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Origine : http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2130/a275384.html
Alain de Mijolla est un des meilleurs historiens de la psychanalyse
et Jacques Van Rillaer, défenseur des thérapies comportementales
et cognitives, un des leaders de la contestation antifreudienne.
Deux camps face à face ? Pas si simple.
Le Nouvel Observateur. – Au cours de son histoire, le freudisme
a été l’objet de contestations diverses, de
nature philosophique, politique, épistémologique,
psychiatrique... Aujourd’hui, ce sont sur les aspects historiques
que se concentre de plus en plus la critique. Pourquoi cette focalisation
sur la genèse du mouvement?
Jacques Van Rillaer. – Parce que l’histoire est au
centre de la psychanalyse. Sigmund Freud l’a toujours dit:
pour comprendre la psychanalyse, il faut faire son histoire. Or
les psychanalystes présentent leur discipline comme une création
ex nihilo du cerveau de Freud. Ils tiennent Freud pour absolument
inaltérable et indépassable – ce qu’on
ne retrouve dans aucune discipline scientifique. Un créateur
aussi grandiose ne pouvait laisser insensibles les historiens. De
fait, après les hagiographes, un historien indépendant,
Henri Ellenberger (1), s’est penché sur la question
dans les années 1970. Et ce qu’il a découvert
est sensationnel. Ellenberger a mis en lumière tout ce que
la psychanalyse emprunte, sans trop l’avouer, à la
pensée de son époque, notamment au Viennois Moritz
Benedikt et au Français Pierre Janet. Par ailleurs, en faisant
un travail de détective sur le fameux cas Anna O. présenté
comme le cas fondateur de la psychanalyse, Ellenberger a fait une
découverte renversante dans les archives d’un sanatorium
suisse: non seulement la fameuse «cure par la parole»
n’avait pas guéri cette patiente «de tous ses
symptômes», ainsi que l’a toujours affirmé
Freud, mais elle était devenue gravement morphinomane et
avait dû être placée dans une clinique psychiatrique!
Depuis, bien d’autres travaux ont été publiés
dont il ressort que, sur le front de la théorie comme sur
celui de la clinique, les résultats de Freud sont largement
surestimés. Et pourtant, on continue de chanter son génie
sans égal, on s’extasie devant sa «découverte»
de l’inconscient, on l’admire pour avoir été
«le premier» à parler librement de sexe, on lui
prête des guérisons merveilleuses. Bref, on croit en
Freud comme on croit dans les Evangiles.
Alain de Mijolla. – Quand vous dites «on», j’aimerais
savoir de qui vous parlez. Evitons les amalgames. La psychanalyse
n’est pas un monolithe, il existe de nombreuses sociétés
de psychanalystes, de nombreuses théories issues du freudisme.
C’est cette très riche fermentation que j’ai
voulu illustrer dans le «Dictionnaire international de la
psychanalyse» (Calmann-Lévy, 2002) auquel ont contribué
freudiens, jungiens, adlériens, férencziens, kleiniens,
lacaniens, etc. Pour nous tous, Freud n’est évidemment
pas une idole, c’est un homme qui a commis des erreurs et
des fautes. Mais cessons de nous obnubiler sur les quelques patients
les plus connus et de ratiociner sur Anna O., qui n’a jamais
été traitée par Freud. N’oublions pas
qu’il a traité des centaines, voire des milliers de
patients, même s’il n’en a cité que six
ou sept. En tout cas, aucun d’entre eux n’a éprouvé
le besoin de le poursuivre pour faute médicale en quarante
ans d’exercice. J’aimerais aussi plus de précision
chronologique. En 1900, personne ne saluait le génie de Freud.
Le succès viendra après des années de travail
acharné. Après-guerre, aidée par le charisme
de Jacques Lacan, la psychanalyse connaît une expansion extraordinaire.
Depuis, elle a retrouvé des proportions plus normales. Ce
qui compte, ce sont les millions de personnes qui ont trouvé
enrichissantes ces conceptions et ces pratiques qui permettaient
pour la première fois un rapport différent avec les
patients, fondé sur l’écoute. Nous avons compris
avec Freud qu’il y avait plus à gagner à faire
une étude sur soi-même qu’à se précipiter
sur les symptômes pour les éradiquer au plus vite.
