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« Réponse de Michel Foucault à une lectrice
iranienne », Le Nouvel Observateur, no 731, 13- 19 novembre
1978, p. 26.
Dits Ecrits Tome III texte n°251
Dans le no 730, Le Nouvel Observateur avait publié la lettre
d'une lectrice iranienne vivant à Paris, qui déplorait
que M. Foucault - dans « À quoi rêvent les Iraniens
» ; voir supra no 245 - « semble ému par la «
spiritualité musulmane » qui remplacerait avantageusement
la féroce dictature affairiste aujourd'hui chancelante ».
Mme Atoussa H. n'a pas lu l'article qu'elle critique. C'est son
droit. Mais il ne fallait pas me prêter l'idée que
la « spiritualité musulmane remplacerait avantageusement
la dictature ».
Puisqu'on a manifesté et qu'on s'est fait tuer en Iran au
cri de « gouvernement islamique », c'était un
devoir élémentaire de se demander quel contenu était
donné à ce terme et quelle force l'animait. J'ai indiqué,
d'ailleurs, plusieurs éléments qui me paraissaient
peu rassurants. Il n'y aurait eu, dans la lettre de Mme H., qu'une
erreur de lecture, je n'y aurais pas répondu. Mais elle contient
deux choses intolérables :
1) Confondre tous les aspects, toutes les formes, toutes les virtualités
de l'islam dans un même mépris pour les rejeter en
bloc sous le reproche millénaire de « fanatisme ».
2) Soupçonner tout Occidental de ne s'intéresser
à l'islam que par mépris pour les musulmans (que dire
d'un Occidental qui mépriserait l'islam ?). Le problème
de l'islam comme force politique est un problème essentiel
pour notre époque et pour les années qui vont venir.
La première condition pour l'aborder avec tant soit peu d'intelligence,
c'est de ne pas commencer par y mettre de la haine.
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