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Message Internet paru sur la liste Infozone
http://listes.samizdat.net/sympa/arc/infozone_l/2003-12/msg00013.html
Paru dans "Arguments" n°4, "Révolution,
classe, parti"
Apprentissage de l'autogestion, ébauche d'une plate-forme
Georges Lapassade
Réapparu le Mardi 2 décembre 2003
Mise en page encore en cours d'amélioration. Le présent
texte est disponible au format pdf en bas cette page, et apparaît
avec l'aimable autorisation de son auteur. Paru dans une ancienne
revue : "Arguments" (1958-1962)
Publié également sur http://www.preavis.org/antiweblog/article.php3?id_article=126
I Le problème de l'organisation
1. Le problème fondamental de toute société est
celui de son organisation et, notamment, de l'organisation de sa production.
Dans toute société de classe, l'organisation sépare
la couche des dirigeants et celle des exécutants ; le pouvoir
de diriger est assuré par la possession des instruments de
production. L'organisation tion capitaliste de la production est celle
dans laquelle l'organisation de cette relation est mise à nu,
portée à l'extrême. Mais en même temps,
le groupe dirigeant la classe dirigeante dispose de moyens idéologiques,
- psychologiques, - permettant de masquer relativement les fondements
réels de l'organisation sociale.
2. La propriété privée est une structure qui
exprime en les masquant les rapports de production, l'organisation
de la société. La suppression de la propriété
privée, Marx l'a montré, est le moyen pour bouleverser
l'organisation capitaliste de la production. Mais ce bouleversement
n'est complet qu'au prix du bouleversement de l'Etat, et non pas
par un passage de la propriété privée à
la propriété étatique des instruments de production.
Le socialisme abolit la séparation entre les dirigeants et
les exécutants en tant que cette relation est un rapport
d'exploitation. Il implique donc nécessairement le passage
à l'autogestion de cette société.
3. Dans la société de classe se forment des organisations
pour la lutte contre l'organisation sociale répressive. Le
projet fondamental des organisations révolutionnaires est,
non de remplacer les équipes de dirigeants, mais de bouleverser
l'organisation sociale en supprimant la hiérarchisation du
pouvoir. L'organisation révolutionnaire est nécessairement
orientée, dans sa finalité, vers une démocratie
directe. Sa finalité est non la révolution politique,
qui est un simple remplacement dés équipes dirigeantes,
mais la révolution sociale qui est un changement radical
de la pratique sociale.
4. Mais l'importance de l'organisation révolutionnaire (parti
ou syndicat) en une société de classe influence la
dynamique des organisations de lutte et introduit, à l'intérieur
de ces organisations (ou du moins, tend sans cesse à y introduire)
des relations de pouvoir analogues à ceux qu'il s'agit précisément
de détruire. Les organisations de lutte tendent à
se bureaucratiser, puis de là à participer à
l'organisation générale de la société
(les syndicats rentrent dans les appareils de gestion, de co-gestion,
etc.).
5. L'une des tâches de l'organisation révolutionnaire
est donc de trouver les voies adéquates ; non seulement pour
organiser la subversion de l'organisation sociale, mais encore pour
organiser à l'intérieur d'elle-même, et en permanence,
cette subversion, cette autocritique. Le parti doit lutter contre
l'aliénation de sa propre organisation. Le parti ou le syndicat
ne peut lutter contre l'organisation sociale bureaucratisée
qu'en luttant en même temps contre sa propre bureaucratisation
interne. Il faut donc trouver, des méthodes nouvelles et
efficaces d'entraînement à l'autocritique qui ne serait,
plus une cérémonie bureaucratique, mais au contraire
une, débureaucratisation permanente des structures et des
communications dans le Parti.
6. Toute agitation révolutionnaire est donc agitation contre
l'organisation sociale. La lutte pour des objectifs spécifiques
(tels que le - progrès matériel, culturel, le développement
des droits individuels), n'a de signification révolutionnaire
que si elle est en même temps une lutte visant au bouleversement
intégral de l'organisation sociale. A plus long terme, l'organisation
révolutionnaire ne peut préparer, la destruction générale
de la société d'exploitation qu'en préparant
sa propre destruction.
