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« L'esercito, quando la terra trema » (« L'armée
quand la terre tremble »), Corriere della sera, vol. 103,
no 228, 28 septembre 1978, pp. 1- 2.
Dits et Ecrits tome III texte n° 241
Ici commence le reportage de M. Foucault sur la révolution
iranienne. En mai 1978, l'éditeur italien Rizzoli - qui traduisit
l' Histoire de la folie en 1963 - , devenu actionnaire du grand
quotidien Corriere della sera, demande à M. Foucault une
contribution régulière sous forme de points de vue.
M. Foucault propose de constituer une équipe d'intellectuels-reporters qui se rendraient là où naissent et meurent
ces événements que sont les idées. Cf. infra,
no 250. En août 1978, l'incendie du cinéma Rex d'Abadan
(voir ci- après la chronologie) attire l'attention internationale
sur les événements d'Iran. M. Foucault se fait obligation
d'assurer lui- même le premier reportage. Il est déjà
intervenu en faveur des opposants iraniens et connaît les
atrocités de la Savak. Il se met à l'étude
de la situation de l'Iran ; il lit Paul Vieille, Henry Corbin, rencontre
Ahmad Salamatian, collaborateur de Karim Sandjabi, leader du Front
national.
M. Foucault se rendra à deux reprises en Iran : une première
fois du 16 au 24 septembre 1978, une seconde fois du 9 au 15 novembre
1978. Le 20 septembre, il est reçu, à Qom, chez l'ayatollah
Chariat Madari, deuxième dignitaire religieux du pays, maître
à penser des libéraux et opposé à l'exercice
du pouvoir politique par les religieux. Mehdi Bazargan, fondateur
du Comité de défense des droits de l'homme, leur sert
d'interprète.
Chronologie des événements d'Iran
1978. - 8 janvier : la parution, dans un journal gouvernemental,
d'un article injurieux envers l'imam Khomeyni - exilé en
Irak, à Nadjaf, depuis 1963 - provoque des manifestations
dans la ville sainte de Qom, manifestations réprimées
dans le sang par l'armée ; de quarante jours en quarante
jours, des manifestations de deuil, réprimées à
leur tour, accompagnent la contestation dans les diverses villes
iraniennes. - 19 août : l'incendie du cinéma Rex de
la ville d'Abadan fait 377 victimes, On y projetait un film, longtemps
interdit, qui montrait la contestation paysanne. La population dénonce
une provocation des services spéciaux. - 27 août :
le chah nomme Charif Hamami Premier ministre qui a pour mission
de faire des concessions. - 4 - 7 septembre : fin du ramadan ; bien
qu'interdites, manifestations croissantes à Téhéran,
les premières depuis quinze ans. - 8 septembre : le «
vendredi noir » ; l'armée tire sur la foule massée
sur la place Djaleh, provoquant de 2000 à 4000 morts, selon
les sources. La loi martiale est décrétée.
- Fin septembre- 5 novembre : libération de 1200 prisonniers
politiques, grèves, occupations de l'université de
Téhéran par les étudiants, émeutes et
fusillades. - 3 octobre : l'ayatollah Khomeyni s'installe à
Neauphle- le- Châreau, en France. 4- 5 novembre : le «
week- end de Téhéran » ; tout ce qui évoque
l'Occident et la dynastie Pahlavi est brûlé. - 6 novembre
: le général Reza Azari, chef d'état- major,
est nommé Premier ministre. - 10- 11 décembre : Tassova
et Achura, neuvième et dixième jours du mois de deuil
de Moharram ; manifestations gigantesques à Téhéran
; les mots d'ordre religieux deviennent politiques. - 12 décembre
: des unités de l'armée entament des répressions
dispersées. - 30- 31 décembre : fin de Moharram, manifestations
en province.