La guérison n’a d’ailleurs jamais été
son but, mais un bénéfice secondaire qui advenait
au détour du parcours analytique.
N. O. – Quel était son but?
A. de Mijolla. – L’autoanalyse, c’est-à-dire
rechercher à l’intérieur de soi les processus
inconscients, pas à pas, en tâtonnant. Cette entreprise
majeure s’est poursuivie tout au long de sa vie. Il y a trouvé
quelque chose qui lui a servi, et qui nous sert aujourd’hui.
Aucune recherche au monde, en quelque domaine que ce soit, ne peut
se faire à mon avis sans cette plongée au fond de
soi-même, dans le réservoir de l’histoire intime
de ses sensations, ses amours et ses haines. Chaque individu doit
refaire son histoire, mais en sachant qu’elle est toujours
faussée. Dans mon livre «Préhistoires de famille»
(PUF, 2004), j’ai titré le premier chapitre en hommage
à Cocteau «Un souvenir est un mensonge qui dit toujours
la vérité». Il en va de même pour l’Histoire
des historiens: elle n’est pas plus à l’abri
de cette ambiguïté, car aucun fait n’échappe
à la contradiction des témoignages.
J. Van Rillaer. – L’idolâtrie vouée à
Freud n’est guère contestable. Je vous suggère
d’ouvrir n’importe quelle revue de psychanalyse, il
en existe des dizaines. Vous verrez Freud cité à longueur
de page, tout comme les Ecritures saintes sont citées dans
les ouvrages de théologie. J’ai moi-même cru
à la psychanalyse, j’ai fait ma thèse de doctorat
sur Freud, j’ai été psychanalyste. Je m’en
suis détaché petit à petit, comme dans une
déconversion religieuse. Ma rencontre avec l’Histoire
y est pour quelque chose. J’avais entrepris des recherches
pour un livre qui devait s’intituler «Science et illusions
en psychanalyse», j’ai découvert que toutes ces
notions qu’on tient pour freudiennes – l’inconscient,
la libido, le refoulement, la sexualité infantile, etc. –
étaient à attribuer à d’autres, à
Schopenhauer, à Nietzsche, à Albert Moll... Même
le lapsus – qui pour beaucoup aujourd’hui ne peut être
que «freudien» – avait déjà fait
l’objet de plusieurs ouvrages et d’un numéro
spécial de la «Psychological Review». Hans Gross,
le père de la psychologie judiciaire, qui s’en servait
pour détecter les faux témoignages, en parle dès
1880! Ce genre de déconvenue est à l’origine
de nombreux travaux d’historiens critiques.
A. de Mijolla. – J’ai pour ma part rencontré
Montaigne à l’âge de 15 ans, et il est resté
mon maître à penser. J’ai débuté
mon analyse après avoir passé l’internat des
hôpitaux psychiatriques. Depuis, j’ai accompagné
le mouvement sans jamais devenir «un croyant». J’estime
que les idées de Freud nous conduisent à une mise
en doute systématique, à la Montaigne, de tous les
phénomènes psychiques et de toutes les explications
qui leur sont données – un doute non pas étroit,
mais au contraire ouvert sur un questionnement infini... C’est
pourquoi je vous envie parfois d’avoir des croyances si fermes,
des méthodologies si solides. Mes convictions sont moins
confortables. A mes yeux, la psychanalyse avec un petit p est un
ensemble d’hypothèses sans cesse remises en question,
très loin du culte d’une idole ou d’une discipline
dressée comme un monument sur son socle. Ceux qui croient
à la psychanalyse comme à un dogme finissent un jour
par se rebeller contre elle, et ils se montrent aussi dogmatiques
dans leurs attaques qu’ils l’ont été dans
leur adoration.
N. O. –Y a-t-il du dépit amoureux chez les historiens
critiques? Ne semblent-ils pas s’acharner à démolir
un mythe, à brûler ce qu’ils ont adoré?
J. Van Rillaer. – Au départ, je pense qu’ils
étaient tout sauf animés d’un dépit vengeur.