7. Le travail politique est donc double. Il consiste d'une part
à développer l'agitation contre l'organisation sociale,
dans son ensemble ; et d'autre part à créer,dans,
l'organisation révolutionnaire (parti ou syndicat) une agitation
interne permanente. Il est en effet erroné de croire - que
ces deux objectifs ne sont pas toujours conciliables et qu'il faut,
selon la thèse stalinienne, « renforcer l'organisation
révolutionnaire » pour affaiblir l'organisation générale
de la société. Sans autocritique permanente le parti
devient rapidement l'otage de la société qu'il conteste.
8. La création des partis et des syndicats a toujours correspondu
à l'origine, à la nécessité reconnue,
contre la « thèse spontanéité »,
d'organiser l'agitation, risque de conduire à la pédagogie,
à la propagande, et non à l'organisation de la spontanéité
révolutionnaire. Seule une agitation d'un type nouveau qui
organise la prise de conscience, paraît susceptible d'éviter
une bureaucratisation de l'agitation.
9. La formation de ces agitateurs ne sera pas une formation de
spécialistes. Tout organisateur révolutionnaire doit
être en même temps un agitateur dans la société
et dans son esprit. L'entraînement à l'agitation doit
aller jusqu'à la prise de conscience de la dimension organisationnelle
de la lutte et jusqu'au refus de toute aliénation dans l'organisation,
- y compris dans l'organisation révolutionnaire elle-même
(fétichisation de l'organisation du Parti).
10. Pratiquement il s'agit de mettre en ceuvre le principe poursuivi
par l'organisation révolutionnaire, l'autogestion sociale,
dans l'organisation elle-même, comme autogestion politique...
11. Le parti, le syndicat subissent la subversion de la société
globale dont ils font partie, la subversion de son idéologie
et de ses pratiques : ainsi ces organisations deviennent le lieu
privilégié de l'aliénation du projet révolutionnaire
à travers l'appareil bureaucratique.
12. Ainsi la logique d'appareil constitue la distinction de nature
et de fonction entre le « dirigeant » et la «
base », étouffe au lieu de la promouvoir toute spontanéité
d'expression, la remplace, selon le modèle bourgeois, par
la formation d'initiés, c'est-à-dire de cadres, tout
aussi coupés de leur base qu'ils l'ont été
eux-mêmes de leurs dirigeants, quand ils étaient simples
« exécutants ».
13. A cette subversion de sa nature et de sa pratique, subversion
qui se reflète dans ses structures et ses méthodes
d'action, l'organisation révolutionnaire devra faire face
en contestant dans son sein même ce qu'elle combat dans la
société et pour ce faire elle devra tout mettre en
eeuvre pour garantir l'exercice interne de la démocratie.
Cette optique commandera la mise en question des structures, des
méthodes d'action et des habitudes de parti.
14. La mise en question de l'organisation par elle-même devra
pour être réelle, englober les habitudes acquises et
les techniques utilisées lors de la vie interne du parti,
car il ne servirait à rien de changer de vocabulaire sans
changer d'habitudes, et le changement de structures serait illusoire
et superficiel s'il n'entraînait un changement des techniques
de fonctionnement des organisations.
15. Dans ces perspectives, il faudra dénoncer les techniques
de répression de l'expression démocratique qui se
sont insidieusement introduites dans l'organisation ; il faudra
également apprendre à reconnaître ces méthodes
et ces techniques : seule une pratique consciente de la critique
et de l'autocritique pourra mener à ce résultat et
non la décision théorique de bannir la bureaucratie
des organisations.
16. Après l'effondrement des vieux partis parlementaires,
et dans la nouvelle France « gaulliste », il reste à
la gauche à réinventer les techniques d'agitation
pour le socialisme, c'est-à-dire pour l'autogestion.
II Conséquences pratiques
Cette invention de nouvelles techniques ne peut être que collective.
Voici une première possibilité : les organisations
devraient susciter un entraînement pratique à l'autogestion
par l'expérimentation de techniques appropriées, au
cours de stages dont nous exposons ci-dessous les principes généraux.
Les principes de l'entraînement sont l'auto-analyse et l'autogestion
assorties de l'autocritique.
