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"Michel Foucault et l'Iran", Le Matin, no 647, 26
mars 1979, p. 15. (Réponse à C. et J. Broyelle, «
À quoi rêvent les philosophes ? », Le Matin,
no 646, 24 mars 1979, p. 13.)
Dits Ecrits Tome III texte n°262
Après la manifestation des femmes, le 8 mars, à Téhéran,
où celles- ci, aux cris de « A bas Khomeyni »,
avaient protesté contre le port obligatoire du tchador et
surtout après les premières exécutions d'opposants
par les groupes islamiques para- militaires, on accuse M. Foucault
d'avoir apporté un soutien aveugle à Khomeyni. Les
époux Broyelle, dont le Deuxième Retour de Chine (Paris,
Éd. du Seuil, 1977) avait marqué le retournement des
intellectuels de gauche à l'égard de la Chine maoïste
(alors que La Moitié du ciel de Claudie Broyelle - Paris,
Denoël- Gonthier, 1973 - avait été l'un des grands
livres apologétiques de la Révolution culturelle),
traduisirent cette attitude dans un article du Matin de Paris où
ils « sommaient Foucault de s'expliquer ».
Le Matin, il y a quinze jours, me proposait de répondre
à M. Debray-Ritzen * ; aujourd'hui, à M. et Mme Broyelle.
Pour lui, j'étais antipsychiatre. Pour ceux- ci « antijudiciaire
». Ni à l'un ni aux autres je ne répondrai.
Parce que, de « ma vie », je n'ai jamais pris part à
une polémique. Je ne compte pas commencer maintenant. Et
pour une autre raison, de principe elle aussi : on me « somme
de reconnaître mes erreurs ». L'expression et la pratique
qu'elle désigne me rappellent quelque chose et bien des choses.
Contre elles, je me suis battu. Je ne me prêterai pas, même
par « voie de presse », à un jeu dont la forme
et les effets me paraissent détestables.
* Psychiatre pour enfants conservateur, régulièrement
hostile à M, Foucault depuis la parution d'Histoire de la
folie.
« Tu vas avouer ou bien tu vas crier vive les assassins »
: cette phrase, certains la prononcent par métier ; d'autres
par goût ou par habitude ; je pense qu'il faut laisser cette
injonction sur les lèvres de ceux qui la prononcent et ne
discuter qu'avec ceux qui sont étrangers à ces manières
de faire. Je suis donc très désireux de pouvoir débattre
de cette question d'Iran ici même, dès que Le Matin
m'en donnera l'occasion. Blanchot enseigne que la critique commence
par l'attention, la présence et la générosité.
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