Ceux que je connais sont des universitaires sérieux, qui
menaient leurs recherches en toute bonne foi et parfois en toute
sympathie. Ils sont tombés sur une espèce de pot aux
roses qui les a fait complètement changer d’avis. Par
exemple Han Israëls, de l’université de Maastricht,
si peu critique qu’il a été autorisé
à fouiller dans les archives Freud à Londres, a été
choqué en découvrant fortuitement un mensonge caractérisé
de Freud à propos de la cocaïne: alors même qu’il
avoue dans ses lettres à sa fiancée que l’ami
morphinomane qu’il traite avec de la cocaïne va de plus
en plus mal, souffre d’idées délirantes –
ce qui oblige Freud à le veiller la nuit –, au même
moment il n’hésite pas à affirmer dans une publication
scientifique que la cocaïne est un excellent remède
contre la morphinomanie! Un autre historien des sciences, Frank
Sulloway, partant de prémisses favorables à la psychanalyse,
se demande pourquoi tous les cas présentés par Freud
sont des échecs. Et il est le premier étonné
en découvrant que Freud n’a jamais réussi à
guérir un patient réellement malade. En fait, son
activité clinique s’est progressivement détournée
des troubles obsessionnels, des agoraphobies et autres problèmes
difficiles, pour s’orienter vers ce qu’on appelle l’analyse
didactique – celle qu’il impose à tout candidat
au titre de psychanalyste voulant être reconnu par lui.
A. de Mijolla. – Pour ma part, je replace l’épisode
de la cocaïne dans le contexte humain de la tentative d’un
jeune homme de 28 ans désireux de gagner assez d’argent
pour mettre un terme à ses longues fiançailles avec
Martha. Freud était encore un étudiant pauvre dépendant
de l’aide financière de ses demi-frères et des
institutions juives. Sans doute a-t-il eu des périodes d’angoisse
par rapport à l’argent. Il avait lu dans plusieurs
revues scientifiques que la cocaïne était utilisée
avec succès en Amérique. Qu’il ait espéré
tirer gloire et succès de l’importation de ces idées,
qu’il les ait appliquées trop hâtivement à
son ami, ce n’est pas niable, mais vous oubliez de souligner
qu’il a rapidement fait marche arrière. Quand on fouille
les poubelles de l’histoire, on trouve des comportements que
réprouve la morale bourgeoise du XIXe siècle. Ce n’est
pas la fréquentation de ces poubelles qui me choque –
j’en ai remué quelques-unes moi-même –,
mais les remarques malveillantes que l’on en tire. Et l’anachronisme
total de ce genre d’observations! De même, certains
critiques insistent sur la différence qui existe entre les
écrits publiés et les lettres. C’est oublier
que les publications, comme leur nom l’indique, sont destinées
à un public qu’il faut à tout prix convaincre,
voire séduire, pour affermir sa propre réputation.
Je ne pense pas que cette attitude soit réservée au
seul Freud...
N. O. – Les historiens sont-ils d’accord pour reconnaître
que ces cas célèbres sont discutables, qu’ils
ont été présentés de façon biaisée?
A. de Mijolla. – Dans les années 1980-90, j’ai
moi-même discuté en détail toutes ces erreurs
et ces distorsions – elles sont repérées depuis
longtemps – dans un séminaire et un cours public consacrés
à l’histoire de la pratique de Freud. Je n’approuve
pas ces écarts, mais chaque cas était pour Freud l’occasion
de présenter ou d’approfondir une notion. Le texte
qu’il a tiré de l’analyse de l’homme aux
rats pour parler de la névrose obsessionnelle, par exemple,
faisait l’impasse sur la mère pour se trouver entièrement
axé sur la paternité. Lorsque vous êtes plongé
dans un sujet, uniquement préoccupé par les idées
importantes que vous voulez faire connaître, vous ne vous
souciez pas des détails. Etant un passionné moi-même,
j’ai tendance à le comprendre. Les récits de
cas sont toujours approximatifs, on transpose, on modifie tel détail
qui ne change pas l’abord conceptuel que l’on entend
promouvoir. D’ailleurs le cas que l’on présente
a été vécu à deux, il est forcément
passé par le moulinet de la personnalité du psychanalyste
ou du psychothérapeute.
