fatal, de l'Europe ?
- Je crois que c'est une chose que les Polonais ressentent : la
réflexion sur l'Europe a été proliférante
ces trente-cinq dernières années -qu'il s'agisse de
la création d'une zone de libre-échange, de l'alliance
atlantique, d'une intégration politique plus ou moins poussée...
Mais on a fait l'impasse sur le partage de l'Europe en deux par
une ligne qui n'est pas une ligne imaginaire. C'est un état
de choses que tout le monde connaît, mais c'est toujours un
impensé politique dans la mesure où cela ne fait plus
problème. C'est devenu une image familière, des récits
sans cesse répétés, bref, une situation de
fait. Ni les gouvernants, ni les partis politiques, ni les théoriciens,
ni les Européens eux-mêmes ne posent comme un problème
présent, angoissant et intolérable le fait qu'il y
ait en Europe deux régimes existants. Deux temps historiques.
Deux formes politiques, non seulement incompatibles, mais dont l'une
est absolument intolérable. Il y a des centaines de millions
d'Européens séparés de nous par une ligne,
à la fois arbitraire dans sa raison d'être et infranchissable
dans sa réalité ; ils vivent dans un régime
de libertés totalement restreintes, dans un état de
sous-droit. Cette fracture historique de l'Europe, c'est quelque
chose dont on ne doit pas prendre son parti.
- Ce problème, c'est aussi le rôle des intellectuels
que de l'affronter ?
- J'ai été très frappé, en décembre
dernier, par l'insistance de certains à dire que ce n'était
pas le moment de poser ce problème de l'Europe parce qu'en
France il y a une expérience socialiste à laquelle
les communistes prennent part et que cela risquerait de la compromettre.
D'autres également ont pu dire : nous n'avons de toutes les
façons pas les moyens de poser cette question en termes stratégiques
et diplomatiques, car tout est aujourd'hui commandé par l'équilibre
des deux blocs. À la première objection, on peut répondre
facilement en disant : au contraire, c'est parce qu'il y a une expérience
socialiste en France qu'il faut poser cette question. D'autant plus,
après tout, que la forme de la collaboration entre socialistes
et communistes n'est pas tellement claire et que, sur un problème
aussi important que celui-là -à savoir le partage
de l'Europe, les libertés syndicales en pays socialistes
-, il est essentiel de savoir jusqu'à quel point les socialistes
et les communistes qui nous gouvernent peuvent s'entendre. Il s'agit
d'un excellent test au contraire. Leur pacte a été
entouré de trop d'obscurité, de trop de non-dits pour
que nous ne saisissions pas toutes les occasions de poser clairement
ces questions pour les contraindre à y répondre clairement.
Quant à l'objection stratégique, elle ne tient guère
non plus. On nous dit que la situation de tension entre les deux
blocs, le problème des ressources énergétiques
interdisent que l'on pose de façon réaliste ces questions-là.
Ce n'est pas suffisant. On sait très bien que dans l'histoire
ce sont les problèmes non dits qui, un jour, explosent avec
le plus de violence. Il faut tout de même se rappeler que
l'Europe est actuellement, à cause de tout cela, dans un
état de déséquilibre permanent. On sait aussi
parfaitement dans quel état de fragilité économique,
d'inquiétude politique sont plongés les pays satellites
de l'U.R.S.S. L'immobilité de ces trente-cinq dernières
années ne peut donc en aucune façon être confondue
avec la stabilité. C'est pourquoi il ne faut plus enfouir
le problème global de l'Europe dans un silence politique
qui, un jour, provoquera une explosion historique.
- Mais, vis-à-vis de cette question européenne, beaucoup
sont paralysés par le sentiment d'impuissance et se disent
: les Russes ne lâcheront jamais un seul morceau de leur empire...
- L'empire russe, comme tous les empires, a pour destin de ne pas
vivre indéfiniment. Les réussites politiques, économiques
et sociales du socialisme à la mode soviétique ne
sont pas telles que l'on ne puisse pas envisager des difficultés
importantes, au moins à moyen terme. Pourquoi donc donner
un statut de destin historique à un échec aussi flagrant
? Il est quand même extraordinaire que certains recommandent
toujours de ne pas poser les problèmes qui découlent
de cet aveuglant échec.
- Mais il y a un réel problème causé par l'intérêt
alternatif pour les points chauds de la planète. Un jour,
c'est l'Iran, un autre c'est le Liban, le Salvador, l'Afghanistan
ou la Pologne. Cette forme de vigilance saccadée et à
éclipses n'interdit-elle pas un suivi dans la réflexion
et le soutien à ces pays toujours en crise ou en guerre ?
- Qu'il y ait cette succession de passions est souvent lié
aux événements eux-mêmes. Ce ne sont pas les
intellectuels français qui ont inventé le siège
de Beyrouth ou la mise hors la loi de Solidarité. Pourtant,
il se crée une continuité qui est liée aux
intérêts de chacun. Quant à l'aspect passionnel,
c'est, après tout, le rôle des gouvernés que
de se fâcher et de mettre de la passion dans leurs réactions.
Je crois à l'importance de l'affect politique.