Pratiquement, les militants et les cadres réunis lors d'un
stage ou d'une journée de formation, étudient sur
leur propre groupe les processus de fonctionnement des groupes et
des organisations. En d'autres termes, le stage prend pour objet
d'étude son propre fonctionnement : il s'agit d'un «
stage centré sur le stage ».
Fonctionnant en autogestion, c'est l'Assemblée générale
du stage qui décide de l'ordre du jour, de la réglementation
de l'emploi du temps, des. techniques de discussion, bref, du planning.
Les problèmes d'organisation et de gestion financière
du stage sont examinés dès le début des réunions
par les stagiaires et soumis à la critique et à l'auto-critique.
En bref c'est à une critique de la gestion, à une
autogestion de la critique et à une autocritique de l'autogestion
que s'initieront les stagiaires. C'est cette pratique de critique
et d'autocritique, de gestion et d'autogestion qu'ils seront aptes
dès demain à introduire dans les organisations politiques
et syndicales.
L'expérience de l'U.N.E.F. n'est pas une expérience
sans lendemain : la question est de savoir si nous nous sentons
concernés par ces lendemains ou si nous préférons
sommeiller dans le confort du passé, la question est de savoir
si nous croyons assez aux principes du socialisme pour commencer
à les appliquer dans le parti, si nous croyons assez à
la théorie pour être capables d'en tirer une pratique
et si nous croyons assez à l'efficacité de la pratique
pour ne pas nous arrêter aux principes théoriques.
C'est pourquoi nous réaffirmons l'importance qu'il y a à
réaliser dans les organisations, parallèlement à
une réforme des méthodes et des structures, un déconditionnement
de la praxis bureaucratique.
III La France et son moniteur
De plus en plus les « masses » voient leurs cadres de
références se disloquer et leurs clivages traditionnels
s'estomper. Hier on savait qu'on était pour l'Algérie
libre et indépendante ou pour l'Algérie française
; et même celui qui ne prenait pas part à ce différend
savait que c'était sur ce différend que le pays jouait
son avenir, il savait que la question algérienne hypothéquait
les solutions possibles de la société France. Aujourd'hui
le Français est allé derrière le rideau ; il
a écarté le voile algérien, mais à la
place des solutions attendues, il trouve le vide, ou plutôt
la confusion. Il avait l'habitude d'être « de gauche
» ou « « de droite », cela n'était
pas compliqué, c'était aussi évident que les
deux mains qui échoient à tout homme, et cette évidence
le rassurait. Comme, par-dessus le marché, l'on pouvait être
gaulliste quel que fût le parti d'appartenance, ceci même
pour nombre d'électeurs communistes, rien n'était
bouleversé des habitudes anciennes.
Mais aujourd'hui, non seulement il n'est plus permis d'être
gaulliste et homme d'un parti classique, mais il est de surcroît
impossible d'être de gauche ou de droite dans un contexte
où les arguments de l'O.A.S. rejoignent les arguments du
P.C.F. - et où Pinay et Mollet font front commun.
Ce désarroi des masses, provoqué par l'absence d'alternative
claire à la démission collective que résume
le pouvoir personnel, c'est-à-dire par la volonté
du pays de ne pas revenir à la IVe République et par
l'incapacité où se trouvent les forces vives du pays
à s'engager décisivement dans la voie d'un socialisme
démocratique, évoque l'angoisse de la population algérienne
au lendemain de l'indépendance, lorsqu'elle a perdu ses chefs,
lorsqu'elle a nié à ses anciens dirigeants la compétence
technique et morale pour guider le pays. En coalisant les partis
contre lui, l'aspirant au pouvoir suprême fait éclater
les notions de « droite » et de « gauche »
sur lesquelles reposait la fonction dirigeante des vieux états-majors.
En faisant la démonstration au peuple que celui-ci n'a plus
de leader, il répand l'inquiétude dans tous les foyers
de la société, et, à la faveur de la confusion
qu'il a semée dans les esprits, sa propre personne apparaît
comme le résumé de l'autorité qui vient à
manquer.