1979. - 16 janvier : le chah part en exil ; il confie un gouvernement
de régence à Chapour Bakhriar. - 1er février
: Khomeyni, accompagné de Bani Sadr, rentre triomphalement
à Téhéran. - 5 février : il charge Mehdi
Bazargan de former un gouvernement. - 8 février : l'armée
de l'air se rallie à Khomeyni. - 10- 11- 12 février
: les « trois glorieuses de Téhéran »
; la participation des groupes armés islamiques et marxistes
à l'insurrection populaire change le cours de celle- ci.
- 19 février : Chapour Bakhtiar s'enfuit ; Mehdi Bazargan
s'installe à la présidence du Conseil ; création
du Parti de la République islamique, prokhomeyniste. - 24
février : constitution du Parti républicain populaire,
parti religieux autour de Chariat Madari. - 1er mars : Khomeyni
s'installe à Qom « pour reprendre son enseignement
». - 8 mars : manifestations de femmes à Téhéran
contre « toute forme de dictature ». - Fin mars : Mehdi
Bazargan proteste à la télévision iranienne
contre les exécutions d'opposants par des groupes paramilitaires
se réclamant de Khomeyni. - 30- 31 mars : la République
islamique est adoptée par référendum.
Téhéran *. Aux confins des deux grands déserts
de sel qui s'étendent au centre de l'Iran, la terre vient
de trembler. Tabass et quarante villages ont été anéantis.
* l'indication « Téhéran » portée
par le Corriere au début de chaque article veut faire illusion,
la série d'articles de M. Foucault ayant été
rédigée d'un trait à son retour à Paris.
Il y a dix ans de cela, jour pour jour, Ferdows, dans la même
région, avait été effacée. Or, sur cette
terre détruite, deux villes rivales étaient nées,
comme si dans l'Iran du chah le même malheur ne pouvait pas
donner lieu à une seule et même renaissance. D'un côté,
il y a eu la ville de l'administration, celle du ministère
de l'Équipement et des notables ; mais un peu plus loin,
les artisans et les agriculteurs, contre tous les plans officiels,
ont reconstruit la leur : sous la direction d'un religieux, ils
ont recueilli les fonds, bâti et creusé de leurs mains,
aménagé des canaux et des puits, construit une mosquée.
Ils avaient, le premier jour, planté un drapeau vert. Le
nouveau village s'appelle Islamieh. Face au gouvernement et contre
lui, l'islam : dix ans déjà.
Qui, aujourd'hui, va reconstruire Tabass ? Qui va reconstruire
l'Iran depuis que, ce vendredi 8 septembre **, le sol de Téhéran
a tremblé sous les chenilles des chars ? Le fragile édifice
politique n'est pas encore à terre ; mais il est fissuré
de haut en bas, irréparablement.
** Le vendredi 8 septembre, ou « vendredi noir », eut
lieu le massacre de la place Djaleh, à Téhéran.
Le tremblement de terre de Tabass survint quelques jours après
le « vendredi noir ».
Dans la chaleur torride, sous les palmiers seuls debout, les derniers
survivants de Tabass s'acharnent sur les décombres. Les morts
tendent encore les bras pour retenir des murs qui n'existent plus.
Des hommes, le visage tourné vers le sol, maudissent le chah.
Les bulldozers sont arrivés et l'impératrice avec
eux ; elle a été mal accueillie. Cependant, des mollahs
accourent de toute la région ; et des jeunes gens discrets,
à Téhéran, font le tour des maisons amies,
pour collecter des fonds avant de partir pour Tabass. « Aidez
vos frères, mais rien par l'intermédiaire du gouvernement,
rien pour lui » ; tel est l'appel que l'ayatollah Khomeyni
*** vient de lancer de son exil d'Irak.
*** Khomeyni, exilé depuis 1963 à Nedjab, en Irak,
était alors presque inconnu en Occident.
La terre qui tremble et détruit les choses peut bien rassembler
les hommes ; elle partage les politiques et marque plus nettement
que jamais les adversaires. Le pouvoir croit possible de détourner
vers les fatalités de la nature la grande colère que
les massacres du vendredi noir ont figée en stupeur, mais
n'ont pas désarmée. Il n'y réussira pas. Les
morts de Tabass vont venir s'allonger à côté
des victimes de la place Djaleh et réclamer pour eux.