- Mais comment élaborer, à partir de ces indignations,
de ces affects politiques, de ces intérêts personnels,
une authentique politique des droits de l'homme ?
- Si des gouvernements font des droits de l'homme l'ossature et
le cadre même de leur action politique, c'est très
bien. Mais les droits de l'homme, c'est surtout ce qu'on oppose
aux gouvernements. Ce sont des limites que l'on pose à tous
les gouvernements possibles.
- Ne peut-on imaginer que toute situation politique soit soumise
à une grille définie par les droits de l’homme,
pour que nul ne puisse transiger avec ces droits ?
- Vous avez là une perspective merveilleusement XVIIIe siècle
où la reconnaissance d'une certaine forme de rationalité
juridique permettrait devant toutes les situations possibles de
définir le bien et le mal. Il est certain, par exemple, que,
dans une situation aussi incroyablement confuse que l'affaire libanaise,
les gens ne percevaient pas les choses de la même façon.
Mais après les massacres de Sabra et Chatila, en dehors de
quelques discours extrémistes, tout le brûlant du débat
s'est porté autour du caractère absolument inacceptable
du massacre des Palestiniens. Je trouve que le débat a été
dans son ensemble extrêmement intéressant, de ce point
de vue-là. Du côté des amis d'Israël, mais
aussi des pro-Palestiniens, il y a eu une sorte d'angoisse et d'inquiétude
symétriques. Il n'y a pas eu de tentative d'esquive. Laissons
de côté, bien sûr, les discours des officiels
qui ne sont pas ceux qui nous intéressent. Ni Begin ni Arafat
ne sont les gens auxquels nous nous référons pour
penser. Il y a eu, de manière générale, face
à ce noyau d'intolérable qu'étaient ces massacres,
une réflexion morale assez extraordinaire. Beaucoup de braves
gens se lamentent parce qu'il n'y a plus aujourd'hui de pensée
dominante. Grâce au ciel ! Il y a un travail de pensée,
un travail moral qui se fait. Il y a une certaine moralisation de
la politique et une politisation de l'existence qui ne se font plus
par la référence obligée à une idéologie
ou à l'appartenance à un parti, mais qui se font par
un contact plus direct des gens avec les événements
et avec leurs propres choix d'existence.
- Il ne faudrait donc pas que la pensée des droits de l’homme
soit posée en termes de pensée dominante ?
- Précisément. Sous prétexte de présenter
une théorie ou une politique des droits de l'homme, il faut
prendre garde de ne pas réintroduire une pensée dominante.
Après tout, le léninisme s'est bien présenté
comme une politique des droits de l'homme...
- Comment avez-vous réagi aux agacements manifestés
par les socialistes français devant le rapprochement qui
s'est fait entre la C.F.D.T. et de nombreux intellectuels, dont
vous-même, à l'occasion de la crise polonaise ?
- L'inquiétude de certains responsables politiques devant
ce rapprochement est, en fin de compte, très réconfortante.
Cela prouve que les politiques sont toujours inquiets devant ce
qui peut être un travail politico-intellectuel. Ils n'aiment
pas ça. Et c'est bien ainsi. Nous, on est fait pour ça.
Si j'étais un homme politique, je me poserais en priorité
cette question qui me paraît essentielle : quel est donc le
jugement que l'histoire portera sur ces chefs des plus grandes nations
qui, depuis trente-cinq ans, n'ont pu résoudre aucun des
grands problèmes politiques, diplomatiques, stratégiques
qui ont été posés par la guerre elle-même
? Ni les problèmes de la Corée, de l'Indochine, du
Moyen-Orient ni de l'Europe n'ont été résolus.
Il y a un jugement définitivement négatif à
porter sur cette incapacité colossale. Les responsables de
la politique mondiale n'ont pas été capables de résoudre
un seul des grands problèmes qui ont été posés
par la dernière guerre. C'est accablant.
- Que peut-on donc faire devant de telles situations de blocages
politique et intellectuel ?
- Il faut réagir et éviter les mécanismes
d'obturation qui font qu'on oublie une réalité et
qu'ainsi on lui donne statut d'inexistence parce qu'on n'a pas su
la penser.
- Il ne faut donc pas «oublier» la présence
communiste au gouvernement ?
- Quand on entend, par exemple, M. Gremetz dire qu'il faut interdire
un syndicat en Pologne pour éviter la guerre civile, je ne
vois pas qui pourrait ne pas entendre ! Et ne pas sursauter !
- Leurs partenaires socialistes peuvent être sujets à
la distraction...
- S'ils sont durs d'oreilles, il faut les leur déboucher.
En les leur tirant.
- Déboucher les oreilles, c'est l'une des tâches des
intellectuels ?
- Plutôt que de dire quelle leçon les intellectuels
devraient donner aux autres, je préférerais vous donner
celle que j'essaie de me donner à moi-même. Je ne sais
pas très bien ce qu'ils entendent par «intellectuels»,
tous les gens qui les décrivent, les dénoncent ou
les tancent. Je sais, en revanche, ce à quoi je me suis obligé,
pour être un intellectuel, c'est-à-dire, après
tout, un individu cérébro-spinal : avoir le cerveau
aussi souple que possible et la colonne vertébrale aussi
droite que nécessaire.
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