Voilà donc les Français centrés sur eux-mêmes,
et leur problème n'est pas ailleurs. On savait quel était
le problème algérien, on ne saurait formuler actuellement
le problème de la France. Il y a bien des thèmes et
des problèmes divers : parmi ceux-ci l'Europe, le Marché
Commun, l'O.T.A.N., Berlin, la Communauté, le néo-capitalisme,
le Front Socialiste, mais on n'aperçoit pas l'élément
unificateur, ce qui ferait l'originalité d'une solution de
ces problèmes pour le pays. Et comment l'apercevrait-on puisqu'il
n'y a plus personne pour l'apercevoir, puisque le pays se sait sans
tête ?
Car même les forces les plus dynamiques, celles qui ont conduit
les luttes les plus avancées sur le plan revendicatif, celles
qui ont été jusqu'alors à la pointe du combat
pour la paix en Algérie, font actuellement retour sur elles-mêmes
et connaissent une crise de transformation. Les méthodes
d'action, les structures de ces organisations, leur type de rapports
au pays, tout ce qui convient peut-être pour un combat réel
centré sur l'objectif algérien, ou médié
par lui, ne vaut plus dans la' situation nouvelle où il s'agit
d'opérer une transformation des structures du monde du travail
et de l'Etat par la mobilisation des travailleurs sur la conquête
progressive des centres de pouvoir, à tous les échelons
de la société civile.
Il s'agit pour ces organisations, à travers leur caractère
spécifique - de syndicat, de parti, etc. -, de préparer
les formes et les contenus d'une voie vers la gestion en acte de
la société par elle-même.
La libération de ces objectifs suppose une mise en question
des structures et des méthodes qui ont été
celles des organisations dans la période passée. C'est
pourquoi, par exemple, le P.S.U. s'est proposé de définir,
lors de son prochain congrès (janvier 1963), une plateforme
politique et sociale nécessitant une transformation radicale
de ses propres méthodes d'action et de ses propres structures.
C'est pourquoi aussi l'U.N.E.F. s'est engagée dans une «
année de réflexion » et s'occupe d'autocritique
et d'organisation démocratique.
Le même phénomène qui se produit au niveau
des individus, se reproduit au niveau des organisations. Ou plutôt,
l'examen de la crise des organisations les plus en prise sur la
dynamique sociale, nous révèle que, c'est au niveau
de l'ensemble des cellules sociales que flotte l'interrogation et
se produit le phénomène d'auto-analyse et de mise
en question de ce qui a été.
Le marxiste, qui refuse l'image du socianalyste et qui conteste
la réduction d'un corps social organisé au microcosme
qu'est le « petit groupe », devra reconnaître,
dans -le discours du socianalyste un moment de la vérité,
et surtout il devra reconnaître que la situation politico-sociale
française réalise actuellement ce moment. Une société
n'est peut-être pas un « groupe d'auto-analyse »,
mais actuellement la France est un ensemble de groupes qui éprouvent
leur isolement et la dissolution de l'ordre ancien qui en faisait
un corps social organisé. Sans dirigeants, sans politique,
sans but collectif, la société France se fragmente
dans son interrogation et réalise le rêve du socianalyste
qui voit ainsi l'histoire reproduire, à l'échelle
d'un pays, le « climat » de son propre laboratoire social.
Un marxiste conséquent dira que l'heure du psychosociologue
ou du socianalyste est venue, puisque c'est la réalité
qui est allée au psychosociologue impuissant auparavant à
dominer l'objet politique. « Il ne suffit pas - disait Marx
- que la pensée recherche la réalisation, il faut
encore que la réalité recherche la pensée.
Et nous sommes au seuil d'une telle période. De cette constatation,
le marxiste devra, en tant que militant, tirer les conséquences
pratiques puisque l'heure consacre la vérité qui était,
contenue dans le discours du psychosociologue, celui-ci, qui est
l'homme d'une science particulière, c'est-à-dire aussi
d'un ensemble de techniques, sera du même coup l'homme capable
d'opérer techniquement sur le réel. La vérité
d'une technique, c'est son efficience. La vérité théorique
reconnue à la psychosociologie a sa manifestation pratique
dans la validité des techniques de la psychosociologie. Le
militant saura donc la vérité et l'efficacité
des techniques psychosociales dans la situation actuelle. Mais ces
techniques ont-elles un emploi social possible qui intéresse
effectivement le militant ?
