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Origine : http://www.liberation.com/page.php?Article=324409#
Jean Cottraux, psychiatre des hôpitaux, chargé de
cours à l'université Lyon I, est un des plus ardents
défenseurs des thérapies comportementales et cognitives
(TCC) et un des auteurs du rapport de l'Inserm, «Trois thérapies
évaluées» (2004).
Pourquoi avez-vous participé au Livre noir de la psychanalyse
?
Catherine Meyer m'a demandé de rédiger quatre chapitres,
de trouver d'autres auteurs et de relire des textes. Je l'ai fait
car le projet me paraissait intéressant. Il s'agissait de
réaliser un ouvrage extrêmement documenté et,
dans mon esprit, de lancer un débat sur la validité
de la psychanalyse, qui est une des plus grandes idéologies
du XXe siècle.
Mais le meilleur moyen de lancer un débat était-il
de traiter Freud de tous les noms ?
On a forcé un peu la note et un débat a besoin d'être
polémique. Il est vrai qu'il y a eu des discussions sur le
titre, mais aujourd'hui parler de «livre noir» ne veut
pas dire extermination de masse. Il n'empêche, nous voulions
sortir de l'hypocrisie et interroger la validité des théories
psychanalytiques et leur efficacité thérapeutique.
Car le point de départ est bien réel : la psychanalyse
n'est en rien démontrée. Freud puis ses successeurs
se glorifient pour bâtir leur théorie d'histoires de
cas, dont les historiens ont montré qu'elles se sont terminées
en fiasco. Bref, on a présenté de façon péremptoire
le freudisme comme un horizon indépassable. Il n'était
pas inutile de faire une somme de 830 pages pour en sortir.
Pour vous, la psychanalyse ne sert à rien ?
Ce qui pose problème, c'est l'ambiguïté de la
situation. Si, comme le disent certains, la psychanalyse n'est pas
là pour guérir, alors c'est une philosophie ou une
religion. Pourquoi pas ? Mais en même temps, ceux-là,
ou d'autres, tiennent un double discours, et disent qu'elle guérit.
C'est une position perverse. Il faut choisir. Quand vous reprenez
Analyse terminée et analyse interminable de Sigmund Freud,
il dit que le premier critère du succès d'une cure,
c'est la disparition des symptômes. Alors qui croire ? Qu'on
en finisse avec ce double jeu. Quand on voit certains psychanalystes
nous donner des leçons, se targuer d'être les meilleurs,
quand on en voit d'autres faire pression sur le ministère
de la Santé pour censurer un rapport scientifique de l'Inserm
qui leur est défavorable, il y a bien problème de
société. Et cette violence intellectuelle est insupportable.
Il y a eu trois années difficiles depuis le dépôt
de l'amendement Accoyer. Des psychanalystes omniprésents
et arrogants ont infiltré le pouvoir politique pour imposer
leurs vues partisanes à la santé publique. On peut
juger du dépérissement de l'Etat que cela révèle.
Mais pourquoi aller jusqu'aux injures ?
Freud n'est pas qu'un scientifique, c'est aussi un leader politique.
Sans insultes ni diffamation, nous avons exploré le côté
obscur de ce leader politique. Un exercice démocratique :
le public a le droit de savoir.
Tout est à jeter ?
Non. Ce que je garde, c'est l'impulsion qu'il a donnée à
tout un domaine. Même si le concept d'inconscient, ce n'est
pas Freud qui l'a découvert, il reste un concept important.
De même, le fait que la thérapie soit liée à
une relation et qu'il faille travailler sur la parole. Enfin, dans
le rapport de l'Inserm, il est dit que pour certains troubles de
la personnalité, la thérapie psychanalytique brève
a des résultats positifs (et les TCC aussi). Rappelons que
30 % des patients vus en psychiatrie présentent des troubles
de la personnalité.
Comment vont les TCC ?
Elles vont bien. Contrairement à ce qu'affirme Elisabeth
Roudinesco, il y a un bon millier de praticiens (1 349 exactement
au 16 septembre) en France, les diplômes sont pleins, je refuse
du monde. Les patients viennent nous voir. Et nous, nous n'avons
pas peur de l'évaluation scientifique de nos pratiques.
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