J. Van Rillaer. – C’est un fait que Freud n’hésite
pas à mettre sa pratique thérapeutique au service
de sa théorie du moment. En 1896, Freud est persuadé
que les troubles de ses patientes hystériques s’expliquent,
«dans tous les cas et sans exception», par des abus
sexuels subis dans l’enfance ou au moins par une «séduction»
de la part de leur père. Mais ses patientes ne lui ont pas
révélé d’elles-mêmes l’horrible
secret. C’est lui, écrit-il, qui s’acharne pendant
des centaines d’heures à leur arracher, «morceau
par morceau», le récit des hypothétiques traumatismes.
C’est ce qu’on appelle en thérapie une «suggestion»
ou un «conditionnement» particulièrement lourd.
On fait dire au patient ce qui est conforme à la théorie.
Et puis Freud abandonne soudain sa fameuse théorie de la
séduction. Il n’y a pas eu de séduction ni d’abus,
dit-il, il n’y a eu que des fantasmes dus à un désir
sexuel inconscient éprouvé dans l’enfance vis-à-vis
du père! Et peu importe si, pour les besoins de la nouvelle
théorie, les pseudo-aveux péniblement extorqués
sont désormais présentés comme des récits
spontanément racontés par «toutes» les
malades. Ce qui compte, c’est le concept...
N. O. – Que pensent les psychanalystes de ces arrangements
avec la vérité?
A. de Mijolla. – Le tournant de ce qu’on appelle la
théorie de la séduction vers la théorie du
fantasme est un des fruits de l’autoanalyse de Freud. Il a
longtemps cru avoir trouvé dans la séduction par le
père une explication imparable. Mais après la mort
de son propre père, en 1896 – l’année
où pour la première fois apparaît le mot «psychoanalyse»
–, il s’interroge: cet homme était-il vraiment
un pervers? Je trouve admirable ce revirement qui lui fait abandonner
en deux mois en 1897 une hypothèse longtemps défendue
et qui lui permettra de découvrir l’Œdipe, en
réfléchissant sur son enfance, en interrogeant sa
mère, sa nourrice, en s’inspirant de ce que lui apportent
ses patients. C’est là que naît vraiment la psychanalyse,
avec l’analyse des rêves qui prendra la place laissée
vacante par la recherche du traumatisme. Quelle erreur de considérer
la psychanalyse comme un mode de pensée clos, qui serait
condamné dès lors que l’on trouverait son maillon
faible! Pour ma part, je vois dans ces faits, retrouvés après
coup, des portes vers des perspectives nouvelles. Freud est un découvreur
– lui-même se définissait comme un conquistador
– parti dans un voyage conceptuel dont il ne pouvait savoir
au début ce qui se révélerait au fur et à
mesure, comme Christophe Colomb parti à la recherche de l’Inde.
Il a vécu une vie admirable, exemplaire par sa démarche,
certes bien sinueuse, mais si elle avait été toute
droite il aurait été considéré à
raison comme un dangereux paranoïaque.
N. O. – Peut-on estimer aujourd’hui que la psychanalyse
a fait ses preuves, qu’elle est valable et fondée?
J. Van Rillaer. – Cette question a été étudiée
par les philosophes des sciences, à la suite de Karl Popper.
Leur conclusion, pour simplifier, est que la psychanalyse a tendance
à s’immuniser contre la preuve. Exemple: un petit garçon
aime sa mère et veut tuer son père? C’est l’Œdipe.
S’il est agressif à l’égard de sa mère
et affectueux avec son père – c’était
le cas du petit Hans –, Freud dit: l’agressivité
exprime en réalité un désir incestueux inconscient
vis-à-vis de la mère. Quant à l’affection,
c’est une formation réactionnelle au désir de
tuer son père. Toujours l’Œdipe. A tous ceux qui
n’ont pas eu l’impression d’éprouver ce
genre de désir, les freudiens expliquent qu’il ne faut
pas prendre cette histoire à la lettre: la mère exprime
quelque chose de plus large, c’est la Nature; le père,
c’est la Loi... C’est comme quand on vous dit: Adam
et Eve n’ont pas existé, c’est un mythe, mais
il y a plus de vérité dans le mythe – on appelle
cela la «vérité narrative» – que
dans le fait historique. Moyennant quoi vous êtes prié
de continuer à croire que nous payons les bêtises d’Adam
et Eve – et que tout le monde passe par le complexe d’Œdipe.