On a l'habitude de dire d'une technique qu'elle est neutre, et
cela est juste, car une technique est essentiellement l'art de réaliser
quelque chose, et l'élément normatif n'intervient
qu'au moment de l'utilisation, qui peut être bonne ou mauvaise,
médecine ou poison. Ou plus exactement il réside dans
l'intention qui préside à la réalisation. Mais
lorsque ce sur quoi il s'agit d'opérer est une collectivité
humaine, alors l'intention ne peut être dissociéee
de l'opération elle-même. C'est pourquoi les sciences
humaines ont une normativité propre, En ce sens on peut parler
d'une intentionnalité de la psychosociologie ou de la dynamique
de groupe cachée sous la neutralité, apparente des
techniques. La neutralité des techniques sociales recouvre
en fait :
une utilisation, aliénée et, aliénante de la
science et de ses techniques,
une essence profonde : sa fonction libératrice.
Ainsi l'essence profonde de la socianalyse est-elle la libération
des relations inter-humaines, et au niveau du groupe l'épanouissement.
profond l'individualité par l'auto gestion. Le projet profond
de, la, dynamique de groupe est donc le dépérissement
de l'état. En bref, ce que le, socianalyste peut mettre à
la disposition du militant, c'est un ensemble de techniques scientifiques
propres à assurer dans des groupes expérimentaux ou
dans des groupes « volontaires » (syndicat, parti, association
de base, etc.) une autogestion en acte - et au-delà un modèle
« socratique » d'agitateur d'un type nouveau qui accouche
des aspirations essentielles des collectivités.
Un tel modèle d'agitateur, propre à provoquer dans
les groupes une prise de conscience des problèmes propres
(matériels, culturels, etc.), sera nécessairement
de type non-directif. Remplacer le mot d'ordre par la torpille socratique,
par la prise de conscience collec tive, telle est déjà
l'expérience que tente la F.G.E.L. dans ses groupes de travail.
La F.G.E.L. ira-t-elle jusqu'au bout de sa logique en optant pour
l'auto-formation de l'agitateur (qui n'est que la formule de l'autogestion
appliquée à la formation laquelle, soit dit en passant,
n'est, dans sa formule classique que de l'information), ou maintiendra-t-elle
la formule traditionnelle de « formation » par des méthodes
anciennes ou récentes de « l'agitateur » ?
L'auto-formation des agitateurs non directifs implique l'organisation
de stages présentant trois caractères essentiels :
auto-analyse et autocritique du stage au niveau institutionnel
(afin d'éviter de retomber dans les ornières des
human relations),
autogestion intégrale instituée dès le
début du stage,
intégration à l'auto-formation idéologique
des problèmes théoriques posés par les
perspectives du passage au socialisme, du dépérissement
de l'Etat, et de l'autogestion.
Si la formation d'un type nouveau d'agitateur prend tant d'importance
en cette période et si nous insistons sur son auto-formation,
c'est que cette période de mise en question des structures
nous semble être l'arme circonstancielle par excellence au
moment où le pays vit une période de repli sur l'hexagone.
Parallèlement aux tentatives de mise en place de structures
nouvelles démocratiques, parallèlement au progrès
de l'idée-force de planification démocratique, il
nous faut mener une critique et une autocritique révolutionnaires,
une action permanente de contestation des habitudes et des processus
bureaucratiques anciens, une action de mobilisation de la libre
expression des collectivités, qui seule garantit une démocratie
véritable et écarte là tentation du réformisme.
Mais revenons au problème du militant socialiste et interrogeons-nous
sur ses besoins fondamentaux. La guerre d'Algérie terminée
il met en question les structures et les habitudes traditionnellement
bureaucratiques qui ont pu lui permettre de travailler avec efficacité
dans une période d'urgence.
Il les remet en question, car la réactualisation de son objectif
- l'autogestion de la société - l'oblige à
dépasser, tout d'abord, la propre contradiction interne de
l'organisation, entre son objectif et son être, et ses méthodes.