Une femme posait publiquement la question : « Trois jours
de deuil national pour le tremblement de terre, c'est bien ; mais
faut- il comprendre que le sang qui a coulé à Téhéran
n'était pas lui aussi iranien ? »
Dans les hôtels de Téhéran, les journalistes
qui rentraient l'autre soir de Tabass étaient perplexes.
De toute évidence, les soldats, l'air absent, laissaient
les hommes et les femmes gratter la terre et relever leurs morts.
Consigne ? Incompétence ? Mauvaise volonté ? Énigme
de l'armée, ici comme partout.
Lundi 4 septembre, la foule lance des glaïeuls aux soldats,
on fraternise, on pleure. Jeudi 7, l'immense manifestation déferle
dans les rues de Téhéran, à quelques centimètres
des fusils- mitrailleurs, pointés mais silencieux. Vendredi
8, mitrailleuses et bazooka peut- être, on a tiré toute
la journée ; la troupe a eu parfois la froideur méthodique
d'un peloton d'exécution.
Depuis les premiers temps de l'Islam, et pour les chiites surtout,
depuis l'assassinat d'Ali, le meurtre d'un musulman par un autre
musulman - et Dieu sait s'il y en a eu - garde toujours la force
du scandale religieux, ce qui veut dire également politique
et juridique.
Pour parer au plus pressé, on a répondu par un mythe.
« Ceux qui ont tiré sur nous ne sont pas des nôtres
; ils avaient les cheveux longs et parlaient une langue étrangère
: des Israéliens par conséquent, amenés la
veille par des avions cargos *. »J'ai posé la question
à un opposant, qui connaît bien, par sa situation,
ce qui se passe dans l'armée. « Oui, m'a- t- il répondu,
il y a coopération technique avec l'armée israélienne
; oui, les forces antiguérilla ont eu, au début, des
conseillers israéliens ; mais rien, absolument rien ne permet
de dire que nos morts de Téhéran ont été
tués par des étrangers. »
* Bien que la collaboration militaire entre l'Iran et Israël
fût attestée depuis les années soixante, il
s'agissait là d'une rumeur qui colportait l'espoir que le
chah ne pouvait plus compter sur une armée nationale.
La réalité du pouvoir est- elle donc maintenant entre
les mains de l'armée ? Elle retient pour l'instant l'immense
révolte du peuple contre le chah abandonné par tous,
même par les privilégiés. Dans les semaines
qui viennent, va-t-elle faire la décision, comme le disent
beaucoup d'observateurs occidentaux ?
Il ne semble pas. L'Iran a, paraît- il, la cinquième
armée du monde. Un dollar sur trois de son revenu pétrolier
est consacré à ce précieux jouet. Mais voilà
: un budget, un équipement, des chasseurs à réaction
et des overcrafts, ce n'est pas encore une armée. Il arrive
même qu'un armement empêche de faire une armée.
D'abord, il n'existe pas une armée en Iran. Mais quatre
: l'armée traditionnelle chargée sur tout le territoire
de tâches de surveillance et
d'administration ; la garde prétorienne du chah, corps de
janissaires fermé sur lui- même, avec son recrutement,
ses écoles, ses quartiers d'habitation, dont certains ont
été construits par une société française
; l'armée de combat, avec des armements parfois plus sophistiqués
que ceux dont dispose l'armée américaine. Et puis
30000 ou 40000 conseillers américains.