C’est irréfutable – «infalsifiable»
dans les termes de Popper. Et cela pose d’autant plus de problèmes
que Freud a fait de l’Œdipe le complexe nucléaire
non seulement de toutes les névroses, mais aussi de la religion,
des lois, de la morale, de l’art, de la civilisation...
A. de Mijolla. – A mes yeux, le problème de la preuve
n’existe pas, c’est une notion primaire qu’il
faut apprendre à dépasser. J’ai eu jadis l’envie
de rédiger un libelle qui se serait intitulé «Contre
Sainte-Preuve»! Quand j’écris un livre, que je
suggère telle ou telle chose, je n’apporte ni ne demande
des preuves. Je propose des exemples qui me semblent intéressants
afin que le lecteur fasse son chemin. C’est ce chemin fait
par le lecteur ou le patient qui peut éventuellement constituer
une preuve, mais une preuve toute personnelle. La psychanalyse renvoie
à l’individu et non à quelque approbation collective.
L’individu est toujours seul, les théories freudiennes
peuvent lui donner un bâton d’aveugle qui permet d’avancer
dans la pensée, dans la recherche de sa propre histoire.
N. O. – Et si on doute de la solidité du bâton
d’aveugle?
A. de Mijolla. – S’il vous paraît caoutchouteux,
vous vous levez du divan et vous partez. Ça n’a pas
marché pour vous. C’est tout. J’y ai trouvé
personnellement des choses qui m’ont aidé à
vivre, m’ont permis de me passionner pour une foule de sujets
et d’avancer.
J. Van Rillaer. – Je crois que nous sommes d’accord.
Je pense qu’il y a d’une part des gens comme moi qui
sont préoccupés de preuves, de scientificité,
d’efficacité thérapeutique. Et d’autre
part des gens qui recherchent une sorte de sagesse, de philosophie,
voire de spiritualité. Je n’ai rien à objecter
à cela, pas plus qu’au bouddhisme ou au yoga, mais
à condition que le public soit informé de l’existence
de plusieurs approches. La mienne, les thérapies comportementales
et cognitives, se fonde sur les enseignements modestes, partiels
– mais vérifiables – de la psychologie scientifique.
Contrairement à la psychanalyse, c’est une discipline
qui utilise une poubelle: quand une hypothèse n’est
pas vérifiée, elle va à la poubelle et laisse
la place à une autre. C’est ce qui nous a permis d’apprendre
à mieux soigner les anxieux, les phobiques, les patients
qui souffrent de troubles obsessionnels et compulsifs, etc., en
abandonnant des concepts et des pratiques qui n’ont pas fait
leurs preuves. Mais attention: si mes méthodes sont rigoureuses,
elles ne m’empêchent pas d’évoquer Sénèque
avec un patient qui me parle de la mort.
A. de Mijolla. – Puissent tous les comportementalistes partager
une telle ouverture! Je pense que la psychanalyse a souffert d’avoir
occupé trop de place, d’avoir exercé une domination
excessive au sein de l’intelligentsia, surtout en France dans
les années 1970-80. Je me réjouis qu’elle retrouve
peu à peu sa vraie dimension, qui ne peut concerner directement
le plus grand nombre. Et surtout j’attends le prochain Freud,
qu’il soit homme, femme ou groupe de personnes, qui saura
opérer dans un futur inconnu une fusion aussi riche et brillante
qu’a été celle de Freud, une nouvelle cristallisation
des infinies potentialités éparses de son époque.
D’ici là, la psychanalyse me semble incontournable.
(1) «Histoire de la découverte de l’inconscient»,
Fayard (1994).
Jacques Van Rillaer
Psychologue, professeur à l’université de Louvain-la-Neuve.
Il est l’auteur de «Psychologie de la vie quotidienne»
(Odile Jacob, 2003) et coauteur du «Livre noir de la psychanalyse»
(Editions des Arènes, 2005).
Alain de Mijolla
Psychiatre, psychanalyste, membre de la Société psychanalytique
de Paris, président fondateur de l’Association internationale
d’Histoire de la Psychanalyse. Il a dirigé le «Dictionnaire
international de la psychanalyse» (Calmann-Lévy, 2002)
et publié en 2003 « Freud, fragment d’une histoire
» (PUF) et en 2004 «Préhistoires de famille»
(PUF).
Ursula Gauthier
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