Si la fin poursuivie est autre chose qu'un dérivatif à
l'action, alors il faut la faire passer dans les faits. Les moyens
ne sont que des tentatives de faire germer la fin comme réalité.
Et c'est là la raison de la nécessaire homogénéité
de la fin et des moyens que le marxisme oppose à toutes les
idéologies bourgeoises, à la raison d'Etat, au stalinisme.
C'est pourquoi le problème fondamental d'une organisation
qui vise à l'instauration d'une société sans
classes, s'autogérant elle-même, c'est d'être
à la hauteur de sa visée, c'est d'élaborer
des moyens appropriés à la fin, c'est-à-dire
homogènes à la fin. Le problème fondamental,
pour une organisation de gauche aujourd'hui, c'est de se libérer
de sa propre bureaucratisation. Viser à l'auto-expression
des masses, c'est s'efforcer de libérer l'expression des
masses, comme seule force capable de réaliser, dans les faits,
cette fin. C'est une tâche qu'une bureaucratie ne peut réaliser
puisqu'elle est de nature anti-démocratique. Le marxiste,
qui vise à l'organisation de l'autogestion, rencontre, à
une croisée de l'histoire, le socianalyste - qui s'efforce
de mettre des groupes en autogestion ; cette rencontre n'est pas
fortuite l'organisation de l'autogestion commence aujourd'hui à
être viable dans les faits - c'est sur cette vérité
que le voile algérien a été déchiré
- c'est cette maturation qui avance aujourd'hui. Le mot d'ordre,
dès lors, est clair et simple. L'organisation de l'autogestion
passe aujourd'hui par l'autogestion de l'organisation.
Romain DENIS et Georges LAPASSADE
Post-scriptum :
Source complète : Georges LAPASSADE* et Romain DENIS, «
Apprentissage de l'autogestion - Ebauche d'une plateforme »,
revue « Arguments » volume 4, Révolution/classe/parti
; textes réunis par Christian Biegalski, Editions de Minuit
collection 10/18, février 1978.
Diffusion autorisée et vivement encouragée avec mention
de toute la source intégrale suivante dans un usage non-commercial.
Auteur : Georges Lapassade Contact : georges_lapassade at univ-paris8.fr,
autorisation accordée pour « Mohamed Ben Abd-El Krim
», pseudonyme public d'un militant LCR & JCR Orléans,
« directeur provisoire » des Editions La Brèche
Clandestine 45, membre de l'Observatoire des Libertés Publiques
à Orléans. Contact : abdelkrim at lcr45.lautre.net
Pour information, cette simple mention vous protégera complétement,
vous évitera bien des problèmes et autres complications
juridiques avec les Editions de Minuit, maison d'édition
extrêmement favorable au prêt payant dans les bibliothèques
publiques…
Stricte application des principes de droit d'auteur et de propriété
intellectuelle clairement énoncées par M. Jean-Michel
Tremblay, professeur de sociologie au Québec, qui dirige
la collection « Les Classiques des Sciences Sociales »,
les références sont disponibles sur ces pages.
Les Classiques des Sciences Sociales
http://www.uqac.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales
http://www.uqac.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/droits_auteur/droits_auteur_PUF.html
Précisions sur le droit d'auteur et la propriété
intellectuelle
Ces poussières textuelles seront disponibles sur de nombreux
sites d'Indymedia 'rubrique analyse', peut-être Calle Luna
etc.
I N F O Z O N E
http://listes.samizdat.net/wws/info/infozone_l
http://listes.samizdat.net/sympa/arc/infozone_l/2003-12/msg00013.html
Le confort ne doit pas être uniquement réservé
à la bourgeoisie !
Version disponible en pdf ici (tout en bas de cette page) : http://lcr45.lautre.net/article.php3?id_article=228
Un internaute ayant vécu cette époque conseille :
"Relisons plutôt,paru en 10-18,De la grève
sauvage à l'autogestion généralisée de
Raoul Vaneigem.Paru sous le pseudo de Ratgeb".
Il explique que :
"GEORGES LAPASSADE EST UN CON! "De la misère en milieu
étudiant"Strasbourg 19661.Brochure-culte de la théorie
situationniste." |