De plus, on s'est gardé de constituer quelque chose comme
un véritable état- major général. Chacune
des grandes unités de ces armées est directement rattachée
au chah. Une police intérieure les contrôle. Aucun
officier supérieur ne peut se déplacer sans l'autorisation
personnelle du souverain. « Un de mes collègues - m'a
dit l'un d'entre eux - avait blâmé le chah de s'être
fait nommer général dans l'armée anglaise ;
il trouvait que le hochet, cette fois, sentait un peu trop son époque
victorienne, et lui qui avait soutenu le chah contre Mossadegh s'est
retrouvé pour trois ans en prison. »
Dans l'Iran du pétrole et de la misère, l'armée
occupe une place très importante. Quatre millions de personnes
(un Iranien sur six) en vivent, selon les économistes. Mais
cela ne suffit pas à lui donner une base sociale cohérente
ni même à la faire participer à un développement
économique. L'essentiel de l'armement est acheté à
l'étranger. Il y a bien sûr des retombées économiques,
mais ce sont, pour les généraux, les commissions sur
les contrats et, au niveau le plus bas, la petite main- d'oeuvre
qu'on recrute en grand nombre parmi les chômeurs. Il n'existe
pas en Iran de structure économico- militaire solide.
Mais il n'y a pas non plus une idéologie de l'armée.
Jamais, dans l'histoire de l'Iran, l'armée n'a pu avoir ce
rôle d'encadrement national ou former ce projet politique
qu'on a pu trouver dans les armées sud-américaines
depuis les guerres d'indépendance. L'armée iranienne
n'a jamais rien libéré. Successivement elle a été
marquée du sceau tusse, puis anglais, puis américain.
Elle a protégé ses souverains et monté la garde
côte à côte avec des sentinelles étrangères,
autour des territoires des concessions. Elle n'a jamais eu l'occasion
de s'identifier à l'Iran ni voulu prendre en charge la destinée
du pays. Un général, un jour, s'est bien emparé
du pouvoir ; mais il commandait la légion cosaque et fut
poussé par les Anglais : c'était le père du
roi actuel.
Bien sûr, les choses peuvent recommencer : l'ambassadeur
américain peut refaire le coup d' Ironside permettant à
Reza Khan de se substituer aux Kadjars. Ou du moins imposer au chah,
comme Premier ministre, un général à poigne.
Mais cela ne serait qu'une solution très provisoire. Ce ne
serait pas une dictature de l'armée exercée sous la
direction d'une caste d'officiers solidaires, malgré leurs
rivalités personnelles. Les formules Pinochet ou Videla semblent
exclues.
Grâce au ciel.
Disons : grâce à Allah.
Un jour, vingt-quatre officiers iraniens ont été
exécutés pour communisme. Le lendemain, le chah déposait
une couronne aux pieds d'une statue de Lénine. Les victimes
de ce bain de sang n'ont pas été remplacées.
L'antimarxisme de l'armée s'alimente à deux sources.
Chez ceux qui sont portés à l'opposition, il se justifie
par la politique de l'Union soviétique et son soutien au
moins tacite à la politique du chah depuis la chute de Mossadegh
: il faudrait beaucoup de courage physique, intellectuel et moral
pour être aujourd'hui opposant nationaliste tout en étant
marxiste à la mode soviétique. Pour ceux- là,
l'antimarxisme cautionne le nationalisme. Et pour les esprits les
plus simples, il y a tout bonnement la propagande du gouvernement.
On m'a montré des circulaires intérieures à
l'armée qui rappelaient qu'il ne faut jamais tuer de femmes
ni d'enfants. Sauf, bien sûr, s'ils sont communistes.
Aussi solidement antimarxiste l'armée ne risque- t- elle
pas d'intervenir massivement dans la vie du pays, dès lors
qu'une agitation s'y répand et que le gouvernement la présente
comme étant animée par le « communisme international
» ?
Des amis m'ont arrangé, dans un lieu hautement aseptisé
de la périphérie de Téhéran, une rencontre
avec quelques officiers supérieurs, tous d'opposition.
Plus les troubles se développent, m'ont- ils dit, plus le
gouvernement est contraint, pour maintenir l'ordre, de faire appel
à des troupes qui n'y sont ni préparées ni
portées. Et elles ont l'occasion de découvrir qu'elles
n'ont pas affaire au communisme international, mais à la
rue, aux commerçants du bazar, aux employés, à
des chômeurs comme sont leurs frères ou comme ils le
seraient eux- mêmes s'ils n'étaient pas soldats. «
On peut les faire tirer une fois, mais pas deux ; à Tabriz,
voilà huit mois, il a fallu changer toute la garnison ; et
on a beau avoir amené à Téhéran des
régiments du fin fond de la province, il va falloir les changer
rapidement. » Il m'a été confirmé qu'au
moins un officier avait été tué par ses soldats,
le vendredi noir, quand il avait donné l'ordre de tirer sur
la foule ; et que des soldats, le lendemain, s'étaient suicidés.
A mesure que l'agitation se développe sous le signe de cet
islam auquel toute l'armée appartient, les soldats et les
officiers découvrent qu'ils n'ont pas devant eux des ennemis,
mais au- dessus d'eux des maîtres. Et quand une armée
apprend, au moment de se battre, qu'au lieu d'ennemis elle a des
maîtres, que fait- elle ?
« Est- ce qu'elle ne fait pas sortir de ses rangs un Nasser,
un Kadhafi ? »
L'officier hésite une seconde à me répondre
:
« Si ce Kadhafi est patriote, légaliste, démocrate
et religieux, je l'accepterais et je crois que nous l'accepterions.
- Oui, bien sûr, il serait tout cela le jour de son arrivée
au pouvoir. Mais le lendemain ?
- Si populaire soit- il, il cesserait de l'être à
l'instant même où il deviendrait un dictateur. »
Et il a ajouté : « N'oubliez pas qu'il n'y a rien
dans l'armée qui soit fait pour la rendre populaire. On accepterait
un chef démocratique qui sortirait d'elle, mais pas une dictature
qui émanerait d'elle. »
Je me suis rappelé alors ce que bien d'autres m'avaient
dit, que la force exorbitante de l'armée iranienne ne peut
se justifier par des nécessités nationales. Qu'en
huit minutes, paraît- il, elle serait balayée par une
attaque soviétique. Que sa seule tâche, dans cette
hypothèse, serait de pratiquer la technique de la terre brûlée,
c'est- à- dire de détruire le pays. Qu'une force si
disproportionnée n'a de sens que pour assurer l'ordre intérieur
ou la police à l'échelle d'une région. Que
l'une de ces dernières promenades militaires s'est déroulée
en Afghanistan peu de temps avant le coup d'État. Qu'elle
est en position de prendre à revers tout le champ de bataille
du Proche-Orient. Qu'elle est une force d'intervention régionale
à l'échelle du Sud-Ouest asiatique. Bref, elle est
trop friable et divisée pour imposer, avec ou sans le chah,
l'ordre américain en Iran ; elle est aussi trop manifestement
une police tournée contre des voisins musulmans pour assurer,
avec un large accord, une « restauration » nationale.
Il s'agit de troupes équipées à l'américaine,
mais non d'une armée américanisée.
J'ai demandé à l'un de ces représentants de
l'armée quel était selon lui le plus grand danger
pour l'Iran : États- Unis ou U.R.S.S. Aucune hésitation,
cette fois :
« Les États- Unis, puisque ce sont les Américains
qui nous dominent. »
Ces paroles m'ont paru de poids, car je savais que mon interlocuteur
n'avait pas été hostile, loin de là, à
l'action des Américains, lorsque, vingt-cinq ans plus tôt,
ils avaient rétabli le chah sur son trône.
L'armée ne semble donc pas avoir en elle- même une
force d'intervention politique. Le chah ne peut subsister sans elle,
c'est vrai, mais elle est assiégée, ou plutôt
traversée par des forces qui le menacent lui- même.
Elle peut ainsi permettre ou empêcher une solution. Elle
ne peut en proposer ni en imposer une qu'elle aurait trouvée
en elle- même. Un verrou au lieu d'être une clef. Et
des deux clefs qui prétendent le faire tourner, celle qui
semble le mieux ajustée pour l'instant, ce n'est pas celle,
américaine, du chah. C'est celle, islamique, du mouvement
populaire.
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